‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 52 sur 65 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

Royaume» chrétien» d'Espagne depuis la On du troisième siècle

Jusqu'à l'avènement de Henri IV.

L'histoire de l'Espagne perd beaucoup de son intérêt depuis que la Péninsule n'est plus menacée par les infidèles. 11 est vrai

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que le miramolin Aboul-Hassan, voulant venger la mort de son fils, dirigea encore contre l'Espagne une invasion formidable et vint sous le règne d'Alphonse XI, roi de Castille, assiéger Tarifa. Mais il fut complètement défait à la journée du Rio Salado, en 1340. Deux cent mille des siens restèrent, duVon, sur le champ de bataille, et pour fermer désormais aux Mérinides tout accès dans la Péninsule, Alphonse emporta Algésiras sur les forces combinées du miramolin et du roi de Grenade (1348). A partir de cette époque, l'Afrique ne fut plus en guerre avec l'Espagne que pour sa propre défense; mais ce que l'Espagne gagna en sécurité, elle le perdit en gloire et en éclat chevaleresque. Par une singulière coïncidence, à mesure que s'affermit l'indépendance nationale, la nation se vit peu à peu dépouillée de ses libertés. De même qu'en France > après l'expulsion des Anglais, la royauté devait concentrer dans ses mains toute l'autorité politique, en Espagne, après l'expulsion des Africains, le pouvoir monarchique tendit à se substituer à l'influence prépondérante des Cortès. Ces assemblées investies jusque-là de presque toutes les prérogatives inhérentes à la souveraineté, s'en dessaisirent au profit des rois. L'orgueil de la noblesse aragonaise aussi bien que F indépendance des villes castillanes durent fléchir devant l'ascendant du pouvoir royal. Malgré les résistances, malgré les révolutions, ce mouvement ne s'arrêta plus et fut même accéléré par la réunion de la Castille et de l'Aragou.

§ Aragon et Castille.

Agrandissement et puissance de ï Aragon. — La conquête de la Sardaigne, sous Jayme H , avait compensé pour l'Aragon la perte de la Sicile. Mais cette acquisition entraîna le royaume dans une suite de guerres avec les Génois, maîtres de la Corse, et ces guerres occupèrent tout le règne d'Alphonse IV (1327 < 1 836). Pierre IV, son (ils, dit le Cérémonieux, rechercha l'alliance des Vénitiens ; avec leur appui, il se maintint en possession de la Sardaigne et voulut s'attacher ses nouveaux sujets en leur accordant des institutions libérales (1356). Il réunit aussi à sa couronne lesîlesde Majorque, de Minorqueet d'iviça, jusqu'alors possédées par une branche de sa maison, dont les princes, pendant tout le temps de leur existence , avaient été pour les rois aragonais des rivaux et des ennemis (1375). Les deux fils de Pierre, Jean 1" et Martin, qui réguèrent successivement de 1387 à 1410, s'attachèrent comme lui à civiliser la Sardaigne. Cependant Martin, à la fin de son règne, fut obligé de réduire les Sar-

des qui avaient pris les armes pour reconquérir leur indépendance. Ce prince réunit à l'Aragon la Sicile par l'extinction de la branche cadette, qui régnait dans cette île depuis la fin du treizième siècle. Mais il mourut Tannée suivante (1410), et la maison de Barcelone finit avec lui au moment de sa plus grande puissance.

Avènement de la maison de Cas tille. — Cinq prétendants aspiraient à recueillir ce riche héritage. Les États d'Aragon nommèrent neuf arbitres qui se prononcèrent en faveur de Ferdinand de Castille, petit-fils, par sa mère Éléonore, de Pierre-le- Cérémonieux. Couronné à Saragosse en 1412, Ferdinand ne régna que quatre ans. 11 eut cependant le temps de fonder la grandeur de sa race. En effet, son fils aîné Alphonse V proclamé roi d'Aragon et de Sicile, conquit le royaume de Naples (1443), et son second fils Jean II, par son mariage avec l'héritière de Charles III, roi de Navarre (1425), réunit momentanément ce royaume à l'Aragon (1458). De Jean devait naître Ferdinand-le-Catholique , qui, par son union avec Isabelle de Castille, ouvrit une ère nouvelle pour l'Espagne.

Règne de Ferdinand IV et d'Alphonse XI en Castille. — La Castille, élevée si haut parles victoîresde Ferdinand III, s'était, malgré la valeur de Sanche IV, affaiblie par ses propres divisions. Peudant la minorité de Ferdinand IV, les rois de France, d'Aragon, de Portugal et de Grenade, appuyés par la puissante maison de Lara, s'armèrent pour placer sur le trône Alphonse de Lacerda, petit-fils d'Alphonse-lc-Sage. Mais le défaut de concert fit échouer leurs opérations; la mère du jeune roi se débarrassa du roi de Portugal par un double mariage, et du roi de Grenade par la force des armes (1297). Ferdinand, devenu majeur, rétablit le calme dans le royaume et se signala contre les Maures de Grenade. Mais sa mort prématurée (1312) livra la Ca>tille aux hasards d'une nouvelle minorité. La rivalité des Haro et des Lara se ranima plus ardente que jamais , et le roi de Grenade après avoir battu une armée castillane, reprit l'importante position de Gibraltar (1330). Mais Alphonse XI, sitôt qu'il put gouverner par lui-même, reprima les troubles avec vigueur et parvint, comme nous l'avons vu, à repousser glorieusement une dernière invasion des Mérinides. Il résolut ensuite de s'emparer de Gibraltar qu'il convoitait encore davantage depuis la prise d'Algésiras. Mais une peste terrible qui désola l'Italie, la France et l'Espagne, atteignit son armée et le frappa dans son camp (1350). Le roi de Grenade prit le deuil pour témoigner de son respect envers ce noble ennemi , et Tannée musulmane ouvrit

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ses rangs pour laisser passer le convoi qui emportait le corps d'Alphonse à Séville.

Rivalité de Pierre-le- Cruel et de Henri de Transtamare. — La mort de ce prince fut pour la famille royale le signal des plus sanglantes tragédies. Il laissait de sa femme Marie, un fils nommé Pierre qui lui succéda, et d'Éléonore de Guzman, trois fils naturels dont l'aîné, Henri, avait été nommé par lui, comte de Transtamare. La reine-mère, en exerçant une odieuse vengeance sur la malheureuse Éléonore, suscita contre son fils d'implacables inimitiés. Pierre, au reste, sembla s'attacher à justifier par ses violences et sa perfidie la haine dont il était l'objet. Après avoir persécuté ses frères, il répudia et emprisonna sa femme, Manche de Bourbon, et éloigna même sa propre mère, dont il fit périr tous les amis. De nouveaux crimes et la mort de Blanche, qui fut attribuée au poison, soulevèrent la noblesse déjà mécontente de l'amitié que le roi témoignait aux Juifs et aux Maures. Henri de Transtamare, réfugié en Frauce, intéressa à sa cause le roi Charles V, parent de Blanche de Bourbon, et reçut de lui une armée d'aventuriers français, commandée par Duguesclin. Avec cet appui , il renversa son frère et se fit couronner roi par l'archevêque de Tolède (1366).

Cependant Pierre était allé en Guyenne mendier les secours du prince Noir. L'intervention des Anglais , la défection des grandes compagnies et la défaite de Duguesclin à Najara, rétablissent un moment ses affaires. Mais il mécontente le prince Noir en lui refusant la solde convenue, et, réduità ses seules forces, il ne peut, malgré l'appui des Maures, se soutenir longtemps contre lanimadversion publique. Après avoir été repoussé de Cordoue et battu à Montiel, il s'enferme dans cette place. Sous prétexte d'une conférence, Henri réussit à l'attirer dans la tente de Duguesclin et l'y poignarde de sa propre main (1369). Ainsi périt ce prince que l'histoire a surnommé le Cruel et dont la mémoire est restée chargée de malédictions. Quelles que soient les exagérations que la haine ait pu inspirer à ses ennemis, il faut bien reconnaître qu'il fut un tyran sanguiuaire et se joua sans pudeur des serments les plus sacrés.

Avènement de Henri II et règne de Jean Pr. — L'établissement de la branche illégitime en Castille donna lieu à de longues difficultés. Le nouveau roi Henri 11 eut à lutter non-seulement contre le duc de Laucastre, fils du roi d'Angleterre, Edouard III, et gendre de Pierre-le-Cruel, mais aussi contre le Portugal, l'Ara gon, la Navarre et le royaume de Grenade. Il se débarrassa des Maures en leur accordant une trêve de vingt' ans, battit les

HISTOIRE DU MOYBN-AGK.

Portugais, se réconcilia avec l' Aragon, et, avec l'aide de la France, triompha plusieurs fois des flottes anglaises. Cette guerre toutefois remplit encore presque tout le règne de Jean I#r, fils et successeur de Henri de Transtamare (1879-1390). Elle se compliqua des prétentions malheureuses élevées par le roi de Castille sur la succession de Portugal, prétentions qui eurent pour résultat la défaite des Castillans à Aljubarota. Ën même temps, le duc de Lancastre, redoublant d'efforts, débarquait en Galice et s'y faisait proclamer roi. Jean, instruit par ses revers, usa les forces de son ennemi en se tenant sur la défensive. Le mariage de son fils Henri, avec Catalina , petite-tille du duc de Lan castre, termina enfin les hostilités, et rendit à la Castille quelques années de paix dont la mort empêcha Jean Iw de profiter.

Guerrede la Castille contre les Maures d'Afrique et de Grenade. — Henri 111, dit le Maladif, cachait dans un corps débile un esprit ferme et résolu. On le vit à peine âgé de quinze ans prendre d une main ferme les rênes du gouvernement, et contraindre à la soumission tous les ambitieux qui avaient compté tirer parti de sa faiblesse. Les Portugais furent forcés de rendre Badajoz qu'ils avaient surpris, et la flotte castillane, après s'être montrée dans le Tage, alla saccager en Afrique les repaires dt s pirates de Tétuan (1400). Encouragé par ces succès, Henri méditait de frapper un coup décisif en enlevant Grenade aux Infidèles, lorsqu'il mourut à vingt-sept ans, laissant un fils Agé seulement de quatorze mois. Son frère Ferdinand, régent après lui, poursuivit l'expédition commencée, et le nouveau roi de Grenade, Yousouf , ayant refusé de reconnaître la suzeraineté de ia Castille, les Chrétiens emportèrent d'assaut la ville forte d'Antequéra. Toutefois une trêve fut conclue en 1410, ei successivement renouvelée jusqu'à la mort de Yousouf. Sous le règne de ce prince, l'astre pâlissant des Maures jette une dernière et vive lueur. Grenade est encore le rendez-vous des étrangers, empressés d'admirer ses fêtes et ses tournois, et le souverain musulman se rend célèbre auprès des Chrétiens eux-mêmes par sa sagesse et par son équité.

Troubles de la Castille sous Jean //. — Les États de Castille avaient offert la couronne à Ferdinand, qui la refusa noblement et fit proclamer son neveu Jean II (1406). Mais il garda la régence jusqu'en 1412, époque où il fut appelé au trêne d'Aragon en remplacement de Martin-l' Ancien. Investie de la régence, la reine Catalina ne sut pas former le jeune roi à l'art difficile de gouverner les hommes dans des temps de troubles.

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Le connétable Alvarez de Luna s'empara de toute l'autorité, et mécontenta bientôt les seigneurs par l'énergie despotique de son administration» Ceux-ci prirent les armes, s'emparèrent de Tolède, entraînèrent dans leur révolte la femme et le (ils de Jean 11, et contraignirent le roi à renvoyer son favori. Mais Jean, retenu en captivité à Madrigal, s'échappe, rassemble des troupes, et, vainqueur des rebelles, rentre dans la plénitude de son pouvoir (1444). Son premier acte est le rappel du connétable, qui se fait donner la grande-maîtrise de Tordre de Saint- Jacques. De nouveaux soulèvements sont comprimés par la force. Mais aux maux de la guerre civile se joignent ceux de Ja guerre étrangère. Le roi de Navarre, Jean d'Aragon, livre la Castille à la rapacité de ses aventuriers gascons, et le roi, cédant enfin aux plaintes de ses sujets, se décide à sacrifier son favori. Alvarez de Luna, arrêté dans son palais, est décapité publiquement à Valiadolid et reçoit avec fermeté sur un échafaud la mort qu'il avait tant de fois bravée dans les batailles (U63). Cette tragique exécution termine le règne de Jean IL Celui de son fils Henri IV allait présenter les mêmes vicissitudes, et la Castille risquait de tomber dans une complète décadence, si le mariage d'Isabelle, sœur de Henri IV, avec Ferdinand d'Aragon, n'eût préparé la future grandeur de la monarchie espagnole

g II. Royaume de Portugal. — Découverte! maritimes.

Succession des rois de Portugal de la maison de Bourgogne.— Le long règne du roi Denys en Portugal fut plus heureux que brillant, et malgré ses démêlés avec le clergé, ce prince mérita d'être surnommé le Père de la Patrie. Son fils, Alphonse IV le Hardi (1325-1357), oublia les griefs qu'il avait contre la Castille, et contribua généreusement au gain de la bataille du Rio- Salado. Mais il se montra sévère jusqu'à la cruauté h l'égard d'Inès de Castro, que son fils Pierre avait épousée secrètement. Celui-ci fut poussé à la révolte parle meurtre de la femme qu'il aimait, et après son avènement au trône, il en tira une vengeance terrible, qui le fit appeler le Justicier ou le Sévère. Il voulut même que le corps d'Inès, tiré de son cercueil, fltt revêtu des habits royaux, et que les principaux seigneurs vinssent fléchir le genou devant ce cadavre défiguré. Ferdinand, qu'il avait eu d'un premier mariage, lui succéda en 1367. Ce prince intervint dans les troubles auxquels donna lieu en Castille l'usurpation de Henri de Transtamare. M aisdans cettecirconstance, il fit preuve d'une politique irrésolue et d'une indolence funeste

aux intérêts de son royaume. Avec lui s'éteignit la descendance légitime des rois de Portugal issus de Henri de Bourgogne.

Lutte du Portugal et de la Castille. — Avènement delà branche d'Avis. — Ferdinand n'avait qu'une fille, Béatrix, née d'une alliance criminelle avec Eléonore Tellès de Menèses, qu'il avait enlevée à son époux. Dans le but d'assurer sa succession à Béatrix, il la maria dès l'âge de onze ans à Jean 1er, roi de Castille, en disposant du trône pour le fils qui viendrait à naitre de cette union et en substituant son gendre à ce fils. Mais Ferdinand mourut peu de temps après ce mariage (1383), et son frère naturel, don Juan, grand-maître de Tordre d'Avis, profita de l'aversion profonde qu'inspirait aux Portugais la domination castillane, pour s'emparer de la régence. Le roi de Castille vint alors mettre le siège devant Lisbonne; il échoua, et les Etats du royaume assemblés à Coïmbre déférèrent la couronne à don Juan, connu dans l'histoire sous le nom de Jean-le- Bâtard ou le Grand. Secouru par les Anglais, ce prince livra aux Castillans et aux Français, leurs alliés, la frmeuse bataille d'Aljubarota (14 août 1385), où les Portugais restèrent maîtres du champ de bataille. Cette journée affermit la couronne sur la tête de Jean d'Avis. Toutefois la guerre continua plusieurs années encore entre le Portugal et la Castille et ne fut terminée qu'en 1401. Par la paix qui se conclut à cette époque, le roi de Castille, Henri 111, s'engagea à ne jamais faire valoir les droits de sa belle-mère Béatrix, qui n'avait point d'enfants. Jean devint ainsi le fondateur d'une dynastie de rois qui occupa le trône de Portugal depuis 1385 jusqu'en 1580.

Guerres des Portugais en Afrique. — Après avoir obtenu le maintien de son indépendance et de ses frontières, la nation portugaise, ne pouvant s'agrandir sur le continent européen, tourna tous ses efforts vers la côte africaine. Les souverains de Maroc, qui avaient si longtemps menacé l'Espagne, durent trembler à leur tour pour leur territoire. Jean 1er leur enleva la place importante de Ceuta, et arma ses fils chevaliers dans la grande mosquée de cette ville , convertie en église chrétienne (1412). Son successeur Edouard fut moins heureux. Sous son règne, une armée portugaise envoyée en Afrique, fut enveloppée par les Musulmans et n'échappa à une ruine totale que par une humiliante capitulation (1436). Alphonse V, fils d'Edouard, au sortir des embarras d'une longue minorité, rassembla pour une croisade contre les Turcs des trésors et des troupes qu'il employa plus tard contre les Maures. Ses succès en Afrique devaient lui mériter le surnom d'Africain.

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Henri, duc de Viseu, encourage les expéditions maritimes. — IVf aïs ce fut surtout par leurs découvertes maritimes que s'illustrèrent les Portugais, et l'Océan, qui semblait leur faire une barrière de ses flots, ouvrit à leur audace une vaste carrière de gloire et d'aventures. Un fils de Jean 1er, don Henri, duc de Viseu, renonçant aux honneurs et aux plaisirs, alla s'établir à l'extrémité de l'Europe sur la baie de Sagres dans les Algarves, en face de cette mer qui allait devenir le domaine de sa nation. Fort instruit lui-même dans la science de la navigation, il y fonda un collège naval et s'entoura des hommes les plus instruits et les plus résolus. Sous sa puissante impulsion, commencèrent les voyages de découvertes. Deux vaisseaux équipés à ses frais s'avancèrent à soixante lieues au-delà du cap Nun qui avait été jusqu'alors le terme des explorations portugaises. Cette fois les pilotes n'osèrent doubler le cap Bojador, défendu par ses rochers et par ses éternels orages. Cependant en cherchant à franchir ce terrible promontoire, Zarco et Texéira découvrirent deux îles dont ils prirent possession et qu'ils nommèrent l'une Puerto-Santo et l'autre Madeira, à cause des bois de madriers dont elle était couverte (1419). Quand cette dernière île eut été débarrassée par le feu de la plus grande partie de ses forêts, don Henri y lit planter des vignes de Chypre et de Malvoisie, ainsi que des cannes à sucre de Sicile; le reste des bois fut destiné à la construction des navires.

Découverte des côtes de V Afrique. —Établissement des Portugais à la Guinée. — « Cependant l'Europe était attentiv e et avait les yeux fixés sur les Portugais. Le clergé s'associait au mouvement général et prêchait les expéditions maritimes avec autant de zèle qu'il avait prêché les croisades. Des prêtres accompagnaient les navigateurs et bâtissaient une église partout où les Portugais fondaient un comptoir et une citadelle. Martin V accorda au Portugal droit de conquête et de souveraineté depuis les Canaries 1 jusqu'aux Indes, avec indulgence plénière pour ceux qui périraient dans ces expéditions (14H2). Ces concessions redoublèrent le zèle des navigateurs ; le cap Bojador fut doublé par Giléanes en 1433. Quinze ans plus tard, une compagnie d'Afrique était formée à Lagos; et les Portugais avaient doublé le cap Blanc, franchi le Tropique, dépassé l'embouchure du Sénégal,

1 Ces îles, retrouvées au quatorzième siècle par quelques marins de la Biscaye, avaient été données par Clément VI à Louis de Lacerda, qui ne put en prendre possession. Jean de Béthancourt, gentilhomme normand, acheva en U«2 la conquête des Canaries, qui restèrent sous la dépendance de la couronne de Castille.

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