CHAPITRE IX
à Lausanne : « Nos dissensions Ihéologiques me font craindre la ville de Louis. Votre clergé nous juge avec une rigueur qui est plus que de l'injustice. » A Genève, on reprochait à M. Curtat de la passion, une âpreté mordante et sarcaslique, une connaissance imparfaite et partiale des objets dont il parlait, des absurdités (sic) enfin. Quatre ans plus tard, M. Chenevière lui-même, racontant les débats théologiques dont Genève était toujours le théâtre, rappelle que les pasteurs de Lausanne, antagonistes du clergé de Genève, avaient cessé toute relation avec ce dernier. Le professeur genevois ne manque pas de placer à la tête de ces pasteurs vaudois, M. le doyen Curtat qui a saisi, dit-il, toutes les occasions de parler et d'écrire contre le clergé genevois avec la fougue qui le caractérise1 . Pour M. Chenevière évidemment , le mot de fougue n'était qu'un terme modéré sous lequel il voilait l'amertume de son impression personnelle.
La lettre du doyen Curtat mit le sceau à la rupture entre les deux clergés et l'accusa positivement, bien que plusieurs pasteurs genevois, dit-on, n'eussent pas été fâchés en voyant donner un peu sur les doigts à M. Chenevière qui allait étourdiment de l'avant, et dont les tirades théologiques étaient empruntées aux cours du professeur Gasc, de Montauban, ou traduites de l'anglais. Au canton de Vaud, cette fameuse lettre augmenta, si possible, la considération dont y jouissait le doyen auprès des pasteurs et des étudiants en théologie2.
Si nous recherchons ce qui avait dû contribuer, d'une façon
1 Chenevière. Précis, etc., pag. 32.
* Tel de ces derniers, pourtant, condamnait le ton de cette polémique, comme acerbe et opposé à la charité. Parmi les jeunes pasteurs, M. Aug. Rochat entre autres exprimait aussi ses regrets de ce que la lettre de M. Curtat n'eût pas été écrite sur un autre ton. (L. Burnier. Notice sur A. Rochat, pag. 61.)
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toute spéciale, à inspirer au doyen Gurtat une profonde défiance à l'égard du clergé genevois, nous découvrirons, en premier lieu, le règlement du 3 mai 4817 que nous avons déjà plus d'une fois mentionné et sur lequel il n'est peut-être pas inutile de revenir ici en passant.
Le règlement promulgué par la compagnie des pasteurs était de la part de celle-ci une manifestation d'une importance que l'on a, dans la suite, beaucoup trop cherché à atténuer1. Il excluait purement et simplement de la chaire chrétienne les doctrines vitales du christianisme; celles qui en font le nerf et la saveur2. C'était un coup d'état, mais qui devait produire un effet diamétralement opposé à celui qu'en attendait la compagnie. Bien loin d'arrêter le retour à l'ancienne doctrine orthodoxe de l'église de Genève, il hâta ce retour, en enflammant d'un nouveau zèle ceux qui combattaient déjà pour cette doctrine et en réveillant fortement l'attention de ceux qui étaient restés simples spectateurs de la lutte engagée. L'impression produite par ce règlement fut grande et étendue. A Genève, il devenait l'une des causes déterminantes et peut-être la plus puissante de ces causes, de la constitution de la nouvelle église et de sa séparation positive d'avec l'église nationale. M. Bost, dans sa Genève religieuse, mentionne en effet, parmi les raisons qui légitimèrent cette séparation, « la conduite arbitraire et despotique de la vénérable compagnie. » Or le règlement du 3 mai était bien la mesure la plus arbitraire et la plus despotique
1 Le premier point sur lequel portait le règlement du 3 mai, était la divinité de Jésus-Christ ; le second, le péché originel ; le troisième, l'opération de lagrâce ou l'appel efficace ; le quatrième, la prédestination. Ce règlement devait être signé par tout ministre avant qu'il pût exercer des fonctions paslorales, et par tout étudiant avant qu'il pût être « mis à part pour le ministère de l'Evangile dans le canton de Genève. » (Voir Petitpierre ; Robert et James Haldane, tom. Il, pag. 50.)
* « Par cet arrêté anti-chrétien, dit R. Haldane (Lettre, pag. 102), la discussion de chacun des principes fondamentaux de la religion chrétienne est proscrite et exclue des chaires. »