Dulcissimus Germanas -j* 551 I patrice
Justin n bùô'ôl^ I
== Sophie
Il adopte : Justin '{'571 Justinien Germanus
Tibdre Constantin le général poithumu^
Cou^itanima = MauriC3-Tibèra Û82-602 -j lufia, p. 154.
^! Sui;ia, p. 140. *> MciiaLdie. VII, 9.
^ Theu^h^lacte IV, 10. iivagi-e, V, 9.
"/ Mônahdre, fr. 17, 18.
Tibère profita d'une trêve conclue avec les Perses pour •concentrer une armée imposante, à la tête de laquelle il plaça le général Justinien. Sous la conduite de celui-ci, les Romains remportèrent une victoire brillante près de Mélitène ^t pénétrèrent jusqu'aux bords de TAraxe (A** 577)*. Ces revers disposèrent Chosroès à négocier. Mais, dans le cours des négociations, Justin II mourut, bientôt suivi dans la tombe par Chosroès (A** 579)*.
Devenu empereur par la mort de son collègue, Tibère rencontra un compf^titeur dans le général Justinien, neveu de Justin, instigué par Sophie, la veuve de celui-ci. Tibère déjoua ces complots par sa fermeté et désarma ses ennemis par sa clémence^. Les quatre années de son règne furent absorbées par la guerre contre les Perses, dont il remit la continuation à son général Maurice. Dans la dernière année, il abandonna Sirmium à Baïan, qui n'avait pas cessé de négocier ou de batailler pour obtenir cette forteresse (A^ 581) * .
Au retour de ses campagnes victorieuses contre les Perses, Maurice fut appelé à succéder à son maître Tibère, dont il épousa la fille*. Maurice se montra digne de son prédécesseur par sa prudence politique comme par ses vertus religieuses. On ne pouvait lui reprocher que son avarice^, qui devait être en effet la cause de sa perte. Au début de son règne, il eut à combattre à la fois les Avars et les Perses, contre lesquels il renoua l'alliance avec les Turcs. Mais une révolution dans la monarchie des Sassanides changea subitement la face des affaires en Orient. Hormisdas, le successeur de Chosroès P^ est renversé du trône par une conspiration; son fils Chosroès II, obligé de chercher un refuge auprès des Romains, tandis qu'un de ses généraux
1) Ménandre, fr. 21. Evagre, V, 13. Théophylacte III, 11, «) Evagre, V, 23.
3) Gregor. Tur. V, 50. Paul Warnefried, III, 12.
4) Ménandre, fr. 30, 31.
5) Thôophylacte I, 2. Evagre V, 22-23.
6) Grégoire I, qui fut son ami, se plaint néanmoins de son humeur tyrannique dans une lettre & son successeur : Registrum, XIII, n® 334, Jaffé n« 1899.
DERNIÈRES MIQRATIONS, 145
Bahram se fait proclamer roi des Perses (A® 590)** Maurice S6 montra magnanime envers cet ennemi désarmé. II lui fournit des troupes, avec un Narsès, comme général, qui renversa l'usurpateur et rétablit Chosroès II sur le trône des Sassanides. Ainsi cessa l'hostilité séculaire entre les deux peuples, qui fit place à une alliance étroite entre Maurice et €hosroès(A^591).
Maurice fut moins heureux dans ses relations avec ^intraitable Khakan des Avars. Toutes ses concessions pour conserver la paix ne faisaient qu'encoui'ager Tinsolence de celui-ci, et comme Maurice lui refusait une nouvelle augmentation du tribut annuel*, Baïan envahit la Thrace, s'empara d*une série de forteresses romaines, et poussa ses ravages jusqu'à l'Adriatique, tout en continuant à négocier (583- 590). Enfin Maurice profita de la paix conclue avec les Perses pour réunir toutes ses troupes disponibles et se décida à marcher en personne contre les Avars (A** 592)^. Mais son ardeur se ralentit bientôt ; quinze jours après il rentra dans sa capitale, laissant la poursuite des opérations à son général Priscus, qui par ses talents militaires sauva l'honneur de l'empire. Priscus remporta cinq victoires sur les barbares, qui furent rejetés au-delà du Danube et lui même s'avança jusqu'au cœur de la Pannonie, où Baïan, dans un dernier combat, perdit la plus grande partie de son armée, avec quatre de ses fils (A° 600)*. Malheureusement l'avarice reprochée à l'empereur fit éclater une sédition parmi les soldats. Déjà irritée par une réduction de la solde, l'armée se révolta ouvertement, lorsque l'empereur, trouvant de l'économie à la faire subsister aux dépens de l'ennemi, voulut la faire hiverner au-delà du Danube. Un centurion obscur, Phocas, se mit à la tête des séditieux, marcha sur la capitale, où la faction des verts souleva la populace en sa faveur, et où il se fit couronner empereur. Le premier acte
^) Voir infra, chap. V, § 1.
2) Théophyhacte 1:3.'
3} /d, VI. 2-4.
^) Ib. VIII, :f-6. . ,
146 HISTOIRB DU MOYEN AOB.
de l'usurpateur fut de faire exécuter le malheureux Maurice^ avec ses quatre fils (A''602)^ A la môme époque Baîân disparait aussi de l'histoire, sans que l'on connaisse la date^ exacte de sa mort*.
Les invasions slaves, depuis la migration des Bnlgares Jus<iu*à leur arrivée dans les Balkans.
Ce que les invasions germaniques avaient été pour le^^ provinces romaines de l'Empire d'Occident, les invasions^ slaves l'ont été pour les provinces grecques de TEmpire, avec cette différence que TEmpiro d*Orient continua à subsister : les Slaves lont envahi et, pour ainsi parler, rajeuni,, sans le renverser. Ils s'y sont infiltrés, tantôt par des irruptions violentes, tantôt par une colonisation pacifique, celle-ci favorisée par les empereurs eux-mêmes. A la vérité, les plus belliqueux de ces barbares, les Bulgares n'étaient pas slaves d'origine' : ils s'étaient détachés des populations finnoises, répandues sur les confins de l'Asie, près du Volga, auquel ils doivent peut-être leur nom. Jusqu'au xiii* siècle, une fraction de leur nation, s'y est perpétuée dans la Grande- Bulgarie^ et il s'y trouve encore un village appelé Bolgari, près de Kasan. C'est de là que sont partis les Bulgares, qui firent leur première apparition aux frontières de l'Empire d'Orient au v* siècle : en 493 ils franchissent le Danube; en 499 Us menacent Constantinople, et c'est contre eux que l'empereur Anastase érigea la longue muraille qui réunit les deux mers au-dessus de sa capitale^. Ils ne tardèrent pas
ï) Théophylacte VIII, 6-12.
<) Il eat certain qu*il ne vivait plus en 610, lors de Tinvasion des Avares dans le Frioul, puisque leur Chagan, qui n'est pas nommé, était encore on Jeune homme, •» juvenili aetate florentem » d'après Paul Warnefried IV, 38.
*) La langue bulgaie actuelle est du pur slave, mais cela ne prouve pasque le peuple l'ait toujours été. Cette thèse de l'origine asiatique des Bulgares A déjà été démontrée, contre certains slavisants, par Shafarik, Antiquités t. II, p. 105-169.
^) Théophane dans la description qu*il en donne, l'appelle Vancienne Bulgarie»
S) Supra, p. 124.
à entraîner les Slaves dans ces expéditions, qui Is poussèrent en 517 jusqu'aux Thermopyles * , en 540 jusqu'à l'Isthme^.
L'arrivée des Avars sur le Danube suspendit leurs incursions Justinien en profita pour retourner contre les Slaves les armes de ces nouveaux barbares, dont il se fit à prix d'argent des alliés^. Slaves et Bulgares furent forcés de subir le joug du fameux Baïan. Mais dans la suite cet allié déloyal retourna contre les successeurs de Justinien les armes de ces mêmes Slaves, qu'il jeta sur les provinces grecques de l'Empire. C'est en 581, sous le règne de Tibère, qu'eut lieu la grande poussée des Slaves, qui passèrent le Danube au nombre de plus de cent mille ^, et se répandirent dans les provinces grecques, dévastant tout sur leur passage; dévastations qui se renouvelèrent sous le règne suivant, en 589^. Décimée ainsi par la guerre, par la misère qui s'en suivit, par le retour fréquent de la peste et d'autres calamités, la population indigène était en voie de dépérir^, et c'est pour repeupler leurs provinces que les empereurs ouvrirent euxmêmes leurs frontières à une immigration de Slaves, à la condition de reconnaître leur autorité : telle est lorigine de la population slave de la Croatie, de la Serbie et de la Bosnie actuelle.
Les Croates^ étaient un peuple montagnard habitant sur le revers septentrional des Carpathes, où leur nom se retrouvait dans la Croatie appelée blanche ou payenne, C est l'empereur Héraclius, le successeur de Phocas, qui les fit
1) Zonaras 14 : 4.
*t Procope, ni, 6; Deoedi/idis IV, 2.
3) Victor Tunnensis A» 563.
«) Ménandre. fr. 47, 48.
») E?agre, VI, 10.
*) L'extinction totale de la race des anciens Hellènes à la suite de ces calamités telle est la tbôse soutenue dans un livre qui fit sensation par Fall mers jer. GeschichU der Morea {\^ partie : Geschichte des Untergangs der Bellenen. Stuttgart, 1830), d'aprôs lequel les Grecs actuels sont les descendants non pas des Hellènes, mais des Slaves. Cette thèse déjÀ combattue par Zinkeizen. Geschichte Qriechenlande, Leipzig 183^;, est démolie par Hopf, dans YEncycl. de Ersch et Oruber vol. 85^ p. 100-118.
^) Sur le berceau des Croates, cf. Shafarik, Antiquités II, p. 242.
venir de là et leur céda le littoral dévasté de la Dalmatie, dont les Avars furent expulsés (vers 630). Les Croates ne tardèrent pas à embrasser le christianisme, qui leur fut apporté, avec le rite latin, par des missionnaires romains. Le berceau des Serbes actuels est plus diflBcile à préciser puisqu'ils portent un nom collectif, répandu un peu partout dans ]a zone des races slaves. C*est encore Héraclius qui passe pour leur avoir assigné leur territoire actuel depuis les montagnes de la Macédoine jusqu'en Epire*. Dans les montagnes de TEpire, toutefois, il sétait maintenu des restes des anciens lUyriens, et cette race indigène est la souche des Albanais modernes^, qui, de l'Epire, devaient se répandre plus tard dans une grande partie de la Grèce actuelle.
Quant aux Balkans, la Bulgarie actuelle était déjà occupée par des tribus slaves*, avant l'établissement définitif des Bulgares. A plusieurs reprises, les Bulgares avaient tenté de s'emparer des terres de l'empire. Mais toujours repoussés, et subissant d'ailleurs avec impatience le joug des Avars, ils allèrent en grand nombre chercher un refuge sur le territoire voisin des rois francs. Dagobert, qui régnait chez les Francs, assigna aux Bulgares un canton de la Bavière, mais pour les faire égorger traîtreusement
1) Supra, p. 15.
2) Sur cette colonisation slave, on n*a pas de document antérieur au X* siècle, à Constantin VII, Porphyr. De thematibus c. 29-36. (Gorpiis hist. Byzant. vol. 38). Il rapporte cet événement au régne d'Héraclius, sans fixer de date. Mais on peut croire qu'il a puisé ses renseignements aux archives mêmes de son Empire.
3j Albanais (dont on ignore l'origine) ou Arnaute^ qui est la forme turque, n*est pas leur nom indigène. Ils s'appellent Skipelars (de Skjipoig, je comprends). Quant À leur langue, elle D*est ni slave, ni hellénique, bien que pénétrée de ces éléments étrangers : en réalité l'albanais est une branche inculte du groupe des langues italo-helléniques (voir le Tableau synoptique, p. 2). Hahn, Albanesische Studien. léna, 1854. Miklosich, Alb. Studien. Vienne, 1870. Quant aux Albanais de la Grèce, où ils forment près d'un tiers de la population, cette infiltration, qui s'est faite peu à peu, ne remonte guère au-delà du xiv* siècle.
^) D'après Théophane, p. 299.
dans une même nuit. Plus de 9000 Bulgares avaient péri dans cette catastrophe (A° 630)*. D'autres Bulgares passèrent en Italie, où ils furent mieux reçus par les Langobards, qui, pour consolider leur propre domination, les cantonnèrent dans le duché de Bénévent (A® C63)*. Quant aux Bulgares du Danube, affaiblis par cette dispersion, il a fallu, pour les renforcer, une seconde immigration des Bulgares du Volga, produite par la pression d'un peuple asiatique nouveau, les Khazars, qui s établirent à cette époque dans leur voisinage, sur les bords de la mer Noire et jusqu'en Crimée (A"" 668)'. Ces Bulgares se cantonnèrent solidement sur le bas Danube, d'où l'empereur alors régnant, Constantin IV, essaya de les déloger sans succès (A® 679). Les Bulgares, poursuivant l'armée impériale dans sa retraite, franchirent le Danube, s'emparèrent de la ville de Varna et s'établirent alors définitivement dans le territoire entre le Danube et les Balkans qui a formé la nouvelle Bulgarie (A^ 680)*. Ils fusionnèrent avec les Slaves, qui les y avaient précédés, et dont ils adoptèrent la langue et la nationalité : c'est de ce mélange que sont issus les Bulgares modernes. Les Slaves n'en demeurèrent pas là; mais par une infiltration lente, ils pénétrèrent jusque dans la Grèce propre, où leur présence est constatée par les noms slaves donnés à bon nombre de localités^. Toutefois la race indigène n'y a pas été exterminée, comme le prouve la survivance de la langue grecque. 11 y a plus, les Slaves de la Grèce ont fini par oublier leur langue : en devenant chrétiens, ils ont adopté, avec le rite des Grecs, la langue de ceux-ci®, non sans l'altérer par le mélange de mots slaves, à la dijfférence des autres Slaves de l'Empire, les Croates, les Serbes, les
*) Frédégaire, c. 72.
«) Paul Warnefried, V, 29.
') Nicéphore, p. 39. Théophane, p. ?64.
*) Nicéphore. p. 40. Théophane, p. 299.
^) Cette argumentation, fondée sur la toponymie, est développée avec complaisance par Fallmerayer (cité) I. p. 250-342; mais il y aurait lieu d'en nbattre, d après ses contradicteurs cités plus haut.
•) Hopffcft^J, p. 127.
150 HISTOIRE DU MOYkN AOE.
Slavo-Bulgares, qui conservèrent sur le sol grec leurs langues nationales.
Le royaume slave de Samon dans TEurope centrale.
Tandis que les Slaves méridionaux se plaçaient sous
Tautorité des Césars byzantins, qui leur avaient donné des
terres au sud du Danube, l'autre fraction des Slaves, située
au nord de ce fleuve, continuait à subir le joug dégradant
des Avars, dont la domination s*étendait jusqu'à la frontière
des Francs. A la fin, lassés de la brutalité de leurs maîtres
asiatiques*, les Wendes ou Slaves de l'Elbe se soulevèrent,
et pour s'organiser, se donnèrent à un aventurier étranger,
un marchand franc du nom de Samon (A** 623), originaire
du centre de la Gaule*. Samon se montra à la hauteur de
ce rôle improvisé, refoula les Avars et sut même tenir tête
à sa propre nation des Francs, dont les Wendes envahirent
plus d'une fois le territoire. Samon régna ainsi pendant
trente ans. Mais ce premier royaume slave ne lui survécut
pas. A sa mort (A* 659), le lien entre les Wendes se rompit,
et ces Slaves de l'Elbe ou Polalbingi se fractionnèrent de
nouveau en un grand nombre de tribus^ : c'étaient les Obo-
drites à l'est des Saxons ; les Welatabes (Wilzi) en Lusace ;
les Sorabes à l'est des Thuringiens ; les Wendes de Bohême*
(Beeheimi) à l'est des Bavarois ; les Moraves (Marvani) au
sud des montagnes de Bohême ; enfin plus au midi, une
fraction de ces Wendes s'étaient avancés sur le territoire
bavarois (vers 595) et furent la souche des Slovènes de
Carinthie. Cec derniers, évangélisés par les missionnaires
1) Frédégaire, c. 48.
2) Le Senonago de Frédégaire est le pagus senonicus de la géographie franque, répondant au diocèse de Sens. Ce témoignage si précis ne peut être détruit par la qualification vague de Slave que donne  Samon la Conoersio Carentanorum, texte anonyme et plus récent, dont le patriotisme slave a fait trop d'état, cf. Shafarik, cité, II, p. 416-420.
3) Première mention dans les Annales Regni Francot^m du viii* siècle, passim,
-*) Les Annales moissiacenses {A^ 805, 809) les appeUent Beuh-Winidi.
DERNIÈRKS MIGRATIONS. 151r
:franc8^ avaient adopté dès cette époque le christianisme {A^ 630). Les autres Slaves du nord étaient toujours plongés dans l'idolâtrie. Quant aux Slaves de TOder et de la Vistule, des ténèbres impénétrables couvrent encore toute <;ette région ; ils n'entreront dans l'histoire que par leur conversion au christianisme.
Pour achever l'histoire du vi* siècle, il nous reste à retracer les dernières migrations germaniques, celle des Langobards en Italie, celle des Anglo-Saxons dans la ^irande Bretagne.