‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 156 sur 243 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

Le 15 mai, sur la proposition du colloque de Romainmôtier, d'adresser des remercîments au conseil d'état pour le zèle et la prudence avec lesquels il avait fait cesser les désordres qui, dans quelques paroisses, entre autres dans celle de La Sarraz, avaient momentanément troublé la paix religieuse, le colloque d'Yverdon déclara à l'unanimité qu'il adhérait à ce vœu. — Evidemment les membres des vénérables colloques ne se montraient point trop exigeants sur la manière dont le pouvoir civil avait à rétablir la paix dans l'église. Ils indiquaient ainsi au gouvernement comment il devait s'y prendre pour étouffer les manifestations de la piété extra-officielle; ils lui faisaient entrevoir jusqu'à quel point de soumission et de déférence il pouvait amener un clergé qui, s'il avait mieux compris les droits de la conscience, aurait protesté contre l'emploi de mesures oppressives contre des frères, eussent-ils été même encore plus égarés qu'on ne le prétendait 1 Mais, à part quelques circonstances solennelles et rares, notre clergé n'a jamais su que se jeter entre les bras du pouvoir civil pour être, par lui, protégé ou... étouffé! Lorsque, par exemple le 22 mai 4823, la classe d'Yverdon et Romainmôtier eut entendu la lecture des arrêtés de radiation de MM. Chavannes et Juvet, elle décida unanimement « de remercier le conseil d'état pour les moyens que dans sa sagesse, il avait employés, pour rétablir la paix religieuse dans la paroisse de La Sarraz et dans quelques autres, et de le prier respectueusement de nous accorder sa protection à cet égard pour l'avenir. » Voilà qui s'appelle se passer, de bonne grâce, la cordeau cou 1 Combien ne s'en est il pas trouvé de ces pasteurs, qui votaient sans hésitation de telles adresses au gouvernement et qui, plus tard, auront dû se dire qu'ils avaient mis eux-mêmes, entre les mains du pouvoir, les armes dont celui-ci se servait maintenant contre eux? La pierre retourne sur celui qui l'a roulée 1

Méconnaissant d'une étrange façon les droits de la conscience et la puissance du sentiment religieux, les autorités, tant ecclésiastiques que civiles du canton de Vaud, s'imaginaient que le meilleur moyen d'étouffer le mouvement religieux qui, depuis une année environ, s'accentuait plus nettement sur quelques points du pays, était l'emploi de mesures coercitives, de restrictions apportées à la liberté individuelle. Mais c'est justement là ce qui augmente l'intensité du sentiment auquel la liberté ferait perdre ce qu'il pourrait présenter de dangereux et d'inquiétant. Plus on presse un ressort, plus sa force d'expansion devient grande ; la réaction est toujours proportionnée à l'action. Voilà ce que l'autorité religieuse ou civile, n'importe, n'a jamais compris ou voulu comprendre, et voilà précisément ce qui amène ces désordres, ces troubles que l'on a la naïve prétention de prévenir ou d'apaiser par de semblables moyens. Et puis, vis-à-vis d'une minorité, il est rare qu'une majorité garde toute sa présence d'esprit et toute sa liberté de jugement. Il est rare qu'un gouvernement, comme le sont ceux de nos petites républiques, ne se mette pas à la remorque de l'opinion publique, et par conséquent ne soit tenté d'être injuste envers les minorités. Il est si facile de se faire illusion à cet égard el de confondre un principe avec un individu ou avec quelques individus qu'un acte d'autorité fera, pense t-on, rentrer dans le silence aussitôt qu'on le voudra 1 Nous sommes persuadé que telle était l'erreur du gouvernement de 1822, aussi bien que des classes et de l'académie. Les uns et les autres voyaient, dans le mouvement religieux naissant, ce que, mutatis mutandis, le pape Léon X voyait dans les débuts de la réformation en Allemagne, lorsque d'un mot ironique il croyait pouvoir s'en rendre

Page 1