CHAPITRE IV
de la pureté de foi de nos ancêtres ; » malheureusement, ajoute Dumont, M. Curlat, homme dont le génie ardent et dont l'imagination vive s'embrasent aisément, a été circonvenu dès. les premiers instants où a commencé à se manifester dans notre pays un heureux réveil religieux, par des personnes qui lui ont représenté ce qui se passait sous des couleurs tout à fait fausses. S'appuyant sur des faits isolés et souvent même tout à fait dénaturés, il a écrit ses deux ouvrages sur les convention les, dont l'effet a été certainement chez un grand nombre de personnes un refroidissement religieux très marqué; chez d'autres, la douleur de voir M. Curtat attaquer la doctrine de ses élèves qu'il représente comme très dangereuse, en les chargeant eux-mêmes d'inculpations erronées, auxquelles ils ont préféré ne pas répondre.
M. Vinet ayant fait aux jeunes ministres vaudois, présents au conventicule de Rolle, le reproche d'avoir laissé parler M. Malan comme il l'avait fait, sans l'arrêter, M. Dumont répond à son ami que, puisqu'il ignore ce qui s'est passé, la charité exige de lui qu'il s'abstienne de tout jugement. Enfin, il termine sa réponse par cette parole, à notre avis très caractéristique: M. Curtat en chaire ou nous instruisant dans son cabinet, et l'auteur des brochures en question, sont deux hommes absolument différents. Telle est aussi l'opinion de tous ceux qui ont été témoins des débats que nous racontons et qui même, parfois, y ont joué un certain rôle. Telle est, en particulier, l'opinion de M. Bauty: «Distinguons, dit-il, en M. Curtat, le prédicateur du publiciste. »
Vinet était trop humble, trop réellement partisan de la vérité où qu'elle se rencontrât, pour demeurer insensible aux observations qui lui étaient présentées par ses amis. Aussi, plus tard, il avoua, dans les colonnes du Nouvelliste vaudois*, qu'il avait
1 L'Ami de l'Eglise nationale, dans l'un de ses derniers numéros, tirait parti de la Lettre de Vinet aux jeunes ministres vaudois, pour le mettre en contradiction avec lui-même. Vinet trouva que cela n'était guère équitable, vu la date reculée de l'écrit
été trop loin dans sa défense de M. Curtat et dans les reproches qu'il avait adressés à ses collègues. C'est ainsi qu'il repoussait les conclusions fâcheuses qu'on avait tirées de sa lettre, et dont on chargeait les premiers ouvriers du réveil. Les ennemis de ce mouvement religieux triomphaient, en effet, de pouvoir le taxer, d'après Vinet, de curieux mélange d'humilité et d'orgueil; oubliant ainsi qu'il n'y aurait pas eu autre chose à conclure de cette parole que « la profonde considération du jeune professeur pour M. Curtat, et une différence de vues avec ses condisciples, dont il ne devait pas tarder d'ailleurs à partager les convictions1. »
La lettre de F. Dumont à Vinet fut communiquée par l'auteur lui-même au doyen Curtat. La vérité elle-même souffrait, et c'était la défense de la vérité que Dumont avait entreprise. Le 6 février 4822, il s'adressa donc directement au doyen en l'appelant : Mon très cher et très honoré père en Jésus-Christ notre Seigneur. Lui-même, dit-il; n'a point assisté à l'assemblée de Rolle, mais il est affligé « de l'imputation odieuse dont l'auteur charge plusieurs de ses confrères et lui, d'avoir oublié les bontés de M. Curtat pour eux, lorsqu'ils étaient proposants et d'être des
auquel Y Ami faisait allusion. Ce dernier journal ayant cessé de paraître, c'est dans le Nouvelliste vaudois que Vinet inséra cette triple déclaration : « 1° En représentant la doctrine du conventicule de Rolle comme nouvelle et comme un curieux mélange d'humilité et d'orgueil, je jugeais sans connaître et je jugeais mal ; — 2° En attribuant à certaines personnes le dessein de former une secte et de fonder des conventkules, je portais un jugement téméraire ; — 3° En défendant M. Curtat contre un passage où son caractère chrétien semblait mis en doute, je ne pensais nullement à faire l'apologie d'aucun écrit de sa plume. »
La lettre de Vinet est datée de Bâle, 12 mars 1832. Le doyen Curtat était mort tout récemment.
■ Bauty. Chrétien évangélique, 1865.