AUTEURS MODERNES A CONSULTER
Ampère , Histoire littéraire de la France. Boulay (du), Histoire de V Université de Paris. Botta et Léo, Histoire d'Italie.
Caumont (de), Cours d'antiquités monumentales. Châleaubriand , Etudes historiques.
Charpentier, Essai sur l'Histoire littéraire du Moyen-Âge. Cherrier (de), Histoire de la lutte des Papes et des Empereurs de la maison de Souabe.
Conde, Histoire de la domination des Arabes d'Espagne. Denys de Sainte-Marthe, Histoire de saint Grégoire-le-Grand.
x BIBLIOGRAPHIE.
Depping , Histoire des expéditions maritimes des Normands. Desmichels, Histoire générale et Précis du Moyen- Age. Du Pouvoir des Papes au Moyen- Age, par un * Directeur de Saint- Sulpice.
Filon , Histoire comparée de la France et de l'Angleterre.— Histoire de l'Europe au seizième siècle.
Fauriel, Histoire de la Gaule méridionale. Fleury, Histoire ecclésiastique.
Gaillard, Histoire de Charlemagne.
Gaillardin, Histoire du Moyen-Age.
Guizot, Essai sur la Civilisation et Cours d'Histoire moderne. Guinguené , Histoire littéraire de l'Italie.
Guérard (BJ, De la formation de l'état social de la France. —Pré face du charlulaire de Vêglise Notre-Dame de Paris.
Guignes (de), Histoire des Huns et des Mongols.
Hammer (de), Histoire de l'ordre des Assassins.— Histoire de V Empire ottoman.
Heeren, Influence des Croisades.
Henrion de Pansey, Du pouvoir municipal en France.
Huillard Bréholles, Monuments et Histoire des Normands et de la maison de Souabe dans l'Italie méridionale.
Hurter, Histoire d'Innocent III et de son époque.
Koch, Tableau des Révolutions de l'Europe.
Lacurne de Sainte-Palaye, Mémoires sur l'ancienne chevalerie.
Lanzi, Histoire de la Peinture.
Lenain de Tillemont, Histoire des Empereurs.
Lebeau, Histoire du Bas-Empire.
Lingard, Histoire d'Angleterre.
Luynes (duc de), Introduction à la traduction française de Mathieu Paris. '
Mallet, Histoire de Danemark.
Millot, Histoire des Troubadours.
Maimbourg, Histoire du schisme des Grecs.— Histoire du grand schisme d'Occident.
Montesquieu , Esprit des Lois.
Muller (de), Histoire de la Suisse.
Pardessus, Collection des lois maritimes. Pù'ster, Histoire de l'Allemagne.
Ruelle et Huillard Bréholles, Histoire générale du Moyen-Age. Savary, le Coran avec un abrégé de la vie de Mahomet. Sa vigny, Histoire du Droit romain au Moyen- Age. Seroux d'Agincourt, Histoire de l'art par les monuments. Thierry (Aug.), Lettres sur l'histoire de France. — Histoire de la conquête de l'Angleterre par les Normands. Villemain, Mélanges lut r air es.— Cours de littérature du Moyen» Age. Vitet, Fragments et Mélanges.
Yoigt, Histoire de Grégoire VII et de son siècle.
IDÉE GÉNÉRALE
Étendue de cette histoire. — Le Moyen-Age est ainsi appelé, parce qu'il tient le milieu entre les temps anciens et les temps modernes. Époque essentiellement intermédiaire et transitoire, il sert à rattacher la chaîne des traditions antiques à la civilisation des siècles plus rapprochés de nous. Eclairé en outre par une grande vue providentielle, le Moyen-Age nous montre le développement progressif d'une société nouvelle sous l'influence du christianisme. En effet, sur les ruines du monde romain qui, dès le quatrième siècle, commence à crouler de toutes parts, s établissent des nations inconnues jusque-là, et appelées par Dieu à venger Fhumanité d'une trop longue oppression. A ces nations qui fondent après avoir détruit, il faut tout ce qui est nécessaire aux peuples destinés à changer la face du monde : religion, patrie, idées et institutions nouvelles. Plus de dix siècles sont consacrés à l'accomplissement de cette transformation sociale ; commencée à la chute de l'empire d'Occident, elle finit quand l'empire d'Orient tombe à son tour sous les coups de nouveaux Barbares. On est alors parvenu au milieu du quinzième siècle. Avec cette époque, qui fut comme l'aurore des temps modernes, on voit les plus grandes découvertes s'accomplir, les Etats s'asseoir dans des limites naturelles, leur nationalité se fixer, et les langues, signe caractéristique de cette même nationalité, prendre des formes tout à fait distinctes. Mais au-dessus de toutes ces lignes de séparation marquées entre les peuples européens, domine un principe d'unité qui tend à les rapprocher tous, principe transmis aux nations modernes par le long travail du Moyen-Age.
Telle a été l'œuvre principale de cette époque : quant à son étendue, nous l'avons déjà indiquée, et il semble qu'elle ne devrait
IDÉE GÉNÉRALE
en réalité comprendre que le temps écoulé entre la double chute des deux empires d'Occident et d'Orient. Mais comme il est impossible de séparer le tableau de l'invasion barbare de la grande révolution qu'elle détermina, c'est en 395, à la mort de Théodose que, selon l'usage général, nous ferons commencer notre Histoire pour la terminer en 1453, à la prise de Constantinople par les Turcs.
Entre ces deux faits et ces deux dates, il nous reste à tracer les divisions générales qui feront saisir d'un seul coup d'œil et le plan de cet ouvrage et la marche historique des événements.
Divisio?is générales. — L'Histoire du Moyen-Age peut être partagée en quatre grandes périodes .
1° Depuis la mort de Théodose et l'invasion des Barbares jusqu'à la chute des khalifes Ommiades et l'avènement des Carlovingiens, de 395 à 752 ;
2o Depuis l'avènement des Carlovingiens et la restauration de l'empire d'Occident jusqu'au pontificat de Grégoire VII et la querelle des investitures, de 752 à 1073;
3° Depuis la querelle des investitures et les croisades jusqu'à la mort de Rodolphe de Habsbourg et la translation du Samt- Siége à Avignon, de 1073 à 1309;
4° Depuis la translation du Saint-Siège à Avignon et le grand schisme d'Occident jusqu'à la prise de Constantinople par les Turcs, de 1309 à 1453.
Ces quatre périodes sont, pour le Moyen-Age, comme les quatre phases historiques de sa vie : on y retrouve tour à tour sa laborieuse enfance, sa forte jeunesse, sa virilité glorieuse et sa vieillesse prématurée.
Caractère de la première période, — La première période voit se former, dans un pénible enfantement, les éléments divers qui doivent composer la société du Moyen-Age. Temps de guerres, de ruines et de confusion : ténèbres et chaos qui précèdent toute lumière, toute créalion en ce monde. C'est le premier tumulte de l'invasion des Barbares; tumulte suivi d'affreuses mêlées et de conquêtes plus ou moins durables. Dans les provinces violemment arrachées à l'empire, huit peuples nouveaux s'établissent ; mais quatre d'entre eux se trouvent bientôt absorbés, les Bourguignons, par les Francs; les Suèves, par les Wisigoths; les Vandales et les Ostrogoths, par l'empire de Byzance.
Réparant autant que possible les maux causés par l'invasion, l'Eglise ouvre son sein aux populations vaincues, en même temps qu'elle prêche, désarme et convertit les vainqueurs à la foi chrétienne. Tandis que sous cette salutaire direction une nation, celle
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des Francs, marque dès-lors sa place à la tête des peuples de l'Occident, en Orient une autre nation conquérante sert du fond de l'Arabie, et, à la voix de son législateur Mahomet, va porter au loin la terreur de ses armes et les principes de l'islamisme.
Caractère de la deuxième période. — Cette période indique une phase nouvelle dans la vie du Moyen-Age : après l'époque de /ormation, vient pour lui le temps de développement et de crise. Un grand homme , Charlemagne , élève un vaste empire qui tombe en pièces après sa mort, de même que les khalifats de Bagdad et de Coi doue se divisent sous les successeurs d'Haroun et d'Abdérame. L'invasion barbare, un instant comprimée, appelle des races nouvelles à de nouvelles dévastations : Normands, Hongrois et Sarrasins ravagent les jeunes royaumes nés des débris de l'empire de Charlemagne. Les deux premiers de ces peuples, soumis au christianisme, se fixent dans les pays qu'ils ont conquis : les Hongrois, aux bords du Danube ; les Normands, en Angleterre et dans l'Italie méridionale. Bientôt les Elats slaves et Scandinaves se dégagent aussi à travers les lointains horizons du Nord, et dans l'Europe centrale un nouveau système, la féodalité, vient substituer à l'anarchie sociale la seule organisation compatible avec les temps.
Caractère de la troisième période. — Cette période est, entre toutes les autres, la plus grande et la plus féconde en événements. Parvenu alors à sa maturité, le Moyen-Age recueille l'abondante moisson semée précédemment, et dont l'Eglise, qui Ta élevé et nourri, reçoit sa part légitime. Cette époque est en même temps la complète glorification du pouvoir pontifical. Deux grands faits la dominent : la querelle des investitures, puis le mouvement des croisades. D'abord, un noble et superbe génie, le pape Grégoire VII, entreprend de régénérer l'Eglise et de la venger des outrages qu'elle reçoit des princes ses oppresseurs. Dans cette lutte du sacerdoce et de l'empire , c'est la papauté qui triomphe, et, sans déposer les armes, elle précipite aussitôt l'Occident vers l'Orient pour délivrer le Saint Tombeau d'où est sorti le salut du monde. Pendant ces guerres de race et de religion, qui finissent par rapprocher l'Europe et l'Asie, Je Saint- Siège combat ailleurs pour l'indépendance de l'Italie, dont les discordes intérieures achèvent d'épuiser les efforts. Cependant l'esprit de liberté, par un irrésistible mouvement, se propage parmi les peuples : les communes se fondent, la royauté grandit en leur donnant la main : la puissance féodale, relevée par la chevalerie, jette un dernier éclat; enfin, pendant que l'Angleterre et la France préludent à leur sanglante rivalité, l'Espagne chrétienne
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poursuit contre un mahométisme impuissant les représailles commencées par les croisades.
Caractère de la quatrième période. — Ici commence le déclin du Moyen-Age; il perd peu à peu tout ce qui faisait sa force et sa gloire; et, au milieu de cette décadence, la puissance temporelle de l'Eglise tend aussi chaque jour à décroître. Dans la personne de Boniface VIII, la suprématie pontificale est niée d'abord, puis odieusement outragée. La translation du Saint-Siège à Avignon restreint pendant quelque temps sa liberté d'action et son indépendance; et à peine la papauté est-elle rentrée dans Rome, que le grand schisme d'Occident lui fait perdre aux yeux des peuples une partie de son glorieux prestige. Avec la foi dans la papauté s'affaiblissent les liens qui unissaient la grande fédération des Etats catholiques. L'hérésie, vaincue, mais non pas éteinte, avec les Albigeois, provoque de nouvelles rigueurs : Jean Huss et Jérôme de Prague semblent annoncer déjà la venue de Luther. Cependant, affranchi de toute dépendance envers la cour de Rome, l'empire d'Allemagne devient la possession définitive de la maison d'Autriche, et achève ensuite d'organiser sa constitution. Après une sourde rivalité, la France et l'Angleterre engagent une guerre à outrance. Du champ de bataille où elle a été trois fois vaincue, la France se retire hère et glorieuse d'avoir conquis sa nationalité. L'Angleterre triomphante, mais affaiblie par ses victoires, s'épuise tout à fait dans la guerre des Deux-Roses. Au nord de l'Europe, la diète de Calmar réunit sous une triple couronne les trois royaumes Scandinaves; au midi, l'Espagne, malgré ses discordes, continue de marcher vers son affranchissement. Mais si le mahométisme vaincu recule de ce côté, ailleurs victorieux, il menace l'Europe d'une invasion nouvelle. Les Turcs ottomans portent l'étendard du Prophète jusqu'aux rives du Danube ; il semble que les progrès des infidèles s'étendent à mesure que décline la puissance pontificale, naguère encore la sauvegarde de la chrétienté. L'empire grec, depuis longtemps énervé, oppose aux Turcs une vaine résistance. Le dernier des Constantins meurt sur la brèche de Constantinople, et la prise de cette ville termine l'Histoire du Moyen-Age *.
* Pour compléter le tableau qui précède, nous indiquerons, dans l'ordre chronologique, les principaux Elats fondés au Moyen-Age, et que nous diviserons en deux groupes principaux : Etait chrétiens, Etats mahométans. An premier groupe appartiennent i° les Bourguignons, établis en Gaule entre le Rhône et les Alpes (408) ; 2° les Wisigoths, qui occupèrent d'abord les deux versants des Pyrénées (413); 5° les Francs, conquérants de la Gaule sous Clovis (481); 4» les Anglo-Saxont, fondateurs de l'heplarchie dans la Grande- Bretagne (455); 5° les Ostrogoth* dont la domination en Italie (495) est rem-
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Importance relative des Etats au Moyen-Age. — Après ce coup rPœil sur l'ensemble des événements accomplis pendant ces quatre périodes, voyons, en résumé, quelle part personnelle chaque peuple y a prise tour à tour. Si, dans les voies de la Providence, les nations comme les individus ont leur mission à remplir, il importe de déterminer l'influence relative que chacune d elles a exercée sur la civilisation en général.
Partant du centre de l'Europe, nous trouvons d'abord l'Allemagne, assise au milieu des autres nations, et gardant le dépôt sacré de ses vieilles traditions avec autant de fidélité qu'elle garde le sceptre et l'épée de Charlemagne. Eclairée et aguerrie par ce prince, elle revendique pour elle la dignité impériale qu'il a restaurée, et la couronne d'Italie jointe au titre d'empereur assure aux souverains allemands une sorte de suprématie politique.
Tour à tour envahie par plusieurs races guerrières, et longtemps isolée du reste de l'Europe, l'Angleterre reçoit enfin des Normands cet esprit progressif et pratique qui sait à la fois conquérir et tirer parti de ses conquêtes. Grâce à sa position exceptionnelle, la Grande-Bretagne continue d'être, selon l'expression de Tacite, le sanctuaire de la liberté^ et la prodigieuse activité de ses habitants porte au loin, avec ses institutions, les produits de son industrie.
Devant les ennemis irréconciliables de sa nationalité et de sa foi religieuse, l'Espagne sent le besoin de retremper sans cesse au
placée par celle des Lombards (570); 6° la République ûe Venise, fondée à l'extrémité de l'Adriatique (697); 7© les Allemands, dont la nationalité commence en Germanie avec le régne de Conrad Ier (911); 8° les Hongrois , qui se fixent également en Germanie (1000); 9° les Normands, qu'on voit tour à tour l'établir en Angleterre et dans l'Italie méridionale (1066-1129); 10° Les trois Klats chrétiens d'Espagne, Caititle, Aragon et Navarre, formés du parlage des Etals de Sanche le-Grand entre les trois fils de ce prince (1055); 11» les Portugais, qui occupent la partie occidentale de la Péninsule hispanique (1159); 19° les Suisses, qui se constituent en confédération indépendante (1508). Quant aux peuples Slaves et Scandinaves, Russes, Polonais, Suédois et Danois, ils demeurent, pour ainsi dire, étrangers au mouvement européen, pendant le cours du Moyen-Age Le rôle*de l'Empire grec, sauf de rares exceptions, est aussi fort peu important à cette époque : placé comme sur les confins de deux mondes, il se borne à opposer une résistance passive aux invasions musulmanes, sous lesquelles il doit plus tard succomber (595-1455).
Dans le groupe de Étals mahométans, il faut ranger 1<> les Arabes, dont l'ère nouvelle date de 622, et qui se divisent en plusieurs dynasties, telles que les Ommiades (660). renversés par les Abossides (750), puis rétablis en Espagne (756); les Fatimiies, dont la domination sur l'Egypte et la Syrie ^909) est remplacée par celle des Ayoubites (1171 ) ; les Al mor avides qui régnent en Afrique et en Espagne (1050-1086), jusqu'à ce qu'ils soient renversés par les Almohades (U20-U65); 2<> les Gazntïvides, conquérants de la Perse (960); 5° les Seldjoucides qui commencent leurs conquêtes en Asie (1057); 4° les Mongols, fondateurs d'un des plus vastes États du monde (1206); 5W les Turcs oliotnans, destructeurs de l'Empire grec (1299-1455).
xvi IDÉE GÉNÉRALE DE L'HISTOIRE DU MOY?N-AGE.
sein de ses montagnes le noble amour de son indépendance. Dans ses rapports forcés avec les tribus les plus civilisées du peuple arabe, elle développe des tendances chevaleresques et poétiques, qui, plus tard, réagiront sur les mœurs et la littérature de l'Europe.
L'heureuse situation de quelques républiques italiennes leur permet de se livrer à un commerce étendu qui, en augmentant leur puissance, fait affluer chez elles les richesses et les productions de l'Orient, surtout à l'époque des croisades.
C'est aussi pendant les guerres saintes que la France, tour à tour puissante et affaiblie sous les deux premières races, s'empare définitivement de la direction du mouvement européen. Portée par instinct à prendre en toute chose une généreuse initiative, elle accomplit glorieusement la croisade, de concert avec les papes dont elle a fondé, puis défendu l'autorité temporelle. Nation essentiellement sympathique, elle attire et entraîne avec elle l'Europe étonnée, qui l'admire pour sa vaillance, avant de reconnaître l'ascendant de son génie.
Si tel est le rang glorieux de la France à la tête des autres fitats, au dessus de tous s'élève, pendant le Moyen- Age, la grande et majestueuse figure de la papauté. Educatrice des peuples , arbitre entre les rois, elle instruit, dirige, élève ou abaissé tout ce qui a pouvoir en ce monde. Enfin, par le plus heureux des privilèges, cette puissance, après avoir sauvé l'Europe de la barbarie, répand sur toute la chrétienté les lumières qui jaillissent des croisades, et c'est elle encore qui, en recueillant les derniers débris de la civilisation grecque, inaugure plus tard, par la main de Léon X, le siècle littéraire de la Renaissance.
DU