CHAPITRE X
nève a été le théâtre, avant et après 1817. Tout ce que nous venons d'écrire sur ce sujet particulier ne se justifie à nos yeux que par la nécessité où nous sommes de tenir compte des influences genevoises qui sont venues se mêler au mouvement religieux dans notre propre canton.
Les divergences doctrinales, provoquant entre Genève et Vaud une opposition facile à comprendre, élevaient, au point de vue religieux, une barrière entre les deux pays; d'un autre côté, cependant, la défiance qui éloignait les pasteurs vaudois des pasteurs genevois, disposait les premiers à voir d'un œil sympathique les efforts de quelques chrétiens genevois pour relever au sein de leur patrie, le drapeau évangélique, que la réformation y avait autrefois planté. C'est ainsi, par exemple, que la lettre de M. Empaytaz, sur la divinité de Jésus Christ, fut lue avec empressement au canton de Vaud, où l'on se réjouit de voir le rationalisme genevois aussi ouvertement et franchement combattu l. C'est ainsi encore que, dans la lutte entre M. Chenevière et le doyen Curtat, ce dernier put être assuré qu'il avait pour lui le clergé vaudois presque tout entier. Mais si, dans notre pays, on se montrait fermement attaché aux confessions de foi et aux doctrines que nous avons énumérées précédemment, si, par cela même, on devait y être porté à encourager fortement, dans un canton voisin, le retour à ces mêmes doctrines, il ne paraît pas cependant, qu'au premier moment du moins, des hommes comme M. Malan, par exemple, aient eu directement la moindre action sur le canton de Vaud. Comme nous le verrons bientôt, l'action de ce courageux serviteur de Dieu ne s'y est fait sentir que plus tard. Ce serait plutôt à des hommes comme Ami Bosl, Henri Pyt et Félix Neff, qu'il faudrait rattacher la première influence religieuse positive et di-
• « La première secousse qui fut donnée à nos âmes, fut la conversion d'Empaytaz, » dit, à ce propos, M. le ministre Marc Ftvaz dans ses mémoires inédits.
recte de Genève sur notre canton. Ces hommes, que M. de Goltz appelle les trois grands évangèlisies du réveil1, appartenaient à cette nouvelle église, que nous avons vue naître en 1817, et sur laquelle il est nécessaire que, dans l'intérêt même de notre sujet, nous donnions ici de plus amples détails.
La nouvelle église, qui tint ses premières assemblées à YEcu de France, puis à Rive, prit, de son troisième lieu de réunion, le nom d'église du Bourg -de-Four, et enfin celui de la Pélisserie. Ses principes ecclésiastiques étaient qu'une église chrétienne ne doit admettre dans son sein que des chrétiens (réels ou du moins présumés tels, car l'homme ne peut pas répondre de n'être jamais trompé). Dogmatiquement, elle estimait que la foi en Christ suffit toute seule pour faire le chrétien, mais qu'il n'y a de vraie foi que celle qui est accompagnée de la renaissance du cœur par le Saint-Esprit. Avec de tels principes, on n'a pas besoin d'une confession de foi. La Bible ne peut avoir deux sens. Enfin, vis-à-vis de l'état, la nouvelle église maintenait le devoir de rendre à César ce qui est à César2. En un mot, comme le dit M. Bost dans ses Mémoires, l'église du Bourg-de-Four adopta un système pondérateur entre le calvinisme rigide des Anglais et l'esprit morave. C'était, dit-il également ailleurs, un calvinisme très modéré*.
Les premiers pas de la nouvelle église ne furent pas sans difficultés. Outre ce qu'il y avait de grave à entrer dans une voie absolument inconnue, à arrêter une marche ecclésiastique en-
1 Genève religieuse au XIXe siècle.
2 Bost. Genève religieuse en 1819.
3 Bost. Défense des fidèles.