‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 54 sur 65 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

I>e« &at« ncantllnaves et Maven Jusqu'à la seconde moitié du quinzième alèele. — JLIgue Hanseatlque.

§ 1er. Rojaume» du Nord jusqu'il la rupture de l'union de Calmar.

Danemark. — Si le roi de Danemark, Eric VIII, ne périt pa* de mort violente, comme son père et son grrnd-père, son rè^ne fut troublé par les incursions sanglantes du roi de Norwége, Haquin VI, et par l'ambition des archevêques de Lunden (1286- 1319). Après lui, les violences de Christophe II, son frère et son successeur, amenèrent des révolutions, suivies d'un interrègne de quatre ans, pendant lequel le Danemark eut à souffrir tous les maux de la guerre, de la famine et de la peste. Waldemar III , appelé au trône par le vœu national, en 1340, rendit enfin quelque tranquillité à ses Etats, et par des échanges de territoires rétablit les anciennes limites du Danemark. Mais le pillage du port de Wisby rengagea dans une guerre ruineuse et incertaine contre la ligue hanséatique» Non-seulement il dut abandonner aux villes confédérées le commerce exclusif de la Baltique, mais il lui fallut encore leur engager pour quinze ans quatre de ses meilleures forteresses. Comme il mourut sans enfants mâles, l'ancienne puissance du Danemark' semblait sur le point de disparaître avec la maison régnante. Mais Marguerite,

* Filon. Uittoire de V Europe au seizième tiècle, 1. 1, p. 79.

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fi lie de Waldemar, sut, à force de génie, conserverie pouvoir, et s'en servir pour appeler les royaumes du Nord à des destinées nouvelles.

Norwége et Suède. — Mariée à Haquin VU, roi de Norwége, Marguerite se fit donner la régence en Danemark» et bientôt après en Norwége (1375-1380), au nom de son fils Olaf. La mort prématurée de ce jeune prince plaça ensuite sur sa propre tête la couronne de ces deux royaumes (1387). En même temps, les troubles de la Suède ouvraient une plus vaste carrière à son ambition. L'ordre de succession élective suivi dans ce pays était devenu une cause toujours renaissante de dissensions ; et des prétendants étrangers venaient sans cesse y contester les droits des rois Folkungiens. C'est ainsi qu'Albert de Mecklembourg, parvenu au trône en 1363 par la protection de la ligue hanséatique, ne tarda pas à mécontenter la nation. Le sénat de Stockholm, lassé de sa tyrannie, appela contre lui Marguerite, qui devait à sa sagesse et à son courage le surnom de Sémiramis du Nord. Albert, vaincu et fait prisonnier par elle à la bataille de Falkoeping, fut déposé en 1389, et toute la Suède reconnut sans opposition l'autorité de Marguerite.

Union de Calmar.— Cette grande reine résolut alors de réunir les trois royaumes en un seul et môme corps politique. A cet effet, elle convoqua à Calmar, en 1397, les États de Danemark, de Norwége et de Suède, et y fit reconnaître pour son successeur Eric-le-Poméranien, petit-fils de sa sœur Ingeburge. L'acte qui ordonnait l'union perpétuelle et irrévocable des trois royaumes fut aussi approuvé dans cette assemblée solennelle. Il portait que les trois Etats n'auraient plus qu'un seul et même roi, qui serait élu d'un commun accord parmi les descendants du roi Eric; que les trois royaumes s'assisteraient mutuellement contre tous les ennemis du dehors; que chacun d'eux, sous le gouvernement d'un roi unique, conserverait cependant sa constitution, son sénat et sa législation particulière. Mais cette union, quoique formidable en apparence, ne pouvait réaliser le plan magnifique conçu par Marguerite. Un système fédératif de trois monarchies, divisées entre elles par des jalousies réciproques, par une profonde diversité de lois tt de coutumes, n'offrait rien de solide ni de bien durable. La prédilection d'ailleurs que les rois de l'union témoignèrent en général pour les Danois, la préférence qu'ils leur accordaient dans la distribution des Charges, le ton de supériorité qu'ils affectaient surtout envers la Suède, devaient naturellement nourrir les animositéset finir par réveiller des haines séculaires.

HISTOIRE DU MOYEN-AliK.

Eric-le-Poméranienet Christophe-le-Bavarois , rois de V Union. — Marguerite gouverna paisiblement jusqu'en 1412 les Etats réunis par ses armes et par sa politique ; mais à sa mort les liens de la confédération commencèrent à se relâcher. Eric-le- Poméranien ne songea qu'à s'agrandir aux dépens de l'Allemagne et employa toutes les forces des trois royaumes à soumettre les ducs de Holstein, que soutinrent vivement les villes hanséatiques. Cette guerre fut doublement fatale à la Hanse et à l'Union Scandinave. D une part, les Anglais et les Hollandais en profitèrent pour s'emparer de tout le commerce du Nord; de l'autre, la noblesse dans les trois royaumes se servit des embarras du roi pour accroître ses privilèges et opprimer Tordre des paysans. Ceux de la Dalécarlie, en Suède , donnèrent le signal de l'insurrection; ils prirent pour chef un gentilhomme, nommé Engelbrecht, qui chassa les administrateurs danois de la province et força même le conseil de Stockholm à refuser obéissance au roi Eric (1434). Celui-ci parvint cependant à se maintenir quelque temps encore en Suède. Mais 1 influence toujours croissante du maréchal Charles Canutson entraîna sa déposition dans ce pays, et le Danemark suivit cet exemple (1439*1440).

La triple couronne Scandinave passa alors sur la tête de Christophe 111, dit le Bavarois, neveu d'Eric. Le nouveau roi se montra fidèle aux principaux articles de l'acte de Calmar, et protégea avec impartialité les libertés et les intérêts commerciaux de ses trois royaumes. Mais la mort imprévue, qui le surprit en 1448, l'empêcha de raffermir l'œuvre de Marguerite. Les Suédois saisirent cette occasion pour se donner un roi par* ticulier dans la personne de Charles Canutson (Charles VIII)* Les Danois déférèrent leur couronne à Christian d'Oldenbourg, qui tenait par les femmes au sang de leurs anciens princes. La Norwége reconnut le roi que les Danois s'étaient donné, et rat dès lors considérée comme une annexe du Danemark (1 450).

Rupture de l'union de Calmar. — Ainsi fut définitivement rompue l'union de Calmar. Les rois de Danemark réussirent, il est vrai, à reconquérir momentanément la Suède; mais leur domination passagère fut toujours soutenue par un parti et non par le vœu national. De plus, la différence de système politique chez les deux peuples fut un obstacle insurmontable au rétablissement du lien fédéral. La Suède, toute Scandinave, formait une sorte de république sous le gouvernement des administrateurs qui succédèrent à Charles Canutson. Le Danemark, au contraire, tendait à se rapprocher de l'Allemagne, surtout depuis l'annexion du Sleswick et du Holstein (1459). En effet.

l'aristocratie qui dominait en Danemark, et qui faisait dans ce pays la loi au souverain, se trouvait dans une parfaite communauté de vues et d'intérêts avec la féodalité germanique.

§ II. Ligne Hanséatique.

Organisation de la Hanse.— La Ligue Hanséatique, dont l'histoire est étroitement liée à celle des Etats du Nord, parvint durant cette période à son plus haut degré de puissance. L'association que les villes de Hambourg et de Lubeck avaient formée, dès Tan 1241, pour la protection de leur commerce, s'était par l'accession d'une foule de cités commerçantes étendue peu à peu des bouches de l'Escaut jusqu'au fond de la Livonie. Le premier acte constitutif de la Ligue Hanséatique fut rédigé dans une assemblée générale à Cologne (l 364). Toutes les villes alliées, tant du littoral que de l'intérieur, furent alors réparties en trois quartiers ou cercles, le Wenède, le Weslpholien et le Saxon, auxquels on ajouta plus tard celui de Prusse et Livonie. Les limites de ces différents cercles et leurs capitales varièrent souvent ; mais les assemblées générales se tinrent régulièrement tous les trois ans dans la ville de Lubeck , regardée comme le chef-lieu de toute la ligue.

Puissance de la Ligue. — A la fin du quatorzième siècle, époque la plus brillante de la Ligue Hanséatique, les députés de plus de quatre-vingts villes siégeaient dans ses assemblées, où les principales puissances de l'Europe se faisaient représenter. Maîtresse exclusive du commerce de la Baltique, la confédération exerçait librement le droit de paix et de guerre, concluait des alliances, équipait de puissantes flottes, faisait la guerre aux souverains du Nord > toutes les fois que ceux-ci entreprenaient de troubler le monopole et les privilèges dont elle jouissait. Son négoce consistait surtout en provisions pour la marine et en productions des contrées septentrionales qu'elle échangeait contre les épiceries de TOrient, et les étoffes de l'Italie et des Pays-Bas. Elle avait établi partout des comptoirs et des magasins, dont les principaux étaient à Bruges pour la Flandre, à Londres pour l'Angleterre, à Novogorod pour la Russie, à Bergen pour la Norwége. Enfin la pèche du hareng qui, à cette époque, se trouvait en abondance sur les côtes de la Scanie, était pour la Ligue Hanséatique une mine d'autant plusabondante que toute l'Europe observait alors les carêmes.

Causes de sa décadence. — Mais cette prospérité n'était point solide. Dépourvue* de matières premières et de grandes manufactures, les villes baoséatiques étaient réduites au commerce

d'exportation. Aussi leur importance devait diminuer dès que les autres nations feraient des progrès dans la voie de l'industrie et produiraient par elles-mêmes. De plus, le défaut d'union entre les villes, leurs factions et divisions intestines, les distances qui les séparaient les unes des autres ne leur permirent jamais de fonder une puissance territoriale ou coloniale. Elles ne surent pas même te ménager la possession du Sund , dont le roi Eric— le-Poméranien ferma le passage en construisant Elseneur. Les vaisseaux anglais et hollandais pénétrant dans la Baltique, sous la protection des rois de Danemark, commencèrent à faire à la ligue uue concurrence ruineuse. Lassées de contribuer à des guerres qui obéraient leurs finances , plusieurs villes se détachèrent de la confédération. D'autres rentrèrent sous l'autorité de leurs anciens seigneurs, lorsque l'anarchie de l'empire qui avait tant contribué à la grandeur de la Ligue fit place à un gouvernement plus régulier.

Vers la fin du quinzième siècle, la découverte de l'Amérique, en ouvrant au commerce des voies nouvelles, porta à la Hanse un coup dont elle ne put se relever. Sa dissolution devint corn* plète, et de cette confédération jadis si puissante, il ne resta plus que les trois villes de Brème, de Lubecket de Hambourg, qui ont conservé jusqu'à nos jours leur indépendance. Toutefois, il no faut pas oublier les améliorations dont le droit maritime est redevable à la Ligue Hanséatique. Partout où elle domina, elle abolit le cruel usage qui accordait les biens des naufragés aux habitants des côtes où le sinistre avait eu lieu ; partout aussi elle détruisit la piraterie et proclama même la maxime de la liberté des mers; enfin grâce à elle, le Nord de l'Allemagne se couvrit deeanaux, qui y portèrent une prospérité jusqu'alors inconnue.

§ III. Etat* «laves et Ordre Teutouîquc.

Russie ; son asservissement. — Pendant toute la dernière période de l'histoire du Moyen- Age, la Russie fut accablée sous le joug humiliant dos Tartarcs du Kaptschak ou Horde-d'Or. Les grands ducs de Wladimir, de même que les autres princes russes, étaient obligés de demander au Khan la confirmation de leur dignité, et les différends qui s'élevaient entre eux étaient également soumis à la décision de ce prinee étranger. Sommés de comparaître devant lui, ils se voyaient condamnés aux traitements les plus ignominieux et souvent même à la mort. C'est ain»i, qu'en 1818, le grand-duc Michel Iarolawitsch fut exécuté dans la horde, et que son fils, Dimitry, eut le même aort en

1326. Les redevances que les Khans n'exigeaient d'abord que sous forme de dons gratuits furent converties dans la suite en tributs ordiuaires. Béréké-Khan, successeur de Batou, fut le premier qui fit lever les tributs par des officiers tartares , dont Le chef résidait à Wladimir, dans ie palais même du grand-duc. Ses descendants appesantirent encore le fardeau des taxes, et assujettirent même les princes russes à des services militaires.

Démembrement de la Russie. — Dans cet état de complet asservissement, la dignité grand-ducale cessa d'être reconnue par les princes inférieurs, qui se partageaient la domination de la Russie. Ceux de Rézan, de Twer, de Smolensk, et d'autres encore, prirent le titre de grands-ducs, et distribuèrent en cette qualité des apanages et des territoires. Ces partages et les troubles qui en furent la suite encouragèrent alors les Lithuaniens et les Polonais à démembrer la partie occidentale de l'ancien empira russe. Gédimin, qui fut proclamé grand-duc de Lithuanie, en 1 815, fonda Wilna, et, à la suite de plusieurs victoires remportées sur les Russes et les Tartares» s'empara de la ville et de la principauté de Kiew (1820), Tout l'ancien duché de Kiew, avec ses dépendances en deçà du Dnieper, fut réuni successivement à la Lithuanie, qui se rendit redoutable à ses voisins. Mais les Polonais, profitant à leur tour des dissensions qui divisaient les successeurs de Gédimin , attaquèrent la Russie au midi, et se rendirent maîtres de la Russie rouge. Puis ils enle~ vèrent aux Lithuaniens et à leur grand-duc Olgerd, la Voihynie et la Podolie, dont ceux-ci avaient dépouillé les Russes (1 340- 1349).

Lutte des Russes contre les Tartares.— Le vaste empire fondé par Rurik se trouva alors réduit au grand-duché de Wladimir, dont la capitale avait été fixée à Moscou dès le commencement du quatorzième siècle. Vers 1328, ce duché fut conféré par le khan du Kaptschak à Ivan Danilowitsch , qui le transmit à ses descendants. Dimitry, petit- fils d'Ivan , voyant l'affaiblisse*» ment de la Horde-d'Or, résolut d'essayer ses forces contre les ïartares. Assisté de plusieurs princes, ses vassaux, il remporta en 1 380, auprès du Don, sur le khan Mamaî, une victoire signalée, la première qui illustra les Russes, et qui valut à Dimitry l épithète glorieuse de Donsky. Ce prince ne tira cependant aucun parti avantageux de ce grand succès. Toktamisch-Khan, après avoir renversé Marnai, poussa en 1382 jusqu'à Moscou, saccagea cette ville, et égorgea la plu6 grande partie des habitants. Dimitry fut forcé d'implorer la clémence du vainqueur et de donner son fils en otage. Vaaili II, son successeur, releva

Moscou de ses ruines, et opéra la réunion de plusieurs principautés secondaires (1389-1425). Mais la fondation du royaume tartare de Kasan vint occuper toutes les forces des Moscovites et retarder leur émancipation. Sons Vasili III, Moscou fut même incendié parle khan Mahmet (1441). Ce fut au reste le dernier succès important des Tartares, qui, s'étant quelques années après présentés de nouveau devant Moscou, en furent repoussés à coups de canon. Par sa politique et par ses armes , Vasili prépara le règne glorieux d'Ivan 111, qui devait rendre à Pempire russe son indépendance et son unité.

Ordre Teutonique; sa grandeur et sa décadence. — Depuis la chute des dernières colonies chrétiennes de la terre sainte, Tordre teutonique s'était concentré dans ses établissements de Prusse, et avait fixé son chef-lieu à Marienbourg, ville nouvellement construite à l'embouchure de la Vistule (1309). Non contents de leurs anciennes conquêtes, les chevaliers enlevèrent aux Polonais, en 1 3 1 1 , la Poméranie de Dantzick ou Pomérellie, qui leur fut cédée définitivement avec les pays de Culm et de Michaïlow, par le traité de Kalisch (1 343). La ville de Dantzick, qui en était la capitale, s'agrandit considérablement sous la domination des Teutoniques, et devint un des principaux centres du commerce de la Baltique. A la même époque, la conquête de la Lithuanie tenta l'ambition de l'ordre qui, sappuyant sur une prétendue donation de l'empereur, Louis de Bavière, conduisit plusieurs croisades contre les Lithuaniens encore païens. Cette lutte meurtrière dura près d'un siècle. Mais les grands-ducs, se relevant plus terribles après leurs défaites, défendirent l'indépendance de leurs Etats avec une admirable persévérance ; et ce ne fut qu'à la faveur des divisions de la famille grand-ducale que les Teutoniques réussirent à se faire céder la Samogitie, par le traité deBazionscb (1404).

Cette époque fut l'apogée de la grandeur de l'ordre teutonique. Ses conquêtes, réunies à celle des chevaliers livoniens qui avaient acquis l'Esthonie en 1347, s'étendaient alors depuis l'Oder jusqu'au golfe de Fiulande ; une population proportionnée au territoire, des finances bien ordonnées et un commerce florissant semblaient lui assurer une domination durable. Cependant la jalousie de ses voisins, l'union de la Lithuanie avec la Pologne, la conversion des Lithuaniens au christianisme qui privait les chevaliers du secours des armées croisées, devinrent bientôt funestes à Tordre et accélérèrent sa décadence. Dès Tan 1409, les Lithuaniens rentrèrent dans la Samogitie, et l'année suivante Je grand -duc Jagellon, roi de Pologne, rero-

Ut A IKIÈA1E PÉRIODE. — CHAPITRE VIII. 505

porta sur les Teutoniques la victoire de Tanneberg, si funeste à leur prépondérance. Ils furent aussi obligés d'abandonner la Sudavie par une suite de traités désavantageux (1422-1436). D'autre part le gouvernement oppressif des chevaliers, et leurs guerres incessantes qui entraînaient sans cesse des impôts accablants décidèrent les nobles et les villes de Prusse et de Poméranie à se placer sous la protection des rois de Pologne. Cette protection leur fut accordée par l'acte de soumission qu'il» signèrent envers ce royaume en 1454 : il s'ensuivit de longues hostilités, terminées enfin par la paix de Thorn (1466). La Pologne reprit toute la Poméranie, et l'ordre ne conserva le reste de la Prusse qu'en promettant de prêter foi et hommage aux rois Polonais. Les Teutoniques transférèrent alors le siège du gouvernement à Kœnigsberg, où il resta jusqu'à l'époque où l'ordre fut dépouillé de la Prusse par la maison de Brandebourg K

Polcgne. — Au commencement du quatorzième siècle , la Pologne avec la Silésie était tombée sous la dépendance de la Bohème. Wladislas Lokietek ou le Nain reconstitua la nationalité polonaise par la réunion des duchés de Posnan et de Kalisch, et se fit couronner roi de Pologne à Cracovie en 1320. La dignité royale devint alors permanente dans ce pays et fut transmise à tous les successeurs de Wladislas. Ce prince eut pour successeur immédiat son fils Casimir-le-Grand, qui renonça en faveur des rois de Bohême à ses droits de haute souveraineté sur la Silésie, mais depuis compensa cette perte par l'acquisition de plusieurs provinces russes (Russie Rouge, Volhynie, Podolie). Sous son règne une révolution arriva dans le gouvernement de la Pologne. N'ayant point d'enfants, Casimir résolut d'assurer sa succession à son neveu Louis, fils de Charobert, roi de Hongrie, et fit approuver cette transmission de la couronne par rassemblée de Cracovie (1339). La noblesse polonaise ne consentit toutefois à annuler les droits légitimes des différents princes de la maison de Piast que pour avoir l'occasion de s'ingérer dans l'élection des rois et de limiter leur pouvoir. Des députés envoyés en Hongrie du vivant même du roi Casimir firent souscrire au roi Louis un acte qui portait qu'à son avènement à la couronne, il déchargerait la noblesse de toute taille et contribution , que jamais il ne lui imposerait aucun subside et que dans ses voyages même il ne prétendrait rien pour l'entretien de sa cour. Ainsi furent jetées les bases de

* Voir Kocb, TM. dt* Révolut., pér. V, p. 410 et suiv.

la constitution républicaine et aristocratique qui allait désonnais dominer en Pologne.

Avènement des Jage lions. — À la mort de Casimir qui fut le dernier mâle de la race de Piast (1370), Louis de Hongrie, dit le Grand, monta sur le trône de Pologne. Quelque temps avant sa mort, il lit décider par une diète, réunie en 1382, que son gendre Sigismond de Luxembourg serait son successeur dans ses deux royaumes. Mais les Polonais rompirent leura engagements pour déférer leur couronne à Hedwige , 111 le cadette de Louis; puis ils obligèrent Hedwige d'épouser Jagellon, grandduc de Litnuanie, qui offrait d'incorporer la Lithuanie à la Pologne, et de renoncer au paganisme pour embrasser avec son peuple la religion chrétienne. Jagellon reçut au baptême le non de Wladislas ; il fut couronné roi de Pologne à Cracovie en 1386, et fidèle à ses engagements, il opéra en peu d'années l'entière conversion de ses sujets. La Lithuanie, toutefois, conserva encore pendant près de deux cents ans ses grands-ducs particuliers sous la souveraineté de la Pologne. Mais du moins ces deux pays, longtemps divisés d'intérêts et ennemis acharnés, furent unis désormaispar les lieus d'une politique commune. A partir de cette époque, la Pologne, plus forte que la Russie et que Tordre teutonique, va devenir la première puissance du Nord.

Puissance de /' aristocratie. — La révolution aristocratique continua sous les lagellons. Le fondateur de cette dynastie n'obtint l'agrément des grands de Pologne pour transmettre la royauté à son fils, Wladislas VI, qu'en leur* accordant de nouveaux privilèges. 11 fut le premier des rois polonais qui , pour se ménager un impôt extraordinaire, appela en 1404 a la diète tas nonces ou députés de la noblesse, et qui établit l'usage des diétines. Sous son second fils, Casimir IV, le pouvoir de ces nonces devint tel que, sans leur concours, il n'y eut plus ni diète légitime, ni impôt obligatoire, ni loi valable. Enfin, le droit de succession mixte, exercé par les descendants de Jagel- Ions, avec le consentement des nobles, lit place dans la seconde moitié du seizième siècle à l'élection pure et simple.

Hongrie, mis les Angevins.-~ La race d' Arpad s'étant éteinte en Hongrie avec André Ul le Vénitien, Charles Robert (Charobert), petit-iils de Charles lï, roi de Naples et de Marie de Hongrie, l'emporta sur ses compétiteurs. 11 fut proclamé roi de Hongrie en 1308, et transmit à son uls Louis cette couronne qui devint une source de démêlés entre les deux branches de la maison d'Anjou. Doué de qualités éminentes, Louis se rendit redoutable à tous ses voisins. Il reconquit sur les Vénitiens la

QUATRIÈME PÉRIODE. — CHAP1THE Vlll

Dalmatie , depuis les frontières de ristrie jusqu'à Durazzo, mit dans sa dépendance les princes de Moldavie, de Valachie, de Bosnie et de Bulgarie, et monta comme nous l'avons vu star le trône de Pologne à la mort de son onde Casimir. Marie, sa fille aînée, lui succéda en 1382, et associa au trône de Hongrie son mari Sigismond de Luxembourg, plus tard empereur et roi de Bohème.

Règne de Sigismond.— Le règne de Sigismond ne fut pas plus heureux en Hongrie que dans ses autres Etats. D'abord inquiété partes prétentions de Charles HI, roi de INaples, il ne se débarrassa de l'opposition des nobles que pour éprouver une terrible défaite en combattant les Turcs à Nicopolis. A la suite de cette journée , où tant de chevaliers français payèrent de leur vie leur imprudente valeur (1396), Sigismond fugitif alla chercher un asile à Constantinople. A son retour, H trouva la Hongrie soulevée parles intrigues de Ladislas, fils de Charles III, et ne put empêcher les Vénitiens de rentrer en possession de la Dalmatie (!4t2).Jaloux toutefois, malgré l'ingratitude de ses sujets, de pourvoir à leur sûreté, il fit en 1425 l'acquisition de la forteresse de Belgrade, qui, par sa situation au confluent du Danube et de la Save, devait servir de rempart à la Hongrie contre les Ottomans.

Jean de Hunyad. — A la mort de Sigismond, son gendre Albert d'Autriche ne porta que deux ans la couronne de Hongrie, qui fut alors déférée au roi de Pologne Wladislas VI (1440). Aussi malheureux que Sigismond, ce prince fut vaincu et tué par les Turcs à la désastreuse journée de Varna (1444). Dans ce grand revers , les Hongrois ne durent leur salut qu'au brave Jean de Hunyad, à qui ils donnèrent la régence, en réservant le titre de roi à Ladislas , fils posthume d'Albert. Hunyad se montra digne de ce choix par sa valeur et sa fidélité. Il sut tenir les Turcs en échec, et parvint à retirer des mains de l'empereur, Frédéric III, le jeune roi qu'il fit couronner en 1453. Malgré les intrigues qui menaçaient son pouvoir et même sa vie, Hunyad saisit d'une main ferme les rênes du gouvernement, et mit le comble à sa gloire en forçant le redoutable Mahomet II à lever le siège de Belgrade. H survécut peu de temps aux fatigues de cette campagne, et Ladislas le suivit de près dans la tombe

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