CHAPITRE XIV
De l'arrêté du conseil d'état du canton de Vand contre les chrétiens tvangéliques désignés dans cet arrêté sons le nom de mômiers 1 .
« Il y a, disait M. de Staël, une haute inconvenance de la part d'un gouvernement, s'adressant dans un acte solennel au pays dont 'l'administration lui est confiée, à désigner par uneépithète injurieuse des hommes irréprochables aux yeux de la loi, quelque jugement que l'on porte de leur doctrine... Gomment excuser des magistrats de faire parler à la loi, le langage grossier des passions populaires?»... «La Suisse, disons-le à regret, est restée, sous le rapport delà tolérance, en arrière du progrès qui s'est opéré dans les grands états... Une liberté des cultes fort incomplète existe à peine dans un très petit nombre décantons.» M. de Staël, faisait remarquer l'étrange inconséquence qu'il y avait de la part du gouvernement vaudois à se considérer, en tant que chef de l'église dans son pays, comme le gardien de la confession de foi helvétique, tout en repoussant, sous le nom de mômiers, les jeunes ecclésiastiques qui invoquaient en vain cette confession de foi contre leurs adversaires, et offraient de prouver qu'ils ne prêchaient aucun dogme qui n'y fût conforme.
Après avoir jeté un coup d'œil sommaire sur le réveil accompli à Genève, et sur le mouvement analogue dont le canton de Vaud était le théâtre, l'auteur des articles que nous analysons fait l'historique de l'opposition au réveil ; opposition qui avait eu, comme nous le savons déjà, pour premier manifeste, les brochures du doyen Curtat, et qui se traduisait en mesures répressives décrétées contre les hommes du réveil. C'est dans
nard, était un amour religieux des hommes, qui voyait dans la liberté la condition fondamentale d'une civilisation chrétienne ainsi que du bonheur individuel et social. » M. de Staël était né à Paris en 1789. Il passa le temps de son enfance à Coppet et témoigna toujours d'un grand attachement pour le canton de Vaud.
1 Ces articles furent réimprimés à part en une brochure de 32 p;iges.
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ces circonstances que parurent l'arrêté et la circulaire. « Deux actes,» dit M. de Staël, «qui blessent profondément les principes de la tolérance religieuse et de la liberté civile. » « Rien n'est plus déplorable, ajoute-t il, que de voir l'autorité administrative, prononcer sur des points de doctrine. Chaque ligne de l'arrêté contredit les considérants. C'est une distinction subtile que celle que l'on fait entre la liberté de conscience et la liberté de culte. Si le gouvernement de Vaud est le chef de la religion de l'état, quelle est donc celte religion de l'état? La confession helvétique, c'est à-dire précisément celle qu'invoquent les ministres de la minorité dont on ne veut pas confronter l'enseignement avec celui de la confession. »
Reprenant ensuite un à un les divers articles de l'arrêté , M. de Staël fait remarquer que le gouvernement vaudois ne définit pas même le nouveau délit qu'il signale à la vindicte des lois (1 , % 3); que « le prosélytisme interdit à des ministres de l'Evangile, à des hommes dont le devoir est de prêcher, d'enseigner la jeunesse, de faire passer dans l'âme des autres la conviction qui est dans la leur, » est la chose du monde la plus inconcevable. « Mais, continue l'auteur que nous citons, cette observavation disparaît au milieu des critiques sans nombre dont les articles que nous venons d'indiquer (4 et 5) sont susceptibles. Le sanctuaire des familles est violé ; la maison de chaque citoyen qui, dans un pays libre, devrait être son château fort, selon la belle expression de la loi anglaise, est ouvert à des visites inquisitoriales; et quel est l'objet de ces visites? Est-ce de découvrir quelque trame contre la sûreté de l'état, quelque atteinte aux bonnes mœurs? Non. c'est de poursuivre des dogmes qui déplaisent à la majorité du clergé. Le juge de paix ou le municipal se présente, l'arrêté à la main; on lui ouvre; il aperçoit une réunion plus ou moins nombreuse; il en demande l'objet; si on lui dit que c'est de jouer ou de boire, rien de mieux, il se retire satisfait; les bouteilles ou les cartes lui garantissent la pureté