‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 238 sur 243 · CHAPITRE XX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XX

sans autre désir que delà connaître, de quelque côté qu'elle me parvînt.

Eh bien, monsieur, je dois le déclarer; à l'exception de quelques propos blâmables ou inconvenants, à l'exception d'un zèle peu mesuré, il m'a été impossible de rien apprendre qui donnât, je ne dis pas raison, mais prétexte aux rigueurs inouïes dont on use envers la minorité. J'ai cherché en vain ce qui pouvait exposer cette minorité à des violences brutales, indignes d'un peuple libre, à qui le sentiment de ses droits devrait apprendre à se respecter dans autrui, et, je n'ai rien trouvé, absolument rien. Je me suis demandé comment il était possible que ces violences restassent impunies et que ce fût constamment sur les victimes que s'appesantît la main de l'autorité, et je suis encore à chercher la solution de ce triste problème. *

Ici, M. de Staël fait allusion à des faits de persécution survenus à Vevey et à Orbe, et dont nous aurons nous-même à parler bientôt. Il continue en ces termes :

« Et ici, monsieur, remarquez dans quel cercle vicieux on s'est placé par de fausses mesures. Quand des gens impartiaux demandent quel est donc le motif de la fureur contre les mômiers, quels sont les délits qu'on leur reproche, on répond que leur religion est réprouvée par le gouvernement. Quand ensuite on demande comment le conseil souverain d'un pays libre a pu souiller son code d'une loi de proscription, on répond qu'il a été impossible de résister au vœu populaire. Ah! qu'il y a loin de cette voix du peuple, qui est la voix de Dieu, parce que c'est le sentiment inné de la justice, aux clameurs turbulentes d'une majorité impatiente de la moindre résistance à ses désirs. Est-ce donc pour prêter main-forte aux passions des hommes sans lumières que l'autorité républicaine a été instituée, n'est-ce pas au contraire pour assurer le triomphe de la justice et de la raison?

Que les opinions dogmatiques des ministres démissionnaires soient fondées ou non, qu'ils aient telle notion sur le salut par la foi ou par les œuvres, sur la prédestination ou sur toute autre de ces grandes questions religieuses devant lesquelles la faiblesse humaine reste confondue, ce n'est pas sans doute une chose indifférente en soi, mais est-il bien de nos jours un homme qui ose soutenir que de pareils sujets soient du ressort de l'autorité civile et qu'elle doit y intervenir par elle-même, ou comme exécuteur des jugements du clergé. Où en serons-nous, bon Dieu, si nos tribunaux et nos municipalités deviennent juges en matière d'hérésie, et

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s'il faut voir nos syndics et nos juges de paix transformés en inquisiteurs de la foi. C'est pourtant la seule manière rationnelle et conséquente de procéder dans la funeste voie où on s'est embarqué.

Lorsque les mesures de rigueur auxquelles on a recours seraient capables d'obtenir le résultat qu'on se propose, lors même qu'elles pourraient arrêter le mouvement religieux que l'on veut étouffer à tout prix, je n'en dirais pas moins qu'elles sont injustes et que, par conséquent elles porteront tôt ou tard des fruits amers; je n'en persisterais pas moins à croire qu'il n'est pas plus permis à un gouvernement qu'à un homme de marcher à son but per fas et nefas. Mais ce but, est-il bien vrai qu'on puisse y atteindre ainsi ? Déjà les faits déposent du contraire, déjà les prosélytes des ministres démissionnaires deviennent plus nombreux. La persécution leur concilie la pitié, l'intérêt, bientôt la faveur des âmes généreuses et de ceux-là mêmes qui, dans toute autre circonstance, auraient le plus blâmé leur exagération. Déjà leurs opinions font des progrès parmi leurs jeunes collègues restés dans le sein de l'église nationale. Plus les rigueurs augmenteront, plus les opinions acquerront de force, et bientôt une sorte de déshonneur s'attachera à ne point se séparer de la majorité qui persécute pour prendre la défense de la minorité persécutée.

Certes, je n'admettrai jamais que notre canton et son gouvernement puissent être indifférents à l'opinion des hommes éclairés et des gens de bien, dans le monde entier, mais ce n'est pas seulement la réputation du pays qui est compromise, c'est son bonheur et son repos. Quand les ministres démissionnaires et leurs amis, après avoir éprouvé mille rigueurs dans leur patrie, seront forcés par le bannissement d'aller chercher un asile à l'étranger, ils auront pour défenseurs et pour appuis non-seulement les hommes très nombreux et très puissants en Europe qui partagent leurs sentiments religieux, mais ceux qui, tout eh étant d'une opinion opposée, sont par principe et par devoir obligés à combattre l'intolérance de quelque couleur qu'elle se revête , et ceux aussi qui, ennemis de notre réformation religieuse et politique, saisiront avec empressement toutes les occasions plausibles d'intervenir dans nos affaires intérieures. Quelle serait alors la déplorable situation du gouvernement? Il se verrait à la fois en butte aux intrigues redoutables de ses ennemis et au blâme de ses amis véritables. Il serait attaqué par la force sans être défendu par l'opinion. Il réunirait contre lui les hommes les moins habitués à s'entendre.

La liberté politique dont on jouit dans le canton de Vaud est déjà

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