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CHAPITRE III

Destruction de l'empire d'Occident. — Suite de l'invasion des barbares. — Etablissement des Visigoths en France et en Espagne. — Les Oslrogoths en Italie. — Règne de Théodoric. — Cassiodore. (410-535 — Ve et VIe siècles.)

Tandis que les Visigoths ravageaient ainsi l'Italie sans trouver aucune résistance, un autre ennemi menaçait le trône chancelant d'Honorius. Constantin avait passé les Alpes pour s'emparer des derniers restes de l'empire, sous prétexte de le défendre. Heureusement pour la cour de PuTvenne, Géronce, s'étant jeté dans les Gaules à la tête de son armée victorieuse, rappela d'Italie Constantin , qui bientôt se vit luimême enfermé. Alors arrive dans les Gaules Con-441. stance, aussi habile que fidèle, et destiné à relever les affaires de son maître. A son approche, Géronce abandonne s'enfuit en Espagne et se tue lui-même. Constantin , toujours assiégé dans Arles , voit tailler en pièces, du haut des murs, une armée de barbares, sa dernière espérance, et se rend à condition d'avoir la vie sauve; mais Honorius, aussi cruel que lâche , le fait mettre à mort avec son fils, au mépris des traités. Un troisième usurpateur, le comte Jovin, appela à son secours les Bourguignons, qui s'établirent sous la A 13, conduite de Gondicaire, leur roi, dans la province appelée aujourd'hui Franche-Comté. Honorius apprit en même temps à Ra venue qu'une révolte du comte Héraclius, en Afrique, avait été heureusement réprimée, et que Jovin, défait par Ataulphe malgré le secours des barbares, avait expié à Narbonne son crime sur un échafaud

Le successeur d'Alaric. ne trouvant plus ni richesses ni vivres dans un pays saccagé, avait abandonné l'Italie pour se jeter sur les Gaules. Maître de * Toulouse, de ÎNarbonne, de Bordeaux, mais repoussé de Marseille par le comte Boniface, il épousa Placidie,

sœur d'Honorius, qui était prisonnière des Goths depuis la prise de Rome. Quoique Honorius refusât de donner son consentement à ce mariage, Ataulphe montrait des dispositions plus pacifiques pour l'empire,

415. lorsqu'il fut poignarde en Espagne. Wallia. qui lui succéda, continua ses conquêtes dans cette province, fit la paix avec Honorius, vainquit, au profit des PiOmains, les Alains et les Vandales, et reçut en récompense la plus grande partie de l'Aquitaine. Après un règne glorieux, il mourut à Toulouse, sa capitale; sa fille épousa un Suève , dont elle eut le célèbre Ricimer.

Ainsi la fortune semblait vouloir dédommager Honorius des cruelles épreuves où elle avait mis sa lâcheté dans les commencements de son règne. Presque toutes les provinces le reconnaissaient pour maître, et l'Italie se remettait de ses pertes. Ces heureux succès étaient dus à Constance. Il en fut récompensé par son union avec Placidie , que W allia avait renvoyée à son frère : mais il mourut, et ses services furent aussitôt oubliés. Des courtisans jaloux envenimèrent l'esprit d'Honorius contre la princesse. Obligée de s'enfuir avec ses deux enfants à Constanlinople , elle fut reçue favorablement par son neveu Théodose , qui régnait en Orient. Peu de temps après, Honorius mourut ; son corps, transporté de Rave n ne à Rome, y fut trouvé en 1542, avec ceux des deux filles de Stiîicon , qu'il avait successivement épousées.

423. Théodose, au premier instant , parut disposé à frustrer Yalenlinien , fils de Constance et de Placidie, de l'héritage de son oncle-, mais il renonça bientôt à réunir dans ses mains les rênes des deux empires. Il envoya des troupes en Italie , défit Jean le Secrétaire, qui avait pris la pourpre, et déclara empereur d'Occident "Valent inien 111, sous la tutelle de sa mère Placidie. Deux hommes, par leurs talents et leur division, firent la gloire et les malheurs de ce règne : l'un était Boniface . l'autre le célèbre Aétius. Tous les auteurs se sont accordés à louer ce dernier pour sa prudence, son habileté en politique, son intrépidité, sa valeur.

son amour de la justice ; mais, jaloux à l'excès du commandement , il rendit suspect à Placidie le comte Boniface, que nous avons vu repousser Ataulphe de Marseille, et qui s'était jusqu'alors conduit avec bravoure et fidélité dans le gouvernement de l'Afrique. Quand celui-ci , injustement soupçonné par la cour de Ravenne, en vint à croire que sa vie courait de grands dangers , il appela dans sa province les Vandales éta- 429 blis en Espagne. Toute la nation passa promptement le détroit, sous la conduite de Genséric. Boniface, que ramenèrent saint Augustin et les promesses de Placidie, éclairée trop tard sur les intrigues d'Aétius, voulut s'opposer aux conquêtes des barbares. Il fut défait, se retira en Italie, et obtint le commandement des troupes ; mais attaqué par Aétius, il fut blessé dans l'action, et mourut trois mois après de sa blessure.

Aétius, rentré bientôt en grâce, et sans rival par la mort de Boniface, ne songea plus qu'à réparer, s'il était possible, les maux qu'il avait faits. Déjà, en 425. il avait délivré Arles assiégée par les Golhs ; en 428 , il avait repoussé les Francs, commandés par Clodion, et défait ensuite plusieurs partis de barbares; en 435 , il força les Bourguignons, par une victoire glorieuse, à demander humblement la paix, et les années suivantes, il remporta de grands avantages sur les Goths, qui déposèrent les armes, malgré leur victoire sur Litorius, sous les murs de Toulouse. Mais les Vandales s'étendaient en Afrique, s'emparaient de Cartilage par surprise, et les Romains ne possédaient plus que peu de villes dans cette province.

Le dernier exploit d'Aétius fut la défaite d'Attila, roi des Huns. Ce barbare , qui se faisait appeler le fléau de Dieu, répandait depuis plusieurs années la terreur dans l'empire d'Oihnt. Aussi souvent vainqueur qu'il avait eu à combattre, il avait plusieurs fois rançonné les deux empires. Mais lorsque Marcien eut succédé à Tbéodose sur le trône de Constantinople. Attila se jeta sur les provinces de \alentinien. Entré dans les Gaules à la tète d'une armée de 500. 000 hommes, il défit tout ce qui se présenta à sa

rencontre, emporta d'assaut nombre de villes, et assiégea Orléans qu'il prit. Cependant Aétius, qui commandait les troupes romaines, avait appelé à lui Mérovée . roi des Francs, qui occupait la frontière septentrionale de la Gaule, et Théodoric 1er, fils d'Alaric et roi des Yisigoths, qui s'était emparé sur les Alains, les Suèves et les Vandales de la plus grande partie de l'Espagne. Ainsi secondé par les peuples 451. barbares, il poursuivit Attila, le joignit dans les plaines de Chàlons en Champagne, et lui livra une bataille sanglante , où le nombre des morts de part et d'autre, porté par certains auteurs à 300,000 hommes, aurait monté, d'après les calculs les moins exagérés, à 180,000. Théodoric lui-même périt dans la mêlée.

Attila vaincu se réfugia en Pannonie. L'année suivante, il vint attaquer directement l'Italie avec une nouvelle armée. Aquilée , Mantoue , Pavie furent prises et réduites en cendres. Le pape saint Léon, envoyé par Yalentinien, sauva Piome et calma le farouche vainqueur. Un traité eut lieu, et Attila, satisfait d'une redevance annuelle, se retira. L'an 453, il lit une seconde irruption dans les Gaules; mais il fut battu par Thorismond, fils de Théodoric 1er, et il retourna en Pannonie où il mourut soit d'apoplexie, suivant les récits des Grecs, soit par la main d'une jeune fille dont il avait immolé les parents, suivant les traditions germaines et Scandinaves. Son armée, privée de chef, fut vaincue dans une bataille sanglante par Ardaric, roi desGépides. Après bien des divisions et des guerres civiles, Irnaek, le plus jeune de ses fils, ramena les restes de la nation vers la Tartarie. d'où les Huns étaient originaires.

Aétius ne survécut pas longtemps à ce triomphe. Yalentinien, en proie aux soupçons et à la jalousie. tua de sa propre main ce grand capitaine, et fut presque aussitôt massacré à son tour par deux officiers. 455. flu' voulurent venger la mort d'Aétius. Maxime, qui était lame du complot, prit la pourpre et obligea Eudoxie. veuve de Yalentinien. à l'épouser. Celle-ci ap-

pelle Genséric à servir sa vengeance. A l'arrivée des Vandales, Maxime s'enfuit, au lieu de défendre l'Italie ; mais il est tué par des officiers de Yalentinien, et Genséric, maître de Rome, l'abandonne à la merci de ses troupes, qui pillent ce qui avait échappé aux soldats d'Alaric. L'empire était sans maître , et la postérité du grand Théodose n'existait plus en Occident. Avitus se fit proclamer dans les Gaules. Tandis qu'il marchait à Piome pour se faire reconnaître du peuple et du sénat, Théodoric II, que le meurtre de Thorismond, son frère, avait fait roi (452) des Visigoths, défendit l'empire du côté des Gaules, et remporta même une grande victoire sur les Suèves, qui tentèrent d'envahir les provinces d'Espagne appartenant encore aux Romains. D'un autre côté, Ricimer. général des troupes d'Occident, battait la flotte de Genséric, au moment où il passait une seconde fois en Italie ; mais, au lieu de poursuivre les vaincus, ce général marche sur Rome, dépose Avitus, qui se fait sacrer évêque de Plaisance, et élève au trône Majorien.

Encore à la fleur de l'âge, ce prince donna des 457 preuves nombreuses de courage et de talent dans le gouvernement de l'empire. Il battit les Vandales sur les côtes de la Campanie, remporta de grands avantages sur les Visigoths et sur ces mêmes Vandales en Gaule et en Espagne, et força Genséric à traiter sous d'équitables conditions, bien qu'une flotte, destinée ponr l'Afrique, eût été brûlée dans les ports. Ricimer craignait pour son autorité sous un prince qui savait commander et combattre. En conséquence il s'empare de Majorien, le met à mort, et proclame Ui\ Sévère, prince incapable, sous qui il était sûr de gouverner toujours. Ce fantôme d'empereur porta quatre ans la couronne, et Ricimer ne fut point exempt du soupçon de l'avoir fait empoisonner. Après deux ans'iGT. d'interrègne, Anthémins, comte d'Orient et gendre de Marcien, fut déclaré empereur, et donna sa fille à Ricimer, mais sans pouvoir fixer cet esprit soupçonneux et inconstant. Ricimer, en effet, se révolta bien-

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tôt. S'étant mis à la tête des barbares, il assiège Piome, 472. fait mourir son rival et saccage la ville. Olybrius, que Genséric portait depuis longtemps au trône, y monta alors avec l'appui de Ricimer; mais il mourut la même année, un mois après que ce général eut succombé à de violentes douleurs d'entrailles, que l'on attribua au poison.

Cependant l'empire était déchiré de toutes parts. Euric, frère et meurtrier de Théodoric II (466), avait conquis toutes les provinces au midi de la Loire et à l'ouest du Rhône, et s'était emparé de presque toute l'Espagne, fondant ainsi un grand royaume qu'il civilisa par ses lois. Egidius, un instant vainqueur des Visigoths, s'était créé dans les Gaules une souveraineté indépendante qu'il laissa à Syagrius, son fils. Marcellin s'était révolté et cantonné dans la Dalmatie. L'Afrique, conquise par lesVandales, était entièrement perdue pour les Romains, et Genséric ne cessait de harceler l'empire : ce que faisaient à l'envi tous les autres barbares. Dans ces extrémités, deux concurrents se disputèrent encore les sanglants débris de la couronne impériale. Julius Népos surprit Glycérius et le fit élire évoque de Salone; mais peu après, chassé par Oreste, il se réfugia à Salone même, où il fut reçu et entretenu par ce même Glycérius qu'il avait vaincu. Oreste, maître de l'Italie par cette fuite, éleva à la dignité impériale son fils Romulus Augustule. L'année 476. suivante, les barbares exigèrent la troisième partie des terres de l'Italie, comme récompense des services rendus à l'empire. Sur le refus d'Oreste, ils se choisissent pour chef Odoacre, simple garde d'Augustule, et connu dans l'histoire comme roi des Hérules. Pavie est emportée d'assaut; Oreste est pris et mis à mort; le vainqueur marche à Rome, qui ouvre ses portes; il dépose Augustule, auquel il laisse la vie, et se fait proclamer roi d'Italie. Ainsi fut consommée la ruine de l'empire romain proprement dit, 506 ans après la bataille d'Actium, et 1229 ans après la fondation de Rome par Romulus.

Malgré la sagesse de son gouvernement, Odoacre

ne jouit pas longtemps de sa conquête. L'empereur a Orient, qui lui avait envoyé les insignes de patnce, ayant cédé plus tard l'Italie aux Ostrogoths Théodoric partit à leur tête de la Pannonie, emmenant avec lui femmes, enfants et bagages. Odoacre vaincu trois fois, près d'Aquilée, à Vérone et sur l Adda, puis assiégé trois ans dans Ravenne, rendit enfin la ville, à condition de régner sur l'Italie conjointement avec le vainqueur. L'accord ne dura guère entre les deux princes. Quel que soit celui qui ait manque le premier de fidélité au traité, peu de jours après la reddition de Ravenne, Odoacre périt de la propre main de Théodoric; ce qui rendit les 493 Ostrogoths paisibles possesseurs de toute la province A la réputation d'un heureux capitaine, Théodoric joignit celle d'un grand prince. Il usa modérément du droit de conquête, laissa aux Italiens les deux tiers de leur territoire, et fit refleurir dans ce pays si longtemps saccage, le commerce, l'agriculture et les arts, bon nom seul lui valut des provinces. Il réunit sous son empire la Sicile , la Dalmatie, le Norique, la Hongrie presque toute la Suisse et la Provence. Quand Alaric, roi des Visigoths, son gendre, suc- 507 comba sous les coups des Francs, il prit en main la detense de son petit-fils Amalaric, et gouverna l'Espagne sous son nom, le protégeant et contre Clovis que ses généraux vainquirent à Arles, et contre Gésalnc, qui voulait usurper la couronne. Ses principaux ministres furent Cassiodore. Roèceet Symmaoue Cassiodore, né dans le Brutium, tour à tour intendant d Odoacre et secrétaire de Théodoric, se distingua d un cote par la manière dont il géra les charges les plus importantes sous ce prince et ses successeurs, de 1 autre, par les ouvrages qu'il composait, et surtout par son Histoire des Goths en douze livres Boèce consul en 510 et auteur de différents ouvrages! notamment du traité intitulé Consolation de la Philosophie et Symmaque, son beau-père, consul en 485 et chef du sénat, firent aussi la gloire de ce règne par leurs talents et leurs vertus. Mais des envieux exci-

tèrent contre eux le prince qui ordonna leur mort, lâche ineffaçable pour sa mémoire.

Théodoric avait eu deux filles. L'une, mariée à Alaric, en eut Amalaric qui régna en Espagne. L'au-

526. tre, nommée Amalazunte, lui succéda comme régente et tutrice de son fils Alhalaric. Cette princesse montrait toute la vertu et l'habileté des premières années de son père; mais bientôt les grands corrompirent par leurs flatteries et envenimèrent contre elle l'esprit du jeune prince. Vieux avant l'âge, il mou-

534. rut d'une maladie de langueur, fruit de ses débauches. Amalazunte fit élire Théodat, seul rejeton de la famille de Théodoric, et l'épousa. Un tel bienfait ne put effacer dans un cœur lâche et cruel le souvenir d'une condamnation que lui avaient jadis attirée ses excès dans la préfecture de Toscane. Il fit enfermer la reine, et bientôt après il ordonna sa mort. Ce crime fut la ruine du prince qui l'avait commis; mais la nation, enveloppée dans le même châtiment, disparut en peu d'années sans laisser de trace.

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