‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 138 sur 243 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

hautement son respect pour la conscience de ceux auxquels il écrit; il croit à leur sincérité ; leurs erreurs même lui paraissent honorables dans leur principe. Mais Vinet a été profondément froissé du ton sur lequel M. Malan a parlé du doyen Gurtat; il a souffert des accusations dont la doctrine de ce dernier a été l'objet, du silence gardé par les ministres vaudois, et il est pressé par un sentiment de reconnaissance envers M. Curtat, non pas de défendre ce dernier, que « l'amour du public, dit-il, défendra mieux que ma faible voix ; » mais de protester au nom de ses confrères contre cet oubli des convenances et de la justice. Dans le cours de sa lettre, Vinet critique la doctrine exposée par M. Malan, la nouvelle doctrine, comme il s'exprime, en l'appelant un curieux mélange d'humilité et d'orgueil. Il constate, en l'approuvant, que M. Curtat ne permettait aucune assurance individuelle du salut. Mais, en s'aventurant ainsi sur le terrain dogmatique, Vinet se trompait de voie et s'exposait à recevoir des rectifications que plusieurs de ses amis lui adressèrent aussitôt. « Mon cher Vinet, lui écrivait à ce propos L. Germond, j'ai une grande confiance dans ton jugement littéraire, mais si tu veux parler de théologie, je te rappellerai que nous avons fait ensemble une assez mauvaise théologie, et je suis en train de la refaire, la Bible à la main. »

Un autre des amis de Vinet, F. Dumont, lui adressa, le 19 janvier 1822, de Cossonay, où il était suffragant, une lettre qui caractérise trop bien l'état des esprits dans le jeune clergé réveillé, pour que nous n'en donnions pas ici au moins une analyse sommaire.

Dumont veut désabuser Vinet de quelques idées étranges qu'il s'est formées sur les jeunes ministres qui ont figuré au conven-

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ticule de Rolle, ou qui sont envisagés comme des disciples de M. Malan. Il reconnaît que la publication de l'ouvrage de ce dernier est un « manque de convenance très grand, sous plusieurs rapports. » 11 trouve cet ouvrage « très peu scripluraire » et renfermant plusieurs des idées particulières à l'auteur qu'il est, lui Dumont, fort loin d'adopter. Il a été surtout affligé de ce qu'il a lu relativement à M. Curtat; et malgré les excellentes choses contenues dans cette brochure, il la regarde « comme plus propre à faire du tort à la cause de l'évangile et de la vérité, qu'à l'avancer, surtout dans notre pays. » Cette opinion, paraît-il, était partagée de tous ceux que l'on accusait de prêcher une nouvelle doctrine: Aug. Rochat, M. Olivier père et ses deux fils, Juvet.. etc. On assurait même que Dupraz et Ghavannes, ayant reçu des ballots du conventicule de Rolle, les avaient renvoyés de suite à M. Malan, et que Aug. Rochat en avait même jeté au feu un ballot tout entier. Plusieurs en écrivirent sévèrement à M. Malan et pas un d'eux, à ce qu'affirme Dumont, ne regardait celui-ci comme son maître.

Dumont continue ainsi : « Les livres symboliques de notre église (conclusion de la dispute de Berne, 1528, — actes du synode de Berne, 1532, et confession helvétique, 1566) étant basés sur le seul et unique fondement, nous les regardons, après l'écriture, comme les fondements de la doctrine évangélique et delà morale chrétienne... Voilà donc, mon cher ami, ce que c'est que cette doctrine, qu'il te plaît d'appeler nouvelle, mêlée d'erreurs et renfermant un curieux mélange d'humilité et d'orgueil. »

L'auteur de la réponse à la lettre de Vinet repousse fortement l'idée que les jeunes ministres inculpés pussent jamais oublier le bien qu'ils ont reçu par le moyen de M. Curtat. Mais, dit-il, il nous a mis la main sur le piclet l, sans nous ouvrir la porte. 11 les a adressés « à tous ces anciens documents de la piété et

1 Expression vaudoise vulgaire pour le loquet d'une porte.

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