CHAPITRE X
Cantacuzène , qui écrivirent dans la première moitié du quatorzième siècle, la littérature grecque est aussi f rappée d'une stérilité déplorable, j Parmi les Musulmans, le prince historienÀboulféda donne aux annales ara- ! bes une forme plus sérieuse et plus instructive. Dans cette route nouvelle, •■> tracée à la géographie et à l'histoire, il est suivi non sans gloire par le Persan Cheffereddin et par l'Egyptien Makrisi.
§ III. Beaux-Arts et découverte*.
Architecture. — L'art chrétien, au Moyen-Age , avait atteint sa plus haute expression durant le cours du treizième siècle. Pendant quelque temps encore, l'architecture religieuse essaie de se maintenir à cette hauleur, en achevant les grands monuments qu'elle avait commencés en France, en Angleterre, et en Allemagne ; mais dès la fin du quatorzième siècle, elle tend à décroître et à perdre le noble caractère qui l'avait distinguée précédemment. Aux proportions harmonieuses, aux formes élancées , succède un sysième dans lequel Tare de l'ogive s'abaisse, s'élargit, se contourne, et oti la profusion dans les ornements, le précieux dans les détails, remplacent la grandeur et la pureté des lignes architecturales. Pourtant, comme tout changement amène parfois un progrès, les églises , pendant cette période , reçoivent une addition importante, en se décorant de chapelles qui pour la plupart sont construites en sousœuvre autour des collatéraux du chœur ou de la nef. Alors le style ogival proprement dit fait place à celui qu'on désigne sous le nom de flamboyant, à cause de la forme des ornements qui s'entrelacent aux portes, aux fenêtres et aux différentes parties de 1'édiGce. A l'intérieur, les voûtes se surchargent de nervures ; les colonnes, d'ornements qui déguisent mal l'absence des chapiteaux, et l'extérieur de l'édifice tout hérissé de contreforts, d'arcs-boulants et de clochetons fait ressembler le monument à une immense forêt de pierre.
Aux diverses parties de cette époque se rattache la construction de Saint-Ouen de ltouen, de la cathédrale de Metz, des transsepts du chœur de Beauvais, des églises de Brou à Bourg-en-Bresse, de Saint- Germain l'Auxerrois a Paris, enfin des cloîtres de Notre-Dame à Noyon et de Saint- Jean des Vignes à Soissons. En Angleterre et en Allemagne s'élèvent en même temps les cathédrales de Winchester, de Cantorbéry, de Vienne et de Ratisbonne, et dans les Pays-Bas celles d'Anvers et de Malines. Dans ce même pays de Flandre, l'architecture civile bâtit aux frais des communes les riches hôlels-de-vilîe de Bruges, de Louvain et de Bruxelles, dont la somptuosité peut rivaliser avec celle des palais construits vers ce temps )>ar les cités commerçantes de la Toscane et de la Lombardie. Quant à l'Italie, avant de se séparer tout a fait du style qui avait dominé dans l'Europe chrétienne au Moyen-Age, elle lui paie un dernier tribut en construisant la cathédrale de Milan, où Tari ogival essaie de cacher sa dégénérescence sous le magnifique aspect de l'extérieur. Mais bientôt poursuivant la réforme commencée parArnolfo di Lapo, le Florentin Brunelieschi élève, en 1444, la fameuse coupole qui
surmonte la cathédrale de sa ville natale, et près de laquelle, dix années auparavant, Giotto avait construit son célèbre campanile.
Sculpture, — Si l'architecture religieuse décroît en perdant son caractère éminemment chrétien, la sculpture prend, en se transformant aussi, des formes plus naturelles et plus correctes. En Occident, elle orne de riches ciselures les tombeaux , les dais ou les pinacles qui décorent les différentes parties des monuments. La main du sculpteur s'exerce aussi sur les métaux, le bois ou l'ivoire, et rien n'égale la délicatesse et le fini de travail qui distinguent les rétables, les stalles, les châsses et les vases sacrés datant de celte époque. Les sujets profanes , qui commencent alors à remplacer les sujets religieux, indiquent le changement que l'étude de l'Antiquité et l'approche de la Renaissance font déjà subir aux différentes branches de l'art. Cette influence se fait surtout sentir en Italie, où, grâce aux travaux des écoles pisane et florentine, la sculpture fait tout à coup un immense progrès. André de Pise commence ces belles portes en bronze du baptistère de Florence, que Ghiberli devait achever, et qu'on surnomma si bien d'après le mot de Michel- Ange, les Portes du Paradis. Donatello de Florence, et Verrochio, le maître de Léonard de Vinci, embellissent également leur patrie de chefs d'oeuvre imités de l'art grec, et dans celte même ville, où Luca délia Robia donne tant de perfection à ses figures en terre cuite, l'orfèvre Finiguerra invente, dit-on, vers le milieu du quinzième siècle, l'art de graver sur métaux.
Peinture. — La peinture, que nous avons vue renaître avec Cimabué, continue de fleurir avec Giotto sur cette même terre ditalie, et commence à produire d'immortels chefs-d'œuvre. Les églises et les palais se décorent de fresques et de mosaïques, et les grands maîtres de l'époque semblent rivaliser entre eux, pour couvrir d'admirables peintures monumentales les murailles du Campo-Santo de Pise. L'emploi de la peinture à l'huile, découvert ou retrouvé par deux Flamands , les frères Van-Eyck, vient, dès la première moitié au quinzième siècle, imprimer une direction toute nouvelle aux principes de l'art de peindre. Cette heureuse innovation, qui en donnant plus de perfection au coloris, prolongeait la durée des ouvrages, est habilement employée par les artistes italiens de l'époque, parmi lesquels il faut citer Masaccio et Pietro délia Francesca, précurseurs de Ghirlandajo et du célèbre Léonard de Vinci. En France, la peinture sur verre se modifie également, et au quatorzième siècle, l'apparition d'un nouveau genre de vitres, appelées grisailles, annonce un autre progrès qui va bientôt s'accomplir. On quitte l'usage des panneaux, pour les remplacer par des figures colossales de personnages autour desquels s'encadrent des fleurons détachés , et de magnifiques dessins de vitraux sont ainsi tracés par les frères Van-Eyck et par Jean de Saint-Romain.
Principales découvertes. — Imprimerie, poudre à canon, boussole.— La même période vit se produire ou se compléter des inventions importantes dont quelques-unes, datant de l'époque précédente, ne reçurent que plus tard une application pratique. L'imprimerie, connue, dit-on, des Chinois dès le dixième siècle, est découverte en Europedans les dernières annéesdu Moyen-Age. En i 436, Jean Gutenberg, de Mayence, imagina de remplacer par des caractères mobiles, les gravures en bois, accompagnées
QUATRIÈME PÉttlOUE. - CHAPITRE X.
de légendes, dont on se servait pour la moulure des cartes à jouer. Six années après, cette précieuse découverte fut suivie de celle de la fonte, dont l'auteur est Schaeffer de Gernsheim ; et bientôt Fust, associé à Gutenbergqui s'était établi à Strasbourg, l'aida à tirer parti d'une invention dont les premiers produits furent les exemplaires de la Bible et du Psautier, imprimés en 4 457. La fabrication du papier de linge, dont l'usage commençait à se répandre, permet en même temps à l'imprimerie de multiplier les éditions que les presses d'Aide Manuce, de Venise, vont répandre dans toute l'Europe savante.
La découverte ou plutôt le perfectionnement de la poudre à canon et de la boussole, marque aussi la fin du Moyen-Age. La détonation du salpêtre, la composition et les effets de la poudre, connus depuis longtemps des Chinois et des Arabes, avaient été indiqués par Roger Bacon. Mais l'application de la poudre à l'art militaire est un fait complexe qui dut être produit par plusieurs découvertes successives. Dès le commencement du quatorzième siècle, les Maures espagnols se servirent de la poudre dans les sièges , comme moyen de lancer au loin des projectiles meurtriers. De là l'usage des bombardes et des canons se répandit en France et dans les autres Étals de l'Europe, et les mousquets sans ressorts ou couleuvrines à la main commencèrent à paraître dans les armées, sous le règne de l'empereur Sigismond. Les habitudes prises, les préjugés chevaleresques et surtout l'imperfection des armes à feu firent longtemps, il est vrai, préférer les anciennes machines de guerre et les armes de trait. Mais l'artillerie finit par l'emporter, et cette révolution dans la tactique amena aussi une révolution dans la société en détruisant les tyrannies subalternes et en achevant la ruine de la féodalité. Vers le même temps la boussole allait rapprocher les mondes en ouvrant l'Océan aux navigateurs. Employé dès le douzième siècle par les marins provençaux qui l'appelaient Marinelte, cet instrument ne fut rectifié que peu à peu. 11 dut ses principaux perfectionnements aux Anglais qui lui donnèrent son nom, boxel; expression servant à désigner la botte où l'aiguille était enfermée. Au milieu du quinzième siècle la boussole était déjà connue dans toute l'Europe. Grâce à la vertu directrice de l'aiguille aimantée, l'Européen qui jadis rasait timidement les côtes put se laisser emporter vers d'autres cieux et vers un autre hémisphère. C'est avec la boussole que les Espagnols et les Portugais ont découvert l'Amérique et les Indes.
Ainsi, tandis que la boussole diminuait la distance entre les mondes,^ l'imprimerie facilitait entre les peuples les communications intellectuel- > les. L'horizon s'agrandissait aux regards de l'homme aussi bien que dans sa pensée. Munie de ces instruments nouveaux que la Providence a remis entre ses mains, l'humanité entrera sans peine dans une nouvelle voie de progrès. Si l'on songe que ces magnifiques découvertes sont dues au Moyen-Age, si l'on veut aussi se rappeler que de la scolastique sont nées nos sciences morales, que les erreurs de l'astrologie ont préparé les merveilles de l'astronomie et que la chimie s'est dégagée des vaines espérances du grand-œuvre, on reconnaîtra l'énergie et la fécondité de cette glorieuse époque. Sans doute l'initiation fut douloureuse ; laborieuses furent les épreuves pendant les dix siècles que nous venons
agrandi
immense accomplie par le Moyen-Age.