‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 215 sur 243 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

Récit de la persécution endurée par Juvet à Ylsle et Montricher. — Réclamation adressée au conseil d'état. — Réponse de celui-ci et protestation de Juvet.

Le récit que nous allons mettre sous les yeux de nos lecteurs est dû à la plume de Juvet lui-même ; il nous paraîtrait regrettable de ne pas l'insérer ici tout entier, nulle autre description ne pouvant être plus touchante et plus éloquente à la fois.

Lausanne, 19 avril 1824.

Très honorés monsieur Je landammann et messieurs les membres du conseil d'état !

Il est urgent que vous connaissiez, dans ses détails, une visite que je viens de faire aux amis que j'ai à Montricher et à l'Isle, afin que voyant toute l'injustice et l'odieux des outrages que j'ai essuyés, vous puissiez,

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très honorés messieurs, dans votre sagesse impartiale , remédier aux torts graves qu'on m'a faits et parer incontinent aux coups pareils, qui menacent chez nous tous ceux qui, comme moi, se soumettent à l'évangile de l'Eternel notre sauveur.

J'arrivai à Montricher de bonne heure dans l'après-midi du 9 courant, et ayant pris froid à mon arrivée, je fus assez mal le lendemain pour devoir me priver de mes amis. Le 11 je fus assez bien remis pour les voir. Le 12 je prenais congé d'eux pour me rendre à L'Isle. Ayant été prié de passer au petit bourg, j'entrai dans deux maisons à une heure après midi, et ne restai que quelques minutes dans chacune. Je me hâtais pour arriver à L'Isle en plein jour. Mais au sortir de ma seconde visite, l'huissier municipal m'arrêta brusquement dans le corridor et me dit : Que faites-vous là! — Je viens de faire visite à des amis. — Oui, oui, à des amis, dit-il avec embarras, on verra. Je sortis et trouvai à côté de la maison M. le syndic avec une troupe d'hommes. Il m'adressa la même question que l'huissier, il reçut la même réponse. Il me demanda encore si j'avais beaucoup d'amis, et d'autres choses aussi hors de place ; il m'accusa de troubler la paix. Je lui dis que lorsqu'il me trouvera commettant des choses contraires au repos et à la sûreté publique, il pourra m'arrêter comme troublant la paix ; mais que j'étais à l'abri de pareilles accusations tant que je ne ferais qu'user en toute paix du droit civil et de celui de l'amitié, droit que ma qualité de citoyen vaudois, libre, me garantissait aussi bien à Montricher qu'ailleurs. — Je quitte M. le syndic et sa troupe. En remontant à mon domicile, je suis accompagné de pelotes de neige et couvert d'outrages. Bientôt après, deux municipaux et l'huissier arrivent de la part du syndic pour me signifier l'ordre de m'en aller, et ajoutent qu'ils resteront dans la maison jusqu'à ce que je sois sorti. Si cette mesure est conforme à la loi, leur dis-je, j'obéirai, c'est pourquoi je prie un municipal d'aller s'en enquérir auprès du syndic. Il revient, et pour toute loi me réitère que le syndic l'ordonne ainsi. Surpris de cet arbitraire, je prie l'Eternel de me conduire et je me décide à quitter Montricher. Mais voyant l'impression que le syndic avait donnée aux esprits, j'avais tout à craindre de la populace si je me mettais seul en chemin. J'écrivis donc à M. le syndic:

« Montricher, 12 avril 1824.

« Monsieur le syndic !

« Après la manière dont vous venez de vous conduire envers moi, quoique citoyen vaudois et libre, et voyant son influence sur le peuple de

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