‹ Histoire du movement religieux et ecclésiastique dans le canton de VaudChapitre 97 sur 243 · CHAPITRE X · texte numérisé non relu

CHAPITRE X

core sans exemple sur le continent européen, on devait s'attendre à une opposition aussi vive que diverse et étendue. Cette église, dont M. Chenevière faisait si lestement façon, lorsqu'il la disait composée de « quelques douzaines de gens séparés de l'église nationale , » avait paru assez dangereuse et redoutable au peuple de Genève pour qu'il crût devoir se livrer contre elle à des actes de violence. Le 2 juillet 1818, à propos d'un changement de local, la nouvelle église fut assaillie par une populace excitée, instrument brutal des passions soulevées contre le réveil par les défenseurs officieux de la vénérable compagnie. En butte à des calomnies et à des accusations aussi ridicules qu'injustes, elle les avait repoussées et réfutées; mais de la calomnie il reste toujours quelque chose; un mauvais levain qui agit lentement et sourdement jusqu'au jour où ce travail caché révèle les progrès qu'il a faits en éclatant dans la violence. Il faut dire, à la louange du gouvernement de Genève, qu'il procéda énergiquement contre l'émeute , qu'il sut faire taire les préjugés et les antipathies personnelles de ses membres, pour faire respecter le droit commun et la liberté religieuse. C'est ce jour-là, et dans les rangs de la troupe envoyée à la rue de Rive par le syndic de la garde, Calandrini, afin d'empêcher le renouvellement de violences aussi honteuses que regrettables, que nous voyons paraître pour la première fois un homme dont nous avons déjà cité le nom, et qui ne devait pas tarder à prendre une part active au mouvement religieux à Genève, dans le canton de Vaud et à Neuchâtel. Félix Neff, alors sergent d'artillerie dans la garnison de Genève, était encore si peu sous l'influence de ce que l'on appelait les idées nouvelles qu'il ne se gênait pas de témoigner hautement, devant les militaires et la foule assemblés à Rive, de son mépris pour les victimes des haines populaires. Tirant son sabre et l'enfonçant dans le talus du rempart, il disait: « Comme j'enfonce mon sabre dans cette herbe, ainsi je l'enfoncerai dans le ventre du premier qui ira au secours de

MOUVEM REL1G. I. 11

162 livre n.

ces gredins *. » Il n'était venu lui-même au secours de ceux qu'il désignait ainsi que par nécessité de position. Un mois après , jour pour jour, il était du nombre de ceux qu'il avait publiquement méprisés.

L'opposition de Neff avait eu pour motif ce qu'il envisageait comme des actes de fanatisme : il pensait que les partisans de la nouvelle église compromettaient la religion. D'un caractère vif et résolu , d'un esprit très clair, lorsqu'une fois il eut reconnu de quel côté était la vérité, il ne perdit pas son temps à délibérer avec lui même, et il se décida si résolument, qu'avant même d'avoir déposé l'habit militaire, il évangélisait dans le canton de Genève 2. Six mois plus tard, ayant quitté sa place, il

1 II faut voir dans cette parole déplacée, la promptitude de la jeunesse. A ce moment, en effet, Neff n'avait pas vingt ans.

1 Notre ami M. F. Nœff, pasteur à Cully, a eu l'obligeance de nous communiquerla lettre suivante complètement inédite et qui, nous l'espérons, intéressera nos lecteurs.

« Genève, 30 novembre, 1818.

» Mon cher cousin,

» Je prends la liberté de vous adresser la demande ci-après, parce qu'ayant vu votre nom sur le catalogue des fondateurs de la louable société biblique du canton de Vaud, je pense que vous ne serez pas fâché du désir que j'ai de posséder une Bible à moi. Si vous aviez la bonté de me faire livrer celle qui se trouve dans la bibliothèque de mon père vous me rendriez un grand service. Je ne demande rien d'autre de sa bibliothèque, parce que j'estime mieux une ligne de la Parole vivante du Dieu de vérité que tous les ouvrages des hommes faits ou à faire.

» Si vous avez cette bonté, je puis vous promettre que vous n'aurez pas lieu de vous en repentir et que je n'en ferai point un usage que l'on puisse désapprouver.

» Je termine en vous saluant de cœur et en vous assurant du profond respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, mon cher cousin, votre dévoué

FÉLIX N^EFF. »

» A M. N^eff-Develey, Lausanne. »

On remarquera l'orthographe primitive du nom de Félix Neff. — Ce zélé serviteur

Page 1