‹ Histoire du moyen âgeChapitre 27 sur 114 · CLOVIS. 8S · texte numérisé non relu

CLOVIS. 8S

Les Francs Saliens en Gaule.

La première dynastie franque, celle des Mérovings*, date de Childeric (A° 457). Il ne régna pas moins de vingt-quatre ans; mais les aventures de sa vie, son expulsion par les Francs, son exil chez les Thoringes*, son retour et son mariage avec Basine, la mère de Clovis, appartiennent à la légende plutôt qua l'histoire^. Ce qui est certain c'est que Childeric, contemporain de la chute de l'empire d'Occident, vécut en bons termes avec les derniers gouverneurs romains, avec Egidius (f 463) et avec le fils de celui-ci, Syagrius (463-486), auquel cet appui des Francs saliens permit de se maintenir dans une partie de la Gaule et de conserver son indépendance, même après la chute des empereurs. Depuis- Childeric les Francs saliens, qui avaient renoncé à leurs invasions, vivaient de la culture de leurs terres^ à côté des^ restes de la population romaine, qui y conservait, avec la langue latine, les premiers éléments de la civilisation. Mais, entre ces deux races, la diversité des religions creusait un

1) On a dérivé ce nom soit d'un prédécesseur de Childeric, Mérovée, soit d*an pays, la Meruvoe, sur la Meuse inférieure, soit d'un héros éponyme» Mervcechf dont la légende a fait un noonstre marin, Meerwicht (voir cett& légende dans la Gesta c. 6); cf. Kurth, Histoire poét. p. 150.

*) Ces Thoringes, distincts des Thuringiens de la Germanie, sont un problème de la géographie franque, soit qu'on les identifie aux Tungri d» répoque romaine ou aux Toxandri ci-dessus. Non moins controversée est la situation de Dispargum • in termino Thoriugorum », (Greg. Tur. II, 9) : Diest ou Dujsbourg en Brabant, Duisbourg sur le Rhin, Fsmars en Hainaut. Hermann Muller, Der lex Salica Aller und Heimat. Wurzbourg. 1840 (avec carte).

') Les prédécesseurs de Childeric, Mérovée, Pharamond, appartiennent à la légende. La royauté de Childeric, au contraire, est confirmée depuis 1653, par la découverte à Tournai de son tombeau. Chifilet, Anastasis Childerici /. Anvers, 1655. Cochet, Le tombeau de Childeric /«r. Paris, 1839. L'identité d& ce dép6t résulte de la découverte d*un anneau sigillaire, reproduisant le busta da prince, avec l'inscription : Chii.dirici rrgis. Ce sceau est le premier moDument de la diplomatique franque. Douë't d'Arcq. Collection de sceaux. n* 1. Giry, Manuel de diplomatique, Paris, 1894, p. 631. Bresslau, Eandàuch der Urkundenlehre. Leipzig, 1889, p. 923. Quant aux récits légendaires sur ce prince dans Grégoire de Tours et Frédégaire, voir Kurth, Histoire poét. chap. 7.

abîme» La population romaine était chrétienne, tandis que la nation des Francs professait encore le paganisme barbare qu elle avait apporté du fond de la Germanie. Il en fut ainsi jusqu'à Clovis, avec lequel les Francs sortent de leur obscurité et jettent les fondements de leur future suprématie en Europe (A*» 481).

Les guerres par lesquelles Clovis, fils de Childeric, soumit la plus grande partie des Gaules, ne sont plus des invasions faîtes en vue du butin; ce furent de véritables guerres de conquête. Aussi ambitieux qu'habile à la guerre, Clovis, à peine parvenu à la tête de ses Francs, réunit une armée de 5000 guerriers et attaqua son voisin, le gouverneur romain Syagrius. Il le vainquit dans la bataille de Soissons et mit fin ainsi à ce qui restait de la domination romaine dans la Gaule. Syagrius, réfugié chez les Visigoths, fut livré au vainqueur et mis à mort*. Par cette victoire (A** 486), Clovis avait étendu sa domination jusqu'à la Loire et eut désormais pour voisins au sud les Visigoths, à l'est les Burgondes. Ses premières relations avec les Burgondes aboutirent à un mariage : Clovis épousa une princesse burgonde de race royale, Clotilde (A° 492), qui était catholique', mariage qoi devait être, pour les Francs et pour toute la Gaule, d'une portée immense. Cette pieuse princesse entreprit la conversion du roi payen des Francs ; elle n'y serait peut-être point parvenue, si un événement

1) Gregor. Turon. II, 27.

*) Sur les versions romanesques de ce mariage, voir Kurth, ib. p. 225. La catholicité de Clotilde est un problème. Car chez les Burgondes, la dynastie, comme la masse de la nation, étaient ariennes. Toutefois une Inscription de Lyon (Leblant, Inscriptions chrét. de la Gaule n^ 31) nous a conservé l'épitaphe d'une reine burgonde. morte en 506, Carétône, qui était catholique, on ignore de quelle nationalité. Une hypothèse moderne en fait la mère de Clotilde, et tous les détails du texte s'y adaptent parfaitement. Par contre, il faut dans ce cas rejeter la version de Grégoire de Tours (Ht 26; III, 6), d'après lequel les parents de Clotilde auraient été assassinés avant son mariage. Il est vrai qu'il y a encore d^autres objections à la version de Grégoire, entre autre S. Âvite, Epistola n» 5, adressé à Gondebaud, auquel Grégoire impute ce crime. La Yita S. Chrotildis (3 juin) est une compilation sans valeur. Voir Kurth, Ste Clotilde^ Paris, 1897.

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mémorable n'eût achevé son ouvrage. Les Alemanes, descendant Je cours du Rhin, venaient d'envahir le territoire de Sigebert, chef des Francs ripuaires, qui appela Clovis à son secours. La bataille engagée entre les Francs et les Alemanes fut sanglante, et Clovis était sur le point de la perdre, lorsqu'il se souvint du Dieu de Clotilde et fit vœu de se faire chrétien, s'il était vainqueur. Le courage des Francs se ranima aussitôt; les Alemanes furent battus définitivement et réduits à se placer sous la protection de leur voisin du midi, Theoderic, roi des Ost-Goths d'Italie, qui interposa son influence pour arrêter leur entière destruction.

Cette victoire dite de Tolbiac (A** 496) * décida la conversion de Clovis : il se fit baptiser*, avec plus de 3000 de

>) Tolbiac ou Zalpich dans TEifel, déjà mentionné dans Tacite : « Tolbiacam in finibus Âgrippinensium » {Hist. IV, 79), donc sur le territoire de Sigebert. Admettant, d après Oreg. Tur. II, 37, une alliance militaire entre CloTis et Sigebert, nous supposons ici deux batailles contre les Alemanes, l'une où Sigebert fut attaqué seul et vaincu, Tautre où Clovis, secourant son tUié, fut vainqueur. A Tune de ces deux batailles, Sigebert fut blessé ; c'est celle-là qui fut livrée à Tolbiac, « Sigebertus pugnans contra Alamannos apud Tulbiacense oppidum percussus in geniculo claudicabat (ib.), » Est-ce la première bataille ou la seconde ? Le contexte ne permet pas d'en décider. Mais il j a sur ce point une opinion populaire qui équivaut à une prescription.

*) Du nombre des témoignages sur le baptême de Clovis, il faut retrancher VEpistola Anastasii pp. C?dudoecho (J&ffe, Reg. n^ 497), qui est une fabrication moderne d après les recherches de Havet (Bibl. E. Chartes vol. 46, 1885). Restent les documents suivants : !<* Aviti Epistolae, n° 46, qui fixe la date du baptême à la Noël ; » eo die quo natum... Caeli Dominum mundus accessit, « le reste de la lettre ne sont que des félicitations de la part de cet évoque de Vienne, qui travaillait avec moins de succès à la conversion des Rurgondes : « Votre conversion est pour nous une victoire ; la Grèce (l'empire d'Orient) certes peut se féliciter de posséder un prince de notre loi; désormais elle n*est plus seule à jouir de cet avantage; en Occident aussi, brille un nouvel astre dans la personne d'un roi point nouveau... • 2° Cassiodore, Epistdas Yariae^ II n<^ 41, relatif à la victoire de Clovis. — 3® Nicetii arch. Trevirensis, Epistola ad uxarem Alboïni (dans les Epistolae Aiistras. n^ 8), document postérieur d'un demi-siècle, avec cette variante importante, qu*au lieu d'attribuer la conversion à une victoire antérieure, ce document attribue les victoires subséquentes de Clovis sur lesGoths et les Burgondes à sa conversion ; • Audisti D. Hrodehildis, qualiter in Francia venerit, quomodo D. Hlodoveom ad legem catbolicam adduxerit, et eu m esset homo astutissimus, noluit

ses Francs, par l*évéque de Rheims, S. Rémy, dans une cérémonie solennelle qui fut comme Tinauguration de la jeune dynastie des Mérovings dans les Gaules. Car dès lors. Faction de TÉglise commença chez les Francs et prépara cette aînée des nations chrétiennes à la suprématie qu elle allait exercer durant les premiers siècles du moyen âge S Dès lors aussi tous les provinciaux romains qui formaient la majorité de la population, se prirent à regarder Clovis comme un libérateur appelé à les délivrer du joug odieux de leurs maîtres ariens, Visigoths et Burgondes. Un conflit entre les Francs et les autres nations germaniques de la Gaule devenait inévitable. Ce fut contre les Burgondes que Clovis allait porter la guerre d*abord.

Les Burgondes en Gaule.

Établis depuis un demi-siècle en Savoie*, en vertu d'une concession régulière des Empereurs (A® 443), les Burgondes n'avaient pas attendu la chute de ceux-ci pour sétendre dans la Gaule orientale : d*abord dans le bassin de la Saône; ensuite, en descendant le Rhône, jusqu'à la Méditerranée. Ils n'en étaient pas moins en bons termes avec l'Empire, et leurs rois s'honoraient de porter les titres

adquiescere antequam vera agnosceret. Cum ista... cognovit, humilis ad D. Martini limina (à Tours) cecidit et baptizare se sine mora promisit. Qai, baptizatus, quanta in hereticos Aiaricum vel Gundobadum reges fecerir, audisti. n — Quant à la version recueillie un siècle plus tard dans Grégoire de Tours (II, 30) avec les paroles de S. Remj, » baisse la téte^ Sicambre^ adore ce que tu as biiilé, bi'ùle ce que tu as adorée » ce style poétique, très différent de la prose de Thistorien, trahit une source littéraire perdue, soit une épopée romane (opinion de G. Paris, La litt, française au M, A.), soit une Vita Remigii, écrite dans la prose poétique du temps (opinion de Kurth, Les sources de V histoire de Clovis, 1888).

^) Sur l'importance politique de la conversion de Clovis, voir Ranke, Fransôsische Geschichie, 1852, vol. I p. 10.

~) « Sabaudia Burgundionum reliquiis datur, cum indigenis dividenda «• Prosper (A® 443). La Savoie est mentionnée pour la première fois dans un document du siècle précédent, la Notitia dignitatiim. Maiius dA. Ckronica minora I p. 234.

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romains de patrice ou de maître des milices^ : ainsi <}undîoc (450-473), le fondateur de la dynastie burgonde*, ^t après lui son fils Hilperic (473-480), le père de la catholique Clotilde. Depuis la chute de TEmpire, les Burgondes •continuaient à ménager les provinciaux romains vivant sous leur autorité et s efforçaient de fusionner les deux races en présence, par des lois qui établissaient une égalité parfaite entre Burgondes et Romains; ce sont les lois connues sous le nom de lex Gundebada (loi Oombette)^, du nom du roi qui les réunit en code. Malheureusement pour eux, le fondateur de la dynastie, Gundioc avait embrassé Tarianisme; des Goths, auxquels il se rattachait par une alliance dynas-' tique, et depuis loi^, il y avait dans son royaume deux dergés, l'un arien, l'autre catholique, avec le grand évéque, S. Avite^, à sa tête, et la cour même était divisée. A ces' dissidences religieuses, vinrent se joindre des compétitions personnelles*. Gundioc avait laissé trois fils, qui s'étaient

») Supra, p. 35.

*) Voici la généalogie de la dynasti

e burgonde :

Gundioc

Hilperic I*' (tante 473)

Hilperic II

(tante 493) = ?Capetône(t506)

(Godemar)

Gundebaud

Godegiael

Clotilde (t 544) • Clovis

Sigismond (516-524)

Godemar (524.534)

Sigeric (t 522)

3) Infra, chap. IV, § 6.

*) Les œuvres de St. Avite (t 525). Poèmes, Homélies, LeUres (87), ces dernières surtout, sont une source importante pour l'histoire du temps; voir les Anctcnres Ântiq. vol. VI : Alcimi Aviti opéra. Le Colloque de 499 (ib. p. 161) est un acte faux d'après. Havet. A consulter : Parizel, St. Avite, sa vieetseséo'its. Louvain, 1858. Cucheval, De S. Aviti operibus. Paris, 1863.

') Sur ces querelles au sein de la dynastie burgonde, on n*est renseigné que par Grégoire de Tours II, 28, cf. III, 6, qui est contredit par les documents cités note 2 p. 84. Voir Binding, cité, p. 114.

partagé ses États : Hilpéric résidait à Lyon^ Gundebaud à. Vienne, Godegisel à Genève. Le plus ambitieux des trois^ Gundebaud, cherchait à supplanter ses frères. La mort le débarrassa de Uilpéric (circa 480), qui ne laissait que des filles. Glovis, en épousant l'une de celle-ci, Oiotilde, eut. bientôt l'occasion d'intervenir dans les querelles des Burgondes. En effet, Godegisel, aux prises avec Gundebaud, sans doute au sujet de l'héritage de Hilpéric, appela Clovis à son secours. A la bataille de Dijon (A"" 500)', Gundebaud fut défait ; il se hâta de se reconnaître tributaire de Clovis, afin de retourner toutes ses forces contre son frère Godegisel, qui, assiégé dans la ville de Vienne, dut se rendre et fut tué. Gundebaud se trouvait ainsi seul roi des Burgondes, et songeait déjà à reprendre aux Visigoths le bas Rhône que ceux-ci avaient conquis sur eux naguères. Il chercha alors^ à se rapprocher de Clovis, et de l'entrevue que ces deux princes eurent près d'Auxerre*, sortit une coalition des Francs et des Burgondes contre la troisième nation germanique établie en Gaule, celle des Visigoths.

Les Visigoths en Gaule.

Séparés par la Loire du nouveau royaume des Francs, par le Rhône des Burgondes, les Visigoths étaient alors, par l'étendue de leur domination, la plus puissante des^ nations germaniques : ils tenaient d'une concession impériale (A^ 418) Toulouse, leur capitale, avec une portion de TAquitaine^. Dans cette situation, ils avaient profité delà faiblesse de TEmpire romain pour étendre leurs conquêtes des deux côtés de cette province, au nord dans la Gaule, au midi en Espagne. Leurs premiers succès datent de Theoderic I**" (419-451), avec lequel arrivait au trône une^

*) Marias (A© 500). Grégoire de Tours [I, 32.

<) Allusion à cette entrevue dans la Vita S. Eptadii, 24 août.

») Supra, p. 63.

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