‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 16 sur 243 · CHAPITRE I. L · texte numérisé non relu

CHAPITRE I. L

d'exagération, peut parler de sa détresse' et qui demeure néanmoins attaché au poste qui lui a été assigné d'en haut, tandis que l'autorité supérieure est impuissante à remplir vis-à-vis des conducteurs de l'église les engagements contractés par le passé8. Il ne semble pas, nous l'avons dit, que la bonne volonté fassp défaut aux magistrats du peuple helvétique. Leurs délibérations, leurs propositions, leurs arrêtés prouvent assez que l'état de souffrances matérielles du clergé ne les trouve point insensibles ; mais les résultats les plus palpables de leurs efforts se réduisent à des témoignages de sympathie, à des exhortations à la patience et à des consolations qui ne pouvaient guère suppléer à l'absence du pain quotidien,

Pendant cette triste période de l'histoire de l'église dans notre patrie, s'il y eut des souffrances, il y eut aussi, par la grâce de Dieu, chez les paroissiens, des actes de dévouement qui, pour avoir été isolés et cachés, n'en ont, à nos yeux, qu'une plus grande valeur5. De leur côté, si les pasteurs ne cessent d'attirer sur les embarras de leur position les regards de l'au-

1 « On laissa le clergé tellement dans le dénûment, que tous les pasteurs qui n'avaient pas d'autres moyens de subsistance que leur pension durent se trouver dans la détresse On souffrit donc sous le gouvernement helvétique. » (H. Monod. Mémoires, tom. II, pag. 118.)

2 Sans vouloir le moins du monde nier les souffrances du clergé vaudois à cette époque, il n'est sans doute que juste de faire remarquer que beaucoup de pasteurs disposaient de certains fonds et biens de cure qui n'avaient pas été aliénés, de ressources personnelles, etc. Le mot de détresse ne s'appliquerait donc en réalité qu'au plus petit nombre d'entre eux ; à ce pasteur Tissot, par exemple, qui, en chaire, tomba en défaillance. Il faut ajouter encore que les pasteurs, en quittant leurs postes, n'auraient trop su que devenir. Il aurait été inouï, à cette époque, de voir un ecclésiastique abandonner sa charge pour entreprendre une industrie quelconque.— Nous croyons également que les ecclésiastiques d'autres cantons de l'Helvétie souffrirent davantage encore que ceux du Léman. C'est ce qui ressortirait du mémoire de Ph.- A. Stapfer, ministre des arts «it sciences : Ueber die Besoldung der Kirchendiener. Berne, 1800.

3 A l'Isle, pour ne citer que ce seul exemple, une famille de bourgeois entretint à elle seule, pendant longtemps, le ministre de la paroisse.

torité supérieure, ils le font sans irritation, sans colère, sans récriminations. Ils souffrent, mais ils n'en continuent pas moins à consacrer leurs forces à l'exercice de leur ministère. Aussi ne sommes-nous point étonné des éloges nombreux et réitérés que les diverses autorités supérieures de l'Helvétie, directoire, corps législatif, sénat, se plaisent à prodiguer au zèle, au dévouement et au patriotisme des ecclésiastiques de la Suisse en général, et du Léman en particulier.

La question de la rétribution des ecclésiastiques par l'intermédiaire de l'autorité civile n'est qu'une dépendance de la question plus générale des rapports de la religion et de la loi '. Cette dernière question se présente donc naturellement à nous, ici, et la manière dont elle était envisagée ou momentanément résolue par les parties intéressées, pendant la période qui nous occupe, a droit à notre intérêt et à notre sérieuse attention.

Dès les premiers jours de l'émancipation du pays de Vaud, l'assemblée représentative provisoire se mit, dans ses rapports avec le clergé2, purement et simplement en lieu et place des Bernois. Rien, en apparence du moins, ne devait être changé dans les relations que la religion était appelée à soutenir avec la politique. Celle-ci, représentée par le pouvoir civil, envisageant la religion comme une institution utile et nécessaire à la société, s'engageait, par conséquent, à lui conserver le rôle qui

' C'est à dessein que nous nous servons de ces expressions : la religion, lu loi. Le mot d'église ne représente pas exactement cet exercice de la religion que la loi réglementait. La loi résumait les relations du gouvernement avec le clergé qui, lui, ne pouvait être absolument confondu avec l'église.

1 Nous ne disons pas avec l'église; celle-ci n'existait proprement pas; on vivait sur la fiction du peuple et de l'état chrétien.

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