‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 200 sur 243 · CHAPITRE XIV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIV

le canton (le Vaud, et, au XIXe siècle, de voir prendre contre les dissidents des mesures semblables à celles du XVIe siècle contre les réformés, et cela, dans un langage hostile, etc. »

Il est naturel que des protestations de ce genre se fissent entendre avec plus d'énergie encore et d'indignation de la part des représentants du christianisme évangélique. Un professeur en théologie, de Genève, du reste nullement sympathique à ceux que l'on appelait déjà les dissidents, exprimant son opinion personnelle et celle de beaucoup d'autres, écrivait à un de ses amis de Lausanne (45 mars 1824): «Je vous avoue franchement que j'ai blâmé et que tout ce qui m'entoure a blâmé le décret de votre conseil d'état, comme bien sévère et bien peu conforme à l'esprit de la réformation. Sans doute MM. Chavannes et Juvet devaient être réprimés, mais la manière dont on réprime eux et leurs adhérents semble peu protestante et peu républicaine, etc. »

C'est surtout la France réformée qui éleva, à cette occasion, une voix ferme, éloquente et libérale. « Ou votre gouvernement est trompé, » écrivait un pasteur du midi à un ministre vaudois, a sur le compte des ministres évangéliques, ou il veut compromettre la tranquillité et le bonheur de son pays. Les motifs de l'arrêté, dans la circulaire du 16, font pitié; leurs raisons sont puériles, leurs craintes chimériques, leurs expressions inconvenantes pour ne pas dire plus. Les persécuteurs de St. Paul et des premiers chrétiens ne parlaient pas autrement.» — Les Archives du christianisme, dans leur livraison de février 1824, appréciaient en quelques mots les mesures prises par le gouvernement vaudois contre les jeunes ministres et leurs adhérents. «Ces chrétiens évangéliques, à qui leurs ennemis mêmes n'adressent d'autres reproches que de manquer de prudence dans leur zèle, ou de mesure dans leurs expressions, mais dont personne ne conteste les vertus chrétiennes, sont désignés dans l'arrêté de Lausanne sous le nom de mômiers,

espèce d'injure ignoble qui leur a été adressée dans les derniers rangs de la populace, et qui aurait dû être à jamais bannie du style sérieux qui convient à des magistrats... Cet arrêté sera un juste objet de douleur pour les âmes religieuses, comme de blâme sévère pour les amis de la tolérance philosophique et de la liberté civile. . . C'est pour nous un profond -sujet de surprise et de chagrin que de voir un gouvernement, qui s'était concilié jusqu'ici l'estime des hommes éclairés , porter une pareille atteinte au plus beau don que la réforme ait fait à l'espèce humaine, la liberté de conscience. Nous sommes certains que ces mesures injustes n'ébranleront point la foi des chrétiens évangéliques qui en sont l'objet , et nous avons la confiance que leur zèle, comme celui de leur divin maître, ne cessera pas d'être doux et charitable, en présence même de la persécution. » Il n'est peut être pas inutile de faire remarquer ici, qu'à cette époque et pour longtemps encore, les Archives du christianisme ne connaissaient pas d'autre drapeau ecclésiastique que celui de l'église nationale, et qu'il n'y avait dans les témoignages de leur sympathie pour les ministres vaudois aucun préjugé favorable à la dissidence.

Le journal français que nous venons de citer consacra bientôt deux articles du plus haut intérêt à l'examen de l'arrêté et des circulaires du conseil d'état du canton de Vaud. On comprendra que nous attachions de l'importance à ces articles quand on saura qu'ils ont été attribués à la plume du noble et généreux baron Auguste de Staël1. Ils avaient pour titre:

1 M. Ch. Monnard a consacré à la mémoire de M. de Staël-Holstein , une Notice d'un grand intérêt. (Lausanne 1827.) « La vie morale de M. de Staël, dit M. Mon-

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