‹ Histoire du moyen âgeChapitre 88 sur 114 · DANS LES ROYAUMES D'ITALIE ET DE BOURGOGNE · texte numérisé non relu

DANS LES ROYAUMES D'ITALIE ET DE BOURGOGNE

Textes anciens : Liutprand, Antapodosis^ cité p. 723. — Gesta Berengarii imper, (887-91G), p.p. Winterfelt dans les Poetae Carolini, vol. IV in-4 de Pertz. — Catalogus Regum italicorum dans les SS. rer Lango- BARD. in-4 de Pertz. — Catalogus ducum Benevent. ib.

Travaux modernes : Muratori, Annali d'Italia (de 888 à 950). — Gay, Yltalie méridionale et l'Empire byzantin, Paris, 1904. — Duchesne, L'État pontifical. Paris, 1904. — Pouppardin, Le royaume de Provence sous les Carolingiens. Paris, 190L — De Gingins La-Sarra, Les Bosonides. Lausanne, 185L — Id. Les Hugonides, Lausanne, 1853.

Situation politique de Tltalie.

Les révolutions de l'Italie au moyen âge ont tenu à sa conformation politique telle qu elle résultait des invasions germaniques du vi® siècle. L arrivée des Langobards avait définitivement brisé l'unité italienne. Car ils n avaient réussi ni à en expulser les Byzantins, ni à former eux-mêmes un royaume compact. Non seulement il y eut désormais une Italie byzantine et une Italie lombarde ; mais ni lune, ni Tautre n'étaient d'un seul tenant. Au nord les Langobards de Pavie avaient comme vis-à-vis les Byzantins de Venise. Au centre, tandis que Rome était demeurée aux Romains,

le duché voisin de Spolète était redevenu une principauté lombarde. Enfin, au midi, Naples, d'origine byzantine, faisait face aux Langobards de Bénévent. Charlemagne, par la restauration de TEmpire, avait donné à cette mosaïque italienne une apparence d'harmonie. Mais nulle part ses successeurs n'eurent moins d autorité qu'en Italie, malgré les efforts sincères des papes carolingiens pour faire de lempire une réalité. L'intervention des Francs en Italie ne fit, en somme, qu'ajouter à cette complication politique en y introduisant un troisième élément discordant. Et ce n'est pas tout. Les pirates sarrasins profitaient de ces dissensions pour se nicher dans les postes les plus avantageux à leurs pilleries. Délogés d'un coin, ils se retrouvaient dans un autre. Les Francs, sous Louis II, les avaient chassés de Bari (A° 871). Ils se rejetèrent sur Tarente. Expulsés de Tarante et du midi de l'Italie par les Byzantins (A° 880), ils prirent leur revanche au centre, en se fortifiant sur le Garigliano. Leur dernier repaire et l'un des plus redoutés, fut, aux portes de l'Italie, Fraxinet, d'où ils continuèrent à porter leurs ravages dans trois directions : en Bourgogne, en Allemagne, comme en Italie (A° 889)*.

I>es deux royaumes de Bourgogne.

Enfin, aux démêlés des petits États italiens, ne devaient pas manquer de prendre part leurs voisins immédiats des royaumes bourguignons de Provence et de haute Bourgogne, auxquels l'Italie s'offrait comme une proie aussi facile que désirable. Ces royaumes, comme celui d'Italie, avaient fait partie des Etats francs du centre sous la branche aînée des Carolingiens. L'extinction de cette branche mit en mouvement les prétendants. Le premier est Boson de Vienne en Provence, un de ces favoris de la fortune, qui font leur chemin par les femmes de la famille. Car, du côté de son père, il sortait du rang des officiers domestiques, étant neveu

1) Sur les Sarrasins de Fraxinet, voir l'étude critique de Pouppardin, cité, chap. 7.

d'un huissier du palais. Mais sa mère était sœur à la première reine de Lotharingie, l'infortunée Teutberge. Il devait plus encore à sa propre sœur, Richilde, que Charles le Chauve épousa en secondes noces, à la veille de ses campagnes d'Italie. Charles le Chauve délégua à Boson, devenu son beau-frère, le gouvernement dans le royaume alors vacant de Charles de Provence, et, au retour de sa première campagne, il l'investit en outre d'une sorte de vice-royauté dans son nouveau royaume d'Italie. Enfin, par une dernière faveur de la fortune, Boson épousa lui-même la fille unique de l'Empereur Louis II, Irmengarde, princesse qui faillit partager la couche d'un empereur d'Orient. Grisé par ces hautes alliances, Boson se fit couronner roi de Provence*, aussitôt son protecteur mort, et en dépit des Carolingiens survivants, auxquels il sut tenir tête pendant plusieurs années (879-887)*. Boson avait un frère, Richard le Justicier, qui se chargea de remettre l'usurpateur à sa place. Il lui reprit, en effet, sa ville de Vienne avec sa femme Irmengarde. Mais Boson lui-même demeura hors d'atteinte (A*" 882). Il mourut dans l'obscurité, laissant un enfant, Louis, qui par sa mère, était un Carolingien, l'unique héritier de l'empereur Louis II (A*" 887). Aussi l'empereur Charles le Gros le prit-il sous sa protection. Le roi Arnulf le reconnut comme souverain légitime, sous la régence d'Irmengarde^, du royaume qu'avait usurpé son père Boson. Les évêques provençaux réunis en synode * procédèrent à son sacre solennel : le royaume de Provence était définitivement fondé (A*" 890). Mêlé aux intrigues italiennes, ce jeune prince devait revendiquer à son tour la succession de son aïeul en Italie^ et s'appeler Louis III comme empereur.

^) Acta du synode deMantaiUes, 879 : Capitularia, vol. II, n^ 284.

«) Supra, p. 712.

3) Supra, p. 724.

*) Les Acta du synode de Valence dans les Capitularia, vol. II, n*^ 289.

^) Tel est le but de récrit publié pour appuyer les prétentions de Louis l'Aveugle à Tempire sous le titre de Visio Karoli Crassi, un genre de fiction littéraire très en vogue pour les écrits politiques au moyen âge. Voir Pouppardin, cité, appendice 6.

Mais il ne tardera pas à en revenir les yeux crevés, d'où lui est resté dans l'histoire le surnom plus connu de Louis r Aveugle.

La Provence avait fait partie jadis du royaume mérovingien de Bourgogne, de là le nom qui lui est donné parfois de Bourgogne inférieure ou cisjurane * . La Haute-Bourgogne formait un second royaume fondé sur les frontières de ritalie par Rodolphe I de la maison des Welfs, originaires de la Bavière, qui avaient pris pied à la cour franque à la suite du mariage de Judith de Bavière avec l'empereur Louis le Pieux. A la faveur de ces relations, le père de Rodolphe avait obtenu un duché entre le Jura et les Alpes. Lui-même profita de la déchéance de Charles le Gros pour se faire sacrer roi par l'évêque de Sion dans le Valais (A* 888). Tel est l'origine du royaume de Bourgogne supérieure ou Transjurane^, Rodolphe P' eut d'abord quelques

*) Sur ces termes, voir Pouppardin, Appendice 1, qui conteste rezactitude de cette qualification de cisjurane,

') Généalogie des rois de Bourgogne (maison des Welfs) :

Welf

Judith s= Louis le Pieux

Conrad I

Rodolphe

Charles le Chauve

Conrad II f 864 comte en Bourgogne

Hugues TÀbbô

duc de Transéquanie

Rodolphe I roi 888-911

Rodolphe n

roi de la H. Bourgogne 91 1-934

prétendant d'Italie 922-934

roi de TArélat 934-937

= Berthe de Souabe

Conrad 937-993

Adélaïde d = 10 Loth = 20 Otto

e Bourgogne t 999 aire roi d'Italie t 950 n le Grand f 9*73

Rodolphe III 993-1032

difficultés avec le roi Arnulf de Germanie, auquel il osa disputer le royaume de Lotharingie. Il nen fut reconnu qu*après avoir renoncé à cette vaine ambition. Il dut se contenter de régner sur les cantons de la Suisse. Dans ces montagnes où il s'était retranché, il était quasi inattaquable. Néanmoins il eut atFaire, lui aussi, aux bandes de Sarrasins et de Hongrois, dont aucune barrière n'était capable d'arrêter l'audace. Son successeur, Rodolphe II (A° 912), fut entraîné à son tour dans les querelles des factions italiennes. L'une de ces factions l'adopta comme candidat pour l'opposer au roi Bérenger I d'Italie. 11 ne réussit pas à s'assurer la possession de cette seconde couronne, malgré le concours de son beau-père, le duc Burkard de Souabe (A** 922). A peine débarrassé, en effet, par la mort de Bérenger (A"" 924), d'un compétiteur en Italie, il en rencontra un autre dans Hugues d'Arles, appelé de l'autre royaume de Bourgogne. Finalement intervint une transaction par laquelle Rodolphe II, renonçant à ses prétentions sur le royaume d'Italie, obtenait en compensation le royaume de Provence, dont Hugues d'Arles s'était arrogé le gouvernement. A partir de ce moment, les deux Bourgognes ne formèrent plus qu'un seul royaume, connu aussi sous le nom de royauyne d Arles on Arélat (A° 933). Rodolphe ne jouit que quatre ans de la Bourgogne entière, laissant en mourant (A° 937) comme héritier un enfant, Conrad, sous la régence de Berthe de Souabe, sa veuve. Hugues d'Arles, le roi d'Italie, fit alors une tentative pour reprendre l'autorité en Bourgogne, en épousant la régente, en même temps que son tîls Lothaire épousait Adélaïde de Bourgogne, la fille de Rodolphe II. Mais il suffit d'une démarche d'Otton le Grand pour empêcher cette nouvelle usurpation, et c'est comme protégé d'Otton* que Conrad I continua à régner sur ce royaume, destiné à être absorbé un jour dans l'empire germanique. C'est ainsi . qu'à peine arrivé au trône de Germanie le futur empereur

1) Widukind, II, 35. -^ Flodoard A» 940.

faisait déjà sentir sa prépondérance dans les royaumes de ses voisins. La Bourgogne lui ouvrait le chemin de Tltalie, dont les dissensions allaient lui donner Toccasion d'étendre sa domination sûr ce troisième royaume.

Bérenger I et les empereurs spolétains*.

Pour en revenir à l'Italie, les factions qui l'agitaient, ne luttaient point pour un principe soit national, soit politique. Par leur origine, elles n'étaient même pas italiennes. Les deux compétiteurs qui se firent couronner rois d'Italie presque simultanément, après la déchéance de Charles le Gros (A° 888), appartenaient l'un et l'autre à des familles franques, que les Carolingiens y avaient introduites. Ils s'appuyaient chacun sur un clan de parents et d'amis, arrivés de l'étranger avec eux. La seule diiférence entre eux est que Bérenger de Frioul était encore un Carolingien, du moins du côté de sa mère Gisèle, fille de Louis le Pieux*, tandis que les Francs de Spolète étaient étrangers à la dynastie, bien que devant à celle-ci leur puissance territoriale au cœur de la péninsule. Ils y étaient venus à la suite

^) Généalogie des Bérenger d'Italie :

Louis le Pieux = Judith

Gisèle "^ Eberhard de Frioul

Bérenger I : roi 888-924 empereur 915

Gisèle = Adalbert d'Ivrée

Bérenger II : roi 945-964

Adalbert : roi associé 950-964.

2) Sur Torigine franque de Bérenger I, du c<^té paternel, voir Pouppardin, ciïe, p. 165, p. 388, contrairement à lopinion de quelques modernes, qui lui donnent une origine lombarde.

de Lothaire I lors de sa brouille avec Louis le Pieux \ Du duché de Spolète, cette maison n avait pas tardé à s étendre aux dépens de leurs voisins. Les papes en particulier eurent à souffrir de ce voisinage. De là, brouille avec les empereurs carolingiens, protecteurs officiels de la papauté. Héritier de cette maison, Guy de Spolète avait épousé une princesse de Bénévent,Ageltrude,fille d'Adelchis, l'adversaire deLouisIl, et à partir de ce moment, il devint le chef avoué d'un parti anti-carolingien en Italie. Désormais c'est entre partisans et adversaires des Carolingiens que la lutte est engagée. Bérenger I, malgré l'appui des Carolingiens de Germanie, fut battu et refoulé dans Vérone (A° 889). Guy de Spolète, son rival, non seulement se fit sacrer roi à Pavie*; mais, deux ans plus tard, il y joignit la couronne impériale, qu'il se fit décerner à Rome par le pape Etienne V, en lui forçant la main {A° 891). Quelques mois plus tard, il associa à l'empire son jeune fils Lambert, qu'il fit couronner par le pape Formose, successeur d'Etienne (A** 892). Au point de vue carolingien, c'était une usurpation. Aussi les papes n avaient-ils cessé d'assiéger en secret le roi carolingien de Germanie de leurs doléances, le suppliant de les délivrer de ces « mauvais chrétiens »^. Arnulf dut s'y prendre à deux fois. La première campagne lui ouvrit les portes de Pavie, capitale du royaume spolétain (A^ 894). Dans l'intervalle Guy de Spolète vint à mourir. Mais Ageltrude, sa femme, veillait sur son jeune fils Lambert, et lorsqu'Arnulf revint l'année suivante, ce n'est pas sans peine qu'il pénétra dans Rome défendue par la vaillante impératrice contre cette invasion allemande, que les chroniqueurs du temps comparent à celle des Gaulois de Brennus*. Arnuf, accueilli comme

*) Supra, p. 656, n. 2. Sur leur généalogie, voir Wûstenfeld, Die Berzoge von Spoleto aus dem Raus der Guidonen (vol. III des Forschunokn).

<) Acta da 8]mode de Pavie 889, pour l'élection de Guy : Capitularia,. vol. II, n» 222.

3) Rkg. n°3486, 3501.

*) Réginon, A« 896.

libérateur, fut sacré par Formose, comme empereur (A°896)*. Il y eut donc en ce moment deux empereurs romains, sacrés tous deux par le même Formose. En somme, cette prérogative que les papes avaient commencé à revendiquer d'élire l'empereur, si justifiée qu elle fût en théorie, eut en pratique des effets désastreux, en exposant les papes à toutes les entreprises des factions et des ambitieux. L'intervention d'Arnulf ne porta non plus aucun remède à lanarchie italienne. Aiissîtôt après son départ, la lutte des factions allait reprendre de plus belle, lorsque les deux rivaux s'avisèrent de la trancher par un partage à l'amiable : Bérenger 1 sut se contenter de Vérone avec la Lombardie transpadane, tandis que Lambert conservait tout le reste. De plus, accompagné de sa mère, Lambert reprit possession, comme empereur, de la ville de Rome, où Formose venait de mourir (A° 896). Les Spolétains se vengèrent sur la momie pontificale, qui fut tirée de son sarcophage, exhibée devant un synode solennel, pour être condamnée, dépouillée de ses insignes et jetée à la voirie, en même temps que tous les actes de ce pontificat étaient cassés (A° 897)*. Le successeur de Formose, Etienne VI, s'était prêté à cette odieuse violation de sépulture. Les représailles ne se firent pas attendre. Etienne VI, renversé par une émeute, fut dépouillé à son tour de ses insignes, jeté en prison, finalement étranglé. Dans un synode suivant, du pape Jean IX, les actes de Formose furent reconnus valables, sauf le sacre d'Arnulf (A*" 898). Ces tiraillements en sens contraire eurent pour effet de jeter un trouble profond dans le monde ecclésiastique, où la question des actes de Formose, tour à tour annulés ou restaurés ^, continua d'alimenter les passions

1) Voir le serment prêté à Arnulf par les Romains comme à leur empereur : Capitularia, vol. Il, n®229.

2) Annales fuldenses 896. — Liutpraiid I, 30.

3) De cette controverse embrouillée, on trouvera un résumé très suffisant dans Duchesne, cité, p. 301-314.

sacerdotales aux prises dans les discussions des synodes et dans la polémique des lettrés*.

Dans l'un de ces synodes, celui de Ravenne en 898, les droits des empereurs romains à Rome furent reconnus et solennellement confirmés, en particulier Tappel à l'empereur et la défense de consacrer le pape, avant la vérification impériale*. Mais le jeune Lambert, qui assistait à ce synode, n eut point l'occasion de s'en prévaloir. Quelques semaines après, il n'était plus, mort dans un accident de chasse. Quant à son antagoniste Arnulf, déjà mortellement atteint, il s éteignit Tannée suivante (A*" 899).

Le roi Bérenger I et les prétendants bourguignons.

L'empire était vacant; et désormais seul roi en Italie^, Bérenger put croire son heure arrivée, lorsqu'une nouvelle faction lui suscita un autre rival, le roi de Provence en question, Louis III, petit-fils de Louis II et par conséquent Carolingien comme Bérenger. Louis III fut aussitôt proclamé roi d'Italie à Pavie (A^^ 900), d'où il alla recevoir la couronne impériale à Rome des mains du pape Benoît IV (A"* 901). Mais ce ne fut qu'un fantôme d'empereur. Dans sa lutte contre Bérenger, une première fois il dut se retirer en jurant de ne plus y remettre le pied (A"* 902). Lorsqu'il y revint pourtant, trois ans après, il se laissa surprendre dans Vérone et aveugler (A° 905). Bérenger, qui luttait depuis vingt-cinq ans pour la couronne d'Italie, put enfin respirer, et ce fut son tour de ceindre la couronne d'empereur, qu'il reçut du pape récemment élu, Jean X, au milieu de fêtes dont son panégyriste* se plait à détailler la pompe

*) Diimmler, Auxilius und Vulgarius. Leipzig, 1866. — Invectira in Romam (P. L. de Aligne, vol. 129, p. 823).

2) Les Acta du concile de 898 dans les Capitularia, vol. II, n^ 230.

3) La mort de Lambert tut suivie de la réconciliation de sa mère Âgeltrude avec Bérenger \, dont il reste un acte diplomatique, Berengarii Promissio^ ib n°231.

•1; Gesta Berengarii IV, v. 89-202.

(A** 915)*. Mais son empire en demeura là. Les factions n'avaient pas désarmé. Une princesse étrangère, Berthe, originaire de Lotharingie, mais devenue italienne par son second mariage avec un margrave de Toscane, était l'âme de ces intrigues : c'est son clan qui appela successivement de Bourgogne les compétiteurs nommés plus haut, dabord Rodolphe II, ensuite Hugues d'Arles, toujours des étrangers. Quant aux Italiens qui devaient subir cette engeance, ils semblaient prendre plaisir à se donner deux maîtres à la fois, de façon à annuler la puissance de Tun par le contre-poids de l'autre*.

Toutefois ce royaume si disputé d'Italie était loin de comprendre la péninsule entière. L'Italie méridionale formait un théâtre distinct, où d'autres acteurs donnaient une représentation assez semblable. Là aussi des étrangers étaient aux prises ; mais là c'était vraiment un conflit de races, entre les Byzantins, qui reprenaient pied sur le littoral de TAdriatique, et les Sarrasins, jadis les agresseurs, maintenant rejetés sur la défensive. Eniin ceux du Garigliano, qui campaient au centre de l'Italie depuis 40 ans, furent attaqués dans leur repaire et exterminés jusqu'au dernier, grâce à la coalition que le vaillant pape Jean X réussit à organiser entre Francs, Byzantins et Langobards (A«916)^.

Mais déjà une troisième race avait fait son apparition sur le théâtre de l'Italie, la race brutale des Hongrois. Dans une première irruption, ils avaient écrasé l'armce de Bérenger I sur la Brenta (A^ 899). La seconde invasion hongroise fut provoquée par Bérenger lui-même, qui s'avisa d'opposer leurs hordes redoutables à son nouveau compé-

*) Dlplomi di Berengarîo 1, p. p. îSchiaparelli. Rome 1903. — Sur sa diplomatique voir, du même auteur (dans : Institlto storico. Rome. 1902), les Regestes de 140 diplômes de regno (888-924) et de imperio ^915-924).

•j C'est le texte souvent cité do Liutprand 1, 37 : •• semper Italienses geminis uti dominis volunt, quatiniis alterum alterius terrore coherceant. » '

^) Liutprand H, 48-54. — Chrojiicon Casinense I, 50. — Kkg. n° 3556.

titeur, Rodolphe de Bourgogne (A** 922;. Il n'en fut pas moins battu (A** 923) et mourut l'année suivante, assassiné par lun des siens à Vérone ; il est le dernier empereur italien (A" 924).

Les derniers descendants des Lotharings en Italie*.

Quant à son ancien compétiteur, Louis III de Provence, il continuait à végéter, aveuglé et oublié, dans son premier royaume, où il ne mourut qu en 928, laissant un fils Charles- Constantin, qui ne fut pas appelé à lui succéder, étant sans doute issu d'une union irrégulière'. L'empereur Louis III serait donc le dernier représentant par les femmes de la branche légitime des Lotharings. Cette lignée n'était pas épuisée. Il en restait une autre branche féminine, mais bâtarde, issue de la fameuse Waldrade, la concubine de Lothaire II. De leurs enfants, Berthe, le dernier, venait

1) Généalogie des Lotharings d'Italie (descendance féminine) : Lothaire I

Descendance légitime

Louis II roi d'Italie

Irmengarde

= Boson

roi de Provence

Descendance bâtarde

Lothaire II f 869 = Waldrade

Berthe t 925

1° Thibaut d'Arles

= 2® Adalbert de Toscane

Hugues d'Arles Guy

roi d'Italie 926-947 f 931

I = Marozie

Lothaire

roi d'Italie 931-950

= Adélaïde

de Bourgogne

Emma f 988 es Lothaire loi de Franco t 986

•^} D'après Richer II, 98 : cfr Pouppardin, ciie\ p. ^09-212.

Louis l'Aveugle

roi de Provence f 928

roi d'Italie 900-905

empereur 901

Charles-Constantin

Irmengarde s= Adalbert d'Ivrée

Anskar f 940

de mourir en Italie (A"" 925), mais elle avait laissé en Provence, de son premier mariage avec Thibaut d'Arles, un fils, Hugues d'Arles, partant cousin de Louis III, qui était supplanté dans son royaume depuis sa mutilation, par ce Hugues, soit régent soit usurpateur. C'est cette descendance qui explique la fortune de Hugues d'Arles en Italie, où, aussitôt débarqué à Pise, il fut accueilli par tout un clan de parents et d'amis italiens de sa mère, tandis que son rival, Rodolphe, étranger non seulement à l'Italie, mais à la dynastie, ne pouvait compter que sur les contingents allemands, amenés par son beau-père de Souabe, qui trouva la mort dans cette expédition*. Pendant que ce rival reprenait le chemin de la Bourgogne, Hugues d'Arles prit possession de Pavie, où il reçut la couronne d'Italie (A** 926), qu'il conserva, non sans lutte, pendant 20 ans. Pour consolider sa dynastie, il associa au trône son jeune fils Lothaire (A** 931), en môme temps qu'il distribuait les fiefs et les évéchés entre ses partisans'. Brave à la guerre, énergique jusqu'à la cruauté, le roi Hugues n'avait eu jusque là que des succès. Son premier échec, il l'éprouva à Rome, dont il fut chassé au moment où il croyait ceindre la couronne impériale (A** 932) ^ Il fut plus heureux dans sa rencontre avec les Hongrois, dont il acheta la retraite à force d'argent. Il était sur le point de déloger les Sarrasins de leurs cantonnements de Fraxinel (A"* 942) *, lorsqu'éclata en Italie la réaction qui fit tomber sa dynastie. Hugues ne croyait avoir plus rien à craindre des factions depuis la transaction visée plus haut, par laquelle Rodolphe lui avait cédé ses droits contestés sur la couronne d'Italie, en échange des droits non moins contestables que Hugues lui cédait sur la couronne de Provence (A° 932). De plus, à la mort de Rodolphe, Hugues épousa sa veuve ; Lothaire épou-

ï) Flodoard A« 923, 926. — Liutprand III, 15. — Annales Alemannici, 926.

2) Liutprand V, 18.

») Voir infra, chap. XII, § 6.

*) Liutprand V, 16-17. — Flodoard A° 942.

HIbTOIRB DU MOYEN AGE. 48

sait en même temps sa fille (A^ 937) ^ . Mais les ennemis que Hugues s'était faits par ses mesures violentes, se groupèrent autour d'un nouveau prétendant, le margrave dlvrée en Piémont, Bérenger II, petit fils de Bérenger I par sa mère et par conséquent se rattachant encore à la souche carolingienne (A^ 945). Hugues, se voyant abandonné par ses partisans, alla terminer sa vie en Provence (A"* 947). Son fils Lothaire ne tarda pas à le suivre dans la tombe (A° 950), ne laissant qu'une fille Emma de son mariage avec Adélaïde de Bourgogne. Cette jeune veuve, — elle avait dix-huit ans, — fut aussitôt l'objet des poursuites de Bérenger II, qui trouvait avantageux à sa cause de faire épouser la reine d'Italie par son fils Adalbert. Adélaïde, pour s'en défaire, offrit sa main au roi Otton le Grand, veuf comme elle, à 38 ans. C'est par ce mariage (A** 951) qu'Otton pénétra en Italie, où toutes les factions allaient devoir plier sous sa supériorité. Par cette série de succès, Otton s'annonçait comme le futur empereur, comme un autre Charlemagne : il était roi de Germanie, maître de la Lotharingie, beau-frère et protecteur du roi de Bourgogne, et déjà roi d'Italie. Les compétitions auxquelles la royauté était alors livrée en France, allaient lui permettre d'affirmer sa prépondérance sur ce dernier théâtre.

«) Supi-a, p. 736.

Textes anciens : Richer, Historiarum libri IV, p. p. Waitz. Hanovre, 1877; — Widukind, Res gestae Saœonicae p. p. Waitz, ib. 1888 : dans les SS. in-8 de Pertz. — Flodoard. Annales 919-966 (vol. TU série in-fol. de Perte). — Dadon, Rollo : dans son BUtoria Normannorum (P. L. de Migne, vol. 141).

Travaux modernes : Kalckstein, Der Kampf der Hohertiner und der Karolinger. Leipzig, 1877, — Borgnet, Études sur le règne de Charles le Simple, Bruxelles (Acad.) 1843, in'4°. — Favre, Eudes, roi de France. Paris, 1893. — Bckel, Charles le Simple, ib. 1899. — Lauer, Louis IV d'Outremer, ib. 1900. — Lot, Les derniers Carolingiens. Paris, 1901. — Les Jahrbûcher des D. Reichs unter dem Sàchsischen Hause, Berlin, 1837-1876. — Warnkoenig et Gérard, Les Carolingiens, vol. II : cité p. 410.

LMnterrègûe entre Charles le Gros et Charles le Simple^.

Tandis que le royaume de Germanie, accru de Tltalie, s'élève rapidement au premier rang, la décomposition du royaume de France continue, hâtée par la rivalité de deux dynasties, des Carolingiens, qui représentaient le passé, et des ancêtres des Capétiens, auxquels appartient l'avenir.

1) Généalogie des Carolingiens de France :

Gharles-le-Chauve 840-877 empereur 875

Louis II le Bogue

Louis III Carloman Charles le Simple f 92^

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