CHAPITRE XVI
malédiction de Dieu qui pèse sur lui , telle que Fivaz l'avait présentée; contre la foi justifiant seule; contre ce que le prédicateur avait dit de la régénération, contre l'assurance positive du salut et surtout contre les quatre articles de l'applica tion 1 . Fivaz fut taxé d'orgueil, accusé de se livrer à des jugements téméraires, de manquer de charité, de se croire inspiré. On lui déclara que tant qu'il prêcherait de cette manière, on ne lui donnerait point de cure, etc. On s'oublia même au point de prétendre qu'il avait voulu narguer la classe en écrivant son sermon sur un cahier in-quarto ; parce que la classe avait peu auparavant reproché la même chose à un autre impositionnaire (Lardon)!! Cependant Fivaz reçut aussi quelques témoignages de sympathie, entre autres du doyen Bridel, de Montreux, et du pasteur Cuénod, de la Tour, qui plaidèrent sa cause. N'ayant point été convaincu d'hérésie, il se décida à en écrire lui-même au conseil d'état (22 avril). En effet, « il savait, à n'en pas douter, que la grande majorité des pasteurs de l'église nationale étaient pélagiens et tout au plus semi pélagiens, et que d'autres étaient sans doctrine et sans foi2! » Il déclarait donc « qu'il cessait de se considérer comme membre de l'église nationale. »
Le 4 mai suivant, il était mis exactement sur le même pied que les ministres évangéliques antérieurement destitués ou démissionnaires. Par arrêté du conseil d'état, son nom était rayé du catalogue des impositionnaires, et toute fonction ecclésiastique lui était interdite dans le canton.
1 Mémoires inédits de Fivaz,.
* Idem.
Si nous avons raconté aussi longuement les faits relatifs à la sortie de Fivaz de l'église nationale, c'est que ces faits nous paraissent très propres à jeter un jour lumineux sur la situation des impositionnaires pieux en 1824. Or, c'est particulièrement au milieu d'eux que le réveil avait fait et faisait son œuvre ; ils en étaient les représentants et les ouvriers. C'est sur eux que se portait l'attention, et sur eux également que tombèrent les premiers coups. Les scènes auxquelles nous venons d'assister sont caractéristiques. Elles nous montrent l'antagonisme qui existait, à un point très marqué, entre les jeunes ministres qu'un souffle nouveau, plus spirituel, plus libéral, venait de réchauffer, et la masse du clergé, languissante et voyant de mauvais œil les atteintes portées à l'esprit de routine et au traditionalisme dans la prédication et dans la pratique. Ce dernier parti croyait avoir tout dit en criant aux nouvelles doctrines, et il était devenu si étranger aux doctrines primitivement annoncées dans l'église vaudoise qu'il ne se doutait pas que ce qu'il stigmatisait du nom de nouvelles doctrines, n'était autre chose, comme le disaient Fivaz et ses amis, que le contenu même des livres symboliques de l'église vaudoise!
En outre, c'est dans des scènes telles que celles qui viennent de se produire sous nos yeux, que l'esprit clérical des pasteurs vaudois de cette époque se montre dans tout son jour i Esprit mesquin, tyrannique, dominateur, et plus propre à détruire la vie religieuse sur le point de naître et de se développer, qu'à maintenir une saine tradition religieuse dans un pays et dans un peuple. Après cela, comment s'étonner que notre peuple soit devenu intolérant et ait poussé parfois son intolérance à un