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dans ses états de Bourgogne. Hugues, resté sans rival

fit sentir pendant vingt ans à l'Italie son despotisme tyranniqne. Attaché par le sang aux marquis oYIvrée et de Toscane, il ne craignait rien de la force; quant aux conspirations tramées contre lui , il les déjoua toujours avec autant de bonheur que de prudence.

Rome gémissait alors sous la tyrannie de la fameuse Marosie, veuve, en premières noces, du marquis Aibéric, et en second lieu, de Guy, marquis de Toscane, fils aîné de Berthe. Cette femme, prodige de vices, qui, après avoir empoisonné Jean X, déshonorait la chaire de saint Pierre en y faisant monter ses bâtards et ses amants, offrit à Hugues sa main pour consolider son pouvoir; et Hugues, poussé par l'ambition, ne rougit pas de l'accepter, malgré le masque de religion et de vertu dont il couvrit toujours sa conduite. Par ce mariage, Home et l'exarchat furent réunis à la Lombardie. Mais les Romains ne tardèrent pas à se révolter sous la conduite d'Albéric, fils de Marosie. Hugues ayant été chassé, ils établirent un gouvernement à leur gré. se créant des consuls et des tribuns comme aux temps de la république.

Après avoir fait servir à sa grandeur ses frères et ses neveux, Hugues voulut s'emparer de leur héritage. Lambert, second fils de Berthe et marquis de Toscane, eut les yeux crevés et mourut misérable. Plus tard, Hugues chassa de Spolète Anscaire, fils d'Ermengarde et par conséquent son neveu, qu'il y avait lui-même établi, et convoita le marquisat d'Ivréc possédé par Bérenger, frère d' Anscaire. Celui-ci fut obligé, pour se soustraire aux poursuites dti tyran, de chercher en Allemagne un asile. Cependant les Raliens rappelaient, pour les délivrer, Rodolphe de Bourgogne; mais Hugues para le coup en lui cédant les états de Charles, son pupille, fils de Louis III l'Aveugle^ et Rodolphe, qui avait peu à se louer de la constance des Italiens, ne remua point. Alors ils suscitèrent un duc de Bavière nommé Arnoul , que Hugues défit et força de repasser les monts. Ces tentatives irritèrent son naturel farouche et soupçonneux. Depuis ce temps, il ne faisait que changer les

gouverneurs et les évêques, sans oser se fier a sa propre famille, pas même à un frère, nommé Boson. auquel il avait donné le marquisat d'Ivrée. Toutes les charges étaient entre les mains des Bourguignons cl des Provençaux ; les abbayes et les évêchés devenaient la récompense de ses maîtresses, de ses soldats et de ses espions; enfin, il se ménagea les secours des Sarrasins en leur donnant asile dans ses états, que souvent ils ne respectèrent pas davantage , et d'où ils se jetaient sur les terres des princes voisins, pillant et égorgeant ce qui se trouvait sur leur passage. Hugues n'en prenait pas moins dans ses lettres, ses discours et ses édits, toutes les apparences de la plus haute piété, en sorte, dit un historien, qu'on l'eût pris pour un Marcien ou un Théodose.

Enfin le moment arriva où ce monstre devait perdre un trône qu'il souillait depuis tant d'années. Bérenger. instruit du mécontentement général de l'Italie, et sur du concours des seigneurs, qu'il avait fait sonder, se

945. déroba de l'Allemagne, et vint avec une poignée de troupes se présenter devant Trente. Maître du pays par force ou par adresse, il se rendit à Milan, où étaient rassemblés les principaux seigneurs. Dans des circonstances aussi fâcheuses, Hugues, pour conjurer la tempête, députa Lothaire, son fils, et d'autres envoyés, offrant de se retirer et de céder la couronne au jeune prince, dont on connaissait les vertus. Les envoyés manièrent si bien les esprits , que tous se rangèrent même à l'obéissance du père. Mais Hugues, voyant diminuer chaque jour son crédit et son autorité, prit en effet le parti de se retirer en Provence avec d'immenses trésors, fruit de ses rapines pendant

947. vingt années. Son fils Lothaire II fut reconnu pour son successeur. Les grandes qualités de ce prince . et la vertu bien connue d'Adélaïde, son épouse, fille de Bodolphe II, roi de Bourgogne, rattachaient chaque jour au nouveau gouvernement les cœurs que Hugues s'était aliénés. Mais Bérenger n'avait pas renoncé au trône. Quand la mort de Hugues, dont les états revinrent à Bodolphe. l'eut délivré de toute inquiétude, il

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empoisonna Lolhaire, selon l'opinion la plus commune. Cependant il lui devait la vie ; car c'était ce prince lui-même qui l'avait prévenu des mauvais desseins de son père, et qui l'avait ainsi arraché à une mort que des intrigues rendaient certaine.

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