‹ Histoire du Moyen AgeChapitre 55 sur 65 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Dr l l m pire grée et de* Tares ottomans depuis la An des Croisades jaaqu à la prise de Coi»»tanllnople par itlaaosset H.

§ P'. nktwe de l'Empire grec jvtqa'à l'iaTuien des Turcs.

Lorsque Michel Paléologue eut enlevé Constantinople aux Latins, il essaya de relever l'empire grec, qui depuis longtemps déjà penchait vers son déclin. Mais les causes de décadence et de ruine que nous avons précédemment signalées subsistaient toujours au sein de cet empire, qui sous des titres fastueux dissimulait mal sa faiblesse réelle. Au dehors, ses provinces harcelées en Europe par les Bulgares, démembrées en Asie parles Mongols et ensuite par les Turcs, n'offraient plus que des ressources précaires. Au dedans, les Vénitiens dominaient sur les îles de F Archipel, et le podestat de Péra, veillant d'un œil jaloux aux portes du palais impérial, dictait à la cour de Byzance les volontés de la république de Gênes. Enfin le peuple de la capitale était toujours plus occupé des querelles théologiques que des grands intérêts de l'empire ; et comme par le passé, les questions de dogmes ou les luttes pour P élection des patriarches étaient encore la principale affaire des empereurs et de leurs conseillers.

Règne de Michel Paléologue. — Ces divisions religieuses remplirent presque entièrement le règne du premier des Paléologues. Excommunié par le patriarche Arsène pour avoir fait crever les yeux à Jean Lascaris, son pupille et son légitime souverain, Michel chercha à se rapprocher de l'Église latine. Ses députés comparurent au concile de Lyon et signèrent un acte d'union et d'obéissance qui fit verser des larmes de joie au pape Grégoire X (1274). Mais le fanatisme des Grecs ne voulut pas comprendre que Constantinople ne pouvait rien sans le secours de l'Occident et que ce secours était au prix d'une réconciliation sincère avec le Saint-Siège. Tous les efforts de Paléologue, les menaces, la violence même échouèrent contre la répugnance d'un clergé schismatique et ignorant. Les papes, de leur côté, accusèrent la tiédeur ou la mauvaise foi de l'empereur, et Charles d'Anjou préparait contre lui un armement redoutable, lorsque lts Vêpres siciliennes vinrent détourner l'orage qui le menaçait (1282).

Les Catalans dans Vempire. — Andronic II à la mort de son père s'empressa de répudier ce qu'il appelait les erreurs de sa jeunesse et revint avec transport au culte des schismatiques.

QUATRIÈME PÉRIODE. — CHAPITRE IX. 5tft

Bientôt la mort du patriarche Joseph donna lieu entre les Joséphites et les Arsénites à des querelles misérables dont les Mu^ sulmans profitèrent pour s'établir solidement dans l'Asie-Mineure. N'ayant point d'armée nationale à leur opposer et ne pouvant compter sur aucun appui en Europe, Andronic enrôla des aventuriers catalans connus sous le nom à'cUmogavares. Leur chef Roger de Flor passa en Asie avec une petite armée qui battit plusieurs fois les Turcs. Mais l'empereur, fatigué de ses exigences, le fit assassiner, sans pouvoir se débarasser de ces dangereux auxiliaires (1307). Postés à Gallipoli, les Catalans interceptèrent le commerce de la mer Noire, ravagèrent les deux rives de l'Hellespont et ne s'éloignèrent qu'après avoir épuisé les environs de Constantinople. La plus nombreuse de leurs compagnies s'écoula par la Macédoine et la Thessalie sur la Grèce où ils renversèrent la domination des ducs d'Athènes. Pendant quinze ans ils firent trembler FAttique et la Béotie, et placèrent enfin ces pays sous la suzeraineté des rois d'Aragon.

Andronic II et Andronic III. — Le fils d' Andronic, depuis longtemps associé par lui à l'empire, était mort en 1320, et le vieil empereur avait reporté toutes ses affections sur son petitfils, nommé aussi Andronic. Livré à une vie déréglée et craignant un changement dans les dispositions de son aïeul, le jeune prince se révolte à Andrinople, et soutenu par le grand domestique Jean Cantacuzène, il engage une lutte dont l'issue reste incertaine. Par un premier traité l'empire est partagé ; mais le jeune Andronic n'en devient que plus exigeant. 11 réussit à se rendre maître de Constantinople et demeure seul maître de l'empire par l'abdication de son grand-père, qui se retire dans un cloître (1328).

Andronic III essaya d'illustrer par la gloire militaire le pouvoir que la force des armes lui avait donné, et il signala d'abord sa valeur personnelle contre les Turcs, les Ser viens et les Bulgares. De son côté Cantacuzène, qui gouvernait réellement l'empire, reprenait aux Génois Cbio et Fokia et châtiait les indociles Albanais. Mais de nouvelles négociations entamées avec le Saint-Siège pour la réunion des deux églises échouèrent encore contre l'obstination des Grecs. Au moment même où l'empereur était pressé de tous côtés par des ennemis infatigables, on le vit, préoccupé par les alarmes d'une piété puérile, prendre part à la ridicule querelle suscitée par les omphalopsyq'ues. Quand les Turcs étaient aux portes, il prononçait de longs discours théologiques sur la lumière duThabor,et mourait en controversant (1341).

Lutte de Jean Paléologue et de Jean Cantacuzéne (t 341-1 355). — Pendant la minorité de son fils Jean 1er, Cantacuzéne exerça la principale autorité. Mais les intrigues de la veuve d'Andronic et la jalousie de l'amiral Apoeaucus ne laissèrent plus an régent que l'alternative de la mort ou de la rébellion. 11 se fit proclamer à Didyraotique, et pendant six ans l'empire divisé entre les deux prétendants fut précipité dans toutes les horreurs de la guerre civile. Enfin les secours intéressés des Turcs donnèrent l'avantage à Cantacuzéne ; la trahison du successeur d' Apoeaucus lui livra la flotte et la capitale, et sous l'apparence d'un partage honorifique, le jeune empereur fut réduit à une complète dépendance (1347). Maître du pouvoir, Cantacuzéne eut à soutenir une guerre terrible contre les Génois, qui s'étaient fait hypothéquer les douanes de Constantinople et épuisaient ainsi à sa naissance la source la plus abondante du revenu impérial. Pour briser le joug que lui imposaient ces étrangers fortifiés dans les faubourgs de sa propre capitale, Cantacuzéne s'allia aux Vénitiens; mais ses efforts ne furent pas heureux, et la retraite de la flotte vénitienne l'obligea à signer avec les Génois un humiliant traité.

Cependant Jean Paléologue, profitant des embarras de Cantacuzéne s'était soustrait à l'autorité de l'usurpateur. D'abord caché dans l'île de Ténédos, il alla à son tour implorer le secours des Turcs déjà établis en Europe. Bientôt il se présenta avec une armée devant Constantinople toujours attachée au sang des Paléologues. Les Génois donnèrent le signal de la défection, et Cantacuzéne, malgré les instances de ses partisans, aima mieux descendre volontairement du trône que de renouveler la guerre civile (1365). Lui seul cependant pouvait encore défendre cet empire qu'il remettait à des mains impuissantes. Menacé par les Turcs ottomans, Jean Paléologue parcourut vainement l'Europe, jetant partout un cri de détresse qui ne trouvait point d'écho (1370); et quand il revint à Constantinople après ce triste voyage, ce fut pour assister honteusement aux progrès toujours croissants des Infidèles (1378-1391).

g II. Origine et progrès des Turcs ottomans.

Etablissement des Turcs en Asie-Mineure.— Dans le cours do treizième siècle une horde turconaane qui faisait partie de l'armée des Kharismiens s'était enrôlée au service des sultans seldjoueides d' Jconium. Ces humbles ancêtres des Turcs Ottomans sortirent de leur obscurité lorsque les Mongols eurent bouleversé la domination seldjoucide, et leur chef Othmau fai-

QUATRIÈME l'EHIODE. — CHAPITRE IX.

«ait partie de ces émirs qui se partagèrent l' Asie-Mineure après la mort du sultan Gaiatbeddin Masoud (1294). Une partie de la Bithynie, et tout le pays situé aux environs du mont Olympe, échurent à Othtnan qui se joignit ensuite aux autres émirs pour envahir l'empire grec sous le règne du faible Andronic IL La prise de Pruse signala la dernière année de la vie d'Othman (1326). Lui et ses successeurs firent de cette ville importante le siège de leur nouvel Etat, qui parvint dans la suite à faire la loi à toutes les autres souverainetés turques, formées comme celle d'Othman des débris de l'empire seldjoucide.

Passage des Turcs en Europe. — Orkhan, fils et successeur d'Othman, institua la fameuse milice des janissaires*, à laquelle les Turcs durent en grande partie leurs succès. Il enleva aux Grecs les villes de Nicomédie et de Nicée, pendant que d'autres chefs turcs s'étendaient le long des côtes jusqu'au Méandre et à l'île de Rhodes. Les discordes des Grecs, la funeste querelle de Jean Paléologue et de Cantacuzène donnèrent aux Turcs un rôle de médiateurs qu'ils s'empressèrent d'accepter. Enfin Soliman, fils d' Orkhan, traversa par ses ordres rHel les pont aux environs des ruioes de Troie et prit possession de Gallipoli dans la Chersonèse de Thrace (1358). Cette place rebâtie, fortifiée et peuplée de Musulmans ouvrit aux Turcs l'entrée de l'Europe. Ils s'en servirent pour inonder la Thrace et la Grèce.

Victoires (TAmurath Ier en Asie et en Europe (1360-1389), — Soliman mourut avantson père; mais Amurath, successeur d'Orkban, poursuivit avec le même bonheur la guerre contre les Grecs. A travers la confusion des annales byzantines, on découvre qu'il s'empara vers 1361 de toute la Thrace jusqu'au mont Hémus et qu'il transporta alors sa capitale à Andrinople. Du côté de l'Europe comme du côté de l'Asie, Constantinople se vit désormais serrée entre les mains d'un seul et puissant ennemi. Amurath toutefois ne tenta point cette conquête qui semblait facile, et se borna à donner des ordres à Jean Paléologue et à ses fils, qu'il affectait de considérer commedes vassaux de l'empire turc. La conquête de l'Arménie lui coûta peu d'efforts et le dernier roi de ce pays, Livon^de Lusignan, dut chercher un asile à la cour du roi de France Charles Y (1377). La plupart des chefs turcs de l' Asie-Mineure jusque-là indépendants se soumirent aussi aux lois du fils d'Orkhan, et après

1 Yengi Chéri, nouveaux toi dais. Celle milice était composée d'esclaves chrétiens élevés dans la loi de Mahomet et qui sans parents, sans patrie se dévouaient aveuglément à leur maître et à leur drapeau. Elle combattait A pied et observait une discipline inconnue aux indoottes escadrons des Turcs.

la prise de Kutaya l'émir de Ghermian lui abandonna la grande Phrygie ( 1381). La Macédoine et l'Albanie se soumirent après une lutte de quatre ans (1386). Amurath se trouva alors en contact avec les belliqueuses tribus slaves de la Bulgarie , de la Bosnie et de la Servie, qui devaient sauver l'Occident en amortissant le premier choc des hordes ottomanes. Voulant venger la défaite d'une de ses armées , l'émir des Turcs livra au kral de Servie et à ses alliés la sanglante bataille de Cossowa. Mais en parcourant, après sa victoire, le champ de carnage, il tomba frappé à mort par le poignard d'un soldat servien (1389).

Institutions d' Amurath. — Les Musulmans rigides ont reproché à Amurath la facilité de ses mœurs et son indifférence pour les pratiques de l'Islamisme. Ce prince contribua cependant beaucoup à l'affermissement de la domination ottomane en donnant aux janissaires une organisation régulière, en établissant la milice des spahis, et en instituant les bénéfices militaires nommés timars. Attachés au sol de la conquête les Timariotes ou possesseurs usufruitiers étaient tenus de prendre les armes lorsqu'ils en étaient requis , et formaient ainsi une sorte de féodalité musulmane, aussi redoutable pour les chrétiens qu elle devait l'être un jour pour les sultans eux-mêmes.

Nouveaux progrès des Turcs sous Bajazet (1389-1400).— Les exploits d'Amurath furent surpassés par ceux de son fils Bajazet, surnommé V éclair à cause de la rapidité de ses opérations militaires. Ce prince commença par achever la soumission des princes Turcs de Y Asie-Mineure, et par la prise d'Icbnium releva sous un autre nom l'ancien empire des Seldjoucides. Pour assurer le passage des Ottomans d'Asie en Europe, il établit à Gallipoli une flotte qui dominait rHellespont et interceptait les secours envoyés à Constantinople par les Latins. Puis après avoir imposé aux Serviens et aux Bulgares le joug d'un vasselage onéreux, il courut chercher au-delà du Danube de nouveau* ennemis et de nouveaux sujets. La Moldavie fut envahie, la Hongrie menacée. L'Europe s'émut enfin de l'audace de ce conquérant qui avait pris les titres fastueux de sultan et de padischah. Les plus braves chevaliers de la France et de l'Allemagne accoururent au secours du roi de Hongrie, et cent mille chrétiens s'avancèrent à la rencontre de Bajazet. Mais la désastreuse journée de Nicopolis leur apprit une fois de plus que la valeur la plus téméraire ne peut rien contre la tactique et la discipline (1396). Bajazet, qui devait la victoire à ses habiles manœuvres, se déshonora par sa cruauté envers les captifs. Dans l'enivrement de son triomphe, il jura d'envahir l'Allemagne et

l'Italie et de faire manger l'avoine à son cheval sur l'autel dv Saint- Pierre de Rome.

Situation précaire de Constantinople. — Un accès de goutte arréla le vainqueur, qui fit retomber tout le poids de ses armes sur Constantinople. Déjà il avait imposé un tribut à Jean Paléologue , lui avait enlevé Philadelphie , la dernière viHc que les Grecs possédassent en Asie, et avait exigé rétablissement d'un cadi turc dans la capitale chrétienne. A la mort de Jean, son fils Manuel, qui servait malgré lui dans les armées du sultan , s'échappa de Pruse et vint prendre possession d'un trône chancelant qui lui fut disputé par son neveu (1391). Bajazet investit la ville, et ne consentit à accorder une trêve qu'à la condition que les Turcs posséderaient un quartier à Constantinople et y exerceraient publiquement le culte de Mahomet. Bientôt, sous prétexte de soutenir les droits du neveu de Manuel, le farouche ottoman assiégea de nouveau Constantinople qui aurait succombé, si Boucicaut, l'un des glorieux vaincus de Wicopolis, n'eût réussi à introduire des renforts dans la place. Toutefois Boucicaut lui-même, désespérant de résister plus longtemps, détermina Manuel à Yenir en France solliciter des secours, en laissant à son neveu le gouvernement de l'empire (1399). Aussitôt Bajazet reparut en armes, et c'en était fait de Constantinople, lorsque l'invasion et la victoire de Tamerlan vinrent retarder d'un demi-siècle la chute définitive de la ville impériale.

g III. Tamerlan. — Dernier» efforts et chute de l'Empire grec.

Conquêtes de Tamerlan (1402-1405). — Descendant de Gengiskhan par les femmes, Timour-Lenc ou Tamerlan, était parvenu, après les plus dures épreuves, à fonder par la force des armes un Etat puissant dont Samarcande était la capitale. Ce nouvel empire mongol s'était élevé vers le même temps où la dynastie gengiskhanide était chassée de la Chine (1370). Ayant assuré Tordre dans les provinces qu'il avait soumises à sa loi, Tamerlan était ensuite parti avec l'intention fièrement avouée de faire la conquête du monde. Après avoir franchi tour à tour l'Oxus, le Tanaïs, ('Indus et le Gange, il s'était emparé de tout le pays qui s'étend depuis les monts Altaï jusqu'aux bords de la Méditerranée, et avait de là repris sa marche vers les contrées de l'Occident. Ce fut alors que les hordes mongoles vinrent se heurter contre la puissance des Turcs ottomans. Entre de semblables adversaires, le choc fut terrible et bouleversa toute P Asie Ayant défié Porgueilleux Bajazet qu'il traitait de a vil insecte, »

574 HÎSTOIHE DU MOYEN-ÀGIS.

Tamerlan envahit l' Asie-Mineure, sous prétexte de secourir l'empereur Manuel et quelques chefs seldjoucides qui avaient réclamé son appui. Contre cette invasion qui attaquait l'empire des Turcs au centre même de leur domination, le sultan opposa inutilement une armée de quatre cent mille hommes et le courage désespéré de ses janissaires. Vaincu complètement et fait prisonnier à la grande bataille d'Ancyre, Bajazet fut conduit devant Tamerlan, qui, eu le voyant, dit-on, se mit à rire à la pensée que l'empire du monde venait d'être disputé entre un borgne et un boiteux. Un an après, Bajazet mourut à Antioctae de Pisidie (1403), sans avoir eu à subir, comme on Va prétend*, la cruauté de son vainqueur, qui, au contraire, usa généreusement de son triomphe. Quant à Tamerlan lui-même, revenu à Samarcande, il y jouit peu de temps du fruit de ses conquêtes, car ayant voulu entreprendre une dernière expédition contre la Chine, il termina en 1405, àOtrar, sa longue et sanglante carrière. Avec lui tombèrent les projets ambitieux qu'il avait conçus. Ses armées s'étant dispersées, la Chine fut préservée de l'iavasion dont elle était menacée , et d'un seul débris de cet immense empire mongol qui avait occupé le même espace que celui d'Alexandre, il se forma plus tard dans l'Inde un vaste État que la domination anglaise a fini par absorber de nos jours.

Nwvcaux progrès des Turcs (1422-J448). — L'invasion de Tamerlan passa aussi rapidement que la tempête. A peine ce redoutable conquérant avait-il disparu , emportant les trésors des villes qu'il avait ruinées, que l'Anatolie fut envahie et disputée par quelques émirs indépendants. Les fils de Bajazet s'armèrent les uns contre les autres, et Isa, Soliman, Musa aspirèrent tour à tour à recueillir une part de l'héritage paternel; mais Mahomet , après s'être déclaré le vengeur de son frère Soliman, finit par vaincre et faire périr Musa, et resta seul en possession de l'empire des Turcs (1413). Après Mahometl" qui avait conclu un traité de paix avec l'empereur Manuel, Amurath H, son fils, lui succéda (1421). Pour se vengerdu prince grec qui avait soutenu contre lui l'imposteur Mustapha, il vint avec deux cent mille combattants mettre le siège devant Constantinople. Une nouvelle révolte excitée contre le sultan par les intrigues de Manuel délivra la ville après deux mois de siège, et Byzance put jouir encore de quelques années de repos, grâce à l'éloignement d' Amurath que l'esprit de conquête avait entraîné ailleurs. Cependant la mort de Manuel n'avait pa> tardé à affaiblir encore l'empire grec ; car ce prince, en laissant

la couronne impériale à son fils Jean Paléoiogue H* avait partagé les diverses provinces de ses Etats entre ses quatre autres enfants (1425). Au milieu des discordes qui divisaient tes successeurs de Manuel» Amurath poursuivait ses succès au Nord- Ouest de l'empire, et tel fut 1 effroi inspiré par la rapidité de ses triomphes, que Jean Paléoiogue implora le secours des princes latins, et vint même à Ferrare abjurer le schisme entre les mains du pape Eugène IV. Cet acte de soumission n'eut point toutefois le résultat qu'il en attendait. L'Occident resta souri au cri de détresse poussé par les chrétiens d'Orient, qui cherchèrent d'un autre coté de plus zélés défenseurs.

Exploits de Hunyad et de Scanderbeg (1435-1451). — Dès 1435, les Turcs> maîtres de la Servie, avaient pris la ville de Sémendria, près de laquelle précédemment Fun des fils de Bajazet avait remporté une grande victoire sur l'empereur Sigisiïiond.;Cependant un héros chrétien, Jean de Hunyad, surnommé le chevalier blanc de Valachie, allait relever l'honneur des armes hongroises. Issu d'une origine obcsure, mais élevé, en récompense de ses services , au rang de waivode de Transylvanie, Hunyad reprit aux Turcs les provinces vaiaques et moldaves, sauva Belgrade, et par le traité de Ségeddin , força le sultan à évacuer les frontières de la Hongrie. Mais l'année suivante, profitant de la retraite d'Amurath, qui avait abdiqué en faveur de son fils Mahomet H, les chrétiens rompent le pacte qu'on avait conclu avec les infidèles, malgré la protestation du légat du pape Eugène IV. Ladislas de Hongrie, accompagné de Hunyad, passe le Danube et vient, près de Warna, attaquer les forces réunies d'Amurath H, que le danger avait Itaif sortir de sa solituie pour combattre l'armée chrétienne. L'imv prudente ardeur du roi de Hongrie assure à ses ennemis ta succès d'une bataille dans laquelle lui-même périt bravement à la tète de ses chevaliers, et à l'endroit même où il était tombée une colonne est élevée par les ordres du sultan, pour perpétuer la glorieuse infortune de son noble adversaire (1444).

Une seconde défaite éprouvée à Gossowu, en 1448; venwt de consterner L'fiurope chrétienne, quand un nouveau défenseur se leva, pour son salut. Le jeune Scanderbeg, fils de Jean Castriot, prince d'Albanie, s'était échappé des mains des Tui*h auxquels il avait été donné en otage, et au nom de là religion et de la liberté il avait soulevé ses compatriotes contre la domination musulmane. A son appel, la belliqueuse population de l- Albanie s'était rangée sous ses ordres, et avec une petite armée, renforcée des plus braves aventuriers venus de France

HiSÏOlHr: 1)1 MOYKN-À(X

et d'Allemagne, Scanderbeg parvint à tenir longtemps en échec toutes les forces de l'empire ottoman. Deux fois Amurath envahit inutilement l'Albanie; repoussé deux fois des murs de Troie , il fut contraint de rentrer dans ses États, où la mort le délivra bientôt de la honte de ce double échec (1451).

Mahomet IL Prise de Constantinople (1451-1453). — Avant de mourir, Amurath avait exigé de son fils, Mahomet If, le serment solennel qu'il ferait tous ses efforts pour prendre Constantinople. Le nouveau sultan, impatient de tenir sa promesse, commença par se fortifier sur les deux rives du détroit , sans avoir égard aux remontrances de l'empereur Constantin Dragasès, successeur de son frère Jean Paléologue. C'était le prélude des hostilités qui allaient recommencer, malgré l'alliance conclue entre les chrétiens et les Turcs. De part et d'autre, on se prépara pendant deux anuées à soutenir cette guerre, qui devait être une lutte suprême pour l'un des deux peuples. Enfin, le 6 avril 1453, Mahomet II se présenta devant Constantinople avec une armée de deux cent soixante mille hommes et une flotte de trois cent vingt navires. Contre de telles forces, l'empereur qui ne manquait ni d'énergie ni de valeur personnelle, n'avait à opposer qu'une faible garnison de sept à huit mille soldats pour défendre une capitale qui comptait encore plus de cent mille habitants. En vain, quelques galères génoises, char* gées d'hommes et de munitions, forcèrent le détroit gardé par la flotte turque, et parvinrent à entrer dans le port de Constantinople. Cet impuissant secours ne put préserver la malheureuse ville de sa ruine prochaine. Après avoir, par un trait d'audace inouïe, transporté ses vaisseaux à force de bras jusqu'au pied même des remparts, Mahomet foudroya les murailles avec des canons d'une grosseur prodigieuse, et le 29 mai il ordonna l'assaut général i ar terre et par mer. La résistance ne pouvait être longue, mais elle fut héroïque. Intrépide et debout sur les ruines croulantes de sa capitale, l'empereur Constantin, qui le matin même avait communié pour la dernière fois dans l'église de Ste-Sophie, sedélendit avec le courage du désespoir. Au moment de périr, et dans la crainte de tomber vivant entre les mains de ses ennemis, on l'entendit s'écrier avec douleur : « Eh quoi! ne se trouvera-t-il pas ici un chrétien fidèle pour me couper la téte ! » Frappé bientôt par une main inconnue, le dernier des Paléologues resta enseveli sous la foule obscure des cadavres, et sa chute fut le signal de celle de Constantinople.

Ainsi, avec cette ville, succomba l'empire grec qui avait survécu de dix siècles à Ja ruine de l'empire d'Occident. Moins

heureuse que Rome qui, sous l'égide de la croix, est demeurée la capitale du monde chrétien , l'ancienne Byzance voit encore se dresser sur ses murs l'étendard des fils dégénérés d'Othman. Les efforts généreux tentés au quinzième siècle par deux nobles pontifes, Nicolas V et Pie II, pour sauver la foi chrétienne en Orient, ont été inutilement renouvelés à différentes époques. Les Turcs ont gardé leur conquête, et ces derniers venus de la barbarie, malgré l'émancipation de la jeune Grèce, continuent de rester campés sur les deux rives du Bosphore.

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