VI. - DERNIER ÉCLAT DE L'EMPIRE ROMAIN D'ORIENT
Textes orecs : Eamartolos continitatus livre V et YI, p. p. Murait Paris 1863 (vol. 110 de la P. Gr. de Migoe). — Theophanes conHnuatui, livre V et VI (vol. 81 du Corpus H. Byzant). — Léon Diacre, Sistoriae libri X (vol. 8, ib.). ~ Jean Caminiate, De eœcidio Thesxalonicae (vol. 31, ib.). — Textes latins : Liatpraad, Opéra historica p. p. Dummler. Hanovre, 1877 (série in-8 des SS. de Pertz). — Atmaki barenses et Luput Protospatha (vol. V de la série in-fol. de Pertz).
Travaux modernes : Outre les vol. 13 et 14 de Lebeaa, cité p. 119, de Dachesne et Gay, cités p. 731, Finlay, The byzantine Empire, vol. I, Oxford, 1877. — Rambaud, Constantin Porphyrogénéte. Paris, 1870. - Schlumberger, Nicéphore Phocas, Paris, 1891, in-4.
La dynastie basilienne.
A la fin de Fépoque franque et à la faveur de la décadence arabe, lempire byzantin fit un dernier effort pour recouvrer cet empire du inonde, qu'il n'avait cessé de revendiquer comme Théritier de lempire romain. Ce relèvement fut Tœuvre d'une dynastie qui sut se maintenir au pouvoir pendant un siècle et demi, et qui eut la chance d'être servie par une succession d'illustres généraux. Le fondateur de cette dynastie, Basile I, était lui-même un soldat de fortune, un Macédonien de basse extraction, que ses talents militaires avaient élevé au second rang à la cour de 1 empereur Michel m. Il en prit le premier en se débarrassant par un assassinat de son pitoyable maître (A® 867)*. Son règne fut réparateur. Il s'agissait de^ tenir tête à la fois aux pirates sarrasins et aux pirates russes, ces Normands de l'est, qui infestaient la mer Noire et avaient une fois déjà bloqué Constantinople. Le premier soin de Basile fut de restaurer la flotte, en même temps que les finances, que son prédécesseur avait gaspillées. Un amiral habile, Nicétas, prit le commandement de la flotte et sa présence dans les eaux d'Italie permit, on l'a vu*, à Louis II l'Empereur de chasser
i) Supra, p. 693.
*; Supra, p. 697.
l'empire d'orient. 823
les Sarrasins de cette péninsule (A^ 868). En Asie une nouvelle secte manichéenne, les Pauliciens, s'étaient insurgés et forcèrent l'empereur à marcher contre eux. Il prit et détruisit leur principal repaire Théphrique (A** 873), et rétablit son autorité jusqu'aux frontières de Cilicie (A° 875). Ses généraux osèrent même s'attaquer aux places fortes, que les califes avaient érigées sur cette frontière, mais qui tinrent bon (A** 877). En même temps, la guerre contre les pirates sarrasins était poussée avec vigueur. L'amiral Nicétas infligea aux corsaires redoutables de la Crête plusieurs défaites dans la mer Ionienne (A^ 881). En Italie, les Byzantins avaient repris pied à la faveur de la défection du duc Adelchis de Bénévent, qui s'était placé sous leur protection. Ils occupèrent ainsi Bari, sans coup férir (A^ 876), chassèrent les Sarrasins de Tarente (A^ 881) et achevèrent la conquête des extrémités méridionales du l'Italie, où furent érigés deux thèmes militaires, la Langobardie byzantine du côté de l'Adriatique et la Calabre du côté de la mer Thyrrénienne. Cette restauration de la domination grecque en Italie fut l'œuvre de Nicéphore Phocas, le premier des grands généraux de ce nom * (A® 887). En même temps, la diplomatie byzantine renouait des relations plus ou moins étroites avec ses anciennes dépendances italiennes, Venise, Naples, Anaalfl. L'Italie était en voie de redevenir byzantine, à mesure que reculait l'influence franque*.
^) Généalogie des Phocas :
Nicéphore Phocas
Léon Phocas ' Bardas,
maître de la milice f 969
Nicéphore, Léon Phocas,
généralissime 954 curopalate
empereur 963-969 |
Pierre Phocas stratopéd arque f 989.
2) Voir Gay, citt, p. 164-285.
Ces succès extérieurs ainsi que la modération et l'équité du gouvernement intérieur de Basile, consolidèrent sa dynastie. A sa mort, le pouvoir passa sans difficulté à son fils déjà associé au trône, Léon VI le Savant (A^ 886). Élève du célèbre Photius, Léon VI doit ce surnom à ses grands travaux législatifs. Sous le titre de Basiliques *, il fit fondre dans un recueil en 60 livres tout ce qui était encore en vigueur du droit de Justinien, avec les Novelles publiées depuis. Le droit romain dans l'empire d'Orient y prit sa dernière forme, qu'il devait conserver jusqu'à sa chute (A** 893). Mais ce prince, nullement belliqueux, «ut peine à défendre ses États contre les Bulgares, qui avaient recommencé leurs incursions sous le tsar Siméon, tandis que les Sarrasins se rendaient de nouveau redoutables sur mer. En Sicile, la dernière possession byzantine, Taormina, tomba au pouvoir des Aglabites (A*" 902)*. Les corsaires de Crête, conduits par un Grec renégat, Léon de Tripoli, prirent l'île de Samos et mirent à sac sur le continent Thessalonique, la seconde ville de l'Empire (A*" 904)^.
A la mort de Léon (A^ 912), suivie bientôt de celle de son frère Alexandre (A° 913), Tempire passa à son fils Constantin VII, le premier prince de cette maison né dans la pourpre ou porphyrogénète ; car la naissance de Léon était antérieure à l'avènement de Basile, son père. Constantin avait sept ans. La régence fut disputée entre sa mère, l'intrigante Zoé, et les chefs d'armée, dont l'un, Léon Phocas, fils de Nicéphore, commandait les armées de terre et l'autre, Romain Lécapène, était à la tête de la flotte. Ce dernier sut se glisser dans les bonnes grâces de Zoé, qui lui sacrifia son rival. Phocas écarté, Lécapène se débarrassa également de Zoé et s'empara complètement du jeune empereur, en lui faisant épouser sa fille, Hélène
)] Krilger, Geschichie der Quellen des rœmischen Rechts, Berlin, 1888, p. 369.
*) Theophanes contin. VI, 18.
') JeJin Cuminiate, cité.
l'empire d'orient. 825
(A* 919), A la faveur de cette alliance et sous un prince qui n'avait d'autre passion que l'étude, le clan des Lécapène envahit toutes les charges de Tempire : Romain se fait décerner le titre d'Auguste ; trois de ses fils lui sont associés comme Césars (A"" 926) ; et le quatrième, Théophylacte, il le fait consacrer, à lage de 13 ans, patriarche de l'église de Constantinople (A** 933), qui ne tarda pas à être scandalisée par les fredaines de ce jeune étourdi, plus appliqué aux choses d'écurie que d'église. De plus Romain I négocie les mariages de ses petits-enfants, faisant épouser l'une de ses petites filles par le tsar de Bulgarie et acceptant pour le fils de l'empereur et son petit-fils, Romain II, la main d'une bâtarde du roi d'Italie, Hugues de Provence*. A la fin pourtant la brouille se mit dans cette famille trop avide d'honneurs. Les fils de Romain, impatients de succéder à leur père, commencèrent par le déposer. Mais ils furent presque aussitôt forcés de le suivre dans sa retraite par leur propre sœur, l'impératrice Hélène, qui, à son tour, se trouva maîtresse du gouvernement (A** 941). Au milieu de ces intrigues, l'empire se maintint pourtant et même s'étendit grâce à quelques grands généraux, à l'Arménien Curcuas, qui, avec son frère Théophile, affranchit sa patrie de la domination musulmane (A° 942) ; grâce aux deux Phocas, Nicéphore et son frère Léon, petits-fils du premier Phocas et appelés à lui succéder dans la carrière militaire, l'un à la tête de l'armée d'Occident, l'autre comme généralissime de l'Orient.
Derniers travaux littéraires. La question religieuse.
En même temps que Constantinople se fiattait de continuer l'empire romain par les armes de ses grands hommes de guerre, il n'y manquait pas de lettrés ni de savants qui continuaient la haute culture de l'hellénisme. Sans doute, le génie créateur de la Grèce était épuisé depuis longtemps,
1) Voir Gay, ctt^, p. 218.
et l'époque byzantine nous apparaît comme une longue période de stérilité littéraire. Mais c'ec>t un mérite encore que d'avoir conservé le patrimoine intellectuel que Taotiquité grecque avait légué au moyen âge, et dont le monde arabe et le monde latin étaient alors également tributaires. La dynastie basilienne s'est si-;nalée sous ce rapport. Elle a contribué à cette œuvre dé conservation, en faisant extraire des bibliothèques et synthétiser la fleur des productions de l'antiquité : c'est l'âge des résumés et des compilations, des Anthologies et des Encyclopédies * . Le Porphyrogénète, en particulier, y consacra tout le temps qu'il aurait dû donner aux affaires publiques durant un règne de quarante-huit ans. Lui-même composa un certain nombre de ces recueils, ceux qui concernent Y Administration de V empire et Y Etiquette de la cour^.
Mais dans le monde oriental, plus encore qu'en Occident, c'est la question religieuse qui primait toutes les autres, et ici les Césars byzantins ne pouvaient se faire à l'idée de de ne plus posséder le centre de l'Eglise comme celui de l'empire. Photius leur en avait donné un instant l'espoir, en revendiquant l'héritage de l'ancienne Rome pour la Rome nouvelle, comme Byzance aifectait de s'intituler; mais le grand pape Nicolas I n'eut pas de peine à montrer que cet héritage n'était pas vacante Destitué une première fois par l'empereur Basile et condamné par le huitième concile œcuménique, le dernier réuni en Orient, Photius, ce maître intrigant, parvint, à force de bassesses, à reprendre son siège, à la mort du patriarche légitime {A!" 879), pour être destitué définitivement à l'avônement de son élève Léon VI (A** 986). Mais en soulevant la querelle du Filioque^, Photius avait forgé l'arme perfide dont ses successeurs
1) KruDCibacher, Geschichie der hyzani. Literaiur, Munich, 1897.
<) Ces traités sont réimprimés dans les vol. 107-108 de la P. Or. de Migne.
3) Supra, p. 692.
*) Cette question du Filioque était À rorigine une querelle de moines, qui avait surgi en Palestine, au contact des moines latins et des moineB grecs. Ceux-ci s'étaient aperçus que le symbole de Nicée, récité en latin p&f ceux-là, différait sur ce point de leur symbole en grec. De là un émoi, grossi