CHAPITRE XV
que frappait cet arrêté. « De tous côtés, on voyait se manifester de diverses manières l'injustice, la violence et l'impiété1. »
A Orbe, par exemple, où nous avons laissé le suffragantFivaz en butte aux attaques des ennemis de la vraie piété, nous voyons ce même ministre succomber sous les intrigues et les machinations d'hommes à la tête desquels s'était placé son propre constituant.
Pendant les fêtes du renouvellement de l'année, Fivaz avait eu chez lui la visite d'Alex. Chavannes et il en avait reçu beaucoup de bien. Sa prédication s'en ressentit ; elle gagna en force ; ses instructions à la jeunesse devinrent plus sérieuses encore et plus incisives, de telle sorte que plusieurs de ses catéchumènes se convertirent ou devinrent sérieux. Dès lors, Fivaz fut surveillé jour et nuit; on alla même jusqu'à soustraire des lettres qu'il écrivait à tel ou tel de ses paroissiens. C'est sur ces entrefaites que parut le déplorable arrêté du conseil d'état. Dès le 23 janvier, la municipalité d'Orbe, réunie en séance extraordinaire, délibérait sur une demande à adresser au constituant de Fivaz, afin qu'il retirât à ce dernier sa sufïragance. Le 25, celui-ci prêchait effectivement pour la dernière fois à Orbe, et son constituant, cédant aux sollicitations de la municipalité, le congédiait ce même jour. De violentes menaces avaient été proférées, et pour éviter, disait-on, des malheurs, il fallait absolument que le suffragant quittât sa place et la ville. La municipalité avait, quelques jours auparavant, invité Fivaz à renoncer dans ses prédications et enseignements aux doctrines qu'il prêchait, parce que, disait-elle, il y avait là un acte de prosélytisme ; parce que ce n'était pas la religion de l'état; parce que la société en était troublée; parce que Fivaz n'avait pas été instruit de cette manière à l'académie; parce que, enfin, il n'avait pas prêché ces doctrines pendant les premières années de son ministère à Orbe.
1 Recueil des pièces officielles.
360 livre m.
Le délibéré de la municipalité d'Orbe est caractéristique; il montre de quelle manière l'arrêté du 15 janvier pouvait et devait être intreprété par les autorités locales chargées de tenir la main à son exécution. Une telle interprétation, toute monstrueuse qu'elle soit, n'était que logique, et il y aurait mauvaise grâce à reprocher à une municipalité de petite ville, une absence de spiritualité et de libéralisme qui se faisait remarquer à un degré non moins grand chez les magistrats les plus haut placés du chef lieu. La traduction en style vulgaire de l'arrêté du ^janvier par la municipalité d'Orbe, n'était pas plus infidèle assurément que celle des municipaux de Lucens, qui, le jour où l'arrêté du conseil d'état dut être lu en chaire, entendant M. Rod. Meilet prêcher sur la justification par la foi, déclarèrent que c'était là une damnable doctrine et se disposèrent à adresser une plainte au gouvernement. Voilà bien les honnêtes et simples cultivateurs de M. de Staël transformés en docteurs au petit pied t
Cependant, Fivaz avait répondu (26 janvier) à la municipalité que, vu les circonstances actuelles, il croyait pouvoir renoncer aux assemblées déclarées illicites par le gouvernement, tout en continuant à lire et à prier avec ses paroissiens chez lui ou chez eux; mais que, pour la doctrine, il ne voulait ni ne pouvait y renoncer, cette doctrine étant celle de la confession helvétique, celle de la Bible elle-même. Cette doctrine, disait Fivaz, n'est pas la cause, mais seulement y occasion des désordres. Les vraies causes sont l'incrédulité, le mépris pour la Parole de Dieu, la profanation du jour du Seigneur, l'impiété, la profonde ignorance où l'on est des doctrines de la réformation et les péchés particuliers Si lui, Fivaz, n'avait pas toujours prêché cette doctrine, c'est qu'alors il ne connaissait pas l'Evangile. Bien loin