‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 137 sur 243 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

brochure, manifeste une véritable peur de la séparation, que pour les ministres vaudois; mais l'esprit et la manière de procéder de M. Malan devaient le mener un jour à la dissidence et, avec lui, ceux qui, sans partager toujours ses vues, auraient subi l'influence de son esprit absolu et syllogistique.

L'action exercée par M. Malan sur les hommes que nous venons de nommer pourrait, à la rigueur, être contestée au point de vue ecclésiastique, qu'elle ne le serait pas au point de vue dogmatique. Pressés de besoins religieux vrais et profonds, ils avaient été amenés à lire quelques-uns des premiers traités dans lesquels M. Malan exposait la doctrine chrétienne1, et à rendre à ce pasteur plus d'une visite à Genève. Stimulés par lui, il acceptèrent dans une mesure assez grande sa formule, son calvinisme outré sur l'élection et sa manière de présenter l'assurance du salut: « Dieu a dit dans sa parole: Qui croit au Fils a la vie! — Je crois au Fils, donc je suis sauvé 1 » M. Malan présentait en effet la doctrine de l'élection avec beaucoup de force, mais en ne tenant pas assez compte des autres doctrines qui font contrepoids à ce qu'il y a d'absolu dans la première. Nous verrons plus tard, et lorsque nous aurons à parler spécialement de quelques-uns des premiers ouvriers du réveil vaudois, comment l'influence que M. Malan avait exercée sur eux, se reproduisit dans leur manière de présenter les doctrines de la grâce et dans leur méthode d'évangélisation.

M. Malan a fait de fréquentes apparitions au canton de Vaud. Il aimait beaucoup à prêcher dans les temples, et toutes les fois qu'il pouvait se faire remplacer à Genève, il venait demander sa chaire à quelque pasteur vaudois. Mais ces visites et ces prédications dans les temples cessèrent, paraît-il, du jour où il essaya de pousser les pasteurs nationaux vivants dans les voies de la dissidence.

1 Entre autres Germain le bûcheron, qui exerça une grande action sur les esprits.

La publication du conventicule de Rolle ne fit que prolonger et porter au plus haut point l'effervescence produite dans le pays par les brochures de M. Curtat. L'irritation contre M. Malan fut grande, et il faut dire qu'elle était en partie justifiée par ce qu'il y avait de soudain, de peu convenable, de brutal même dans sa démarche. Mais cette irritation retomba également sur les jeunes ministres vaudois qui étaient mis en scène par les récits du conventicule. On les accusa d'ingratitude et de dureté à l'égard de leur vénérable maître, le doyen Curtat, d'orgueil et d'exagération. L'apparence prêtait assez à ces diverses accusations pour qu'Alexandre Vinet, qui était déjà alors professeur à Bâle, ait cru pouvoir se faire l'organe du sentiment général.

Disciple et admirateur du doyen Curtat, Vinet éprouvait pour lui beaucoup de vénération et de reconnaissance. Il prit donc sa défense dans sa fameuse Lettre aux jeunes ministres vaudois qui figurent comme interlocuteurs dans la brochure intitulée: Conventicule de Rolle. Cette lettre ne portait ni signature ni lieu d'impression, mais simplement le millésime: décembre 1821. On apprit qu'elle était de Vinet, en particulier par cette circonstance, que plusieurs de ses amis du canton de Vaud la reçurent sous bande, timbrée de Bâle et adressée de sa main \

Dans ces quatre pages, le premier des écrits de Vinet qui ait été imprimé, l'auteur se montre déjà tel qu'il sera plus tard et toujours, l'homme de la conscience et du devoir 1 11 professe

1 La Lettre, de Vinet eut deux éditions qui parurent presque en même temps. La première, paraît-il, n'avait été envoyée directement qu'à ses amis du canton de Vaud; la seconde fut répandue parla voie de la librairie. Dans cette dernière, plusieurs des expressions les plus vives de l'édition originale ont été adoucies d'une manière sensible et toute une citation importante a été supprimée.

Page 1