‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 210 sur 243 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Nouvelles mesures inquisitoriales de l'académie à l'égard d'étudiants (Jaccard , Junod) et d'impositionnaires (Lardon, Henriquet, Dupraz). — Faits particuliers concernant le ministre Fivaz. — Il est rayé du rô.'e des ministres. — Situation des ecclésiastiques pieux en 1824. — Esprit général du clergé et du peuple.

L'académie, persistant dans son exclusisme tracassier et mesquin, continuait à rechercher les étudiants qui pouvaient être soupçonnés de sympathiser avec le mouvement religieux.

1 Lettre de Fivaz, à «P" K"\ 1er juillet 1824.

2 Procès-verbaux de l'académie, 3 février.

362 livre in.

Le département de l'intérieur ayant fait connaître, par lettre du 15 janvier, à l'académie, que l'étudiant Jaccard avait fonctionné dans un conventicule de méthodistes à La Sarraz, l'académie fit comparaître ce dernier devant elle. Or telle était la terreur qu'inspirait l'idée d'une comparaissance semblable, que, pendant la nuit qui la précéda, nuit glaciale, le pauvre Jaccard, étouffant d'angoisse, ne put dormir et tint ses fenêtres toutes grandes ouvertes. Il ne s'agissait, en effet, nous disait-il luimême un jour, de rien moins que de son avenir. La docte assemblée lui parut aussi redoutable de près que de loin, et celle-ci, à son tour, fut si peu satisfaite des réponses de l'étudiant, qu'elle proposa au conseil d'état sa radiation du catalogue.

Un étudiant de seconde volée d'éloquence, nommé Junod, réunissait chez lui quelques-uns de ses condisciples et leur expliquait l'Evangile. Le recteur l'ayant appris, rapporta à l'académie (3 février) qu'il avait fait venir ce jeune homme, lequel convenait bien du fait, mais ne paraissait pas disposé à suspendre ses réunions. Aussitôt l'académie, « trouvant que ces assemblées étaient peu convenables de la part d'un jeune homme qui n'était pas instruit, et même dangereuses dans les circonstances religieuses où l'on se trouvait, décida de prier monsieur le recteur de faire venir de nouveau cet étudiant pour l'exhorter à promettre de renoncer à ces assemblées, en le menaçant de la radiation du catalogue s'il ne voulait pas obéir aux ordres de ses supérieurs. » Un mois après, l'académie avertissait encore Junod que s'il persistait, il n'entrerait pas en théologie, et que s'il voulait faire des prosélytes on en avertirait le conseil d'état.

Il paraît que Jaccard et Junod se montrèrent peu soumis aux ordres de l'académie, car nous voyons leurs noms figurer de nouveau dans les registres à la date du 9 novembre. Ces étudiants sont signalés comme travaillant à faire des prosélytes parmi leurs anciens camarades et comme devant être dénoncés au conseil d'état. Du reste, Jaccard s'était déjà retiré de luimême, évitant ainsi d'être congédié par l'autorité académique.

Page 1