CHAPITRE X
pas les signataires du manifeste, mais leurs adversaires. Si donc l'église nationale avait encore la confession de foi helvétique pour le fond aussi bien que pour la forme ; si elle avait encore la discipline de l'église à ses premiers jours, MM. Chavannes, JuvetetF. Olivier ne s'en sépareraient point, par le motif péremp toire que l'église elle-même ne les rejetterait pas de son sein. Nous pouvons conclure de tout cela que le caractère propre de la démarche des trois ministres, auteurs de la lettre que nous étudions, n'a point été la proclamation du principe, plus récent, de la séparation de l'église de l'état, mais du principe de la séparation des chrétiens fidèles d'avec une église déchue dans sa foi et dans ses œuvres. Or, comme on ne reconnaissait pas à l'église nationale les caractères de la vraie église de Jésus-Christ, on proclamait aussi, en se fondant pour cela sur la confession de foi helvétique, la nécessité de s'en séparer; on assimilait cette église nationale au monde en se présentant soi-même comme la vraie église de Jésus-Christ, dont le devoir est de se séparer du monde.
Voilà ce que nous croyons trouver dans la déclaration du 24 décembre ; voilà ce qu'y virent certainement plusieurs de ceux que cetle déclaration froissa et irrita. Tout persuadé que nous soyons que les signataires agissaient avec une parfaite conviction et une sincérité incontestable, nous ne pouvons nous dissimuler qu'il y avait, dans la manière dont ils présentaient leurs thèses et les défendaient, de quoi faire crier à l'exagération, à l'absolutisme, à l'étroitesse, à l'esprit schismatique et sectaire. Nous disons dans la manière, c'est-à-dire dans les expressions si fortes, si tranchantes qu'ils emploient pour définir leur position comme église en face de l'établissement religieux jusque là seul en possession de ce titre. N'y aurait-il pas là un écho un peu trop fort de la voix de M. Malan? quelque réminiscence involontaire des enseignements précédents de ce fondateur d'église? Du moins il y avait certainement là une influence genevoise, et si ce n'est uniquement celle de M. Malan,
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tout au moins celle des Bost, des Pyt, des Félix Neff, de l'église du Bourg-de-Four en un mot ; la seconde influence plus sensible au point de vue de l'organisation ecclésiastique, et la première au point de vue de la doctrine.
Quoiqu'il en soit de ce qu'il y avait ou de ce qu'il n'y avait pas dans la déclaration du 24 décembre, on peut affirmer, sans crainte de se tromper, que c'est ce jour-là que le germe de l'indépendance de l'église et de son autonomie a été déposé au milieu de nous. Seulement, comme nous le verrons dans la suite, ce germe a eu une fortune inattendue et bien singulière. En perçant le sol il a livré passage à deux souches, dont l'une a été le point d'appui de ce que l'on appelle la dissidence, tandis que l'autre, après s'être développée dans le sein même de l'église nationale, en y portant de beaux fruits, a fini par donner le jour à l'église libre du canton de Vaud.
Venons-en maintenant aux faits qui suivirent la démission des trois ministres.