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VI. — LA DOMINATION DES LANGOBARDS EN ITALIE. (56S

Textbs angibns : Scriptopes remm Langobardioaram et Italicaroni

(MoD. Pertz série in-4) : Origo genliê Langobardorum; — An(mymu$ gothanus; — Paul Warnefried, Historia Langobardorum; — AgneUus, \itaepontificuin Ravennatetuium, ~ Liber pontificaus éd. Dachesne* Tol. I. Paris, 1886. — Grégoire de Tours (cité p. 81).

Travaux modernes : Troya, Storia dCItalia vol. III (Oreci e Langobardi) Naples, 1851 — id. Délia Condizione dei Romani vinti dai Langobardi. Naples, 1841. — Bahn, Koenige, vol. II (Héruies, — Oépides). — id. Langobardiêchen Studien. Leipsigy \Bn6. — Blnhme, Die gens Langobardorum : I. Ihre Herhunfts — IL Ihre Sprache. Bonn, 1868-74. — Turk, Die Langobarden (dans ses Forschungen, IV, Rostock, 1835). — Aschbach, Geschichte der Heruler und Gepiden, Francfort, 1835.

Les Langobards sur le Danube.

La nation germanique à laquelle allait écheoir la possession définitive de l'Italie, n'était pas un peuple nouveau. Les Langobards étaient déjà célèbres, au temps de Tacite*. Us habitaient alors au nord de la Bohême, dans le voisinage des Saxons, avec lesquels nous les trouvons encore en rapport au moment de leur invasion en Italie. A la fin du V* siècle, ils commencèrent leurs migrations. Des bords de

^) Vita s. Atnandi (6 février).

') Tacite, Germaniaf c. 40 : » Langobardos paucitas nobilitat. PlurimU M ▼alentissimU nationibus cincti, non per obsequium, sed praeliis et pericli- ^dotuti sunt. • cfr Annales II, 45-46; XI, 17.

TEIbe, les Langobards se transportèrent sur les bords du^ Danube et prirent possession du Rugiland^ ou territoire des Rugiens, vacant depuis la destruction récente de ce dernier royaume par Odoacre(A®491)*. Ils devinrent ainsi les voisins des Hérules et des Gépides, restes des tribus gothiques, et c*est là sans doute qu'ils embrassèrent Tarianisme, dont ils fesàient encore profession à leur arrivée en Italie^.

Les Hérules, établis dans l'ancienne Dacie étaient depuis longtemps les alliés des Romains, qui y recrutaient des auxiliaires. Au temps d'Odoacre, ils formaient la plus grande partie de son armée*. A l'arrivée des Langobards, les Hérules allèrent chercher du renfort chez les Goths de Scandinavie' et en ramenèrent un roi du nom de Rodolphe. Ainsi renforcés, ils soumirent à leur domination leurs voisins, tant Langobards que Gépides. Mais les Langobards ne supportèrent pas longtemps ce joug. Sous la conduite de leur roi Tato, ils prirent les armes et vainquirent les Hérules^ dans une grande bataille, où périt le roi Rodolphe (A** 495)*. Une partie des vaincus franchit le Danube et obtint de l'empereur Anastase des terres. Le reste des Hérules se fusionna avec les Gépides.

• Les Gépides, arrivés jadis avec les Goths sur le Danube, avaient contribué, après la mort d'Attila, à la destruction de l'empire des Huns^ et s'étaient rendus maîtres alors de la grande ville de Sirmium sur la Save, qu'ils durent livrer plus tard à Theoderic le Grand ^. Après la défaite des

1) Origo. c. 2. Warnefried I, 19.

«) Supra, p. 98.

3) Dans une harangue que Procope (Goth. III, 34) leur prête (A** 546), \&^ Langobards se vantent pourtant d*avoir la môme foi que Justinien, à la différence des Gépides ariens !

^) Supra, p. 75.

^) Procope II, 15. qui appelle la Scandinavie Thulé et y mentionne deux populations, des Goths et des Finnois (Scrithifini). Sur ces Goths de Scandinavie, voir p. 52.

^) Le chef des Hérules qui se plaça sous la protection de Theoderic le Grand (supra, p. 102) doit être le fils de ce Rodolphe.

• '') Supra, p. 68, p. 70.

DERNIÈRES MIORATIONS. 153

Hérules, ils se trouvèrent voisins des Langobards, avec lesquels ils ne tardèrent pas à entrer en lutte. Les Gépides avaient alors pour roi Torisind; les Langobards, Audoin (A** 546)*. L'un et l'autre réclamèrent Tappui de lempereun Justinien*. Ce prince, qui avait à se plaindre des Gépides,. prit le parti des Langobards. En retour les Langobards fournirent des auxiliaires aux Romains, en dernier lieu à Tarmée de Narsès, lorsque celui-ci reconquit l'Italie sur les Goths'. Mais Justinien ne soutint que mollement ces alliés^ dont la prépondérance eût été un danger pour l'empire. Après une guerre indécise, la paix fut conclue et dura jusqu'à la mort de Torisind et d'Audoin (vers 550). L'arrivée des Avars sur les bords du Danube modifia complètement la situation. Aussitôt après la mort de Justinien (A* 565), les Langobards rompirent l'alliance romaine, et leur roi Alboin se coalisa avec le fameux Baîan pour détruire son rival Cunimond et la nation des Gépides. Ainsi fut fait. Dans cette bataille, l'une des plus meutrières du temps {A*'566)*, Cunimond fut tué de la main d' Alboin, qui se fit une coupe du crâne de son rival '. Les Gépides furent exterminés*; leurs débris cherchèrent un refuge dans les provinces de lenjpire. Conformément au traité, leur territoire fut d'abord partagé entre les Langobards et les Avars et laissé à ceux-ci tout entier, lorsque les Langobards quittèrent le Danube pour l'Italie, leur patrie définitive.

i) Origo c. 5. Warnefried I. 22. Procope, Gath, IV, 26.

*) Prècope, Goth, \{\, 34,qiii pi été aux deux ambassades de longs discours de sa propre composition.

3) Ib. III 39, IV 26. 33. Paul Warnefried II, 2.

^) Jordanis, Romana, § 386.

>) Warnefried I, 27 : « ex eo (capiU) poculum fecit, quod genus poculi apud eoB scala dicitur, lingua vero latina paiera vocitatur » ; et il affirme plus loin (II, 28) avoir encore vu cette relique barbare : * ego hoc poculum vidi in quodam die festo Ratchis principem (Â** 745), ut illud convivis suis ostentaret, manu tenentem. *

*) Priscus, dans sa dernière campagne contre Balan (p. 145), rencontra dans quelques villages sur la Theiss les restes de ces Gépides (Théophylacte, 8:3).

154 HISTOIRE DU MOYEN kOE.

Les Langobards en Italie.

On assigne plusieurs motifs à la dernière migration des Langobards : larrivée sur le Danube des Avars, qui devenaient des voisins dangereux ; la description de Tltalie faite par les Langobards au retour de leur campagne dans ce pays sous les ordres de Narsès; les convoitises que leurs récits enflammèrent, jointes à Tambition personnelle de leur roi Alboin; enfin la trahison de Narsès', qui aurait appelé en Italie les Langobards pour se venger de sa récente destitution. Alboin se mit en marche avec toute sa nation, accompagné d*un contingent de 20,000 Saxons' et suivi d*un ramassis d aventuriers de toutes les populations danubiennes, Gépides, Bulgares, Slaves, Suèves, Pannoniens*. Franchissant les Alpes (A^ 569), Alboin conquit d'abord le Frioul, qu'il laissa à un duc de sa familleS et qui forma depuis lors ÏAustrie langobarde. Les Langobards se répandirent ensuite dans la grande plaine du Pô sans rencontrer de résistance : Vérone, Milan leur ouvrirent les portes. Seul Ticinum fut défendu avec obstination. Après un siège de trois ans, Alboin prit possession de cette ville (A** 572), qui devint, sous le nom

^) Sur la trahison de Narsôa, les modernes sont partagés, depuis Baronias, qui la nie et son critique Pagi, qui contredit Baronius. Le silence des auteurs byzantins est certes étonnant dans cette question. Mais, d*autre part, il n*est pas moins étrange d*entendre les vainqueurs propager une fable de ce genre, qui est Texcuse ordinaire des vaincus. Marius, contemporain, atteste la disgrâce (A° 568), mais non la trahison. Celle-ci se rencontre d*abord dans Isidore, Chronica (Mommsen II» p. 476) et dans les consuiaria UalùM .(Mommsen I, p. 337), dont le texte presquHdentique suppose une source <:ommune plus ancienne. Viennent ensuite VOrigo Langobardorum, c. 5, enfin Warnefried, qui en dérive H, 5.

«) Gregor. Turon. IV. 43, V. 15. Warnefried II, 6, III. 5-7.

') On les distinguait encore en Italie au viii* siècle, d'après Warnefried, II, 26 : •• usquo hodie eorum in quibus habitant vicos, Oepidos, Bulgares, Sarmatas, Pannonicos, Suavos, Noricos sive aliis hujuscemodi nominibus appellamus. »

^) Voir notre généalogie (p. 156). Warnefried II, 9, nomme le premier duc •de Frioul Gisolf; mais il est contredit par les Epistolab Austras. q<* 41, 48, qui le nomment Grasolf et Gisolf, le fils de celui-ci. cfr. Muratori, Annali d*Italia (A® 590).

I>ERNTÈRB8 MIGRATIONS. 155

<fe Pame^^ la résidence royale : c'est ce territoire qui forme la Neustrie* langobarde. Dans rintervalle, les Langobards avaient pris déjà possession de la Toscane, leur troisiènie territoire. Les Romains ne possédaient plus dans le nord de ritalie que le littoral de Oénes, celui de Ravenne, appelé dès lors IVj^arc^/, comme siège de Texarque ou gouverneur byzantin» les lies de Venise et la Pentapole de l'Adriatique, de Rimini à Ancone. Dans le centre de l'Italie, les Langobards prirent possession de l'Ombrie, où ils fondèrent le ducbé important de Spolète. Rome leur résista, grâce à la vigilance des souverains-pontifes. Enfin dans le midi, les Langobards se taillèrent un cinquième grand territoire, le duché de Bénévenl^, qu'ils occupèrent à une époque inconnue, plus probablement après la mort d'Alboin.

Alboin, en effet, ne jouit pas longtemps de ses conquêtes. Aprèsa voir tué le roi des Gépides , Alboin avait forcé Rosamonde la fille de ce rival à l'épouser. Celle-ci, à l'instigation d'un écuyerdu roi^, Helmechis, pour venger son père Cunimond, fit assassiner son mari Alboin (A"* 572). Mais Helmechis ne réussit pas à s'emparer de la couronne. Pour échapper à la vengeance des Langobards, la reine et son complice durent chercher un refuge à Ravenne, où ils trouvèrent dans une fin tragique le châtiment de leurs forfaits**. Les Langobards

^) Ce nom de Pavie lui vient de la tribu romaine Papia, dont Ticinum fit partie sous l'empire.

') Neusiria, Austria et Tuscia est la division légale (Leges Liutprandi, prol. éd. Pertz in-fol. IV p. 108). Il en est tenu compte dans les délais judiciaires, qui sont proportionnés â la distance (ib. n® 61, 88).

^) Hirsch, Dos Berzogihum Beneoent. Leipzig, 1870.

*) Warnefried II, 28 : • qui régis scilpor^ hoc est armiger, erat » (de ^U et burden).

*) Cette histoire de Ropamonde dans VOrigo c. 5, et chez Warnefried (U, 28-29) est trôs romanesque dans ses détails, mais très germanique. Orégoire de Tours contemporain (IV, 41) et Marins (A? 572) n*en donnent

que la sabstance, sans le détail.

se donnèrent un autre roi* du nom de Cleph (A^* 573), qui fut tué dès Tannée suivante, ne laissant qu'un enfant incapable de régner. 11 en résulta un interrègne de dix ans» pendant lequel les Langobards vécurent sous l'autorité particulière de leurs ducs respectifs (A^ 574).

Cependant, par la conquête du nord de l'Italie, les Langobards étaient devenus voisins des Francs, avec lesquels ils^ eurent bientôt des conflits •. Déjà à l'époque de la guerre gothique, les Francs étaient intervenus en Italie. L'empereur régnant Maurice s'avisa d'acheter, moyennant 50,000 sols d'or, leur alliance contré les Langobards ^ En présence de ce danger, les ducs des Langobards sentirent la nécessité d'unir leurs forces et se donnèrent pour roi Authari, le fils de Cleph (A^584)^ L'expédition franque,. envoyée par le roi Childebert II, échoua par suite des mésintelligences qui éclatèrent entre le général franc et l'exarque byzantin'. Authari chercha à se rapprocher des Francs ; il

1) Généalogie des rois de la 1" dynastie (Gausings) des Langobards :

Andoiii

= Rodelinde,

fille d*Hermanfried (p. 1 13)

Alboiii

550574 = Rosamunde

Grasolf (circa 584) duc de Frioul

Gisolfteil Grasolf 11 1 (611-65:^)

Radoald Grimoald

duc do Bénévent duc de Bénévent

roi des Langobards 662-671 <) Invasion des Langobards en Gaule en 575. Marius (ad. A.) Gregor. Turon. Vï, 6.

') Nous avons dans les Epistolab âustrâs. n^ 25-48 des documents officiels sur ces relations entre Maurice et les Francs. Sur leur chronologie, cfr N. Archiv XIII p. 365-387.

^) Origo, 7. Biclar, p. 216 (Ed. Mommsen).

^} Epistolar ib.n°40, c'est la relation officielle de l'exarque Smaragdus, qui rejette naturellement la faute sur Henus, le général franc. Grégoire de Tours (VIII, 18), attribue cet échec A des dissensions entre les Alemanes et les Francs.

devait épouser la sœur de Childebert. Mais celui-ci ayant rompu cet engagement, Authari s*allia avec un autre de ses voisins, le duc des Bavarois, dont il épousa la fille Theodelinde (A*" 589)*. La guerre continua. Les Langobards essayèrent en vain de prévenir, par des promesses d'argent, «ne nouvelle expédition. Childebert envoya deux armées sous la conduite de vingt ducs militaires, qui s'avancèrent victorieusement jusqu'à Vérone ; la maladie et la famine purent seules arrêter le cours de leurs succès. Authari s'empressa de demander la paix ; mais il mourut dans le cours des négociations (A^ 590)*, sans laisser d'héritier ; il était réservé à sa veuve la grande Theodelinde de donner aux Langobards une nouvelle dynastie et de les amener à la foi catholique.

État de ritalie depuis Finvasion.

La domination des Langobards n'a jamais embrassé l'Italie entière ; elle ne fut donc pas aussi complète que celle des Ost-Gotbs ; mais, là où elle s'exerça, elle fut plus radicale dans ses effets. La civilisation romaine y fut détruite', et avec elle, les lois et les institutions romaines, qui firent place aux institutions germaniques. Les Langobards étaient si peu disposés à tolérer un autre régime que les Saxons, leurs alliés et leurs auxiliaires dans la conquête, se virent refuser la liberté de vivre sous le régime du droit saxon et préférèrent retourner dans leur patrie*. Les anciennes villes

^) Warnefried III, 29.

*) Ib. III, 35. Son empoisonnement n*est pas certain ; Tauteur ne le rapporte qu'A titre de on dit (ut tradunt).

'i Gregorii I Registrum \U n« 29. Jaffé, n« 1233, Id. Dialogi III, 38 : * «iepopulatae urbes, eversa castra, concrematae, ecclesiae, destructa sunt monasteria virorum ac feminarum ; desolata ab hominibus praedia, atque ab Omni cultore destituta ; in solitudine vacat terra, nullus banc possessor inbabitat; occupaverunt bestiae loca quae prius multitudohominum tenebat», peinture effrayante, mais qui n'est peut-être pas exempte d'une certaine CMgération oratoire, Grégoire de Tours (IV, 41) insiste sur la dévastation des églises : « (Italiam) maxime per annos septem pervagantes, spoliatis ^ccldsiis, sacerdotibus interfectis in suam redigunt potestatem. »

*/ Gregor. Turon. IV, 42. Warnefried, III, 5-7.

romaiaes furent privées de leur régime municipar ; leur» habitants, tout en conservant la liberté personnelle, furent traités en vaincus, accablés d'impôts frappant les immeu* blés et la négoce. Plus dure encore fut la condition des anciens habitants des campagnes*. La classe des grands propriétaires romains disparut. Les uns furent massacrés. Les autres se retirèrent dans les villes demeurée» romaines de Gênes, Ravenne, Venise ou Rome. Les colons^ attachés à la culture des terres, passèrent, sous le nom de^ Haldiones^, dans la dépendance de maîtres barbares. Ce qui ne contribua pas moins à la persécution des vaincus^ cest la diff^jrence de religion. L'arianisme, tombé en Italie avec les Ost-Goths, y fut ramené par les Langobards. Danstoutes les villes au pouvoir des Langobards, les évoques catholiques avaient été d'abord chassés et remplacés par des évéques ariens^. L'invasion finie, les évêquea orthodoxes revinrent, il est vrai, et dès lors il y eut dans chaque ville deux évéques, Tun arien, Vautre catholique. Mais, quand les sièges de ces derniers se trouvaient vacants,, l'élection de leurs successeurs ne se faisait qu avec grande diflSculté, et ce n est que par des voies détournées que les élus obtenaient du Saint Siège leur confirmation canonique*. Quant à la constitution politique des vainqueurs, ils

M La théîie de la sarvivance des municîpes, soutenue par Savigny.flf^/. dudroit romain t. I, ch. 5, Gaupp, Ansiedslungent p. 515, a été démolie par Léo, Entwickelung der Yerfassung der lombardischen Staedte. Hamboarg, 1824; Bethmann-HoUweg, Ursprung dtir Umb, StâdUfreiheii. Bonn, 1846;^ Haulleville, Histoire des communes Lombardes, Gand 1857. I, p. 439; Troyat Bella Condizioni dei Romani, cité supra.

<) Sur le régime des terres, les passages classiques sont Warnefried, I, 32 : i* His diebus multi nobilium Romanorum ob cupidatem interfecti sunt. Reliqui vero per hospites divisi, ut tertiam partem suarum frugum Langobardispersolverent, tributarii efficiuntur » ; id. II, 16 : « Populi adgravati per Langobardos hospites partiuntur. » Sur ce régime de Vhospiialitas barbare, ▼oir Gaupp, Germanischen Ansiedlungen und LandtheUungen. Breslau»

') Haldiones sont les tenanciers, Holders, de halten,

*) Warnefried IV, 6.

5) Gregorii I, Registrum, III, n<»30; XI, n°6. JaflFé, n» 1234,1796.

avaient à leur tête un roi électif, dont dépendaient les ducs, au nombre dune trentaine. Les trois plus grands de ces dachés, Frioul.Spolète et Bénévent, formaient, à raison déjà de leur éloignement du centre, des principautés quasi souveraines. Au domaine royal furent préposés des Gastaldes^^ investis de la juridiction dans leurs ressorts ; au-dessous d*eux, étaient des Sctdtètes^ ou écoutétes et des decani ou doyens, exerçant les mêmes fonctions dans les moindres localités. Les Romains étaient exclus de toutes les fonctions publiques. C'est ainsi que l'Italie, cet ancien centre de la civilisation romaine, devint barbare ou germanique'. A la même époque, la Bretagne romaine subissait une transformation non moins radicale sous la domination des Anglo-Saxons.

S Vn. — LA DOMINATION DES ANGLO-SAXONS DANS LA GRANDE-BRETAGNE.

Tkttbs ULTms du groupe breton : Chroniga minora. Ed. Mommsen, ToL III (« vol. Vni des Anetores aatiqai, Pertz iD'4) : Gildas, De eœcidio et conquestu Britanniae ; ^ Anonyme, Historia Brittonum (VII» siècle) ; — Nennii, Additamenta (ix* siècle). — Textes latins du groupe aoglo-Saxon : Beda, HUloria eccl. C^entis Anglorum. Ed» Holder. Freiboarg i. B. 1882. — Annales Cambriae (444-954). Rolls Séries n« 20. — Textes germaniques : The Anglo-Saxon Chronide. Rolls Séries n» 23. — Recueil de tous les textes précédents dans Honnmenta historioa Britannica, vol. I. Londi*es 1848. fol.

Travaux modernes: J. Moeller, ScLxones. Berlin, 1830. — Bolze, Bie Sachsen vor Karl dein grosscn. Berlin, 1860. — de Geer, Be Sahsen voor en onder Karel d. Gr, Utiecht, 1861. - Sharon Turner, History of the Anglo-Saxons. Londres, 1799-1835, 3 vol. — Lappenberg, Geschichte von England. Vol. I, Hambourg, 1834. — Kemble, The Saxons in Etigland. Londres, 1849, 2 vol.

M Gastaldius (Leges Langoàardorum, passim), angl. -saxon GesUald, =» préposé, de sUsllen.

*) Sculdahis (ib. pasaim, Warnefried VI, 26, - rector loci -), cest le SchuUheû, Schuljg, Schoute, des pajs germaniques.

*) Scfaupfer da Chiogga, IntiUusiùni poliiiche Langobardiche, Florence, 1863. Pttbst, B€LS Langobardische Herxùgihum dans les Forschuxgen II (186;;) p. 405; id. Die niederen BeamUen bei den Langcbarden ib. p. 493.

160 mSTOIRE DU MOYEN AGE.

Les dernières migrations celtiques.

Les migrations germaniques en Grande-Bretagne furent précédées et accompagnées d'un déplacement local des populations insulaires de race celtique ^ dont il faut chercher le point de départ dans l'Hibernie barbare ou l'Irlande. C'est là que l'on rencontre pour la première fois au iv* siècle la mention des Scotes^ ou Ecossais, qui d'Irlande passèrent en Calédonie. A cette époque la Calédonie était habitée par les Pietés', une autre branche de la race celtique. Le berceau des Scotes, c'est l'Irlande, qui a porté le nom de Scotia^^ longtemps avant l'Ecosse. En Calédonie, les Scotes étaient les envahisseurs, et leur domination y fut toujours limitée aux montagnes (Highiands) de la haute Ecosse, où l'on parle encore le Gaëlic, une langue sœur de Verse et distincte de la langue indigène des Calédoniens*. Depuis longtemps les Pietés étaient en guerre avec les Romains de la province de Bretagne, qui avaient élevé contre eux une double barrière artificielle d'une mer à l'autre. L'arrivée des Scotes, qui firent cause commune avec les Pietés, donna aux invasions celtiques un nouvel élan (A^ 343). Le grand Théodose les avait refoulés une dernière fois au-delà du second rempart et reconquis le territoire, qui fut appelé

1) Sur la chronologie et la topographie des invasions celtiques, Varin, Etudes sur Vétat politique et religieux des iles Britanniques au moment de l'invasion saxonne, Ac. Inscr. Mémoires étrangers, t. V * 1857.

1) D abord dans Âmmien Marcellin, 26 : 4; 27 : 8; ensuite dans les poèmes de Clnudien, jHissim. Bien que les Scotes nont ils parlent, fussent déjà en Calédonie, leur origine hibernienne n'était pas oubliée : « Scotorum cumulos flevit glacialis lerne « (Claudien, Laits Siiliconis).

2) Supra, p. 5.

8) Ce nom de Scotia, revendiqué à la fois par les antiquaires de l'Irlande et ceux de TEcosse, a brouillé singulièrement cette question d'ethnographie. A consulter, Dieffenbach, Celtica (cité p. 3 ), Skene, Celtic Scotland. Londres,

^) La basse Ecosse, où habitaient les Pietés, a été germanisée à Tépoque danoise, si bien que leur langue et jusqu'à leur nom ont disparu. Cotte langue différait du bretor comme du gaelic, d'après Beda I, 1 ; l'Irlandais Colombkill, l'apôtre des Pietés, eut besoin, pour se faire entendre d'eux, d'un interprète, d'après Adamnan, Yita S. Columbae II, 32.

Dernières migrations. 161

alors Valentia, du nom de l'empereur régnant (A° 369). Au 7* siècle, les invasions celtiques redoublèrent (A"" 411), tandis que la province de Bretagne était évacuée par les légions romaines, rappelées sur le continent pour faire face aux invasions germaniques (A*^ 423). Les Bretons, abandonnés à eux-mêmes, firent de vains efforts pour résister aux Calédoniens, en s*organisant sous des chefs indigènes. Lés attaques simultanées des pirates saxons, arrivant par mer, la difficulté de tenir tête à tant d'ennemis à la fois, le manque d'unité dans la direction partagée entre plusieurs chefs indépendants, souvent rivaux*, et surtout labsence de toute armée régulière depuis le départ des légions, devaient aboutir à une catastrophe. Déjà les Calédoniens avaient reconquis la Valentia et fondé au nord de THumber les royaumes celtiques de Bernicie et de Déira (A^ 448). Celle catastrophe fut précipitée par la politique d un chef indigène, Vortigern, qui s'avisa d'opposer aux barbares de la Calédonie les pirates de la Germanie^. Il fit alliance avec la bande des deux frères Hengist et Horsa, repoussa, en effet, avec leur concours les Calédoniens et laissa ces pirates prendre possession de quelques points du littoral (A*^ 450). Une fois la Bretagne ouverte aux peuples germaniques,, il devint impossible d'arrêter Taffluence de ceux-ci, qui retournèrent leurs armes contre les indigènes. Une autre migration celtique s'ensuivit, celle des Bretons, refoulés sur toute la ligne jusque dans les montagnes occidentales de leur île. Le premier qui arrêta les progrès de l'invasion germanique, fut le chef breton Arthur, célèbre par la victoire de BadonhilP,

^) Rien de plus obscur que le caractère de ces chefd indigènes, succédant SQZ autorités romaines. Leur existence seule est constatée, par Procope (Yandal. l, 2), qui les appelle tyranni; leurs dissensions sont déplorées par le breton Gildas, 27, qui les qualifie de même : •« Reges habet Britannia, sed tyrannos. »

*) Le fond de cette alliance attestée par Oildas c. 23, est conforme à la politique du temps, dont on a tu tant d^exemples plus haut (p. 52, 59, 66, 134). Mais tout le détail, et jusqu*aux noms propres, sont fort si:gets & caution.

3) En 494 d'après Beda (I, 16} en 516 d'après \tB Annales Cambriae. Cette bataille du Moiu badonisus (emplacement discuté) est suffisamment attestée UISTOmS DU MOYEN ÀQB« Il

162 HISTOIRR DU MOYKN AGE.

plus célèbre par le cycle de légendes et d'épopées qui se forma au moyen âge autour de son nom. Grâce à celte victoire, une partie de Bretons parvinrent à se maintenir dans les principautés de l'ouest. D autres s'étaient déjà expatriés et avaient trouvé un refuge sur les côtes de l'ancienne Armorique, qui est devenue la Bretagne française*. De cette époque date la distribution actuelle des restes de la grande race celtique, qui ne survit plus en groupes compactes que sur quatre points, à savoir : en Irlande les Erses (Irish), dans la haute Ecosse les Gaëls, dans le pays de Galles les Kymris, dans la Bretagne française les bas-bretons. Dans la Grande- Bretagne, la race indigène se réduisait à trois tronçons, celui du centre dans la Cambrie, celui du nord dans le Cumberland, celui du sud dans le Cornouailles. Ce sont les Anglo- Saxons qui leur donnèrent le nom de Welsh, appelation commune des étrangers (Welsche, Wallons) en langue germanique, doù provient le nom moderne de leur pays, Wales en anglais, Gualia en latin, pays de Galles en français.

Les nations maritimes de la Germanie.

Sous le nom d'Anglo-Saxons, on doit comprendre toutes les populations qui avoisinaient alors la mer du nord, et dont sortaient sans cesse des essaims de pirates, fléau du littoral des provinces romaines. Cette zone maritime qui s'étendait de l'Elbe jusqu'au Rhin, comprenait, outre les Saxons, trois peuples principaux, à savoir : les Juies^ établis dans la péninsule danoise, le Jutland, à laquelle ils ont laissé leur

par le contemporain Gildas ; eUe- suppose la direction d*un homme de guerre, mais qui est encore anonyme dans Gildas c. 26, ainsi que dans Beda. L auteur de VHisloria BriUonum(àw vii^ siècle, diaprés Mommsen), est le premier qui nomme Arthur, non pas roi, mais seulement dux bellorum. Viennent ensuite les Annales Cambriae (x* siôcle), enfin Geoffroy de Montmonth (xii* siècle), qui ont successivement amplifié la légende d'Arthur, cfr. Rhys, Cellic Britain p. 231.

') Loth, L'émigration bretonne en Armorique du v* au viii« siècle. Rennes, 1883. Uii la Bonlerie, Histoire de Bretagne, t. I. Paris, 1897.

nom; ensuite les Angles, qui porteront le leur en Angleterre, et qui habitaient encore entre lembouchure de TElbe et la Baltique; enfin, les Frisons, qui nont pas quitté le Zuiderzée, qu'ils occupaient déjà ali terbps de Tacite*, tout en profitant des migrations de leurs voisins pour reculer leui's frontières. C'est ainsi que les lies des Bataves, occupées nnguères par les Francs Saliens', ont passé de ceux ci aux Frisons. De l'Ems, qui formait leur frontière orientale au temps de Ptolémée, les Frisons s'étendirent jusqu'au Weser, qui les sépare des Saxons. Depuis cette époque, ils étaient partagés en trois groupes, les Ost Frisons, entre le Weser et la Laubacb ; les Frisons du centre, dans le Friesland proprement dit, entre la Laubach et le Zuiderzée (Flevo), et les West' Frisons ou les habitants de la Hollande entre le Zuiderzée et le Zwyn (Sincfala) en Flandre'.

Quant aux Saxons, tandis qu'une fraction s établit dans la Grande-Bretagne, l'autre fraction, demeurée sur le continent, continua d'envahir le nord de la Germanie, soit par conquête, soit par suite d'une émigration de leurs voisins. Graduellement, ils occupèrent en amont de l'Elbe le territoire évacué par les Langobards (A** 490), le nord de la Thuringe conquise avec l'assistance des Francs (A"* 531)*, au nord de TElbe lancien pays des Angles, qui touchait à la Baltique. Enfin au vu* siècle, les Saxons devaient encore faire la conquête du territoire des Bructères, dans le voisinage du Rliin (vers 695)*. Depuis lors, les Saxons continentaux forment trois groupes, les Wesiphaliens ou Saxons de l'ouest, les Osiphaliens ou Saxons de l'est, et les Saxons du centre

*) Tacite. Germania, 34. Annales, passim. Tûrck, AUfrisland und sein ^olksrecht, dans ses Forschungbn, n® 5.

«) Supra, p. 82.

') Cette dÎTision est nettement marquée dans les gloses de la lbx Fkisio- NUM, qai note des variétés juridiques entre ces trois régions.

*; Supra, p. 1 13.

^) Beda, V, 1 1 : • Expugnatis non longo post tempore (circa 695) Boructariis a gente Ântiqoorum Saxonum. »

164 HISTOIRE btj MOYEN AGE.

(Engern)^ On en distinguait les Saxons Nordalbingi* dans le Holstein, entre TElbe et la Baliique\

Malgré leur extension géographique, les Saxons continentaux n'ont point formé une puissance politique, faute d'une dynastie nationale*. Ils devaient finir par perdre même leur indépendance, à la suite de leurs luttes contre les Francs, leurs voisins mieux organisés. Tout autre ont été les destinées des Saxons insulaires.

Invasion de la Grande-Bretagne par les Ânglo-Saxons.

C'est au milieu du v® siècle que les pirates germaniques prirent pied sur le littoral de la Grande-Bretagne dont jusque-là ils avaient été repoussés : c'étaient des Jutes, arrivés sous la conduite de Hengist, qui, de gré ou de force, prirent possession de Tîle de Thanet (A** 450)'. Renforcés par d'autres bandes, ils enlevèrent aux Bretons tout le territoire des Cantuaiiens, où ils fondèrent le royaume germanique de Kent (A"" 453j, sous la dynastie des Ascings*. Une autre fraction de Jutes s emparèrent de l'île de Wight et du littoral voisin. Vingt-quatre plus tard, arrivèrent les premiers Saxons proprement dits, qui s'établirent au sud de la Tamise, où ils fondèrent le royaume des Saxons du sud (Sussex)^ Ella, leur chef, et son fils Kissa, fondateur

i) C'est la division juridique, consacré par la les Saxonum, titres VIIMX.

2) Nordalbingi dans Helmold (I, 26;; Transalbiani est la forme latine dans les Annales carolingiennes, passim.

9) La géographie saxonne a conservé le souvenir de cen annex ons dans les noms de ses cantons, le Bardengo, le NordthuiHngo^ le Borktergo.

^) Beda, V, 10 : « Non enim habent regem iidem Antiqui Saxones (il entend par là les Saxons continentaux), scd satrapas plurimos (les Ethelings ou piHncipes locaux) suao genti praepositos... tempore belli ducem omnes sequuntur, huic obtemperunt; peracto autem bello, rursum aequalis potentiae omnes fîunt satrapae. *• Les Saxons en étaient donc restés à la situation décrite par César (supra, p. 21, n. 1).

^) EisU BrUtonum c. 31. Chron. Saxon. A» 449.

®) Beda, II, 5. « Oise, a quo reges Cantuariorum soient Oiscingas cogno^ minare. »

'^) Chronicon Saxon. A® 477, cf. Boda. II. 5,

DERNIÈRES MIGRATIOxNS, l65

de Chichester (Kissae castrum), y implantèrent une seconde dynastie (A^ 477). Une autre bande de Saxons, conduite par Cerdic et son fils Kynric, aborda au vi« siècle au littoral de la Manche, où les Bretons leur opposèrent d abord une vive résistance. Il y eut une lutte acharnée à laquelle les Saxons des royaumes voisins prirent part. Les Bretons furent finalement refoulés dans le Devon (A** 508), et le territoire conquis sur eux forma le nouveau royaume des West-Saxons (Wessex)'. Il règne plus d'incertitude sur Tépoque exacte où les Saxons s*établirent au nord de la Tamise : on y distingue deux groupes, les Est-Saxons (Essex) et les Saxons du centre (Middelsex), dont Londres fesait partie ; ils formèrent, sous une dynastie commune, un quatrième royaume germanique (vers 530)*.

Pendant que les Saxons consolidaient leur domination sur les deux rives de la Tamise, arrivaient par la même voie de mer les Angles, auxquels l'Angleterre allait devoir son nom : se répandant sur tout le littoral de la mer du nord jusqu'aux frontières de l'Ecosse, où une colonie de Frisons les avait précédés', les Angles envahirent successivement la Bernicie celtique, sous la conduite de leur chef Ida (A"" 547) ; puis la Déira voisine, où s'établit un autre chef du nom d'Aëlla (vers 579)* ; un peu plus tard, le fils de ce dernier Edwin réunit ces deux territoires en un seul royaume qui prit le nom de Northumbrib (A° 617). A ces

0 Chron. Saxon. A^ 495.

») Beda, II, 3.

^) Aa temps du roi franc Theudebert (f 547), Procope, contemporain immédiat (Bell. Goth, IV, 20), place dans cette région trois peuples, qu'il appelle Frisons ^ Angles et Britlons, Dans son ignorance de la géographie, il en fait une lie, Briitia, située entre la Bretagne romaine, qu*il appelle Britannia^ et la Scandinavie, qu'il appelle Thulé. Cela répond assez bien à l'Eco8se,que les Angles longent, et où les Frisons ont laissé des traces. La baie de Fortfa est appelée Mare Fresicum dans VEUioria Briltonum 38 (Ed. Mommsen p. 179). cf. Skone. Frisian settlement on thc Firth of Forih, Ce passage, l'un des plus embarrassants dans Procope, trahit une provenance germanique et par cette forme, Brittie pour Britannie, et par le caractère romanesque et très germanique du fond.

^) Aêlla était contemporain du pape Benoit V', d'après Bède II, 1.

166 HISTOIRE nu MOYEN AGE.

Angles établis au nord de l'Humber*, on opposait, au midi de cette rivière, les Angles du sud (Sutangli) ', subdivisés à leur tour en plusieurs fractions : la principale était celle des Est- Angles , occupant les cantons de Norfolk (bande du nord) et Suffolk (bande du sud), qui, réunis sous la dynastie des Uffiugs ^ , formèrent le royaume d'EsTANGLiE (vers 597). Moins importante était la fraction appelée, de sa situation au centre de l'Angleterre, les Middel' Angles, qui ne formait qu'une dépendance de ses voisins ; ils étaient séparés du territoire des Bretons de louest par une marche (Mercia) ou bande (Borderland), qui, exposée aux inconvénients de toute frontière, ne se peupla que lentement : c'est là que devait se former dans la suite un troisième royaume indépendant, celui des Angles de Mercie (A° 626).

La Graude-Brelagne depuis rinvasion.

Tels sont les Étals dont lensemble a été appelé THeptar- CHiE ANGLO-SAXONNE OU Ics Sept royaumes, bien que le nombre de ces États n ait pas cessé d'osciller autour de ce chiffre. En effet, cette première organisation de l'Angleterre manquait encore de stabilité, tout autant que d'unité. Il est vrai qu'il s'y rencontre dès cette époque une autorité commune, mais non permanente, sous le nom de Brelwalda*. Le premier qui ait pris ce titre, est Ella, le roi des Sud-Saxons (A"" 480), à la suite des victoires qu'il remporta sur les Bretons. Après un long intervalle, on trouve, dans cette

^) Beda L 25 : «< Humbrae flurninis, quo moridiani et septentrionales Anglorum populi dirimuntur. •*

') Diplôme de 736 : » Rex non soliim Merciorum, sed et omnium provinciarum quae generali nomine Sut-Angli dicuntur. •• Cod:'.x diplomaticus \, n« 96.

3) .Beda II, 15 : •• Reges Orientalium Anglorum 7u/^/i^a^ appelant ». Bist. B^Httonum c. 55 56.

^) Beda (II, 5) cnuméro sept Bretwalda anglo-saxons. Quant à Tôtymologie, ce mot, écrit aussi Brctenantoealda, équivaut & Brettonum (habitant de la Bretagne, dans le sens géographique) ditaj (wealdan, wield =? dominer). Hhjs, Cellic Britain. p. 134.

dignité, un roi des West- Saxons, Keawlin, arriôre-petit-fils de Cerdic, le fondateur du Wessex (A"" 560). Toutefois cette suprématie ne lui fut pas reconnue sans contestation ; il eut à lutter contre les Bretons de la Dananonie, contre les Scotes du nord et même contre ses propres sujets, qui se révoltèrent et le déposèrent. Il mourut peu après (A** 593), laissant son royaume de Wessex à son neveu Ceolric*. Quant au titre de Bretwalda, il passa à Etbelbert, le quatrième successeur d'Hengist dans le royaume de Kent (depuis 568). Ethelbert fit reconnaître, en effet, son autorité jusqu'à la frontière de THumber. Il contracta une alliance avec ses voisins du continent, avec les Mérovingiens, en épousant la fille du roi Charibert de Paris ^, une princesse catholique, Bertha, qui allait ramener dans la Grande-Bretagne le christianisme.

Avant l'arrivée des Anglo-Saxons, la Bretagne romaine était entièrement chrétienne, comme les autres provinces de Tempire. Le druidisme celtique ne s'était maintenu que chez les Celtes indépendants de THibernie et de la Calédonie. Avec les Anglo-Saxons, le paganisme germanique envahit la Grande-Bretagne refoulant le christianisme, avec la population indigène, dans les montagnes de louest. La lutte, en effet, entre les indigènes et les envahisseurs, y avait pris dès l'abord un caractère acharné qu'elle n'eut pas dans les autres provinces envahies. Ailleurs, où les barbares n'avaient eu à combattre que les légions romaines, la population civile changea de maîtres sans aucune résistance. En Bretagne, les indigènes avaient pris eux-mêmes les armes pour se défendre. Ce fut une guerre de race, à la suite de laquelle les vaincus préférèrent se retirer ou s'expatrier que de se soumettre. Cantonnés dans leurs territoires respectifs, les royaumes chrétiens des Bretons et les royaumes payens des Anglo-Saxons formaient deux groupes irréconciliables, et la haine des vaincus était telle que le clergé breton

*) Chron. saxon. 560-593.

') Boda, I : 25.

refusait de faire le moindre effort pour porter le christia* nisme chez les conquérants * .

Résultats de la domination des barbares en Occident.

Avec le vi* siècle, sachève le grand mouvement des migrations qui termine l'histoire de l'antiquité et ouvre celle des nations modernes. Lempire romain est détruit en Occident définitivement, et Tancienne civilisation a disparu avec lui. A Tunité de croyances, de lois et de langue dont Tempire romain avait donné le spectacle, succèdent la complexité des populations, Thostilité des races, la diversité des lois et des coutumes', la confusion des langues^. Au point de vue politique, le régime nouveau que l'on essaya çà et 1:'), manquait de stabilité. Theoderic le Grand ne réussit pas à réaliser cette union des nations germaniques, qu'il voulait baser sur les alliances conclues entre leurs dynasties. Les efforts de Juslinien pour rétablir la domination romaine dans sa première étendue, échouèrent par l'épuisement de son empire et par la faiblesse de ses successeurs. En Italie, l'unité politique fut définitivement détruite par l'invasion des Langobards et par le morcellement du territoire. En Espagne, l'antipathie des Visigoths conquérants et de la population romaine était telle que les mariages mixtes étaient prohibés par leurs lois. Au point de vue religieux, la diversité des croyances maintenait une barrière entre les provinciaux romains demeurés fidèles à la foi orthodoxe et leurs nouveaux maîtres, la plupart ou ariens ou payens, qui abusaient de leur supérorit'i pour persécuter les catholiques.

1) C'est le reproche que leur fait S. Grégoire «.luis son Regislrum VI, n° 49. 57. Jafro i.« 1432.

') Sur le Régime du droit personnel^ qui date de cette époque, voyez cil. p. V,§6.

^) Beda (I, 1) onunièie en Angleterre pas moins de cinq langues, à savoir Anglorum (anglo-saxon), Brettonum (kymric), ScoUorum (gaëîic), Pictorum (étiiat), La'inorum, qui servit de langue commune, • céleris omnibus fada communis, » mais seulement aprôs la conversion de ces peuples au christianisme.

Dans la Gaule, les Francs eux-mêmes, qui avaient adopté les doctrines du christianisme, étaient loin d'en observer les lois. A la cour des rois chrétiens, régnait une corruption effrénée; parmi leurs sujets, tout se décidait par la violence, et une grande partie du h(Lut clergé était atteint par la démoralisation générale ^ Dans la Bretagne romaine, le clergé n était pas moins relâché et soucieux uniquement de ses intérêts temporels*. La régénération de la société par le christianisme, la fusion des vainqueurs et des vaincus, restaient à opérer : ce sera l'œuvre de la papauté; elle commence avec le pape saint Grégoire le Grand.

*) Gregor. Turon. ffist, Francorum IV-X passim. Jonas, Yita S. Colom^ hani,

-) Gildas, De excidio Brilanniae, 66 : « Saoerdotes habet Britannia, sed insipientes; quam plurimos minisfros, sed impudentes; clericos, sed raptores subdolos; pastores, ut dicunt, sed occisioni animarum lupos paratos ; non commoda plebi providentes, sed proprii plenitudinem ventris quaerentes. »

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