CHAPITRE IV
Empire dOrient, depuis la mort d Arcadius, jusqu'à Justinien exclusivement. (408-526 — Ve et VIe siècles. )
Tandis que l'empire d'Occident périssait, l'Orient était pareillement ébranlé par les incursions des barbares et par l'incapacité de ses princes : mais il renfermait des germes de vie qui lui assurèrent une plus longue durée.
408. Arcadius étant mort l'an 408, Théodose, son fils, alors âgé de huit ans, fut reconnu empereur d'un consentement unanime. Anthémius, qui gouverna d'abord sous son nom, réprima quelques entreprises des ennemis, répara les villes frontières, environna Constantinople de nouveaux murs et fit jouir l'Orient
d'une paix profonde. Après lui, l'indolent Théodose abandonna le pouvoir aux mains de sa sœur Pulchérie. Tandis qu'il se livrait uniquement à la dévotion et aux sophistes, cette princesse soutint avec assez de gloire le fardeau qu'elle s'était imposé. Au dedans, elle fit régner le calme, et acquit à son frère une illustration facile, en publiant un recueil de lois, appelé de son nom code Théodosien ; au dehors, elle prit la défense des chrétiens persécutés par le roi de Perse, et le força par plusieurs victoires de leur accorder le libre exercice de leur religion. A la mort du roi d'Arménie, elle revendiqua et obtint une partie de ce royaume ; enfin elle fit plusieurs fois trembler Genséric en envoyant contre lui des flottes nombreuses auxquelles il n'aurait manqué pour réussir que d'avoir à leur tète d'autres généraux. Toutefois Attila, par des incursions répétées , la contraignit souvent de traiter à des conditions déshonorantes, telles que le payement de sommes immenses et de tributs annuels, ou l'extradition des Huns réfugiés sur les terres de l'empire.
Après avoir porté quarante-deux ans le titre dem-450. pereur, Théodose mourut , sans laisser d'enfants de l'impératrice Eudoxie ou Athénaïs, fille d'un sophiste, et non moins célèbre pour sa piété et sa science que pour sa beauté. Pulchérie, alors âgée de cinquante-un ans, donna sa main et l'empire à Marcien, qu'elle crut digne de soutenir l'honneur des armes romaines. Ce prince, il est vrai, céda la Pannonie aux Ostrogoths ; mais Attila ayant réclamé le tribut annuel que lui payait Théodose : Dites à votre maître, répondit fièrement le nouveau César , que j'ai de l'or pour mes amis et du fer pour mes ennemis. Attila , maîtrisé par une telle contenance, tourna, comme nous l'avons vu, ses armes contre l'Italie. Pendant sept années de règne, Marcien fut vainqueur de toutes les entreprises des barbares, et l'Orient eut à regretter d'être privé sitôt d'un tel courage.
Son successeur fut Léon Ier de Thrace. Simple tribun, 457 il dut son élévation à un général barbare, et reçut le
premier la couronne des mains d'un évêque. Il n'en soutint pas l'honneur de l'empire avec moins de gloire. Souvent victorieux des Huns et des Goths de Pannonio, ou Ostrogoths, il envoya une flotte de onze cents voiles et une armée de cent mille hommes attaquer Genséric en Afrique. Cette expédition manqua par la mauvaise conduite et la trahison de Basiliscus, que l'impératrice Verrina, sa sœur, sauva du châtiment, et que nous verrons plus tard déshonorer le trône. Mais si Léon ne se montra pas indigne de succéder à Marcien, on lui reprochera du moins avec justice de s'être choisi pour gendre un prince tel que Zenon d'Isaurie. Il fut guidé dans ce choix par le besoin d'attacher à sa personne les Isauriens. auxquels il accorda en effet presque toutes les places dans les armées et au palais. Ainsi l'Orient devait toujours confier à des barbares la vie et la majesté de ses princes.
474. Zenon s'attira le mépris des peuples par sa taille mal prise et contrefaite , et leur haine par sa cruauté, ses débauches et son incapacité pour les affaires. On ne le reconnut d'abord que comme tuteur de son fils Léon II le Jeune. A la mort de cet enfant, il fallut tout le crédit de l'impératrice Verrina pour faire succéder le père au fils. Bientôt même cette princesse, toute corrompue que l'histoire nous la représente, fut indignée des vices de Zenon. Elle ourdit contre lui une conjuration ; et, tandis qu'il s'enfuyait lâchement en Isaurie, 475 elle fit proclamer empereur Basiliscus. Mais, déjà méprisé pour son expédition d'Afrique, l'usurpateur se vit bientôt abandonné des soldats pour sa cruauté et son 477. avarice. Zenon remonta sur le trône, sans que l'adversité eût changé son caractère. Tandis que plusieurs révoltes réelles ou supposées lui fournissaient un prétexte pour abattre les têtes les plus illustres, les Ostrogoths ravagèrent impunément ses provinces. Après avoir inutilement prodigué à Théodorie , leur chef, et les honneurs et les trésors de l'empire, il acheta une paix définitive par un traité qui livrait à ce roi barbare Odoacre et l'Italie. Ainsi , toujours cruel au de-
dans, mais lâche contre ses ennemis, voilà ce que fut Zenon pendant dix-sept années de règne. Les lettres ont à déplorer de son temps l'incendie de la bibliothèque de Constantinople , où étaient réunis cent vingt mille volumes, et entre autres un Homère complet écrit en lettres d'or sur la peau d'un serpent-d'environ quarante mètres de longueur.
Comme Zenon mourait sans enfants, sa veuve fit 491 reconnaître empereur Anastase, qu'elle épousa. Généralement estimé avant de parvenir au trône, Anastase signala les commencements de son règne par la réforme de plusieurs abus. Il refusa aux Isauriens les sommes que leur avaient payées les deux derniers princes : et comme cette milice privilégiée se révolta , il les défit, punit de mort les principaux chefs , et délivra ainsi l'empire d'un tribut honteux. Mais cette conduite prudente et ferme se démentit bientôt. Les peuples furent attaqués dans leur croyance par les persécutionsd'un empereur imbu des erreurs d'Eutychès1, et dans leurs biens par les exactions des gouverneurs, qui partageaient avec la cour le fruit de leurs rapines. Au dehors l'empire était en proie, d'un côté, aux courses continuelles des Arabes et des Sarrasins, de l'autre, aux attaques des Bulgares, peuple d'origine scythique, qui était venu de Kasan , sur le Volga , se fixer sur les côtes de la mer Noire et de la mer d'Azof. Les Perses, se jetant aussi sur l'Arménie, avaient taillé en pièces les troupes impériales et pris plusieurs villes importantes. L'empereur conclut de ce côté une trêve de sept ans ; il en profita pour faire construire, d'une mer à l'autre , à cinq myriamètres de Constantinople, un mur d'environ sept myriamètres de longueur sur six mètres et demi de large, et flanqué de tours de distance en distance-, faible rempart contre les entreprises des barbares, lorsqu'on s'avouait ainsi inférieur en courage.
Le 9 juillet 518, Anastase fut trouvé mort dans son 518 lit. L'eunuque Amantius voulait faire élire un certain