‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 239 sur 243 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

rès imparfaite. Personne ne le sait mieux que vous, monsieur, dont l'esprit est si juste et l'âme si élevée; nous n'avons ni jury, ni liberté de la presse, ni publicité dans la procédure criminelle, ni bien d'autres garanties fondamentales. Et pourtant nous avons été heureux jusqu'ici; nous avons béni Dieu de notre sort. Pourquoi ? C'est que la sagesse et la douceur du gouvernement d'une part et les qualités honorables des citoyens de l'autre ont suppléé aux institutions qui nous manquent. Mais si l'autorité cessait de donner une égale protection à tous les citoyens, si elle déviait de la ligne qui lui a valu l'estime et l'affection des gens de bien, si le bon sens et la moralité du peuple étaient pervertis par le spectacle d'actes de violence sans répression, en vain la foule paraîtrait-elle satisfaite, au premier moment, de la complaisance dont ses caprices auraient été l'objet, vous verriez bientôt s'élever de partout de justes sujets de plainte, et un malaise universel remplacerait le bonheur dont Dieu nous a permis de jouir jusqu'à présent.

Il y a une route si douce et si facile pour échapper aux maux que je redoute: la tolérance et l'impartialité sont des moyens si simples et en même temps si puissants de ramener tous les esprits au calme et à la raison, que je ne puis encore m'empêcher de croire que l'on s'arrêtera dans la voie de rigueur où l'on semble vouloir s'engager.

C'est à vous, monsieur, c'est à ceux qui comme vous ont tout fait pour l'indépendance et le bonheur de leur patrie, qu'il appartient d'exercer cette belle et salutaire influence. Il me paraît impossible qu'une voix aussi pure que la vôtre ne soit pas écoutée avec respect et déférence.

Peut-être trouverez-vous, monsieur, qu'il y a de la témérité de ma part à vous parler tellement à cœur ouvert; cependant, je ne le crois pas. Vous rendrez justice au sentiment qui m'a dicté cette lettre. Il y a pour tout honnête homme une vocation, je dirai même un devoir," à manifester son opinion et à user de tous ses moyens pour faire triompher ce qu'il regarde comme la vérité. Je n'ai pas besoin d'autre excuse à vos yeux.

Si vous jugez que les réflexions que je prends la liberté de vous soumettre puissent être d'une utilité quelconque, je vous prie de faire de ma lettre tel usage que vous jugerez convenable, sans craindre dans votre bonté pour moi le mécontentement de quelques personnes. Je désirerais surtout que vous voulussiez bien en faire part à notre excellent ami le général de la Harpe. Je serais bien surpris si nous ne nous entendions pas. Une vie aussi fidèle que la sienne à la cause de la liberté et des lumières, me garantit, sans que j'aie eu le bon-

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heur de causer avec lui, que nous devons être d'accord dans cette circonstance. »

On n'a rien écrit, sur la loi du 20 mai, de plus fort, de plus vrai et de plus éloquent que la lettre ci-dessus ; mais si elle était une noble et courageuse protestation de la conscience publique indignée, elle n'était toutefois pas assez puissante pour arrêter le pays dans la voie où il venait de s'engager. L'heure de la justice et de la tolérance n'avait pas encore sonné 1

TABLE DES MATIÈRES '

Préface pag. v

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