CHAPITRE IV
l'assemblée dont cet écrit reproduisait la physionomie et relatait les circonstances.
Sous l'emphase du ton et le dramatique de la forme, le conventicule de Rolie prêche la doctrine de l'assurance du salut et l'expose sous les deux faces que voici : point d'œuvres pour le saint ; point de salut sans œuvres. Un journal protestant de Paris, qui paraissait depuis trois ans à peine, les Archives du christianisme, déclara l'ouvrage dont nous parlons « substantiel et remarquable ; bon, utile et portant à la piété, à la charité, à la paix ; » il louait le ton ferme et calme de la conviction qui y régnait d'un bout à l'autre, etc. Cependant les Archives estimaient que l'auteur n'avait pas résolu complètement les difficultés du sujet, et que la première partie était mieux raisonnée que la seconde. Dans l'opinion du rédacteur de ce journal, il y avait aussi : « quelque inconvénient à rapporter au public, les compliments que nous font nos amis. » Cette critique , toute bienveillante qu'elle soil, nous révèle en effet l'un des défauts, mais non le plus grave du conventicule de Rolle. Si M. Malan s'était borné à imprimer son discours seul, nous ne pensons pas que cette publication eût eu plus de retentissement que telle autre du même genre. On y eût vu l'expression d'un système individuel qui appelait des adhésions ou des critiques, et peutêtre rien de plus. Mais M. Malan fit de sa publication une œuvre polémique qui cachait mal l'âpreté du fond sous des formes mielleuses. Le conventicule de Rolle était une réponse, en réalité très violente, aux brochures Curtat. Malgré la largeur des vues qu'il professait sur la tolérance, l'auteur ne se faisait pas faute de décocher des traits fort malins contre les adversaires des conventicules. Bien plus, et c'est là ce qui pouvait à bon droit froisser dans cet écrit, M. Curtat se voyait presque désigné par son nom, dans l'emphatique prière où l'on demandait que Dieu lui donnât d'aimer ! et dans les allusions transparentes et, en tous cas, fort déplacées, des dialogues où figurent plusieurs
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jeunes ministres vaudois. Ces derniers, il faut l'avouer, ne se montrent pas les moins amers dans leurs discours. L'attaque était si directe et si peu ménagée, qu'elle devait dépasser le but et qu'elle le dépassa en effet. A des accusations contraires à la charité, M. Malan et ses interlocuteurs répondaient par des accusations aussi peu charitables. Ce n'était assurément pas le moyen de ramener le calme dans les esprits et de produire la paix, comme les Archives se l'étaient assez singulièrement imaginé.
L'assemblée de Holle a de l'importance à nos yeux ; elle nous permet, en effet, de reconnaître et d'apprécier le degré d'influence que M. Malan commençait à exercer et qu'il exerça dès lors sur plusieurs jeunes ministres du canton de Vaud et, par eux au moins, si ce n'est plus directement encore, sur le mouvement religieux de notre pays. Ce n'est sans doute pas de ce jour-là seulement que les relations commencèrent entre le prédicateur genevois et quelques-uns des hommes qui ont marqué au début du réveil vaudois, mais c'est dans l'assemblée de Rolle qu'ils parurent prendre position à ses côtés et subir l'action de celte forte personnalité.
Parmi les ministres vaudois qui figurent comme interlocuteurs dans le conventicule de Rolle, nous pouvons nommer Lardon, L. Barbey, H. Juvet et Alex. Chavannes. Et si nous ajoutons à ces noms-là celui de M. F. Olivier qui, lui aussi, eut de fréquentes relations avec Malan, nous remarquerons aussitôt que ces trois derniers au moins, furent précisément les hommes qui constituèrent plus tard la dissidence au sein de l'église vaudoise, et que Lardon de son côté la poussa à des exagérations déplorables. Nous savons bien qu'à ce moment-là il n'était question pour personne de dissidence, pas plus pour M. Malan qui, dans sa