LIVRE
La révolution de 1798, par la manière brusque et inattendue dont elle tarit la source de certains revenus publics, apporta naturellement de grands déficit dans les caisses publiques ou privées. C'est ainsi, par exemple, que l'abolition des dîmes entraîna la perte de tout ou partie du revenu des ministres. Beaucoup d'entre eux, si ce n'est tous, se virent subitement privés de leur pension qui se payait, à la campagne surtout, en denrées et produits naturels, selon une taxe déterminée. On comptait par mesures de froment et de pommes de terre, par chars de vin bien plus que par argent monnayé. Cette interruption dans le paiement de la pension des ministres eut lieu, nous l'a von vu, dès le lendemain de la révolution ; mais ce qui, à ce moment-là, pouvait ne paraître encore qu'un retard accidentel et passager, devint bientôt un état de fait extrêmement préjudiciable au clergé. Beaucoup de ses membres étaient pauvres ou dans une position modeste ; leur situation ne tarda par conséquent pas à devenir très critique, et il n'y a pas lieu de s'étonner si le clergé helvétique tout entier, et non pas seulement celui du canton du Léman,. se voit constamment dans la triste obligation d'adresser de pressants appels, soit au corps législatif, soit au directoire, et, pendant l'intérim, à la commission exécu îive. Pendant cinq ans, ce sujet se trouve constamment à l'ordre du jour des délibérations des autorités supérieures de l'Helvétie. Celles-ci font à la vérité les plus louables efforts pour remédier au mal dont se plaignent les ecclésiastiques des divers cantons ; muis le plus souvent leurs arrêtés demeurent sans force, leur bonne volonté vient échouer contre l'impossibilité de créer de nouveau des ressources subitement taries. Notre patrie offre alors, pendant nombre d'années, le spectacle instructif d'un clergé réduit à une dure extrémité ; d'un clergé qui, sans trop