‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 221 sur 243 · CHAPITRE XVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVIII

Publications regrettables et écrits hostiles au mouvement religieux. — L'Exposé des faits de Wildenspuch. — La brochure du doyen Monneron sur les nouveaux sectaires .

L'irritation excitée au sein des populations par les mesures oppressives du gouvernement y était encore augmentée par des publications dont l'une, entre autres, aurait dû provoquer la réprobation de tous les honnêtes gens !

En 1823, le tribunal suprême de Zurich avait eu à prononcer un jugement sévère et motivé sur des actes inouïs de fanatisme dont une petite commune de ce canton avait été le théâtre. A Wildenspuch, des malheureux égarés avaient été jusqu'à faire périr, en les crucifiant, deux femmes qui s'étaient, du reste, prêtées elles-mêmes avec un effrayant courage à cet horrible supplice. L'enquête judiciaire fit apparaître un lugubre mélange d^erreurs, d'ignorance, d'aveuglement et d'infamies ; de faits propres à confondre aussi bien qu'à indigner. Un récit de ces atrocités avait été publié à Zurich. En 4824, une traduction

pas un charivari donné à son intention pendant la nuit, par des individus de Gollion. Ceux-ci avaient été avertis de sou arrivée par une servante hypocrite que Juvet avait envoyée lui-même de l'isle, aux Dumont, pour les prévenir qu'il se rendait auprès d'eux. Ce courageux serviteur de Dieu emportait de sa prison le germe de la maladie de poitrine à laquelle il devait succomber l'année suivante. — Après avoir quitté ses amis, il se rendit à Lausanne, d'où il écrivit son mémoire au conseil d'état et, delà, dans sa famille, à Saint-Loup, où l'atteignit l'interdiction de retourner à L'isle.

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française, faite par un ministre vaudois, M. J.-L.-G. F****, parut à Lausanne sous ce titre : Exposé de quelques faits qui se sont passés à Wildenspuch, dans le canton de Zurich, et auxquels a donné lieu V exaltation de quelques fanatiques , condamnés par le tribunal suprême de Zurich, en i82S. Cet écrit fut abondamment répandu dans le canton de Vaud et, malheureusement, dans un but sur lequel Y avertissement et la conclusion, dus à la plume du traducteur, ne pouvaient laisser reposer aucun doute. C'était un garde-à-vous adressé aux Vaudois contre les fanatiques religieux nommés sectaires, et il ne se pouvait autrement que le mot abhoré de conventicule ne s'y rencontrât. On y montrait du doigt ceux qui tenaient des réunions religieuses et qui distribuaient des traités; les assemblées de jour et de nuit étaient attaquées comme augmentant la fermentation en rompant les liens de la famille et de la société. Or, si l'on tient compte de ce fait que la publication de Y Exposé eut lieu peu après l'arrêté du 15 janvier et presque à la veille du jour où la loi du 20 mai serait édictée, on comprendra facilement combien cette publication elle-même devait favoriser l'adoption, par l'autorité, de mesures toujours plus violentes, en excitant au plus haut degré l'opinion publique elle-même. Chose curieuse , au moment même où Y Exposé paraissait à Lausanne, on publiait à Genève et Paris une Relation des atrocités commises dans le canton de Zurich, en 1823, par une association de fanatiques ; relation toute semblable pour le fond et pour le but à YExposé, bien que renfermant moins d'allusions locales. Il y avait donc là comme une entente entre ceux qui, haïssant la vraie piété, éprouvaient le besoin de représenter celle-ci sous les traits odieux d'un fanatsmei qui ne méritait aucune compassion et que l'on pouvait persécuter en bonne conscience! Voltaire, Diderot et les encyclopédistes ne s'y étaient pas pris autrement pour attaquer plus sûrement et plus efficacement la religion chrétienne. Mais ce que ces hommes pouvaient faire,

chapitre xvm. 383 parce qu'ils ne comprenaient rien au vrai christianisme et qu'ils le confondaient avec les superstitions et les cruautés de Rome, il était indigne de ministres de l'Evangile de le faire, et indigne d'un gouvernement protestant de le permettre et de l'encourager. En effet, nous avons la conviction que cet acte aussi lâche que perfide ne se serait point accompli sans l'autorisation et sans le patronage à peu près avoué des autorités supérieures l. Il fallait préparer l'opinion à accepter sans protestation, bien plus, à réclamer en quelque sorte, la grande iniquité qui allait se commettre, et dont les premiers magistrats du peuple allaient se rendre coupables.

Ce qui montre l'inconcevable aveuglement dans lequel se trouvaient alors, même les meilleurs et les plus libéraux d'entre nos hommes politiques , c'est l'approbation donnée à des publications telles que V Exposé des faits survenus à Wildenspuch. Le Nouvelliste vaudois, par exemple , ne manqua pas d'annoncer cette brochure, ainsi que d'autres du même genre, et de citer avec complaisance des passages empruntés à Reinhardt sur le péché de fanatisme 1

Des hommes dignes du reste de toute considération, se firent également, à cette époque, l'écho des accusations les plus étranges contre les ministres évangéliques et leurs adhérents. On avait, sans la participation de MM. Chavannes, Juvet et F. Olivier, imprimé à Genève leur manifeste, sous le titre de Lettre

* «....S'il était vrai que l'on ait fait traduire et répandre à vil prix le récit des horreurs commises par les fanatiques du canton de Zurich, dans l'intention trop manifeste d'établir, entre leurs sanglantes folies et les opinions ultra-calvinistes des ministres dissidents, un rapprochement aussi absurde en principe que calomnieux dans l'application.... « {Archives du Christianisme, mars 1825.)

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des ministres orthodoxes du canton de Vaud à messieurs les membres du conseil d'état. M. le doyen Monneron, à Lonay, l'auteur des Vues d'un cosmopolite, crut devoir prendre la plume et il publia, en date du 1er mai, une brochure intitulée : Observations sur les nouveaux sectaires, pour servir de réponse à l'écrit intitulé: Lettre des ministres orthodoxes, etc. (Genève, Paris, 1824.) Dans les soixante-dix-neuf pages de sa brochure. M. Monneron s'efforce d'abord de réfuter les allégations des ministres orthodoxes touchant Y abandon de la confession de foi helvétique, sans que son argumentation aille au fond de la question. Il prétend que les ministres orthodoxes n'enseignent rien d'après la parole divine que les autres pasteurs n'enseignent eux-mêmes. Cependant M. Monneron s'exprime sur les mystères du christianisme de manière à faire croire qu'il n'était pas lui-même, en fait de doctrine, aussi exigeant qu'il l'aurait fallu : « Respectons, dit-il, adorons le mystère sublime de la rédemption; mais sachons, cependant, en détacher quelquefois nos regards pour les porter sur d'autres objets, moins importants, sans doute, mais dont la connaissance nous est néanmoins nécessaire. Agir autrement... c'est l'exagération. » L'auteur ne se montre point partisan de la doctrine de l'assurance individuelle du salut, du témoignage de l'esprit, etc. Son système sur les conditions du salut établit une égalité parfaite entre la foi et les oeuvres. Sur ce point en particulier, M. Monneron a extrêmement peur des exagérations. Il accuse les ministres orthodoxes d'avoir divinisé la foi et partant d'avoir traîné les œuvres dans la poussière!

L'auteur des Observations avoue cependant que la discipline de l'église est anéantie, comme le disnient les orthodoxes. Plus de conseil ecclésiastique! plus d'anciens dans les paroisses! La discipline des apôtres n'existe plus, celle des réformateurs pas davantage !

li est regrettable que le vénérable doyen de Lonay se soit laissé aller, dans sa brochure, à des vivacités de langage, à des

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