‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 181 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

à ses mœurs qu'à ses conceptions religieuses. C'était donc une lutte ouverte, une véritable bataille que MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier entamaient en continuant à exercer le ministère en dehors du cadre officiel et de l'autorité légale, et leur manifeste avait, non pas, à la vérité, dans leur pensée et dans leur intention, mais dans le fait lui même et dans ses conséquences inévitables, toute la valeur, toute la signification d'une déclaration de guerre. Le gouvernement ne pouvait pas reculer; l' eût-il voulu, la position aurait été plus forte que lui. Par sa première mesure restrictive et par toutes celles qui avaient suivi, il s'était trop avancé, trop engagé. Et, de leur côté, les trois ministres exclus du clergé par une mesure disciplinaire excessive ne pouvaient pas davantage consentir à être bâillonnés. Il s'agis sait donc maintenant de savoir qui l'emporterait dans la lutte et à qui la victoire finale demeurerait! L'histoire nous l'apprendra. Mais rappelons dès à présent qu'ici il ne faut pas regarder aux hommes par le moyen desquels la lutte a été entamée et poursuivie, mais aux principes mis en présence : principes qui ont fait de cette lutte un événement de la plus haute importance, non-seulement dans l'histoire de notre mouvement religieux, mais encore et surtout dans l'histoire des droits et de la liberté de la conscience. Il suffit de mentionner ici le nom de Vinet et de rappeler l'œuvre de ce grand défenseur de la liberté religieuse!

La déclaration de MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier excita au plus haut point les passions déjà très éveillées. Le langage ferme, noble, réfléchi de cette déclaration était trop au-dessus de la portée générale des esprits, dans tous les rangs de la société, pour qu'il fût bien compris. Ce que ce langage avait d'affirmalif, soit sur les points de fait, soit sur la volonté arrêtée des trois ministres d'aller de l'avant perfasel nefas, cela, disonsnous, irrita particulièrement ceux qui comprenaient très bien que les mesures répressives, jusqu'ici préférées à la simple justice, avaient été un véritable pas de clerc dont il n'y avait pas

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moyen de revenir qu'en se condamnant à courir de nouvelles aventures. C'est ce qu'ils firent et sans tarder, comme nous le verrons dans un instant, comblant ainsi la mesure de l'iniquité et signant d'avance une déclaration d'incapacité et de déchéance, dont nous avons dès lors, à plus d'une reprise, recueilli les fruits amers.

Le manifeste du 24 décembre 1823 avait une immense portée, non-seulement comme déclaration de la foi individuelle des signataires et comme protestation motivée contre l'affaiblissement de la doctrine et de la discipline dans l'église nationale, mais encore comme exposition d'un système d'église tout nouveau dans le canton de Vaud. On avait vu quelques années auparavant et cette année même encore, des églises se former et se constituer d'une manière indépendante en dehors de l'église nationale, et cela dans un canton voisin, à Genève. Les signataires du manifeste rappellent eux-mêmes ce fait, et ils s'en autorisent pour former, avec leurs adhérents, une église de même type. Du reste, ils adoptent pour base doctrinale la confession de foi helvétique et les livres symboliques ; c'est-à-dire la base elle-même sur laquelle l'église nationale avait été autrefois établie et sur laquelle elle reposait encore légalement. Seulement, ils entendent que cette confession, expression simple et fidèle des vérités salutaires à tout croyant, soit maintenue intacte, c'est-à-dire dans sa discipline comme dans ses dogmes. Dans leur pensée et dans leur intention, MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier ne font en réalité rien d'autre que de revenir à l'église des pères, à l'église de la réformation. Ce qui est nouveau aux yeux de la presque totalité des ecclésiastiques et du peuple vaudois, c'est positivement l'ancienne doctrine, et les novateurs ne sont

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