CHAPITRE XVI
Les imposilionnaires ne sont pas surveillés par l'académie avec moins de rigueur que les étudiants. C'est d'abord le ministre Lardon qui, ayant demandé un poste à La Côte (à Bière), paraît devant l'académie (2 mars). Celle-ci avait lieu de croire Lardon attaché à la secte qui avait provoqué diverses démissions ou sentences du gouvernement. Mais Lardon déclarant qu'il n'a pu admettre comme suffisants les motifs de ceux qui se sont séparés de l'église nationale, et qu'il n'aurait pas demandé la nomination s'il avait la moindre intention de quitter l'église, l'académie consent à le nommer en premier.
Mais voici le pasteur d'Aubonne, M. Lenoir, l'ancien constituant d'Alexandre Chavannes, qui écrit à l'académie qu'il a dû retirer sa suffragance à M. Henriquet, « parce que, malgré ses avis, celui-ci a affecté de fréquenter de préférence les affiliés de la nouvelle secte : parce qu'il a condamné ouvertement l'arrêté du conseil d'état à cet égard et déclaré que ceux que l'on appelle sectaires sont les vrais fidèles, et que la secte n'existe que dans l'église nationale. » Pauvre M. Lenoir, c'était vraiment jouer de malheur avec ses suffragants!
Il était impossible que l'excellent Dupraz n'eût pas sa part des rigueurs académiques. Comme il se présentait pour postuler la suffragance de Colombier, l'académie se souvint alors que les opinions de cet imposilionnaire avaient donné de l'inquiétude. En conséquence, on lui adresse diverses questions et entre autres celle-ci : S'il était chrétien à l'époque de sa consécration ? Dupraz répond « qu'alors il ne connaissait pas et ne croyait pas l'Evangile ; qu'il n'avait que la foi de l'esprit et point celle du cœur ; qu'il n'avait pas l'Esprit de Christ, mais l'esprit du monde, etc. » Comme il aurait pu s'y attendre, Dupraz ne fut pas nommé.
Mais celui des imposilionnaires qui, à ce moment-là, occupe le plus l'académie, c'est encore Fivaz, l'ex-suffragant d'Orbe. Le 43 avril, il se présentait en académie, comme on s'exprimait alors, pour demander la nomination en premier du poste de l'Etivaz. Fivaz, nous le savons, était un de ceux qui avaient « paru partager les opinions des sectaires actuels. )> Néanmoins, l'académie se décida à l'entendre ; elle prit connaissance de sa lettre à la municipalité d'Orbe et lui fit subir un long interrogatoire sur ses doctrines, sa prédication, ses relations avec les séparatistes (sic). Fivaz déclara adopter la doctrine de la confession helvétique, du synode de Berne, des réformateurs et de la Bible. Comme il prétendait que la liturgie proclamait le mérite des œuvres, cette parole souleva autour de lui une rumeur générale. Il accusa également le catéchisme d'Osterwald de renfermer bien des choses contraires à la confession helvétique et à la Parole de Dieu, entre autres la section sur le Saint-Esprit qui n'enseignait pas clairement la doctrine scripturaire sur ce point. Quant à ses relations avec les séparatistes, Fivaz reconnut avoir reçu chez lui un M. Sueur, de Sainte-Croix, Jaques Magnin, de Mont-la-Ville, etc. ; mais il ajouta qu'il ne voyait pas la nécessité de la séparation. Il ne restreignait pas l'église au petit nombre de ministres qui se disaient orthodoxes ; cependant, il pensait qu'on pouvait juger d'après les discours et la conduite d'un homme s'il était chrétien ou non; que, du reste, la conversion pouvait être subite mais que Ton pouvait être chrétien sans avoir l'assurance du salut, etc. On retrouvera ici une partie de l'enseignement des Pyt, des Bost et surtout de Félix Neff.
Dans cet interrogatoire qui ne se reproduirait pas facilement de nos jours, on alla même jusqu'à demander à Fivaz s'il n'avait