‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 207 sur 243 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

foi de nos pères, j'ai l'honneur d'adresser au conseil d'état, de concert avec ces trois frères, la présente réclamation.

Charles Rochat,

ministre du saint Evangile.

Quoique mes circonstances ne soient pas les mêmes que celles des trois premiers de mes frères en Christ qui ont signé, néanmoins, étant uni à eux d'esprit et de cœur, je me joins à eux pour adresser, avec le plus profond respect, à nos très honorés magistrats, la même réclamation.

A. Rochat, ministre du saint Evangile et ci-devant pasteur à Bière.

Qui, à l'heure qu'il est et à la distance où nous sommes des événements que nous racontons, ne serait vivement ému à la lecture d'une lettre aussi éloquente dans le fond que digne dans la forme? Quelle simple, noble et péremptoire réfutation des accusations calomnieuses des ennemis de l'Evangile et des arguties de l'autorité supérieure, et, en même temps, quel respect et quelle convenance de ton vis-à-vis de cette autorité qui comprenait si mal son devoir dans ces graves circonstances! Comment le pouvoir exécutif ne fut-il pas ébranlé, touché, convaincu 1 Mais im abîme entraîne an autre abîme, et un gouvernement a rarement la main heureuse quand il touche à ce qui est du ressort particulier de la société religieuse. Un premier faux pas en amène un second, et c'est ainsi que l'on descend rapidement la pente qui nous entraîne loin du but où l'on devrait tendre. Le gouvernement vaudois invoquait la cause de l'ordre et toutes les mesures qu'il prenait étaient propres à augmenter le désordre, châtiment légitime d'une politique qui, dès le premier jour, s'était montrée arbitraire et injuste 1

Pour toute réponse, le conseil d'état fit part aux cinq signataires de la pétition de la délibération suivante:

Extrait du procès-verbal du conseil d'état du canton de Vaud, séance du 9 février 1824. Présidence de M. le landammann Clavel.

« Vu l'écrit daté de Lausanne le 1er février 1824 et signé Jean-David- Alex. Chavannes, Henri Juvet, F. Olivier, Charles Rochat, et Auguste Rochat ci-devant pasteur à Bière, par lequel ils demandent d'être entendus par le conseil d'état même sur leur doctrine religieuse et de pouvoir tenir leurs assemblées sous l'inspection spéciale du conseil d'état ; le conseil d'état, sans vouloir nullement gêner les opinions individuelles mais ne pouvant permettre la manifestation publique de celles qui tendent à troubler l'ordre et la paix religieuse dans le canton, décide que la demande des pétitionnaires ne peut être prise en considération, les renvoyant à se conformer à l'arrêté du 15 janvier dernier. » Pour extrait conforme,

» Le chancelier, » Boisot. »

IIÏ

(( Les personnes qui, en dehors du conseil d'état, avaient provoqué, sollicité avec instance le funeste arrêté du 15 janvier, les membres du conseil qui l'avaient rédigé et fait adopter, les ennemis de l'Evangile qui, dans toutes les classes de la société, aspiraient à étouffer le réveil religieux, étaient parvenus à persuader aux hommes modérés que l'œuvre commencée par trois ou quatre jeunes ministres exaltés ne résisterait pas à celte manifestation d'une autorité jusque-là toute-puissante1. » Tous se trompaient grandement. Malgré l'arrêté, les fidèles ne cessaient point de se grouper autour des jeunes ministres, qu'ils envisageaient comme leurs pasteurs. Il est également vrai que l'irritation des esprits allait toujours en croissant contre ceux

1 L. Burnier, Notice sur Rochat, pag. 120.

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