roi
Louis IV 936-954
== Gerberge de Saxe
en France : | en Lotharingie :
Lothaire 954-986 Charles de Lorraine
Louis V 986-987 Otton f 1005
f Durant cette rivalité lepiscopat seul suit une politique consé-
i quente, inspirée par un reste de loyalisme dynastique,
! tandis que les grands laïcs profitent de la situation pour
mettre leurs services aux enchères et, en dépouillant la
royauté de ses domaines et de ses prérogatives, achèvent de
la ruiner.
Parmi les défauts reprochés à Charles le Simple, un seul est incontestable : c'est sa jeunesse. Fils posthume de Louis le Bègue, il avait huit ans à la mort de Charles le Gros. Eu face du péril normand, le royaume de France ne pouvait s'exposer en outre aux périls d'une minorité. Restait sans doute un dernier Carolingien, Arnulf, que la Germanie avait accepté, en passant sur sa bâtardise. Mais la majorité des grands de Neustrie devait être sinon hostile, du moins indifférente à un prince ne résidant pas, dont on ne pouvait attendre que peu de services et moins encore de libéralités. Les Carolingiens écartés, aucun prétendant ne pouvait se mesurer avec le héros du siège de Paris, Eudes, déjà en possession de plusieurs comtés et reconnu comme le duc militaire des Francs. Toutefois Tépiscopat se divisa : tandis qu'à Reims, le successeur d'Hincmar, Foulques, demeurait carolingien dans l'âme, l'autre primat gallican, l'archevêque de Sens, n'hésita pas à couronner Eudes à Compiègne, en dépit du privilège revendiqué par l'Église de Reims (A"* 888). Le nouveau roi justifia aussitôt la préférence de ses partisans par la brillante victoire qu'il remporta sur les Normands à Montfaucon. Après cela, son compétiteur, le roi Amulf de Germanie, ne fit plus de difficultés à reconnaître sa royauté, et cette démarche fit tomber l'opposition de Foulques. Le puissant duc d'Aquitaine, Ramnulf, qui avait en son pouvoir le jeune Charles, mit quelque façon aussi à se rallier à l'élu des Neustriens. Eudes dut se contenter d'une reconnaissance platonique. Mais la mort de Ramnulf le débarrassa de tout souci de ce côté (A® 890) *. Cet heureux
^) Chronicon S, Maxeniii.
LES DERNIKRS CAROLINGIENS. 747
début fut suivi d'une série d*échecs infligés à ses armes par les pirates. La même année où Arnulf remportait sa brillante victoire sur les Normands de la Dyle, Eudes était battu par Hasting, le chef des Normands de la Somme (A"* 891)*. Son étoile commençait à pâlir, tandis que Charles le Simple, arrivé à Tâge de Tâction, et appuyé par un noyau de mécontents, revendiquait hautement les droits de sa race. L'archevêque de Reims trempait derechef dans ce complot et, pendant qu'Eudes était absorbé par les affaires d'Aquitaine, le jeune Charles fut couronné roi par Foulques à Reims, en sorte que le royaume eut désormais deux rois (A« 893)*. C'était la guerre civile. Charles le Simple n'était pas de taille, il est vrai, à se mesurer avec Eudes. A quatre reprises, il se déroba à la lutte, trouvant un refuge et un appui constant chez les Francs de Lotharingie, toujours fidèles à leur dynastie. Finalement Eudes, voyant décroître le nombre de ses partisans, consentit à entrer en négociations. On lui demandait la moitié de son royaume. Il comnoiença par en détacher le pays de Laon, dont la forteresse était une position défensive de premier ordre, et qui avait l'avantage de couvrir l'évêché si important de Reims (A^ 897) ^ En somme Charles n'était encore que roi de Laon, lorsqu'Eudes vint à mourir sans enfants et en désignant lui-même son rival comme son successeur. Ce fut la première restauration carolingienne (A° 898).
Première restauration des Carolingiens (893-923).
Charles le Simple avait été reconnu par les grands laïcs de son royaume, y compris le comte de Paris, Robert, le frère d'Eudes, et son ' successeur comme duc militaire des Francs. Robert eut à combattre une nouvelle bande de pirates normands, arrivés des côtes de l'Angleterre,
0 Annales Vedastini, 891.
«) Ib. 893.
») Ib. 897.
SOUS la conduite de leur chef Rollon (Hrolf)*. Bien que Robert eût remporté sur eux une victoire près de Chartres", Charles le Simple renonça à débarrasser son royaume de ces visiteurs incommodes. Il préféra les utiliser pour la défense du littoral le plus exposé, sur la Manche, et leur céda en conséquence Rouen avec Tembouchure de la Seine, à condition d*embrasser le christianisme. Rollon se laissa baptiser sous le nom de Robert, comme filleul du duc des Francs, et se soumit à la suzeraineté du roi de France, qui lui promit sa fille Gisèle en mariage. En même temps, la Bretagne était abandonnée aux Normands à titre temporaire, avec le droit d'y exercer leurs réquisitions. Telle fut cette convention connue sous le nom de Traité de St-Clair sur Epte et considérée comme la charte de fondation du duché de Normandie (A° 911)^
Ce que Charles le Simple perdait à l'ouest de son royaume, il le regagna au nord par laccession spontanée de la Lotharingie, où la branche orientale de la dynastie venait de s'éteindre (A** 911) Pour les Francs de la Meuse, les Carolingiens, sortis de leur rang, demeuraient la dynastie légitime. Aussi Charles le Simple réside désormais de préférence dans le second de ses deux royaumes, au berceau de sa dynastie, dans Tévéché de Liège*, dont relevaient ses palatia d'Aix et de Herstal. Par contre, il allait s'aliéner les sujets de son premier royaume par une série de maladresses. Quand Régnier au Long Col, considéré comme le
i) La principale source de l'histoire de Rollon, est le RdUo de Dudon de St-Quentin, qui utilise les traditions régnantes à la cour de Normandie, mais déjà embellies par la légende.
«) Richer I, 28.
3) La teneur de ce traité, dans Dudon, est fort sujette à caution, voir la critique dans : Eckel, Charles le Simple, p. 72-90; — Lot, Fidèles ou Vassauxt Paris, 1904, p. 182 ; — Dammler, Zur Kritik Dudos (Forschunobn, vol. 6) 1866.
^) Par Tungros, où Richer fait séjourner le roi (1 : 22. 40), il faut entendre non pas la ville de Tongres, mais le diocèse. Voir ses diplômes datés soit de Herstal (Reg. K. n°« 1949-50. 62-63, 67), soit d'Aix (ib. n<>« 1955, 72).
chef des Francs de la Meuse, vint à mourir dans son palais de Meersen (A** 915)*, Charles le Simple le remplaça dans sa faveur par un autre lotharin, d'origine obscure, du nom d'Haganon. Les grands de Neustrie s'insurgèrent contre le règne de ce favori. A l'assemblée de Soissons (A** 920), il se produisit une défection générale des Neustriens, si bien que Charles ne trouva de refuge qu'auprès de l'archevêque Hérivée de Reims, qui était, comme son prédécesseur Foulques, un partisan décidé de sa maison. En Lotharingie, les affaires ne tardèrent pas à se brouiller aussi. Le clan de Régnier au Long Col passa dans l'opposition, sous son fils et successeur Giselbert^, auquel les dignités paternelles ne sufBsaient plus, et qui aspirait au premier rôle en Lotharingie. L'évéché de Liège, venant à vaquer, fut l'occasion d'un schisme entre deux candidats, l'un, Hilduin, soutenu par Giselbert, l'autre, Richier, le candidat du roi*. L'affaire fut évoquée à Rome, * où Richier l'emporta. Mais Charles demeurait brouillé avec le clan des Régnier. Au milieu de ces querelles intérieures, on ne comprend pas qu'il s'en soit attiré une extérieure, en revendiquant contre son voisin de Germanie ce que celui-ci possédait encore sur la rive gauche du Rhin^. C'était une entreprise au-dessus de ses forces, et qui aurait tourné fort mal pour lui, si le nouveau roi de Germanie, Henri de Saxe, n'avait été luimême aux prises avec les difficultés inséparables d'un début. Après une expédition manquée, une entrevue sur le Rhin, à la hauteur de Bonn, réconcilia les deux voisins, Charles et Henri, qui se jurèrent, ainsi que leurs grands, amitié mutuelle (A"" 921)®. Charles retourna ses armes contre
1) Richer I, 34.
*) ib. 35.
3) Voir le document intitulé : Tongrensis episcopatas controversia dans les Capitularia, vol. Il, n« 290.
^) Voir les Epistolae Johannis X : Reg* n» 3564-5.
5) Regino coniin, 923.
^) Pactum Heinrici et Karoli de 921 dans les Acta Imp. st rbgum, n^ 1. (Legum, sectio IV) série in-4 de Pertz.
Giselbert, qui fit alors cause commune avec les rebelles du royaume de Neustrie, où Charles, par une dernière maladresse, venait de s'aliéner son protecteur, Hérivée de Reims. Charles le Simple ne trouva de refuge qu'en Lotharingie, tandis que les rebelles s'emparaient de Laon, et que leur chef, Robert de Paris, se faisait sacrer roi à Reims (A** 922)*. La tentative que fit Charles pour recouvrer Laon, donna lieu à la bataille de Soissons, qui fut fatale aux deux belligérants : Charles fut vaincu ; mais Robert, le vainqueur, fut tué (A"" 923)*. Robert laissait un fils, Hugues l'Ancien ou le Grand, et un gendre, Rodolphe ou Raoul de Bourgogne. Ce dernier, comme le plus âgé des deux, recueillit les suffrages des grands et fut sacré à Soissons même par le primat de Sens'.
Second interrègne, de Charles le Simple k Louis d*Outremer.
Détrôné en France, Charles était encore roi en Lotharingie, et demeurait un voisin gênant pour le nouveau roi de France. Il s'agissait de s'emparer de sa personne, en l'attirant dans un guet-apens. Herbert de Vermandois réussit, par des protestations mensongères d'amitié, à l'amener dans une entrevue sur la Somme, où il le fit prisonnier (A*" 923)*. Charles ne laissait qu'un fils de deux ans, Louis, qu'il avait eu de son second mariage avec une princesse anglo-saxonne, Ogive, sœur du roi Athelstan, auprès duquel elle se réfugia avec cet héritier. Privée de sa dynastie légitime, la Lotharingie ne voulut pas reconnaître l'usurpateur de France. Giselbert, le chef des Francs de la Meuse, préféra se soumettre au roi Henri de Germanie, qui en retour lui donna la Lotharingie, à titre de duché et avec la main de Gerberge, sa fille ^ Ainsi les Carolingiens ne
») Richerl, 41.
«) Ib. I. 46. — Flodoard A» 923.
«) Ib. 47.
*) Richer I, 47. — Flodoard A» 923. — Raoul Glaber I, 1 : 5. ») Regino contin, A° 923, 9>9. — Widukind I, 30. — Annales S. Manimini, A» 929.
régnaient plus nulle part, et leur histoire semble terminée ici. La Lotharingie, leur patrie, sefface également dans l'histoire tandis que la prépondérance passait à la Germanie. Cependant en France, la royauté, ballottée ainsi entre deux maisons rivales, continuait à décliner, au profit des grands vassaux de plus en plus indépendants. Raoul, le nouveau roi, n'était vraiment le maître que dans son duché de Bourgogne et son règne se passa en démêlés avec les grands des autres principautés. Herbert de Vermandois 8*était gardé de lui livrer Charles le Simple. Il le retint dans ses terres durant six ans, et s'en servit, comme d'un moyen de chantage, pour se faire donner à lui-même le domaine royal de Laon et à son fils le siège métropolitain de Reims. La mort de Charles le Simple mit fin à ces intrigues (A** 929)*. La même année, Raoul raffermit son trône par une victoire signalée sur les Normands de la Loire*. Les Hongrois, battus en Allemagne, firent alors leur première apparition en France, accompagnée des dévastations habituelles. L'approche de l'armée de Raoul suffit pour déterminer leur retraite (A^ 935)^. Ce fut son dernier exploit. Il mourut sans laisser d'héritier (A** 936) *. Le trône était vacant de nouveau.
Seconde restauration et chute des Carolingiens.
Hugues l'Ancien pouvait, plus que tout. autre, prétendre au trône qu'avaient déjà occupé son oncle Eudes et son père Robert. Il préféra y appeler d'Angleterre le fils du Carolingien détrôné, le jeune Louis, qu'un séjour de treize ans à la cour de son oncle Athelstan avait rendu quasi-étranger à la France. Aussi fut-il surnommé Louis d'Outremer. Un reste de loyalisme a dû contribuera cette restauration inattendue'^.
1) Richer 1, 56.
«) Ib. 57. -. Fiodoard A*» 930.
') Fiodoard A» 935.
*) Ib. A« 936.
5) Richer II, 1-4.
De plus Hugues, devenu l'oncle du roi par son mariage avec une sœur de la reine Ogive, a pu espérer exercer le pouvoir au nom de ce neveu, qui n'avait que seize ans (A° 936). Mais le roi Louis IV, en qui la race semble s être retrempée dans Texil, à la fois d'une intelligence peu commune et d'une grande bravoure, n'était pas d*humeur à se contenter d'un titre vain, ni à se confiner dans le domaine de Laon, dont on lui avait rendu le gouvernement. Il entendait régner sur la France entière, en dépit de la résistance des grands vassaux. Bien plus, il songeait déjà à faire revivre ses droits sur la patrie de ses ancêtres, sur le royaume de Lotharingie, en dépit du roi Otton de Saxe, qui venait d'y taire, à Aix même, son avènement avec une solennité retentissante. C'était trop entreprendre à la fois. Louis IV eut beau s'allier au duc de Lotharingie, Giselbert, qui avait rompu avec le roi de Germanie. Giselbert succomba dans la lutte (A° 939)'. Louis IV, qui épousa sa veuve Gerberge, se réconcilia avec Otton I, dont il devenait le beau-frère. La paix fut conclue dans l'entrevue de Voyse sur la Meuse (A® 942)*. Non seulement Otton gardait la Lotharingie. Mais il eut bientôt l'occasion d'intervenir dans les alBFaires de France, d'abord comme arbitre, finalement comme protecteur. Dans le cours de ses luttes avec ses vassaux, le roi de France fut fait prisonnier par les rebelles et obligé d'acheter sa libération en cédant à son rival Hugues l'Ancien Laon, sa dernière possession^. A la sollicitation de sa sœur Gerberge, Otton pénétra en France, ravagea les terres des Capétiens, mais sans réussir à reprendre Laon. 11 fallut que la papauté intervînt à son tour contre le Capétien et eût recours à l'excommunication * pour faire restituer au Carolingien son domaine de Laon {A** 949)'. Il en résulta un apaisement relatif; mais la mort
1) Widukind, II, 26.
2) Flodoard, A*» 942.
3) Richer, II, 51.
*) Richer, II, 95.
5) Richer II, 97. Flodoard. A^ 950.
inopinée de Louis d'Outremer, d'une chute de cheval, (A** 954)* remit tout en question. Car des deux fils qu'il laissait sous la tutelle de sa femme Gerberge, l'aîné, Lothaire, n'avait que douze ans.
Néanmoins les Capétiens reconnurent le deuxième Carolingien sans difficulté, mais non sans profit. Hugues l'Ancien, qui avait déjà obtenu du premier la Bourgogne, se fit octroyer l'Aquitaine par le second. Il ne tarda pas à mourir (A"" 956) laissant à son tour des enfants mineurs, Hugues Capet et ses frères, qu'il avait eus de son second mariage avec une sœur de Gerberge. Il en résulta entre les deux maisons un rapprochement facilité par la parenté des mères, par l'identité des situations et par la protection commune qu'Otton I accorda à ses neveux, carolingiens et capétiens. Otton venait de déléguer à son frère cadet, Brunon, archevêque de Cologne, le gouvernement de toute la Lotharingie (A° 953)^. Ce fut encore à Brunon qu'échut la régence du royaume voisin de France durant cette double minorité', ïl en résulta que pendant dix ans les destinées de la France furent aux mains de ses voisins d'Allemagne. Ceux-ci n'en usèrent d'ailleurs qu'au mieux des intérêts de leurs protégés. Jusqu'à la mort de Brunon (A** 965), la rivalité des deux maisons fut suspendue^.
Le roi Lothaire, sorti de tutelle, épousa une princesse italienne, Emma, fille de l'impératrice Adélaïde et de son premier mari, le roi Lothaire d'Italie (A^ 966) *. C'était un lien de plus entre les Carolingiens et l'Empire, qui venait d'être restauré par le couronnement d'Otton le Grand à Rome (A° 962). Ce mariage contribua à maintenir l'accord entre Lothaire et les Capétiens, qui furent confirmés dans leurs fiefs. Hugues Capet obtenait une portion de l'Aquitaine; de
») Flodoard, A^ 054. Richer III, 103.
*) Ruotger, Vita Brunonis, c. 20 (dans les SS. in 8 de Pertz).
3) Ib. c. 39.
*) Flodoard, A^ 960.
*) Ib. A° 966. Voir la généalogie d'Emma, supra^ p. 742, ni.
754 HISTOIRE DU MOYEN AfiE.
ses frères, Otton d abord et Henri ensuite avait été investi du duché de Bourgogne (A° 965)^. Mais, à la mort d'Otton le Grand (A** 973), la question de Lotharingie fut de nouveau soulevée Le clan turbulent des Régnier, bannis par le régent Brunon, épiait le moment de rentrer au pays. A deux reprises, ils le tentèrent à main armée sous Otton II, qui finit par leur faire grâce et restitution des fiefs paternels. Otton II fit davantage : Lothaire avait un frère plus jeune, avec lequel il était brouillé ; Otton non seulement accueillit ce prince en disponibilité, mais il le nomma duc de Basse- Lotharingie, soit pour l'opposer au roi de France, soit pour donner satisfaction au sentiment dynastique des Lotharingiens (A® 977)'. Lothaire voulait une revanche. Il manqua de surprendre, dans son palatium d'Aix, Otton II. qui y séjournait sans armée et sans défiance. A son tour Otton, ramassant toutes ses forces, alla défier Lothaire jusque sous les murs de Paris (A® 978) 3. Cette brouille fut suivie dune réconciliation scellée dans l'entrevue de Margut sur Chiers (A® 980)*. Lothaire avait à peine renoncé à la Lorraine que la mort soudaine d'Otton II en Italie lui donna l'envie de la reprendre (A** 983). A deux reprises, il l'envahit. Il était déjà maître de Verdun*. Il préparait une expédition contre Liège et Aix, lorsque la mort le surprit h l'âge de 44 ans (A° 986). Il laissait un fils, Louis V, âgé de dixneuf ans, qui mourut d'un accident Tannée suivante et sans postérité (A^ 987) \
Il ne restait plus qu'un Carolingien, ce frère de Lothaire, Charles, qui s'était brouillé avec sa famille, et qui avait fui à l'étranger, où il était en ce moment duc de la Basse- Lotharingie. On passa outre sur ses droits, et le trône,
1) Richer, III, 13.
«) Sigebeit de Gembloux, A* 977.
3) Gesta ep. Camerac. I, 97. — Richer IIÏ, 71. — Thietmar III. 6. — Annales altahenses majores, 978 (dans les SS. in-8 de Perlz).
*) Richer III, 78.
5) Gesta ep. Camerac. I, 105. . ,
«) Richer IV, 1-5.
^ LES DERNIERS CAROiaNGlENS. 755
considéré comme vacant, fut dévolu enfin au descendant de Robert le Fort, Hugues Capet, qui y monta grâce à sa parenté avec les chefs de TEmpire, alors arbitres de l'Europe, dont il avait pris soin de se ménager la faveur, grâce aussi à Tappui d'un parti impérial*, qui s'était formé en France même, représenté par l'archevêque Adalbéron de Reims et son écolâtre, le savant Gerbert (A° 987)*. En retour Hugues Capet renonça définitivement à toute prétention sur la Lotharingie, et en conséquence rendit à l'Empire Verdun, la récente conquête de Lothaire^.
Dernière tentative de restauration carolingienne.
Néanmoins le duc Charles, avec quelques troupes recrutées dans son duché, se rendit maître de Laon, par un coup de main (A** 988)*. De plus, Adalbéron étant venu à mourir, Hugues Capet commit l'imprudence de lui donner comme successeur sur le siège de Reims un bâtard de Lothàire, Arnoul, qui se retourna aussitôt contre lui. Arnoul livra secrètement sa ville épiscopale à Charles, dont il était le neveu (A** 989)', Pendant trois ans, le prétendant tint tête à Hugues Capet, qui vint assiéger Laon, à trois reprises,
^) Ce parti impérial était moins allemand que cosmopolite. En tout cas il n'était pas français dans le sens national du mot. C'est exactement le contrepied de la thèse systématique d'Augustin Thierry (Lettres, 1840), qui attribue l'avènement des Capétiens à une réaction nationale, anti-germanique, thèse ébranlée depuis par Warnkoenig, cité (1862) et achevée par Lot, cité : Appendice XI.
2) Les Lettres de Gerbert (983-997) sont, pour la fin du x* siècle, une source de tout premier ordre, qui a donné lieu a de nombreux travaux critiques, voir Wilmans, J?a;cMr5 / dans : Otto /// (Jarbuuher) Berlin, 1840; — Giesebrecht, cité, vol. I; - Havet dans son Edition (Paris, 1889;, et Lot, cité^ passim. — C'est À Reims aussi qu'écrivaient alors les derniers historiens carolingiens, Flodoard, un archiviste de cette église (f 966), et Richer, un disciple de Gerbert (f post 998).
3y Gerbert, Epîstola, n« 100. Voir Lot, Hugues Capet^ p. 4.
*) Richer, IV, 16-17.
^) Sur cette trahison, voir les Âcta concilii Remensis (St-Basïe, 991) dans les Œuwres de Gerbert^ p p. Olieris. Paris, 1867, in-4.
sans succès. Pour avoir raison du prétendant, il fallut recourir à la ruse. Ce fut le propre évêque de Laon, Ascelin, qui, ayant eu à se plaindre de lui, assuma le rôle du traître dans ce complot. Ayant endormi la vigilance de Charles par ses menées hypocrites, il s'empara nuitamment de sa personne, et le livra à son rival, Hugues Capet (A"* 991)*, qui le retint en captivité jusqu'à sa mort (A"* 995)'. Cen était fini des Carolingiens. Charles pourtant n'est pas le dernier d'entre eux. Car il avait un fils, Otton, mais qui n'a fait guère parler de lui. Tout ce que Ton en sait,- c'est que l'empereur Otton III lui a permis de succéder au duché paternel de Lotharingie', et que sa résidence habituelle était Bruxelles, qui n'était alors qu'une grande métairie, avec un castrum et une seule église, St-Géry*. C'est là probablement que finit dans l'obscurité la race illustre de Charlemagne (vers 1005).
Xîette dynastie ne fut donc pas renversée par une révolution. Elle s'est éteinte sans secousses, par degrés, d'abord dans la branche aînée, qui finit avec Louis H l'Empereur en Italie (A** 875), ensuite dans la branche puînée de Germanie, avec Louis l'Enfant (A*" 91 1) ; c'est la branche cadette, celle de France, qui disparait la dernière, mais déjà éclipsée et par intermittences supplantée par la race nouvelle des Capétiens. C'est en ce sens qu'un contemporain du dernier Lothaire, Gerbert, pouvait écrire : « Lothaire n'est plus roi de France que de nom ; c'est Hugues Capet qui l'est en fait et en pratique. »^
•; Richer, IV, 47-49.
2) Sur celte date, voir Lot, cité, p. 277.
3) Sigebert de Qembloux, A» 991, 1005.
*) Yita S. Gudilae Bruxellis, 8 Janvier (Acta SS.\
^) Qerbort, Epistola n'^ 48 : « Lotbarius rex Fraaciae praelatus est sola nomine ; Hugo vero non nomine, sed actu et opère. «• Voir toutefois, sur ce passage souvent invoqué. Tobiorvation de Lot, Hugues Capet, Paris, 1903, p. -^40.
LBS DBRMBRS CAROLINGIENS. 757
Les principautés françaises du moyen âge.
Avec les derniers Carolingiens finit l'histoire des Francs comme nation. Ce que Ton continue à appeler la France, c'est désormais un ensemble de territoires quasi-indépendants, ayant chacun sa dynastie, son histoire, ses institutions. On a évalué à 55 le nombre de ces territoires qui ne relèvent plus de la couronne qu'indirectement. Les plus importants d*entre eux portent les titres divers de comtés, marches, duchés, sans que ces termes impliquent une diversité dans les attributions, sinon que le titre de marche s'applique aux comtés frontières et que le titre de duché s'emploie de préférence là où il y a cumul de plusieurs comtés dans une même maison. Ces titres rappellent que les fondateurs de ces dynasties ont été autrefois de simples fonctionnaires francs, qui ont profité de la dissolution du royaume pour fixer leurs dignités dans leurs familles. En voici les principaux :
P L'existence d'un duché de France est contestée parmi les modernes. Ce terme n'apparaît nulle part dans les textes officiels. Dans leur diplomatique, les Capétiens avant leur avènement sont qualifiés tantôt comtes de Paris, centre de leurs possessions, tantôt ducs des Francs, à raison des fonctions militaires qu'ils exercent dans l'ensemble du ro3''aume. Il n'en est pas moins vrai qu ils cumulaient, avec Paris, quatre ou cinq comtés, Orléans, Etampe,Melun,qui ensemble valaient un duché, et qui le seraient devenus, si les Capétiens n'avaient pas été élevés au trône de France. A partir de ce moment ces comtés constituent le noyau du domaine royal capétien, le seul territoire où le roi exerce encore une souveraineté directe. Ce domaine royal n'était pas d'un seul tenant, et ne répond pas à une division géographique.
2^ Le duché français de Bourgogne [n'a rien de commun avec les royaumes de Bourgogne, dont il a été question plus haut Tandis que ces royaumes relèvent des Lotharings,
on entend par le duché les comtés bourguignons de la rive droite de la Saône que le partage de Verdun avait attribués à Charles le Chauve. Ces comtés ont commencé par se concentrer en marche ou duché dans la maison de Richard le Justicier*, frère de Boson et père du roi Raoul de France. Après diverses vicissitudes, ce duché a passé aux Capétiens, dans une branche cadette, issue de Robert I, petit-fils de Hugues Capet.
3"" Le duché de Bretagne est sorti de la marche carolingienne érigée pour tenir fête à la turbulence des Bretons, toujours réfractaires, on la vu*, à la domination franque. A l'époque de Louis le Pieux, les Bretons avaient même essayé de fonder un royaume, qui disparut rapidement dans leurs querelles intestines Les comtes de Rennes, centre de cette marche bretonne, ont profité de ces troubles pour étendre leur autorité sur la plus grande partie de lancienne Armorique et y fonder le duché de Bretagne.
4° La Normandie, dont on a retracé plus haut* la fondation par le traité de St- Clair sur Epte, a pour noyau le comté de Rouen, et la concession primitive faite à Rollon ne setendait pas beaucoup au-delà. Mais ses successeurs ont travaillé à grossir ce noyau soit par leur politique soit par leurs armes, et ont créé ainsi leur duché, qui longeait presque tout le littoral de la Manche.
b° Les origines du comté de Flandre sont également connues*. Ce fut d'abord une marche, dont la Flandre prend parfois le titre, et dont Vun des premiers comtes, Baudouin Bras de fer, sortit de pair par son mariage avec Judith, la fille de Charles le Chauve. Ses successeurs ont su arrondir ce domaine aux dépens de leurs voisins, en particulier des grands monastères, St-Bertin, St-Vaast, enclavés dans leurs
1) Supra, p. 734.
2) Supra, p. 701.
terres. La grande Flandre finit par s'étendre des bouches de l'Escaut jusqu'à la Canche, comprenant Bruges en pays thyois et Arras en pays roman. Mais il s'y trouvait aussi quelques enclaves qui n'en relevaient qu'indirectement. Telle la terre de Guisnes, enclave d'origine danoise, fondée en 928 par un pirate, Sigefrid, qui aurait enlevé la fille du comte Arnoul I, d'après la légende, et qui, après réconciliation, se fixa dans cette terre, sous la suzeraineté de la Flandre*. Le comté voisin de Boulogne a peut-être une origine étrangère du même genre*. Cette enclave, peu importante par son étendue, était une position maritime de premier ordre, en face des côtes de l'Angleterre.
ô"" Dans le comté de Vermandois, régnait alors la dernière branche des Carolingiens authentiques^, descendant, en effet,
^) [^ambert d'Ardres, Eistoria C, Ghisnensium (vol. 25 des SS. in-fol. de Pertï).
<) La légende du chevalier au Cygne a commencé par la maison de Boulogne, d*où elle a passé dans d'autres maisons, d*Ardennes, de Cléves, etc. Elle a pu être suggérée soit par Tarrivée d'un autre pirate étranger comme Sigefrid de Guisnes, soit par une simple alliance entre ces deux comtés voisins.
') Généalogie des Carolingiens de Vermandois et Champagne : Cbarlemagne
Pépin, roi d'Italie
Bernard, roi d'Italie f 817
Pépin, comte vers 834
Valois Vermandois
Pépin, vers 893 Heribert II f 902
Heribert II f 943 CShampagne
Albert I f 987~ Robert f 968 Heribert f 993
Heribert III t vers 1000 Etienne f 1019
Albert H f 1021 Otton f 1045 Guy t 1047
I comte de SoissoDS
Heribert f IU«0 |
Renaud f 1057 l HISTOIRB DU MOYEN AGE. 49
760 HISTOIRE DU MOYBN AOE.
Charlemagne, par son petit-fils Bernard d'Italie. Celui-ci, mort prématurément, dans les conditions tragiques exposées plus haut S laissait de jeunes enfants, dont Tun Pépin, obtint de Louis le Pieux le comté de Vermandois, où cette branche modeste d'une race illustre s'est prolongée jusque vers la fin du xi* siècle. De cotte branche, descendent aussi les premiers feudataires du comté de Champagne.
V Au midi de la Loire commençait la France méridionale ou Aquitaine si différente du nord par ses traditions, par la persistance du droit romain, par son dialecte plus rapproché du latin (langue dCoc)^ seul territoire qui ait conservé son nom romain à'Aquitania, dont on a fait Guyenne. Là, en etfet, la civilisation romaine avait laissé son empreinte la plus profonde, et de là un esprit longtemps réfractaire à la domination franque. A diverses reprises, l'Aquitaine avait été érigée en royaume particulier, mérovingien d'abord, carolingien ensuite. Après la réunion de ce royaume au reste de la France, sous Louis le Bègue (A** 877), il y eut toujours un duc militaire des Aquitains, comme il y avait un duc des Francs. Cette dignité, disputée enlre plusieurs maisons, finit par se fixer dans la dynastie des Comtes de Poitou, , qui cumulaient plusieurs comtés voisins, et qui fondèrent ainsi le duché de Guyenne. I
8° La Gothie, qui répond à la Septimanie romaine, et qui deviendra au xiii® siècle la province du Languedoc, doit son i nom aux Golhs d'Espague, qui l'avaient possédée jusqu'à la chute de leur royaume (A"* 711). Rattachée par les Carolingiens au royaume d'Aquitaine, elle s'est étendue au midi des Pyrénées par leurs conquêtes sur les Arabes dans la marche de Catalogne, qui en fut détachée depuis (A** 865), mais qui en conserve le nom (Gothalania). A la suite de ce démembrement, la Gothie eut des ducs particuliers. Bernard d'Auvergne y fonda une première dynastie (A° 880). Son fils, Guillaume le Pieux, le fondateur de l'abbaye de Cluriy
ij P. Ç>'SS.