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n'oserait plus les rééditer telles quelles. Mais il faudrait bien se garder de juger de leur valeur relative par leur valeur intrinsèque et s'imaginer que leur influence fut, en 1821, aussi nulle qu'elle le serait de nos jours s'il pouvait venir à l'idée de quelqu'un de publier de semblables écrits. L'influence exercée par les brochures du doyen Curtat a été immense, incalculable, et nous pouvons ajouter désastreuse1. Au premier moment, tout le monde fut vivement impressionné par une attaque aussi chaude, aussi passionnée. Bientôt, il est vrai, quelques esprits plus réfléchis trouvèrent les arguments employés par le doyen un peu faibles, un peu étranges; faisant un pas de plus, ces esprits se rendirent compte de l'atteinte grave portée à la liberté de conscience et de culte, et cessant enfin d'admirer ce que tout le monde avait admiré pour cette seule raison déjà que les brochures étaient de la plume du vénéré doyen, ils commencèrent à réclamer et à protester. Les réponses que nous avons mentionnées et analysées plus haut se firent alors l'écho de ces plaintes et de ces protestations. Toutefois le grand public, c'està-dire les ennemis avoués ou non du christianisme vivant et de l'évangile pris au sérieux; les soutiens de l'autorité traditionnelle dans l'église et dans l'état; en un mot, le pays dans son immense majorité accueillit avec des cris de joie et une satisfaction évidente le réquisitoire dressé contre le réveil par le premier pasteur de Lausanne. Lui seul, à la vérité, pouvait se flatter d'avance d'un pareil succès, et lui seul aussi devait avoir le triste honneur d'engager le combat. Il était tout-puissant dans l'église et non moins puissant dans l'état, à cause de son influence reconnue sur les hommes du gouvernement. L'heure du réveil sonnait; le doyen Curtat jugea le moment favorable pour agiter le (ocsin d'alarme. Il émut, il ébranla les esprits; il réveilla et excita tous les préjugés de l'homme naturel contre la
1 La première de ces brochures eut en peu de temps deux éditions.
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piété véritable; il donna à l'opposition subtile ou violente, la conscience d'elle-même; il lui prêta des forces et sous son influence elle prit corps et releva bruyamment la tête. En cela, il faut le reconnaître, le doyen Curtat était puissamment aidé et soutenu par l'antipathie du peuple pour ces doctrines et ces pratiques religieuses, qu'on lui représentait habilement comme autant de produits étrangers, dangereux pour la liberté et les institutions nationales. Si donc on peut dire que le réveil vaudois a pris date en 4821, on peut faire également dater de cette époque l'hostiliié qui, à 'diverses reprises, s'est fait jour violemment chez nous, contre tout ce qui rompt avec la tradition et les habitudes religieuses de la masse.
Par ce qui précède, les lecteurs pourront, nous semble-t-il, se rendre assez exactement compte du caractère propre de l'opposition faite au réveil par le doyen Curtat et de l'influence que celui-ci a exercée sur l'opposition générale. Il a imprégné cette dernière de son esprit et l'a rendue à la fois subtile et violente. Enchanté de trouver dans les brochures d'un homme aussi éminent et aussi vénéré que le premier pasteur de Lausanne, des arguments tout faits contre ce que , d'après lui , on appelait les excès de dévotion illégale, on ne s'appliqua point à peser ces arguments , on se borna à les répéter et on ne se fit point scrupule de partager des sentiments qui avaient pour berceau la première cure du chef-lieu. Hélas 1 on put être témoin de la réalisation d'un phénomène déclaré impossible par St. Jaques : la fontaine qui avait versé en si grande abondance de l'eau douce laissait à cette heure échapper des flots d'eau saturée d'amertume 1 Le doyen Curtat n'a certainement jamais su tout le bien qu'il a fait; il a su moins encore tout le mal que, très involon-