chapitre ur
Viret lui-même que l'on devait cette institution. Il avait, à la vérité, beaucoup et longtemps réclamé l'établissement d'une discipline ecclésiastique, calquée sur le modèle que lui fournissait son ami et compagnon d'œuvre, le grand réformateur de Genève. Mais les Bernois s'étaient opposés à la réalisation d'une telle idée et ils avaient eux-mêmes fourni le patron de ces consistoires qui, comme nous l'avons vu, étaient composés en partie de laïques, en partie d'ecclésiastiques. — Leur mission était de veiller au maintien des bonnes mœurs; ils connaissaient des infractions aux règles de la morale publique aussi bien que des délits qui sont déférés maintenant et avec raison à la décision des justices de paix.
Dans la pensée de leurs fondateurs, les consistoires devaient être une puissante barrière opposée au dérèglement des mœurs et à l'influence énervante, corruptrice de l'esprit mondain sur le peuple chrétien. Ils étaient également un important moyen de gouvernement, car ils enlaçaient le peuple de toutes parts, absolument comme un filet aux mailles serrées, et, par le fait de la présence dans les consistoires de magistrats laïques, tout ce qui pouvait être de quelque intérêt pour le souverain, arrivait à sa connaissance. Les tribunaux de mœurs avaient donc fort à faire, bien qu'en réalité ils n'atteignissent que certaines fautes grossières dont les suites étaient trop manifestes pour rester cachées, comme les cas d'impureté par exemple, ou que des péchés que nous serions tentés d'appeler véniels. Rien de plus curieux à cet égard que les procès-verbaux, ou matinaux de ces consistoires. On a peine à se défendre d'un sourire en voyant quelle espèce de délits on poursuivait avec acharnement. C'était une véritable inquisition, mais dont le faible, le petit était à peu prés la seule victime, tandis que les hommes influents, riches, bien posés dans le monde, échappaient facilement. Aussi n'y a-t il rien d'étonnant à ce que ces tribunaux aient fini par être méprisés et détestés après avoir contribué à faire perdre aux pasteurs
eux-mêmes une partie de la considération, du respect et de la confiance dont ils avaient un si absolu besoin dans l'exercice de leur ministère. L'auteur des Vues d'un cosmopolite se plaint de ce que. dès les premiers jours de l'émancipation, les ministres de l'évangile aient été frappés d'une sorte de défaveur qui ne s'expliquait point et qui, en 1831, durait encore1. Peut-être serait-ce tout simplement aux souvenirs désagréables laissés par des tribunaux où l'on voyait figurer les pasteurs, qu'il faudrait attribuer cette défaveur. On peut tout au moins supposer que ces souvenirs y contribuèrent pour une grande part et que le peuple, ne voyant dans les consistoires qu'un moyen d'oppression, enveloppa dans la même réprobation ces tribunaux et les pasteurs eux-mêmes. Du reste, ceux-ci en étaient, paraît-il, des membres assez actifs pour qu'on ait pu les accuser plus tard d'avoir mené à leur guise la barque consistoriale* .
Lorsque la révolution helvétique éclata, il y avait longtemps déjà que la puissante main du souverain bernois soutenait seule une institution condamnée par les résultats mêmes auxquels elle avait abouti. Les consistoires n'étaient plus qu'un échafaudage vermoulu, et quand l'appui que leur prêtaient les Bernois en eût été violemment et subitement écarté , l'échafaudage s'écroula de lui-même et aussitôt. Pour des esprits non prévenus et clairvoyants, cette chute était inévitable. Outre que les tribunaux de mœurs ne répondaient point, quant à leur principe générateur et à leurs formes, à l'idée que l'Ecriture sainte nous donne de la discipline évangélique, ces tribunaux n'avaient pas obtenu de la part du peuple une adhésion assez franche pour qu'ils pussent compter sur une durée indéfinie. Ils étaient un moyen de contrainte et non de persuasion et ils ne réussirent pas à se faire accepter de la population, parce qu'ils n'étaient que l'expression d'une autorité toute humaine. Les tribunaux de
■ Fréd. Monneron. Réflexions sur les affaires religieuses du canton de Vaud, 1831. - Dr Chollet ; lettre du 6 mai 1800, dans le Bulletin helvétique.