L EMPIRE D ORIENT
useront pour précipiter l'Orient tout entier dans le schisme. Pour le moment, la dissolution de l'empire carolingien avait ôté le principal grief politique des Césars byzantins contre la papauté.
I^s derniers papes de Tépoque byzantine.
Dans rhistoire de la papauté, ce fut sans contredit Tépoque la plus calamiteuse. Durant lo demi- siècle qui sépare le dernier empereur franc, Arnulf, du premier empereur germanique, Otton, on ne compte pas moins de vingt papes successifs, dont cinq périrent assassinés*. Rome alors put expérimenter quel besoin elle avait d'un protecteur impérial sérieux. La papauté tomba au pouvoir d*uno famille intrigante, celle de Théophylacte, dont lorigine et les moyens daction nous échappent. Ce qui est frappant, c'est la physionomie byzantine des noms propres portés dans cette famille, Théophylacte, Glycérius, Théodora, et non moins byzantin est le rôle prépondérant que les femmes jouent dans l'élévation de cette famille. Son chef Théophylacte sans doute remplit les fonctions élevées de consul et sénateur de Rome. Mais c'est sa femme, Théodora, plus tard, c'est sa fille Marozia*, qui tiennent les fils dans les
par la jalousie des Orientaux. Dès 809, l'affaire fut déférée à Rome, où le papo régnant, Léon III, sut ménager les deux partis, reconnaissant avec les Grecs que le texte fUioque était interpolé, mais contestant avec les latins que le sens, la procession du Père et du Fils, fût hérétique. G est de cette légère dissidence que Photius s'empara pour trouver rËglise latine en défaut. Les autres griefs de TEglise grecque se réduisent k une question disciplinaire, la clérpgamie (suprà, p. 381-384) et quelques divergences purement liturgiques. Quant au fond de la question, la procession du S Esprit, elle avait été résolue dôs Charlemagne, par ses théologiens Théodulphe et Smaragde et fut confirmée, sous Nicolas I, par les traités d'Ënée de Paris et de Ratramn de Corvey. Voir Vander Moeren, De processions spiritus sandi, fiOuvain, 1864.
») Ce sont Etienne VI en 897 {supra, p. 739), Léon V en 903, Christophe en 904, Jean X en 928, Jean XII en 964.
<) Liutprand II, 48 qualifie ces femmes de scortum impudens, mais son témoignage, quand il est unique, est suspect, attendu que c'est la rancune qui inspire sou livre, intitulé par lui-même : Antapodosis, c'est-à-direrecancfie, et qu'il se complaît d'ailleurs dans les anecdotes scandaleuses.
intrigues auxquelles donne lieu l'élection des papes du temps, et Ton ne s'étonne pas d'en trouver dans le nombre de ^CJlndaleux, tels que Serge III, peut-être Jean X et sans contredit Jean XII*. Comme le reste de l'Italie, Rome incline de nouveau vers ses anciens maîtres de Constantinople, dont elle attend l'assistance dans le péril que lui font courir les Sarrasins du Garigliano. Déjà Jean VIII avait dû fermer les yeux sur la restauration de l'ancien intrus, Photius (A° 879). Serge III prend le parti de l'empereur Léon VI en conflit avec son patriarche, Nicolas le Mystique, dont l'austérité ne pouvait s'accommoder des quatrièmes noces de ce prince avec une ancienne concubine, Zoé (A** 908) Grâce au concours des troupes byzantines d'Italie, son successeur Jean X, un protégé de Théodora, réussit à se débarrasser du voisinage des Sarrasins (A** 916). Mais, d'un caractère indépendant, il finit par se brouiller avec l'impérieuse Marozia, qui le fit jeter en prison, où il mourut, étouffé sous un oreiller (A** 928). A partir de ce moment c'est Marozia, qui, du château St-Ange, règne sur Rome et régente la papauté, devenue le jouet d'intrigues d'alcove. A ses créatures, succède son propre fils, Jean XI (A^931), né hors mariage d'un père pape, disait on. A cette intrigante, il fallait, avec la papauté, l'empire, qu'elle offrit, en même temps que sa main, étant veuve pour la deuxième fois, au roi Hugues d'Italie, en sorte que les deux têtes de la chrétienté allaient être à la merci d'une vieille coquette, à la fois mère du pape et femme de l'empereur. Une émeute provoquée par son autre fils Albéric, né d'un premier mariage, épargna cette dernière honte à la chrétienté : le château StAnge, où ces noces se célébraient, fut envahi; Hugues dut fuir; Marozia fut retenue en captivité (A** 932)*. Mais la papauté ne fut pas affranchie du môme coup.
^) L*iDconJuite de Jean X est sujette À caution, n'étant dénoncée que par Lintprand. Mais quant à Serge III, Mgr Duchesne, l'auteur le mieux informé aur cette époque troublée, le qualifie : « haineux, féroce, polisson. »
«; Liutprand, III, 46.
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C'est Albéric qui prit le gouvernement sous le môme titre que son aïeul de prince et sénateu?* des Romains, réduisant Jean XI, son demi-frère, à n être que son chapelain. Albéric continua les bonnes relations avec la cour de Constantinople, avec les Lécapène alors tout puissants, et il fut môme question d'une alliance de famille entre les deux cours. Mais sa mort prématurée coupa court à ces] projets (A^ 954). Il laissait un fils, Octavien, qui lui succéda dans le gouvernement temporel de Rome, et comme il l'avait fait reconnaître comme futur pape, à la première succession ouverte, lorsque celle-ci s'ouvrit Tannée suivante, Octavien, devenu pape sous le nom de Jean XII, récupéra par le fait son indépendance temporelle (A** 955). Malheureusement, à son avènement, c*était encore un adolescent, dans la fougue des passions, dont l'explosion devait porter au comble les scandales, reprochés à sa famille*. Pour y mettre fin, il fallut l'intervention énergique, bien qu'un peu rude, d'Otton le Grand, et c'est Jean XII lui-même qui la provoqua. Inconsistant dans sa politique, après des avances faites aux empereurs byzantins', Jean XII s'était brusquement tourné du côté d'Otton, déjà roi d'Italie, et lui oiïrit la couronne impériale (A° 962)^. C'est le commencement d'une ère nouvelle dans l'histoire de la papauté ei de l'empire. Tandis qu'en Occident l'empire se relève, Rome se sépare définitivement de lempire d'Orieiit. Dès lors aussi renaît le schisme grec, schisme moins religieux que national, provoqué par la rivalité inévitable entre deux empires qualifiés Fan et l'autre de romain, et envenimé par l'incurable orgueil de la race grecque, pour laquelle l'étranger était toujours le barbare.
') Duchesoe, cUé, p. 338, p. 351.
*) Dans ses premiers actes, Jean XII reprend la date des années de Fempereur de Constantinople, d'aprôs Gay, cité, p. 223. 11 se retourne vers Byzance, après sa brouille avec Otton. ib. p. 297.
>) Regino contintuitus, 962. — Liutprand, Vita Ottonis, c. 3.
Dernier retour des provinces d*Âsie à Tempire.
Cependant les derniers grands généraux byzantins continuaient à remplir l'Orient du bruit de leurs exploits. Le successeur du Porphyrogénète, Romain II (A** 959), qui laissait gouverner son entourage, sa mère Hélène d'abord, puis Théophano, une ci-devant fille dauberge, devenue impératrice par le prestige de la beauté, eut le bon esprit de laisser toute latitude à ses généraux. Après avoir détruit, par la prise de Candie*, le fléau delà piraterie dans les eaux grecques, les deux Phocas entamèrent la reconquête des provinces asiatiques de l'empire jusqu'à lancienne frontière du Tigre. Nicéphore, comme général d'abord, comme empereur ensuite (A® 963), s'empara successivement d'Alep, le siège des Hamdanides, de Tarse, le dernier boulevard des califes du côté de l'empire grec (A** 965)' et d'Antioche, cette ancienne métropole de l'Asie chrétienne (A° 969)'. Quand il périt, victime dune conjuration du palais*, le chef des conjurés, Jean Tziipiscès, un Arménien, un parent de Curcuas, proclamé empereur, continua la guerre, qu'il avait apprise à l'école des Phocas, avec le même succès. En Europe, il reconquit la Bulgarie sur les Russes et recula les frontières de l'empire jusqu'au Danube (A** 972) '. En Asie, il poursuivit le recouvrement de la Palestine jusqu'aux portes de Jérusalem. Une diversion l'empêcha d'y entrer (A« 975) «.
C'en était fait de l'islamisme, sans les Turcs qui vinrent le régénérer par l'infusion d'un sang nouveau. Ils allaient reconquérir l'Asie, menacer l'Europe et provoquer le grand mouvement des croisades.
i) Léon Diacre I et lî, c. 6-8. — Théodose le Moine, Expugnatio Cretae, poème grec dans le vol. V du Corpus H. Byzant.
2) Ib. III et IV, c. 1-4.
3; Ib. V, 5-8,
*} Léon Diacre VIII et IX.
'•) Léon Diacre X, 4-5.
^) Cela résulte d'un texte arménien, la Lettre de Tzimiscôs au roi Ai^hot m d'Arménie, reproduite par Mathieu d'Edesse (version de Dulaurier, Paris 1858), où il écrit entre autres : - sans les Africains (le? Fatimidef^), qui s étaient empares du littoral, nous serions entrés dans Jérusalem. <•