LES NATIONS NOUVELLES
Les Groths saccagèrent Philippopolis, sous le règne de Dèce^ qui périt en les combattant (A** 251). Sur mer, les Goths, môIés aux pirates du littoral, infestèrent les côtes de TAsie- Mineure, de la Thrace, de la Grèce^ et des îles iTrébisonde, Nicodémîe, Nicée, Athènes fiirent saccagées. L'empereur Claude sauva l'empire et mérita le titre de Gothique (À'' 269). Son successeur Aurélien fît la paix avec les Goths, mais en abandonnant la Dacie, la première province romaine qui tomba au pouvoir des barbares (A*" 272).
Politique des empereurs.
Son successeur Probus (276-282), après avoir encore une fois rejeté les barbares au-delà des frontières et leur avoir infligé une grande défaite sur leur propre territoire, adopta vis-à-vis d'eux une nouvelle politique : ce fut d'opposer les barbares aux barbares. Il transplanta, en effet, les vaincus en masse sur le territoire romain, afin de repeupler celui-ci et de le faire défendre par un élément rajeuni. Ce fut lorigine d'^ne catégorie nouvelle de sujets, établis dans l'empire à côté dçs Romains provinciaux, mais ne jouissant pas comme ceux-ci du droit de cité romaine; on les appela genaies ou laeti^.
Pour défendre plus efficacement l'empire contre ces attaques sans cesse répétées, Dioclétien prit une mesure d'une portée historique considérable : il partagea le commandement entre deux empereurs, chargé l'un de la défense de l'Occident, l'autre de celle de TOrient. Néanmoins son collègue Maximien ne réussit pas à empêcher les Francs salions de s'établir à demeure dans les îles bataves (A^ 286). Les Alemanes, de leur côté, entrèrent en Gaule, mais furent défaits par le général Constance dans la bataille de Langres (A^ 301).
1) La condition juridique des laeti est obscure ; ce qui est certain, c'est qu'ils étaient traités comme pérégrins, comme le prouvent leur nom, gentiîes, et rinteréiction du connubium avec les Romains, Codb Théôd. III, 14 : De nuptiU Gentilium {A? 365).
Après une paix de près de cinquante ans, les Goths, massés sur le Danube, passèrent encore une fois ce fleuve sous Constantin le Grand et envahirent la Thace; Tempereur les repoussa et renouvela la paix avec eux (A"^ 322). Ceux-ci consentirent même à lui fournir un contingent de 40^000 hommes, et ce fut avec leur concours que Constantin remporta la victoire sur son rival Licinius et se rendit mattre du monde romain (A"" 324). Ainsi les armées impériales se recrutaient de plus en plus parmi les barbares : des Alemanes et des Francs combattaient en Bretagne contre les Calédoniens ; des Goths repoussaient les Perses en Asie. Sous les fils de Constantin, en guerre entre eux, les Germains dévastèrent de nouveau la Gaule. Julien, jieveu de Fempereur Constance, fut envoyé contre les barbares. Il vainquit les Alemanes dans la grande bataille de Strasbourg^ et les poursuivit au delà du Rhin. Puis il marcha contre les Francs et délivra Cologne qu'ils assiégeaient. Il se tourna enfin contre les Francs Saliens; mais Après les avoir battus, il se contenta de leur soumission, et leur permit de s'établir définitivement en Taxandrie, à la condition de fournir un corps d'armée aux empereurs. .(A^358)V
A la même époque, de grands changements avaient lieu parmi les peuples échelonnés le long du Danube. Jusque-là, les Goths étaient divisés en un grand nombre de tribus, sparmi lesquelles dominaient les Thervtngen, établis entre la Theyss et le Dniester, et les OretUhingen, établis à l'est des précédents, entre le Dniester et le Don. De ces deux tribus surgirent deux dynasties, celle des Baltes, qui fondèrent le royaume de West-Goths (Vesegolhi), et celle des Amales, dont le royaume prit le nom d'Ost-Goths (Ostrogothi)^. Profitant de la paix conclue avec les Romains, les Amales
1) Ammien Marc. XVI, 12. Eunape, fragm, Zoaime, III, 3.
S) Ammien Marc. XVII, 8.
^ JordaniSy c. 5 : « Tertia sade auper mare Ponticum... divisi par fiimiliaa populi, Vesegothae familiae Balthorum, OstrogoUiae praeclaris AmalU ser* viebant. »
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:avaient tourné leurs armes contre leurs voisins, germaniques, slaves ou sarmates : les Gépides, les Burgondes, les Vandales, les Marcomans;-les Quades, les Wendes, durent reconnaître leur autorité. Sous leur roi Hermanric (350-376K la domination des Ost-Goths s'étendit sur la plus grande 'partie de TEurope orientale depuis la Baltique jusqu'à la mer Noire*.
Les West-Goths seuls avaient maintenu leur indépendance sous leur roi Athanaric (366-381). Voisins de l'empire romain, ils avaient soutenus un usurpateur Procope contre l'empereur Valons, et celui-ci, après s'être défait de son rival, passa le Danube pour châtier les Visigoths. Après une guerre de trois ans (367-369), la paix fut rétablie*, et Valons, •qui était un arien zélé, en profita pour envoyer chez les Visigoths des missionnaires ariens : c'est ainsi que lariaiiisme a pénétré chez les peuples gothiques. Déjà auparavant les premières semences du christianisme y avaient été répandues par les étrangers que le négoce, la servitude ou 4'autres vicissitudes amenaient en pays barbare. A l'époque du concile de Nicée, on constate la résidence chez les Goths <d*un évéque Théophile, grec de nom et sans doute d'origine'. Leur premier évoque national fut Ulfilas, qui avait été ordonné à Constantinople (A"" 341) et en rapporta Tarianisme mitigé qui régnait dans cette capitale. Cependant, le roi Athanaric prit fait et cause pour ses dieux payons, et il en résulta une véritable persécution^. Ulfilas fut obligé de iuir, et il trouva un refuge dans l'empire romain, où il foqda -avec ses partisans, près de Nicopolis, une colonie de Goths, appelée la Gothie mineure^ : il continua à y exercer Tépis-
1) Ammien Marc. 31 : 3; Jordanis, 23.
*) Ammien Marc. 27 : 4, 5; Zosime, IV : 11, 12; Themistitu, Oratio Z*. £d. Dindorf, Leipiig, 1832.
3) SuBscRipnoNBS CoNGiLii NiOABNi : • de Oothis, Theophilas Boeporitanas. •
*) Sur les martyrs de cette persécation, voir les Aeto S, Sabae Gothi <12 avril) et S. Niceiae Goihi (15 sept.).
*) Jordanîs, 51 : • Erant siquidem et alii Oothi, qai dicantar minores, populos immensos, com sao pontifice ipsoqne primate Volfila, qai ew didtiDr
copat pendant 33 ans et mourut à Constantinople, après^ avoir achevé la traduction de la Bible en langue gothique, qui est le plus ancien mpnument deâ littératures germaniques ^. * Jusqiie-là l'intégrité du territoire romain n'avait pas été entamée, à lexceptiôn de la Dacie, la dernière province conquise qui fut la première abandonnée aux barbares. Quant aux Germains établis dans les autres provinces, ils continuaient à reconnaître Tautorité de l'empereur et à servir dans ses armées. Tels sont les résultats de la première période des migrations, qui précède l'arrivée des Huns en Europe. C'est cette invasion nouvelle qui va donner le branleà ce que l'on est convenu d'appeler la grande migration des peuples barbares.