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CHAPITRE VI

Suite de la rivalité entre la France et l'Angleterre depuis l'avènement de Charles VI jusqu'à l'cipulslon des) Anglais.

A peine Charles-le-Sage avait-il rejoint son fidèle conuétable dans la sépulture royale de Saint-Denis, que l'esprit de désordre qu'il avait sans cesse combattu éclata de toutes parts. Par une transformation soudaine, la politique change, les idées se troublent, les mœurs se pervertissent. Mais ce n'est pas seulement en France que règne cette confusion fatale; elle se manifeste partout en même temps, et le monde paraît en proie au vertige et à la folie. Tandis que l'Allemagne s'agite et chancelle avec son empereur toujours ivre , les maisons de Duras et d'Anjou se disputent la couronne de Naples, et l' Aragon, le Portugal combattent aussi pour une guerre de succession. Cependant, au milieu de cette agitation générale, d'autres discordes bien plus terribles couvaient sourdement en France et en Angleterre, pour embraser ensuite les deux royaumes.

UUATKIÈME PÉRIODE. — CHAIMTKE VI.

§ I«r. Minorité et démence de Charles VI. — Richard II et Henri IV

eu Angleterre.

Charles VI (1380).— A l'avénement de Charles VI, qui n'était encore âgé que de douze ans, les destinées du royaume furent livrées à la merci des oncles du jeune roi, qui prétendaient tous gouverner en son nom. Après bien des discussions, le duc d'Anjou obtint la régence, en sa qualité d'aîné, et selon la volonté du prince défunt, la garde de la personne royale fut confiée aux ducs de Bourbon et de Bourgogne. Dès le commencement de ce règne, des troubles graves eurent lieu à Paris au sujet d'impôts que le peuple refusait de payer. L'insurrection commença au marché des Innocents, et fut appelée la révolte des Maillotins, parce qu'une foule furieuse, armée de maillets, se répandit par toute la ville, confondant dans un même massacre les Juifs et les collecteurs d'impôts. Cette émeute populaire fut bientôt comprimée, aussi "bien qu'une autre sédition, dite de la Hardie, qui avait précédemment éclaté à Rouen. Cette dernière ville y perdit une partie de ses franchises municipales; Paris n'obtint son pardon qu'en payant une amende de cent mille livres; enfin, dans le Languedoc, l'autorité royale triompha également du soulèvement des Huchins, dont le chef était le célèbre Arnaud de Cervolles (1382).

Expédition en Flandre (1383). — Pendant que le régent épuisait la France, sous prétexte de réunir l'armée qu'il devait conduire en Italie (voir chap. H , p. 498), Charles VI, de son côté, se disposait à partir pour sa première campagne. Le mouvement insurrectionnel, qui de Paris s'était propagé dans toutes les parties du royaume, avait retenti jusqu'en Flandre, où la plupart des villes se trouvaient divisées par la puissante rivalité de Bruges et de Gand. La faction des Blancs Chaperons, qui dominait à Gand, avait porté au pouvoir Philippe Arteveld, le fils du brasseur- roi, et vaincu par lui, le comte de Flandre avait été forcé de venir chercher un asile et des secours en France. Le jeune Charles VI saisit avec ardeur l'occasion de se signaler par quelque brillant fait d'armes. Vainqueur des Flamands dans la sanglante bataille de Rosebec, où fut tué Philippe Arteveld (1383), il alla ensuite punir la ville de Courtray, dont les habitants avaient conservé les cinq cents éperons d'or enlevés aux chevaliers de Philippe-lc-Bel. Après cette expédition, le roi se hâta de revenir à Paris, pour se venger aussi de la population qui était accusée d'avoir fait cause commune avec les rebelles de Flandre. Les portes de la ville furent abattues, les chaînes des rues enlevées, et le supplice de l'avocat-général

Desmarets donna le signal à de nombreuses exécutions. Plusieurs autres grandes villes, qui avaient encore suivi l'exemple de la capitale, furent traitées avec la même rigueur, et toutes furent mises à rançon. Ces rudes châtiments, infligés à une bourgeoisie turbulente, n'empêchèrent pas les communes flamandes de se révolter encore contre leur comte, Louis II, de Mâle, et il fallut que le roi de France marchât de nouveau contre les Gantais qui étaient soutenus par l'Angleterre. Les hostilités, suspendues par la conclusion d'une trêve, recommencèrent à la mort du comte de Flandre, dont la riche succession venait d'échoir à son gendre , Philippe-le-Hardi, duc de Bourgogne. Ce prince, qui à des domaines déjà considérables joignait ainsi les comtés de Flandre, d'Artois et de Rhétel, eut beaucoup de peine à établir son autorité sur ses nouvelles possessions, et ce ne fut qu'avec les secours du roi de France qu'il fit enfin reconnaître sa suzeraineté par les communes flamandes.

Projets d'invasion en Angleterre (1385). — Charles VI venait de conclure avec la jeune Isabeau de Bavière l'union qui devait être si fatale au pays, lorsqu'une vaste entreprise réveilla tout à coup Tardeur nationale en France. Il ne s'agissait rien moins que de faire une invasion formidable en Angleterre, et dans ce but, on parvint à réunir une flotte composée de plus de treize cents vaisseaux, qui devait porter au-delà du détroit toute une noblesse avide de conquêtes et d'aventures chevaleresques. Ces Immenses préparatifs furent pourtant inutiles. L'entreprise échoua par suite des retards du duc de Berry, qui arriva quand la saison était trop avancée pour que la flotte pût tenir la mer, et les Anglais brûlèrent jusque dans le port les restes d'un armement que la tempête avait déjà détruit en partie. Deux autres tentatives d'invasion n'eurent pas plus de succès, et des trêves plusieurs fois renouvelées amenèrent entre les deux puissances une suspension d'armes dont les conditions principales étaient la restitution de Brest et de Cherbourg à la France, et le mariage de Richard II avec la fille de Cbarles Y

Démence du roi (1 392). — Pendant que Charles VI cherchait à se distraire dans les plaisirs du repos auquel le condamnaient les anciens conseillers de son père, un événement inattendu vint exercer sur la raison de ce jeune prince la plus déplorable influence. Pierre de Craon ayant tenté d'assassiner le connétable Olivier de Clisson, au moment où il sortait de l'hôtel du roi, celui-ci jura de venger ce crime odieux, et voulut que le duc de Bretagne lui livrât le meurtrier qui s'était réfugié auprès de

lui. Mais le duc Jean V, qui partageait la haine de Pierre de Craon contre le connétable, refusa de satisfaire à cette demande, et Charles VI, pour l'y contraindre par la force, se mit aussitôt en marche vers la Bretagne. C'était au milieu de Pété, par une journée brûlante, et le roi, suivi de ses oncles, traversait la forêt du Mans, quand, à la suite d'une apparition mystérieuse, il tomba soudain dans un accès de délire furieux. Ramené au Mans, dans un état complet de démence, le malheureux prince fut bientôt reconnu incapable de gouverner, et dès lors sa raison égarée ne sembla recouvrer quelques instants lucides que pour lui laisser voir le mal fait en son nom. En effet, les ducs de Berry et de Bourgogne s'emparèrent aussitôt du gouvernement, chassèrent Clisson et les autres conseillers du roi, qui lui-même, indignement délaissé par une épouse coupable, ne cessa de languir dans la solitude et le dénûment.

Evénements contemporains en Angleterre, — Richard II et Henri IV, 1377-1399. — Pendant cette même période, l'Angleterre n'était pas moins agitée que la France. Comme celle de Charles VI, la minorité de Richard II, petit-fils et successeur d'Edouard III, avait été troublée parles ambitieuses prétentions de ses trois oncles, les ducs d'York , de Lancastre et de Glocester. Après s'être disputé la régence, les princes avaient achevé d'épuiser le trésor public, et pour le remplir, ils avaient voulu établir des impôts contre lesquels l'indignation populaire n'avait pas tardé à protester. L'établissement d'une nouvelle taxe servit de prétexte à un soulèvement général de^aîhpagnes dont les habitants étaient excités depuis quelque temps par les dangereuses prédications des disciples de l'hérésiarque Wiclef. Cent mille paysans , sous la conduite du forgeron Wat Tyler, marchent sur Londres , s'en emparent , y commettent toutes sortes d'excès, et ne se retirent qu'après le meurtre de leur chef et sur la trompeuse promesse d'une amnistie et d'une charte d'affranchissement. Mais Richard, dont la prudence et la fermeté précoces avaient désarmé les rebelles, révoqua toutes les concessions qui lui avaient été arrachées, et fit peser sur le peuple une servitude qui n'était pas, comme sous le règne de son illustre aïeul, compensée par la gloire nationale. Après deux expéditions infructueuses en Flandre et en Ecosse (1383-1386), il ne s'affranchit de la tutelle de ses oncles que pour abandonner le gouvernement à des favoris dont la mauvaise administration nmena l'ambitieux Glocester au pouvoir. Toutefois, Richard II, qui avait d'abord cédé à l'orage, sut ensuite profiter de la division de ses ennemis, pour ressaisir Pautorité et faire enfermer

:>iO HISTOIRE DU MOYEN-AGE.

au château de Calais le duc de Glocester, qui bientôt après fut trouvé mort dans son lit.

Ces actes de rigueur, accompagnés d'exécutions sanglantes, n'eurent d'autres résultats que de soulever de nouveau la nation, dont la fierté ne pardonnait point à son souverain l'abandon récent des ports de Brest et de Cherbourg. Profilant du moment où le roi était occupé à soumettre l'Irlande, qui venait aussi de se révolter, Henri de Lancastre, dont la haine avait à se venger de nombreuses injustices, débarque tout à coup en Angleterre et se rend maître de Londres avec une armée de soixante mille combattants. Richard, abandonné des siens, est déposé, puis emprisonné dans le château de Pontefract, où il meurt assassiné, et son rival est proclamé roi sous le nom de Henri IV. Contre cette révolution dynastique, qui, en donnant la couronne à la maison de Lancastre, en privait la fille de Charles V, femme de Richard d'York, la cour de France ne fit entendre aucune réclamation. Le traité conclu en 1395 fut bien rompu, il est vrai; mais la guerre partielle qu'il avait à soutenir sur le continent n'empêcha point le nouveau roi d'Angleterre de vaincre tour à tour la révolte des seigneurs et l'agression des Gallois réunis aux Ecossais. Après avoir triomphé de Henri Hotspur, et de son père le comte de INorthumberland (1403-1408), Henri de Lancastre ne s'occupa plus jusqu'à la fin de son règne, que de faire oublier l'usurpation qui l'avait élevé au trône.

§ II. Guerre civil* entre les Armagnacs et les Bourguignons. — Bataille

d'Aûncourt.

Meurtre du duc d'Orléans (1407). — Divisés depuis longtemps par l'intérêt et l'ambition, Louis d'Orléans et Philippe de Bourgogne ne cessaient de troubler par leurs discordes le royaume dont ils auraient dû être les plus fermes appuis. Chefs des deux plus pubsantes maisons de France, ces princes avaient en partage tout ce qui pouvait entretenir leur rivalité, et leurs qualités comme leurs défauts les portaient naturellement à la tête d'un parti. Les efforts du duc de Berry pour les réconcilier n'avaient pu empêcher leurs dissensions de renaître, et une rupture violente paraissait inévitable, quand la mort enleva le duc de Bourgogne en 1404. Son fils, le comte de Nevers, héritier de ses biens et de sa haine pour le duc d'Orléans, unissait à la puissance paternelle l'éclat de sa propre gloire, et ses exploits l'avaient déjà rendu digne du nom de Jean-Sans-Peur. Fait prisonnier en 1396, à la bataille de Nicopolis, où des milliers de chevaliers français avaient péri en combattant le sultan Bajazet,

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il f" lait revenu en France, rapportait. ;les glorieux souvenirs d'une dernière croisade contre les Turcs. Un échec éprouvé devant Calais, et dont il attribuait la cause au duc d'Orléans, alluma en lui un ressentiment profond que des propos injurieux contre l'honneur de la duchesse de Bourgogne firent dégénérer en un ardent désir de vengeance. Un soir que le duc d'Orléans se rendait chez la reine , il fut égorgé au coin de la rue Barbette, par des assassins auxquels son rival avait commandé et payé le crime. Après cet attentat, le prince bourguignon, qui d'abord avait nié en être l'auteur, poussa l'audace jusqu'à en faire prononcer publiquement l'apologie , et le malheureux Charles VI fut forcé d'accorder des lettres de pardon au meurtrier de son frère.

Première lutte entre les Armagnacs et les Bourguignons (1410). La mort du duc d'Orléans, qu'un roi en démence avait été impuissant à punir, ne resta point pourtant sans vengeance. De son mariage avec Valentine de Milan, le prince défunt avait laissé trois (ils, et l'un d'eux, Charles d'Orléans, malgré son apparente réconciliation avec Jean-sans-Peur, avait juré de poursuivre les assassins de son père. Son mariage avec la fille du comte Bernard d'Armagnac, le seigneur le plus puissant du Midi, engagea ce dernier dans la querelle de son gendre, et le mit à la tète du parti opposé à celui du duc de Bourgogne. D'autres princes, jaloux de la toute-puissance que s'était arrogée Jean-sans-Peur, s'étaient aussi tournés contre lui : c'étaient les ducs de Berry, de Bourbon et de Bretagne, auxquels s'étaient ralliés les comtes de Clermont et d'Alencon. Alors éclata dans toute sa violence la querelle dite des Armagnacs et des Bourguignons, querelle qui pendant plusieurs années bouleversa toute la France, et pour venger un meurtre, fit couler des flots de sang. Ce fut d'abord dans les provinces que les deux factions engagèrent le combat. A une armée de Lorrains et de Brabançons que le duc de Bourgogne avait pris à sa solde, les Armagnacs opposèrent des bandes de Gascons mercenaires qui , pauvres, nus et affamés, ne demandaient que désordre et pillage. Pendant qu'ils ravageaient les environs de Paris, Jeansans-Peur, maître de cette ville, s'appuyait sur la corporation des bouchers, parmi lesquels il avait recruté une milice de cinq cents hommes, tous gens grossiers et cruels, habitués à verser le sang, et dont le digne chef était Técorcheur Caboche. Aidé de ces auxiliaires, le duc de Bourgogne domina par la terreur, et fit massacrer sans pitié tous les Armagnacs qui tombèrent entre ses mains.

Traités de Bourges et de Pantoise (1412-1413). À la suite de cette première lutte, les deux factions rivales avaient appelé les Anglais à leur secours, et le parti d'Orléans avait fini par conclure à Bourges un traité dans lequel il s'engageait à livrer aux étrangers la Guyenne et le Poitou. Ces honteuses conditions soulevèrent une indignation générale, et les Armagnacs, déclares ennemis du royaume, furent de nouveau dévoués aux vengeances du parti bourguignon. Assiégé plusieurs fois dans son hôtel, ie jeune Dauphin avait vu tomber sous ses yeux la tête de ses plus fidèles serviteurs, avant de souscrire aux demandes présentées par les Cabochiens. Les excès de ces hommes sanguinaires amenèrent enfin une réaction contre eux. Dans la journée du 4 avril 1413, leur faction fut complètement anéantie, et par une révolution soudaine, tout Paris quitta les couleurs de Bourgogne pour prendre l'écharpe blanche d'Armagnac. La guerre civile s'était déjà rallumée dans les provinces, quand la menace d'une invasion étrangère suspendit les discordes intérieures. Rapprochés par un commun danger, les deux partis signèrent la paix à Pontoise, et la France, bien qu'épuisée par les factions, dut réunir ce qui lui restait de forces pour repousser une nouvelle agression des Anglais.

Bataille d'Azincourt (1416). — Sous prétexte d'obtenir par les armes la stricte exécution du traité de Bretigny, le nouveau roi d'Angleterre, Henri V, venait en effet de débarquer à l'embouchure de la Seine. Ce prince, qui en 1413 avait succédé à son père Henri IV, avait déjà fait oublier par la sagesse de son gouvernement les écarts d une jeunesse orageuse. Afin de détourner l'attention publique des troubles civils et religieux causés par les Lollards, ou disciples de Wiklef , il avait cru devoir porter la guerre en France , après avoir obtenu du parlement l'entretien d'une armée de cinquante mille hommes. A la nouvelle de cette invasion, suivie du siège et de la prise d'Harfleur, toute la noblesse française avait pris les armes, et sous les ordres du connétable d'Albret avait marché contre les Anglais. La rencontre des deux armées eut lieu, en 1415, dans les plaines d'Azincourt, au milieu des circonstances les plus défavorables aux Français. Par une étrange imprévoyance , ils avaient pris position dans un terrain tout détrempé par des torrents de pluie, et l' avant-garde, entièrement composée de cavalerie, ne put combattre sur un sol mouvant qui s'enfonçait sous les pieds des chevaux. Réduits à l'immobilité, et accablés d'une grêle de traits, tous ces nobles chevaliers qui avaient voulu les premiers engager l'action furent obligés de se rendre, et, comme à Poi-

tiers, de demander encore une fois merci aux archers anglais. Tel était le nombre des prisonniers que le roi d'Angleterre s'en alarma, et craignant une révolte, il donna l'ordre barbare de massacrer ceux qu'il avait admis à rançon. Dans cette journée, la France perdit ainsi, avec dix mille hommes, la fleur de sa noblesse, sept princes et cent vingt seigneurs portant bannière. Quelques prisonniers des plus marquants furent seulement réservés, et parmi eux se trouvait le duc Charles d'Orléans, qui, dans les charmes de la poésie, devait chercher une consolation aux ennuis d'une captivité de vingt*cinq ans.

Nouveaux troubles. Assassinat de Jean-sans-Peur (1418- 1419). — Malheureusement pour la France, les chefs des deux factions qui la divisaient n'avaient point paru au champ de ba-* tailled' Azincourt, et plus que jamais ils semblaient disposés à con* tinuer la guerre civile. Resté seul à la tête de son parti, le comte d'Armagnac, sous la protection duquel s'étaient placés la reine et le Dauphin, s'empara des plus hautes places, se lit nommer connétable, et par ses violences révolta tout le monde. Un complot tramé par les partisans de Jean-sans-Peur fit entrer dans Paris un corps de troupts bourguignonnes, et la capitale fut de nouveau témoin des scènes les plus affreuses. Aux cris de mort poussés par une foule avide de vengeance, les portes des prisons où les Armagnacs avaient été jetés d'abord sont enfoncées; ils y sont massacrés au nombre de cinq mille» et le connétable lui-même est mis en pièces ainsi que le chancelier, six évôques et beaucoup de seigneurs de son parti.

Çes sanglante* exécutions, renouvelées tant de fois , ûrent enfin horreur à ceux wêeie qui les avaient ordonnées. Fatigué d'ailleurs de son alliance avec le roi d'Angleterre dont les hauteurs blessaient son amour-propre, le duc de Bourgogne désirait se réconcilier avec le Dauphin, qui, retiré au-delà de la Loire, avait pris le titre de régent du royaume. À la suite d'un premier traité conclu à Pouilly-sur-Marçe, une entrevue fut fixée au pont de Monter eau,, et les deux princes s'y rendirent, suivis chacun de dix chevaliers* Mais, au moment où Jean-sans-Peur mettait un genou en terre pour saluer le Dauphin, Tanneguy- Duchàtel et «loutres seigneurs de la suite du jeune prince, se précipitèrent sur le due de Bourgogne et le tuèrent à coups de hache. Cruelle, mais juste expiation de l'assassinat du duc d'Orléans, et qui, en ravivant les discordes intérieures, devait avoir pour conséquence de livrer la France aux mains de l'étranger!

Traité de Troyes (1420). — Héritier de la puissance et de la

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popularité du duc de Bourgogne, le jeune Philippe II, ftls de Jean-sans-Peur, avait juré à son tour de venger la mort de son père, et dans ce but s'était uni à la reine Isabeau et au roi d'Angleterre. Le résultat de cette indigne alliance fut la conclusion du honteux traité de Troyes, d'après lequel Henri V devait épouser la fille du roi de France, gouverner le royaume comme régent jusqu'à la mort de Charles VI , et enfin lui succéder, à l'exclusion des droits du soi-disant Dauphin. Par cette dernière clause, le Dauphin Charles se trouvait donc entièrement dépouillé de son légitime héritage, et c'était sa mère ellemême qui, après s'être donnée à tous les partis , avait signé le traité qui déshéritait son fils et livrait sa fille à l'ennemi de la France. Pour compléter son triomphe et la honte du pays, le roi d'Angleterre fit son entrée dans Paris, prit possession du Louvre, et ayant convoqué les États du royaume, leur fit approuver le traité de Troyes. De là il se rendit à Vincennes, siégea royalement dans le château de Saint-Louis, signa des actes importants et agit comme s'il eût été déjà le véritable roi de France.

Cependant, au milieu de toutes ces grandeurs , Henri V, quoique jeune encore, se sentait atteint d'un mal mortel, et avant de descendre au tombeau il put comprendre que la couronne de France, qui lui avait été vendue, n'était point affermie sur sa tête. On raconte que, tandis qu'il s'abandonnait à de tristes prévisions , un ermite vint le trouver et lui dit : « Dieu vous ordonne que vous vous désistiez de tourmenter son chrétien peuple de France; sinon, vous avez peu à vivre, i La prédiction du saint homme ne tarda pas à s'accomplir. Atteint de la dyssenterie, le roi d'Angleterre y succomba le 31 août 1422, et le 21 octobre suivant, Charles VI rendit aussi le dernier soupir. Le corps de ce dernier prince fut porté à Saint-Denis, a petitement accompagné pour un roi de France,» dit une chronique du temps; mais les pleurs et les regrets sincères du peuple lui servirent de cortège. On n'y vit paraître aucun des membres de la maison royale de France, car les uns avaient été tués, les autres étaient captifs ou proscrits. Un seul prince étranger suivait le solitaire convoi ; c'était le duc de Bedford, frère du feu roi d'Angleterre, qui, sur la tombe à peine fermée de Charles VI, se hâta de faire proclamer son neveu Henri VI, roi de France et d'Angleterre, par la grâce de Dieu.

OKATOÈMK PÉKIODB. — CHAPITRE VI. 545

§ III. Ourle» VII. - Miaaion de Jeanne d'Arc. — Fin de la guerre contre

les Anglais.

Charles VII (1422). — Charles, dauphin de France, se trouvait dans un de ses châteaux du Berry, lorsqu'il apprit la mort de Charles VI, son père. Quoique proscrit et déshérité per un acte signé de la main paternelle, il se fit aussitôt reconnaître roi à Poitiers, et de là transporta sa petite cour à Bourges, où il convoqua les États généraux. Ce prince, que ses ennemis appelaient ironiquement le roi de Bourges, n'avait pour lui que quelques provinces du centre, et au Midi le Languedoc et le Dauphiné, avec l'alliance des comtes de Foix et de Comminges. Ces ressources étaient bien faibles, en comparaison de celles de son jeune rival, qui, souverain de l'Angleterre, était reconnu par tout le nord de la France, à Paris, en Guyenne, et comptait en outre pour alliés les grands corps de l'Etat, ainsi que les ducs de Bourgogne et de Bretagne.

D'abord les armes de Charles VII n'éprouvèrent en effet que des revers. Avec quelques secours d'argent obtenus des Etats de Bourges, il avait commencé les hostilités; mais les Ecossais, qu'il avait appelés à son aide, s'étaient laissé battre à Crévantsur-Yonne. Une autre bataille, livrée à Verneuil, l'année suivante, avait été suivie d'une défaite encore plus sanglante, et les places occupées par le roi au nord de ia Loire étaient tombées au pouvoir des Anglais. Vainement Charles VII avait espéré se relever de ses premiers échecs, en confiant Tépée de connétable au comte de Bichemont, frère du duc de Bretagne. Richemont, malheureux dans ses entreprises, puis disgràcié par le roi, laissa son frère renouer avec le parti anglais dont il s'était passagèrement détaché, et le duc de Bourgogne, qui, de son côté, avait rompu avec le duc de Glocester, ne tarda pas à se rapprocher de son ancien allié. Tout semblait donc tourner de nouveau contre Charles VII, et profitant de son inaction, le duc de Bedford avait entrepris de forcer la barrière de la Loire en mettant le siège devant Orléans (t428).

Délivrance d'Orléans par Jeanne d'Arc (1429). Située au centre de la France et sur le grand fleuve qui la divise eu deux parties, la ville d'Orléans était alors comme la seconde capitale du royaume. Les Anglais, qui comprenaient l'importance de cette place, y avaient réuni toutes leurs forces commandées par leurs meilleurs capitaines, tels que Salisbury, Suffolk et Talbot. Jaloux de se mesurer avec eux, les plus braves chevaliers de France, La Hire, Xaintrailles, Chabannes et Dunois étaient venus défendre la ville; mais leur courage, quoique

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bien soutenu par eelui des assiégés, n'avait pu empêcher la ridicule défaite désignée sous le nom de Journée des Harengs. Déjà les troupes de la garnison, fatiguées des longueurs du blocus, s'étaient retirées, laissant à Dunois et aux habitants le som de se défendre, en attendant d'autn s secours qui n'arrivaient pas. Pendant ce temps, en effet, l'indolent Charles VII, tout occupe de ses plaisirs, « perdait gaîment son royaume, » sans nullement songer à venir en aide à ceux qui combattaient pour sa cause. Au milieu de ces désastres, le pays, déchiré par les factions, livré à l'occupation étrangère, était tombe dans un tel état de misère et de dépopulation, que pour le retirer de cet abîme de maux, il ne fallait rien moins qu'un miracle. Jeanne d'Arc parut, et le salut de la France fut dès lors assure.

Dans un village situé sur les marches de la Lorraine et de la Champagne, à Domrémy, près de Vaucouleurs, vivait une jeune fille, simple de cœur, mais cachant sous la candeur de la paysanne une âme ardente et généreuse. Elle se nommait Jeanne d'Arc. Dès l'enfance, elle avait montre un courage et un dévouement extraordinaires, et plus tard la vue des maux soufferts par son pays lui avait inspiré une pitié profonde pour les opprimés, ainsi qu'une haine violente contre les oppresseurs. Souvent, dans la solitude et au fond de forêts toutes peuplées de merveilleuses légendes, elle avait eu des visions et entendu des voix intérieures qui l'appelaient à délivrer le royaume de France. Devant une si haute mission, la pauvre fille hésita d'abord; puis f amour du pays surmontant ses incertitudes, elle résolut de suivre sa destinée, a Mon cœur saigne, répétait-elle fréquemment, quand je vois couler le sang d'un Français, d Entraînée par l'héroïque sentiment que ce mot dépeint si bien, elle partit donc au mois de février 1429, et à travers mille obstacles, se rendit au château de Chinon où elle annonça publiquement sa mission au roi. La confiance et l'enthousiasme qui l'animaient eurent bientôt dissipé les doutes et gagné tous les cœurs. Armée par Charles Vil d'une épée et d'un étendard semé de fleurs de lis, elle, est placée à la tête d'un corps de troupes qu'elle parvient à faire entrer dans Orléans. Ce secours inattendu, l'air inspiré de Jeanne d'Arc relèvent le courage des assiégés qui, la regardant comme l'envoyée de Dieu, demandent à marcher contre l'ennemi. Jeanne leur donne l'exemple, et, l'étendard en main, attaque vigoureusement les Anglais, qui, frappés de vertige, sont forcés dans leurs retranchements et se i étirent en toute hâte. Cette merveilleuse expédition, dont le résultat fut la délivrance d'Orléans, était achevée le

dimanche 8 mai 1429; huit jours avaient suffi pour l'accomplir.

Sacre du roi (1429). — Un grand coup venait d'être frappé; la France entière s'en était émue, et Jeanne d'Arc, toute préoccupée de sa mission, voulut qu'on profitât du succès pour aller faire sacrer le roi à Reims. D'abord on reprit aux ennemis quelques places fortes situées entre Paris et Orléans, telles que Jargeau et Beaugency, qui fut enlevé par Richemond, rallié de nouveau à la cause royale. Les troupes anglaises s' étant ensuite réunies près de Patay, elles y furent complètement défaites, et Talbot, leur général, y demeura prisonnier. Cette nouvelle victoire ouvrait au roi la route de Reims, et pour lui ce ne Ait plus jusqu'à cette ville qu'une marche triomphale. Les populations, accourant sur son passage, venaient grossir les rangs de l'armée, et partout, les garnisons anglaises, frappées de stupeur, abandonnaient d'elles-mêmes les villes qu'elles occupaient. Enfin, le 15 juillet 1429, Charles VII fit son entrée dans Reims, et deux jours après y fut sacré solennellement, selon le cérémonial accoutumé. Au moment où il venait de recevoir Fonction sainte, Jeanne d'Arc, qui, sans quitter son glorieux étendard, s'était constamment tenue auprès de son « gentil sire, » se jeta à ses pieds, et lui demanda la permission de quitter la cour. Dès lors, en effet, son œuvre était achevée, et l'héroïne, redevenant l'humble paysanne, se sentait irrésistiblement rappelée vers son village natal et les paisibles affections de la famille. Le roi, ne voulant point se priver d'un tel secours , refusa de la laisser partir , et Jeanne se résigna noblement au sacrifice qu'on exigeait d'elle, bien qu'à l'avance son merveilleux instinct lui en révélât les fatales conséquences.

Prise et mort de Jeanne d'Arc (1430-1431).— Le sacre de Charles VII ayant opéré une nouvelle réaction en sa faveur, la plupart des villes de l'Ile de France et de la Picardie s'étaient empressées d'ouvrir leurs portes au souverain légitime. Enivré par ce triomphe, il voulut marcher sur Paris, malgré l'avis de Jeanne d'Arc qui n'avait plus la même foi en elle-même» Cette tentative sur la capitale n'ayant pas réussi, le découragement se mit dans l'armée royale," et Charles VII se retira vers la Loire. Quant à Jeanne d'Arc, restée bravement sur le théâtre de la guerre, elle s'était jetée dans la ville de Compiègne alors assiégée par le duc de Rourgogne. Mais, dans une sortie qu'elle fit contre les assiégeants, elle fut blessée, rem ersée au pied même des remparts et prise par les Bourguignons, qui la vendirent aux Anglais pour dix mille livres. Selon une ancienne tradition, le matin même de ce jour, elle avait longtemps prié

HISTOIRE bU MOYEN-AGE.

en l'église Saint-Jacques de Coropiègne, et au sortir du lieu saint, s'adressant à la foule, comme frappée d'un soudain pressentiment: a Bonnes gens, avait-elle dit, priez pour moi, car je ne pourrai bientôt plus servir le roi ni le royaume de France. »

La prise de Jeanne d'Arc combla les Anglais de joie et d'espérance. Le duc de Bedford fit chanter un Te Deum en actions de grâces et ordonna que la prisonnière serait conduite à Rouen pour y être jugée. L'instruction du procès fut confiée à l'exévéque de Beauvais, Pierre Cauchon, que les habitants de la ville avaient chassé de son siège épiscopal comme partisan outré des Anglais. Aux questions qui lui furent adressées pour surprendre sa bonne foi ou effrayer sa conscience, l'accusée répondit avec une présence d'esprit admirable,. confondant ses juges par la simplicité de ses paroles et le calme de son innocence. Comme on cherchait à l'embarrasser sur la nature de ses visions et les moyens surnaturels dont elle avait pu se servir pour triompher partout de ses ennemis, elle fit entre autres cette belle réponse : « Pour vaincre, je n'avais qu'à dire à nos gens : Entrez parmi les Anglais; j'y entrais moi-même, et la victoire était à nous. » Condamnée d'abord à une prison perpétuelle, elle fut ensuite, sous le plus odieux prétexte, ramenée devant le tribunal qui cette fois, pour satisfaire l'orgueil et la vengeance de la nation anglaise, prononça contre Jeanne un arrêt de mort. La cruelle sentence portant qu'elle serait brûlée vive comme hérétique, relapse et apostate, fut exécutée le lendemain 30 mai 1431, sur la place du vieux marché de Rouen. En marchant au supplice, la condamnée pour ranimer son courage défaillant, demanda une croix qu'elle baisa avec respect; puis, calme et résignée, elle se livra, sans se plaindre, à ses bourreaux. Tandis que la flamme montait, elle ne cessa de prier avec ferveur, jusqu'au moment où, saisie par le feu, elle laissa tomber la tête et expira en prononçant le nom de Jésus.

On a longtemps parlé, on parlera longtemps encore de Jeanne d'Arc. La poésie a chanté ses hauts faits; l'art a consacré son image; l'histoire, gardienne de sa vie, l'éclairé de son immortel flambeau. Quel que soit le jugement porté sur sa mission, cette femme héroïque est et demeure l'un des plus beaux caractères qui aient jamais existé. Née du peuple, elle veut avant tout le délivrer du poids de ses souffrances; guerrière , elle combat pour lui; chrétienne, elle prie pour sa délivrance; martyre, elle meurt pour son salut. Avant Jeanne d'Arc, la nationalité française ne s'était pas encore complètement révélée; avec elle, on peut le dire , se personnifie pour la première fois

la jeune et noble image de la patrie qui, toute rayonnante» sort des flammes du bûcher de Rouen .

Traité d'Arras (1435). — La mort inique de Jeanne d'Arc fut pour les Anglais un crime qui tourna contre eux. Vainement, avant même l'horrible exécution, Bedford s'était hâté de faire sacrer dans l'église Notre-Dame de Paris son pâle et ché» tif roi de dix ans. Le moment approchait où la domination étrangère allait être enfin rejetée de la France. Deux grands corps de l'État, l'Université et le Parlement de Paris, commençaient à se prononcer contre les Anglais, dont l'insolence et les exactions ne connaissaient plus de bornes. La mésintelligence qui vint alors diviser le duc de Bedford et le duc de Bourgogne semblait devoir amener un rapprochement entre ce dernier prince et le roi Charles VII. Dans ce but, des conférences s'ouvrirent à Arras, où, selon les vœux de pacification exprimés par le concile de Baie, s'étaient rendus des représentants de toute la chrétienté. Des difficultés s'étant d'abord élevées, les négociations allaient être rompues, quand la mort imprévue de Bedford aplanit tous les obstacles. Dégagé de son ancienne alliance, le duc de Bourgogne consentit à signer un traité de paix qui, du reste, était tout à son avantage. Ainsi, le roi de France, désavouant le meurtre de Jean-sans-Peur, s'engageait à faire poursuivre les coupables, et cédait en outre au prince bourguignon toutes les villes de la Somme avec les comtés de Boulogne, de Màcon et d'Auxerre. Par une coïncidence digne de remarque, ce traité venait à peine d'être conclu, que la reine Isabeau de Bavière, terminait sa fatale existence, chargée de la haine et du mépris publics (i<36).

Dernières hostilités. — l^a réconciliation de Charles VII et de Philippe -le-Bon acheva de ruiner le parti anglais. Richcmond s'entendit avec l'Ile-Adam, gouverneur de Paris, pour replacer cettejville sous l'autorité du roi, qui, Tannée suivante, y rentra après une absence de près de vingt ans (1436-1437). A partir de ce moment, la guerre va traîner en longueur, sans présenter aucun événement remarquable. Furieux de leurs échecs continuels , les Anglais s'accusent mutuellement de trahison , et les oncles de Henri VI , jaloux d'obtenir le pouvoir , songent moins à combattre qu'à conclure des suspensions d'armes. Pendant que ces intrigues agitent l'Angleterre, la France elle-même est encore troublée par une guerre civile , dite de \àPraguerie, et dans laquelle le Dauphin ne craint pas de s'associer aux seigneurs mécontents des réformes apportées à l'organisation militaire. Le roi triomphe des rebelles (1440),

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et après avoir enlevé plusieurs villes au duc d'York, successeur de Bedford , il délivre les provinces des compagnies de routiers, et parcourt en vainqueur le Poitou, PAngoumois, le Limousin et la Gascogne.

Cette série de conquêtes est suspendue , en 1444, par la trêve de Tours, qui donne au faible Henri VI la main de la belle et altière Marguerite d'Anjou , fille du roi Réné de Provence. Ce mariage, conclu par l'influence de Suffolk, rival du duc de Glocester, assure en Angleterre le triomphe du parti qui désirait la paix avec la France. Toutefois, en 1448, les hostilités recommencèrent des deux côtés» Le roi qui, pendant la trêve, avait envoyé une armée d'aventuriers combattre en Suisse sous les ordres du dauphin, porta ses armes vers la Normandie, qui, entièrement reconquise, fut pour toujours réunie à la couronne (1440). La soumission de la Guyenne, opérée Tannée suivante, par les soins de Dunois , la reprise de Bordeaux et de Bayonne, annonçaient la fin prochaine de la lutte entre la France et 1 Angleterre. En effet, la bataille de Castillon où périt le vieux Talbot, l'un des héros de ces guerres, termina en 1463 cette sanglante rivalité qui avait duré plus de cent ans. Les Anglais furent enfin expulsés de la France, où ils ne conservèrent que la ville de Calais, qui demeura en leur pouvoir jusqu'au règne de Henri IL

Charles VII n'avait pas eu seulement à reconquérir son royaume, mais encore à le guérir de ses maux, à le relever de sa langueur. Une telle œuvre de restauration demandait bien des soins : elle remplit entièrement les vingt-deux dernières années de la vie d'un prince qui, pendant si longtemps, n'avait pris nul souci du déplorable état de la France. Tandis qu'aidé de ses généraux, de ses ministres et surtout de son argentier Jacques-Cœur, il réparait ainsi les fautes et les malheurs du passé, l'Angleterre, agitée à son tour par les discordes des partis et les intrigues d'une reine étrangère, préludait, sous un roi impuissant, à la guerre civile des Deux-Roses.

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