‹ Histoire du moyen âgeChapitre 16 sur 114 · I. — LES MIGRATIONS DES NOUVELLES NATIONS GERMANIQUES · texte numérisé non relu

I. — LES MIGRATIONS DES NOUVELLES NATIONS GERMANIQUES

Textes latins : Jordanie, De origine, actibusque Getarum (Edition de Mommsen dans les Monument a de Pertz : Auctores antiq. vol V). — Grégoire de Tours, Historia Francorum (fragments de Sulp. Alexander, de Frigeridus, du y« siècle?) — Widakind, Res getiae saxonicae (Monumenta de Pertz : vol. III des Scriptores), — Ammien Marcellin, livres 14-31 (353-378 après J.-C.) — Scriptores historiae Augustae. — Panegyrici veteres XII. — Textes grecs : Zosime, Historia not?a(270- 410 ap.J.-G.) dans le Corpus historiae Byzantinae, vol. 28 : Bonn, 1837.

Travaux modernes : Wietersheim-Dahn, Geschichte der Vôlkerwanderung, 2 éd. Leipzig, 1880-81. — Dahn, Lie Kônige der Germanen. Munich 1861-95. 7 parties. — Muller (Ferd.), Die deutschen Stâmme, vol. I. Berlin, 1840.

Il y avait longtemps que Rome avait renoncé à soumettre les barbares de la Germanie, et pendant la plus grande partie du ii* siècle, la guerre avait cessé sur cette frontière de l'Empire. Au m* siècle, lorsque la lutte reprit, les rôles étaient renversés; ce sont les barbares qui deviennent les aggresseurs, et les Romains, minés par les dissensions des armées et les vices de leur gouvernement, en sont réduits à se défendre. Dans l'intervalle, de grands changements ont dû s opérer au sein de la Germanie, lesquels ont échappé à l'attention des historiens anciens. Des peuples autrefois célèbres, Sicambres, Chérusques, Semnons, ont, en eflFet, disparu, tandis que des peuples jusque là sans éclat, tels que les Goths, les Vandales, les Langobards, ont acquis tout à

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'Coup une importance imprévue. Il y a plus : des peiiipies ou du moins des^oms de peuple entièrement nouveaux apparaissent 'alors pour la première fois sur la frontière romaine et se rendent aussitôt redoutables : ce sont les Alemanes sur le cours supérieur du Rhin ; ce sont les Francs sur le Rhin inférieur; ce sont encore les Saxons \% lou^ du littoral de la mer du Nord. Sur les causes de ces changements, on ne peut faire que des suppositions. D'après une opinion toujours très répandues ces noms noaveaux ne seraient pas des noms géographiques* mais des noms collectifs adoptés en vertu dune sorte de convention,^ par un groupe de peuples réunis en ligue ou confédération. Cette lijrpothése n'est rien moins que démontrée; elle ne ^epobe «que sur des étymologies, qui traduisent le mot Francs'^ par ligue des libres^ Alemanes par hommes de toute race (Mischvolk,) étymologies hasardées, qui sont loiu d'être •conformes aux règles philologiques. Mais, de plus, le système fédératif qu on attribue à c^tte époque reculée, suppose 4in esprit d'organisation «un dessein suivi qui étaient encore bien étrangers aux populations incultes de la Germanie. Sans doute on a vu se produire de bonne heure parmi eux des groupements de peuples en vue surtout d'une guerre détermi- 4iée ; mais ces coalitions passagères n'ont jamais survécu à l'homme ou aux circonstances qui les avaient provoquées^. il est plus simple de voir dans ces mots Franc, Alemane, ^Saxan^ un nom propre comme un autre, porté d'abord par 'un seul peuple, étendu ensuite à d'autres peuples . à raison

^) Cette opinion, combattue déjà par Leibnitz, De origine Francorum, •Haonovre 17 15, continue à être professée par Watterich, Die Germanen des Ithêins und der Bundesgedanke. Leipzig, 1872 ; par Mommsen, Rôm. Gesch, t. V, p. 149; par Dabn, Deutsche Geschichte, I, p. 454 et d'autres modernes.

*) Il est assez connu qoe Franc ^^ libre, dans la langue du moyen âge. tiaid des deux termes de cette équation, c*ejit le premier dans le sens géogro^ jphique, qui est le plus ancien, et qui a donné naissance au second, dans le seoM juridique : de jnôme des mots Slaves "= esclaves (voir p. 14) ;' d*un nom jpropre de peuple, on a fait un terme commun pour désigner une condition.

3) Telle la confédération organisée par Arminius, mais dissoute après lui.

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soit du voisinages soit d'une certaine identité de mœurs oi^, d'aspect. C'est ainsi qu'à Fépoque franque, on constate avec quelle rapidité ce nom s*est propagé des deux côtés du Rhin» transformant ici la Gaule en France^ là une partie de TAllemagne en Franconie. Il est tout aussi rationnel d'admettre quà une époque plus reculée il est arrivé à une petite tribu, obscure, mais vaillante^, de grandir peu à peu» en étendant autour d'elle son nom en même temps que sa domination.

Ou peut diviser les peuples nouveaux en deux groupes géographiques, les uns massés sur la frontière du Rhin, ce sont les Francs f les Saxons^ les Alemanes; les autres, échelonnés le long du Danube, ce sont les tribus gothiques,, non seulement les Ooths proprement dit, mais les Vandales^ les Gépides, les Hét^les^ les Burgondes,

Le groupe occidental.

Des peuples nouveaux du groupe occidental, le premier dont le nom paraisse déjà au ii* siècle de notre ère, dans le géographe Ptolémée', ce sont les Saxons, que celui-ci renseigne à Tembouchure de l'Elbe. D*après une tradition indigène, mais recueillie beaucoup plus tard, les Saxons j seraient arrivés des contrées Scandinaves^. Il est impossible néanmoins de les distinguer des Qermains du continent,

1) C'est le cas des Chamaves, dans le Hamaland, mentionnés comme peuple particulier dané Tacite, rangés plus tard parmi les Francs : Chamaoi qui et Franci. Voir p. 30.

2) Au caractère guerrier de ces tribus nouvelles, on a rattaché Tétymologie de leurs noms; Saooon^ d'après une tradition indigène (Wîdukind, e. 7). serait dérivé de leur arme, un couteau appelé Sahs ou Sachs ; Langobard proviendrait de leur Barde ou hache (d où aussi hallebarde) ; même rapport, dit-on. entre Frcmcet la, firancisqt4e, autrefois \&f)ramée, le nom germanique de la lance: • hastas vel îpsorum vocabulo prameas «• (Tacite, Germ. 6).

3) Ptolémôe, Geoçr. II : il ; voir J. Moeller, Saxones, Commentalio historica, Kerlin, 1830, p. 1-5.

^) Cette tradition fut recueillie au ix* siècle, par Widukind,Je plus ancien historien de la Saxe : « aliis arbitrantibus de Danis Nortmannisque origi*^ nem duxisse Saxones. <• Rex gcstae Saxwiicae, c. 2. Cette thèse est soutenue dans la dissertation citée note piticédente.

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dont les mœura ne différaieut que peu des mœurs Scandinaves. Les Saxons se propagèrent le long du littoral de la mer du Nord, absorbant les Cimbres, les Teutonovares, les Angrivares, dont les noms disparaissent à la même époque. Du littoral, les Saxons ont pris le chemin de la mer, comme feront plus tard les Normands, infestant par leur piraterie les côtes de la mer du Nord, la Bretagne romaine^ la Belgique, TArmorique. C'est contre eux que le gouvernement romain établit un poste militaire à demeure sur le littoral belge, appelé littus saxonicum *. A la fin du m* siècle^ nous trouvons préposé à cette défense le Ménapien Carau* sius, résidant à Boulogne, d'où il passa plus tard en Bretagne, comme empereur (A^ 285) '.

Le nom d*Alemanes apparaît pour la première fois, au III* siècle, sous le règne de Garacalla (A* 216), à Toccasion d'une victoire remportée sur eux par ce prince, qui en prit le titre à*Alamanique^. Ces Alemanes étaient une fraction du groupe des peuples suëves déjà connus au temps de César et décrits par Tacite. Ils absorbèrent, peu à peu, la plupart des autres peuples de ce groupe, et de là le nom de Souabes qu ils prennent indifféremment au moyen âge. Ainsi renforcés, les Alemanes envahirent les terres décumales, que Rome occupait encore sur la rive droite du Rhin, et se massèrent sur le cours supérieur de ce fleuve, en face de Mayence et de Bftle, qulls ne cessèrent d'inquiéter par leurs incursions»

Vers la même époque, le peuple nouveau des Francs se massait sur le cours inférieur du Rhin, entre Tembouchure

^> La NotiHa dignUalum, c. 37, mentionne un tribun de eofaorte in lUtor9 saaoonieo. L*appeUation de ce littoral dérive du nom de la mer du Nord à eette époque, autrefois mare germanicum, devenu ensuite mare saxonicum, depuis que les pirates saxons y régnaient sans partage. C'est une fausse interprétation que de supposer ce littoral peuplé de Saxons, dont quelques auteurs veulent &ire descendre les Flamands du littoral belge.

*) Eatrope, IX, 21 : « Carausius, cum apud- Bononiam, per tractum fielgieae et Armorici, pacandnm mare accepisset, qaod Franci et Saxones infsstobant.»

^ Spartien, Vita Caracallae, 10 : « quum Germanici, Parthici et Arabici et A ^cmanïcf nomen adscribéret... »

du Mein et la mer du Nord. C'est aussi à roccasion d'une victoire remportée sur eux par les r Romains (A^ 240) que leur nom apparaît pour la première fois dans un refrain chanté par les soldats du général, plus tard empereur, Aurélien^ Quelques années après, les Francs et les Alemanes prirent leur revanche, en envahissant la Gaule, et poussèrent leurs ravages jusqu en Espagne, où ils prirent d'assaut Taragone (A® 264)*. Dans une seconde invasion, ils brûlèrent plus de soixante villes dans la Gaule (A"" 276)^.

Le groupe oriental. y.

Dans le groupe oriental, les Goths passent pour un des peuples les plus anciens : on a cru trouver leur première mention déjà trois siècles avant l'ère chrétienne, dans le géographe grec Pythéas^. Tacite les renseigne de son temps sur les bords de la Vistule*. Un groupe de ce peuple franchit la Baltique et s'établit en Scandinavie, dans le midi de la Suède appelé Goihalahd. Les autres remontèrent le cours de la Vistule. De là, ils étendirent leur domination jusqu'au littoral de la mer Noire, entraînant avec eux les barbares de toute race qui occupaient alors l'Europe orientale. Devenus voisins de l'Empire romain, ils commencèrent une série d'expéditions contre les frontières de l'Empire, à la fois par terre et par mer. En l'an 238, ils franchirent pour là première fois* le Danube, et détruisirent le port d'Istros en Mésie. L'empereur Gordien III remporta sur eux une victoire, mais ne mit pas fin à leurs incursions (A"" 242).

1) Ce refrain (cantilena) chante par les soldats d*Aurélien, nous est parvenu par Vopiscus, VUa Aureliani, 7 :

Mille Francos, mille Strmatas semel et semel occidimus. Mille (quater) Per8a9 quterimus.

«) Eutrope IX, 8; Aurelius Victor, 33.

») Vopiscus, YitaPrçbi, 13.

^> La leçon Tot^rovc;, dans ce fragment de Pythéas, a été corrigée en Ti«*» Tovfç. Kiepert, Lehrbuch, p. 540. c.

') Tacite, Germania, c. 43, les appelle : Ootonet, «) Dezîppoe, fragm. 18, 19.

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