‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 212 sur 243 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

pas un bénitier dans sa chambre? Sur ce dernier point, Fivaz répondit que, parce qu'il avait cité dans ses sermons quelques passages de la confession de foi helvétique, on l'avait accusé jusqu'à Paris d'avoir rétabli la confession auriculaire et fait construire des confessionnaux dans le temple d'Orbe. Ainsi se termina ce long entretien auquel avaient pris part le professeur Leresche qui faisait la plupart des questions, le doyen Ricou, le professeur Levade, le professeur Dufournet qui se montra le plus hostile à Fivaz, tandis que le professeur Develey l'appuyait en donnant son approbation à tout ce qu'il disait. Bien que les doutes de l'académie ne fussent pas entièrement dissipés, le postulant fut nommé en premier, selon sa demande, et l'examen achevé, il reçut du doyen Ricou, le texte de son sermon d'épreuve. (Col. III, 1,2.)

L'assemblée de la classe devant avoir lieu le 21 avril à Vevey, Fivaz se rendit la veille dans cette ville dont l'un des pasteurs, lui fit, à propos du texte qu'il avait reçu, une franche profession d'arianisme. Il lui dit que ressuscité était une figure; que c'était une idée très fausse de croire que l'homme soit incapable de faire le bien, et qu'il faille qu'il soit entièrement changé; que cette idée répugnait à la raison et que la raison jugeait les Ecritures !

Le lendemain, Fivaz prêcha son sermon et dans son exorde il prononça un vœu qui irrita la classe. Cependant l'orateur fut écouté dans le plus profond silence, qu'interrompit à peine un violent coup de poing, asséné en forme de protestation sur son banc par le pasteurC..., de Villette, lequel ne put entendre de sang-froid Fivaz déclarer que « le salut n'est point l'œuvre de

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l'homme, mais l'œuvre de Dieu, puisqu'un cadavre ne peut par lui-même se rendre la vie, le mouvement et l'être ... ! »

Après une heure et quart de délibération, le doyen dit à Fivaz que la classe n'admettait point son épreuve, parce qu'il n'avait pas traité son texte, parce qu'il avait des sentiments exagérés, etc., mais que, quand il prêcherait comme eux, ils le recommanderaient au conseil d'état. Le professeur Dufournet reprocha vivement à Fivaz d'avoir voulu braver les opinions de la classe. Il lui dit que s'il lisait la Bible dans l'original et dans la suite des passages, il penserait différemment. En parlant des ministres évangéliques, ce même professeur s'écria : « Je parie que tous vos sermons se ressemblent; vous autres messieurs, vous prêchez tous de la même manière ; qui en entend un les entend tous. On voit que vous vous êtes tous donné le mot! » « Effectivement, » répondit Fivaz, « nous nous sommes donné le mot avec Calvin et Viretl » Là-dessus, il en appela aux actes du synode de Berne, mais le professeur Gilliéron prétendit que les actes étaient pour le temps où ils avaient été composés, de même que les prédications de Jésus, de Paul, de Pierre, de Jean étaient pour les Juifs et les païens. Le professeur Dufournet reprenant la parole, rappela la lettre écrite en 1821 par Fr. Dumont à M. Curtat et la fameuse phrase: 77 nous a mis le doigt sur le péclet, etc. ; mais Fivaz compléta et rectifia cette citation en l'attribuant au doyen Curtat, qui disait aux jeunes gens réunis chez lui : « Et quoi ! messieurs* est-ce vous qui faites les chrétiens; que pouvez-vous faire autre chose que de leur mettre le doigt sur le péclet. Etes vous la porte? Etes-vous le Saint-Esprit? »

Fivaz remit le manuscrit de son sermon à M. Curtat; mais le vœu qu'il avait prononcé n'étant pas écrit, on lui tomba dessus de toutes parts. M. Curtat parla pendant près d'une demi-heure sur le danger d'une telle prédicaiion. Il s'éleva contre la doctrine de la misère totale de l'homme et l'assurance de la

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