CHAPITRE XVI
De l'Allemagne, depuis la mort d'Arnoul (899), et de l'Italie, depuis Othon le Grand, jusqu'à la maison de Franconie. (951-1024)— Xe et XIe siècles.)
Au commencement du Xe siècle , l'Allemagne ne comptait encore que six grands duchés. C'étaient la Franconie, que possédait Conrad; la Saxe, qui obéissait à Othon l'Illustre, fils de Ludolphe; la Thuringe, réunie sous les mêmes lois que la Saxe; la Souabe, qui n'avait point de prince ; la Bavière, que gouvernait Arnoul, tige de la maison de Wittelsbach , et la Lorraine, que se disputaient l'Allemagne et la France. Mais ces pays avaient une tout autre étendue que ceux qui portent aujourd'hui le même nom ; et pour n'en donner qu'un exemple, la Saxe comprenait le Hanovre, le Brunswick et la Weslphalie prussienne. A ces grands fiefs, il faut ajouter les duchés de la Frise, indépendants les uns des autres et presque libres.
Aucun de ces duchés n'était héréditaire, ni peutêtre même à vie. Quand la dynastie carlovingienne fut renversée dans la personne de Charles le Gros , les titulaires voulurent profiter du moment pour consolider leur pouvoir. Arnoul les contint par sa prudence et sa fermeté. L'avènement de son fils Louis, encore en bas âge, fut le signal de l'anarchie, et elle redoubla lorsque ce prince* surnommé l'Enfant, mou- 9: rut en 91 1 sans postérité. De la nombreuse famille de CharTemagne il ne restait plus que Charles le Simple, à qui aurait du appartenir la couronne impériale. Nous
l'avons vu exclu deux fois du trône de France, ci lorsque les seigneurs y portèrent Charles le Gros el lorsqu'ils élurent pour lui succéder le comte Eudes, dont la bravoure avait sauvé Paris. Charles le Simple avait cependant ressaisi le sceptre en 898; mais il était trop faible et trop mal obéi de ses vassaux pour faire, valoir ses droils à l'empire. Son nom ne fut pas même prononcé dans l'assemblée que tinrent à'Worms les principaux seigneurs d'Allemagne. Othon, duc de Saxe, auquel on offrit la couronne et qui la refusa, lit tomber le choix de l'assemblée sur Conrad, duc de Franeonie. Les sept années de ce règne furent employées à consolider le pouvoir du nouveau prime contre les entreprises des ducs de Bavière, de Lorraine et de Saxe. Il les soumit-, mais vaincu par les Hongrois. à leur retour d'Italie, il dut acheter leur amitié a la condition honteuse d'un tribut.
L'adversaire le plus acharné de Conrad fut Henri, duc de Saxe par la mort de son père Othon. L'empereur, qui voulait lui enlever la Thuringe. vint assiéger Mersbourg. Henri accourt, le force dans ses lignes, et fait un tel carnage de son armée, que les Saxons demandaient par raillerie si l'enfer était assez grand pour contenir les morts. Cependant ce fut à ce même Henri que Conrad, à son lit de mort, envoya les ornements impériaux, du consentement des seigneurs, sacrifiant ainsi tous ses ressentiments à l'avantage de 918. l'Empire. Henri, surnommé l'Oiseleur, parce qu'il chassait quand il fut rencontré par les députés <!<• Conrad, se montra digne d'un choix aussi glorieux pour lui que pour le prince auquel on le devait. La subordination se rétablit entre les différents princes de l'Empire. Burchard, élu par Conrad duc deSonabc. rentra dans l'obéissance. Les Vandales et les Danois furent repoussés de l'Allemagne par de sanglantes défaites. Charles le Simple revendiqua en vain la Lorraine, et la guerre se termina par un traité glorieux pour l'empereur. Enfin les Hongrois, qui avaient force Henri à leur continuer, au commencement de sou règne, le tribut que leur payait Conrad, furent accueil-
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lis, à l'expiration du traité, par des railleries sanglantes; et quand ils voulurent appuyer par la force leurs prétentions, ils laissèrent quatre-vingt mille 933. hommes sur le champ de bataille de Mersbourg. Hem i s'efforçait en même temps de civiliser par les lois et les mœurs, les provinces qui lui étaient soumises; il prenait, des mesures pour la sûreté des peuples, organisait les milices, fortifiait les villes; et jaloux d'exercer la noblesse aux travaux de la guerre, même pendant la paix, il donnait le premier exemple de ces jeux militaires nommés tournois, si célèbres dans le moyen âge. Après dix-sept ans de règne, ce grand prince mourut à l'âge de soixante ans.
Othon Ier, son fds, qui lui succéda, eut d'abord à se 036 défendre des entreprises de son frère Henri, que soutenaient le roi de France et quelques seigneurs d'Allemagne. Cette guerre dura plusieurs années, et finit à l'avantage d'Othon. 11 en fut de même de celle que ce prince entreprit contre la Bohême. Ce pays, autrefois occupé par les Gaulois Boïens, puis par les Mareomans, qui les en chassèrent, avait été envahi par les Tchèques, peuplade d'origine slave, qui fondèrent, en 550, la ville de Prague. Soumis aux Avares, ils furent rendus à l'indépendance par un marchand franc nommé Samon, qui reçut la couronne (623) pour prix d'un tel bienfait, et qui sut protéger ses peuples, malgré quelques défaites, contre l'ambition des Francs sous Dagobert Ier. La nation fut gouvernée ensuite par des ducs. Prémislas (700) est le plus ancien dont il soit question dans l'histoire. En 894, Borzewoy embrassa le christianisme qu'étaient venus prêcher saint Cyrille et Méthodius, les apôtres des peuples slaves. Au temps où nous sommes, Boleslas Ier était devenu duc de Bohême par l'assassinat (938) de son propre frère Venceslas le Saint, auquel Henri l'Oiseleur avait accordé l'investiture de ce duché. La défaite de Boleslas, après quatorze années de guerre, ne lui enleva pas le fruit (le son crime, mais le contraignit du moins de renoncer à ses prétentions d'indépendance.
D'autres peuples menaçaient le nord de l'Aile-
magne. Piast avait fondé, en 8i0, le duché de Pologne, qui comprenait la Pologne et la Silésie, et il avait transmis son pouvoir à sa famille. Olhon, qui venait • le soumettra 9£5] l'Ukraine, contraignit ses successeurs à reconnaître la suzeraineté allemande, et les liens devinrent plus étroits, lorsque Micislas Ier eut été converti au christianisme (900 par Dombrowska, fille de Boleslas Pr, qu'il avait épousée. Peu de temps après, les généraux allemands s'emparèrent de la Lnsaee sur les Wendes. Les Danois ayant envahi le Sleswick, Olhon marcha lui-même contre eux. vainquit le roi Harald II. et le contraignit à se faire baptiser et à lui rendre hommage. De tels succès lui permirent de disposer des duchés à son gré. 11 donna la Saxe à Hermann, son général, qui fut la lige de la maison Billungienne. Leduc de Bavière étant mort en 047. il ne laissa à la maison de Mittelsbach que la dignité de comte palatin, et transféra la Bavière à son propre frère Henri. Il disposa également de la Lorraine en faveur de son gendre Conrad le Sage, neveu de Conrad Ier et duc de Franconie. Enfin le mariage de Ludolphe. fils aîné d'Olhon. avec Tunique héritici <■ du duc de Souabe et d'Alsace, assurait à la maison de Saxe ces deux provinces.
0,")i). Tout se trouvant ainsi réglé en Allemagne. Olhon tourna ses regards vers l'Italie. Aucun empereur n'avait oublié ses droits sur cette contrée ; mais au milieu des guerres qui déchiraient leurs états, comment auraient-ils pu s'occuper d'expéditions au delà des Alpes? Henri lui-même, malgré ses succès, ne crut pas devoir se rendre aux invitations réitérées que lui lit le pape, de venir délivrer Rome des tyrans qui l'obsédaient, el il se contenta des présents que la crainte imposait aux rois lombards. Son fils suivit la même politique dans les premières années de son règne Mais lorsque Bérenger II eut pris la couronne après la mort de Lothaire, Adélaïde, sa veuve, princesse chérie des peuples, aussi pieuse que belle, et longtemps en butte aux violences du tyran parce qu'elle refusait d'épouseï *on fils, se joignit au pape pour appeler Othon.
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Ce prince était déjà piqué d'avoir vu Bérenger quitter secrètement sa cour et prendre la couronne sans son agrément : aussi fait-il sur-le-champ ses préparatifs, et, saisissant l'occasion, il se transporte en Italie. Piien ne lui résiste : il se rend maître de Pavie, 951. épouse Adélaïde, poursuit Bérenger, le force à se soumettre, et lui rend ses états, en exigeant l'hommage.
Une révolte venait d'éclater en Allemagne; le fils même d'Othon et son gendre en étaient les chefs, parce qu'ils craignaient les suites du mariage qui venait d'être contracté. Tous deux furent défaits et contraints d'avoir recours à la clémence de l'empereur. Ludolphe y perdit l'Alsace et la Souabe qui furent rendues à Burchard II ; et Conrad, la Lorraine qui fut divisée en deux parties , l'une inférieure ( Pays-Bas catholiques) donnée à Godefroi, comte de Verdun, l'autre supérieure, qui eut pour duc Frédéric de Pdieinfeld. Cette guerre était à peine terminée , que les Hongrois se jetèrent une deuxième (J55. fois sur l'Allemagne, et pénétrèrent jusqu'en Souabe. Olhon les atteignit près d'Augsbourg, leur tua cent mille hommes, mit ainsi fin à leurs invasions continuelles, et leur enleva même l'Avarie, appelée depuis Autriche , à laquelle il donna un margrave de la maison de Babenberg.
En Italie, Bérenger tramait de nouveaux complots contre le pape et contre son généreux vainqueur, Othon franchit aussitôt les Alpes avec son armée victorieuse; proclamé à Pavie roi des Lombards, il 951. se rendit à Borne, où il fut sacré et couronné empereur des Romains. Pour reconnaître l'attachement du pape aux princes d'Allemagne, il fit restituer à l'Eglise romaine tout ce que lui avaient donné jadis Pépin et Charlemagne. Ensuite il assiégea au mont Saint-Léon Bérenger et ceux qui lui étaient restés fidèles. La place ayant dû capituler après un long siège, il envoya le roi des Lombards finir ses jours dans une citadelle d'Allemagne.
Jean XII, petit-fils deMarosie, devait à sa naissance plus encore qu'à la dignité papale l'autorité dont il jouis-
suit dans R.onie. H avait été la principale cause de la venue des Allemands en Italie, parce qu'il redoutait les forces de Bérenger qui le menaçait, tandis qu'il regardait comme bien moins à craindre un prince étranger, que réclameraient le plus ordinairement les affaires de son royaume. Mais lorsqu'il vit l'empereur acquérir une supériorité absolue, sous laquelle il lui faudrait plier, il appela à Rome Adalbert. fils de IJérenger, et le fit reconnaître du peuple. C'était vouloir trop tard rétablir l'équilibre. Othon accourut : aussitôt Adalbert et le pape s'enfuirent; mais l'empereur irrité fit déposer Jean XII, dont la conduite ne prêtait que trop aux plaintes, et mit à sa place Léon Mil. Dès qu'Olhon fut éloigné, Jean rentra dans Piome, où il usa de son triomphe avec cruauté. Il eut pour successeur Benoit V, qui se soumit aux forces impériales , et que l'on envoya mourir à Hambourg. Quelques autres tentatives des Romains n'eurent point un plus heureux succès. Dès lors l'Italie obéit sans résistance aux Allemands, moins ce que possédaient les Vénitiens, les Sarrasins et les empereurs de Constanlinople.
Des deux fils d'Othon , Ludolphe était mort dans la seconde expédition d'Italie : le second, nommé Othon,
967. comme son père, avait été reconnu son collègue et son successeur à l'empire. Othon fit demander pour lui en mariage Théophanie, fille de Mcéphore, usurpateur du trône d'Orient. Nicéphore indique le lieu où les Allemands recevront sa fille, les fait charger par ses troupes, quand ils s'y attendaient le moins, et les taille tous en pièces. Cette perfidie fut cause de sa ruine. Othon se jette sur les terres des Grecs, fait un grand nombre de prisonniers, et les renvoie le nez coupé à Constantinople. La vue de ces malheureux alluma la fureur du peuple contre le tyran ; il fut tué. et Jean Zimiscès, son successeur, se hàla de rétablir
971.1a bonne harmonie entre les deux empires. Les négociations renouées se terminèrent par le mariage du jeune Othon et de la princesse, que l'on envoya de Constantinople avec de riches présents. Deux ans
plus lard, Oihon mourut après un règne glorieux, qui lui mérita le surnom de Grand. Sa fermeté, son adresse avaient arrêté les progrès de la féodalité en Allemagne et en Italie. L'empire était assuré d'avance à son fils, et presque tous les grands fiefs réunis dans sa maison ; car la Souabe avait été rendue au fds de J.udolphe, et l'archevêque Brunon, troisième fils de Henri l'Oiseleur, était le suzerain des deux Lorraines.
Olhon II, sacré et couronné à Rome dès l'an 967, f»73. recueillit l'héritage de son père, sans autre obstacle • pie les prétentions de son cousin-germain, Henri II le Querelleur, duc de Bavière. Cette guerre fut prompicinent terminée par l'activité du jeune empereur. Lothaire, roi de France, lui disputa à son tour la Lorraine. Surpris dans Aix-la-Chapelle, Olhon s'en vengea bientôt en ravageant le cœur même de la France, à la tête de soixante mille hommes. Ln traité honorable pour les deux pays, termina les hostilités, et une partie de la Lorraine fut donnée en fief à Charles, frère de Lothaire.
L'Italie avait aussi remué. A la mort d'Olhon I, Crescence, neveu de Marosie, avait fait étrangler (974) Benoît VI dans le château Saint-Ange, et s'était emparé de Rome qu'il gouvernait sous le titre de consul et de patrice. Olhon, libre du côté de l'Allemagne, eut bientôt détruit un pouvoir usurpé, et remplacé Boniface ML créature de Crescence, par Benoit YII et par Jean XIV, qui acceptèrent successivement la chaire de saint Pierre. Il résolut ensuite de chasser entièrement de la Pouille et de la Calabre, qu'il réclamait comme dot de la princesse Théophanie, et les Grecs qui ne pouvaient plus lui résister, et les Sarrasins qui continuaient toujours les mêmes ravages. Déjà il s'était rendu maître de Naples. de Salerne et de Tarente. Les deux peuples s'unirent contre lui. Complètement défait par la lâcheté des Romains et des Bénévenlins qui s'enfuirent, il entra dans une barque pour se sauver, et fut pris par les infidèles 5 mais il parvint à s'échapper sans avoir été reconnu, et, roc-
semblant aussitôt de nouvelles troupes, il extermina leur armée. Après avoir puni les officiers romains et bénévenlins, il se disposait à poursuivre les Grecs , et, d'un autre côté, à soumettre Venise, où rappelait une l'action, lorsqu'il mourut à Rome . soit d'une blessure reçue dans le combat, soit du poison que lui auraient donné quelques seigneurs, pour venger ceux dont il avait puni la lâcheté.
983. La jeunesse d'Othon III, son fils, alors âgé de douze ans. mit en jeu toutes les ambitions en Allemagne et en Italie. Il fallut à ce prince dix années d'une guerre continuelle pour assurer la tranquillité de ses états contre les prétentions de Henri de Bavière, qui lui disputait la couronne impériale, et contre les attaques des Slaves, auxquels il enleva le Brandebourg, malgré les secours des Danois. Quand tout fut calme de ce côté, Othon passa les Alpes et se dirigea sur Rome, Cette ville était retombée au pouvoir de Crescence : tyran du peuple et des grands, il avait fait mourir dans les fers Jean XIV, et persécutait son successeur Jean XV. A l'approche d'Othon. les Romains, sortant de leur indolence servile, secouèrent le joug de Crescence. auquelOthon accorda la vie malgré ses crimes. Crescence se montra indigne de cette générosité. Pendant un voyage que fit en Allemagne l' empereur, il chassa de Rome Grégoire V, successeur de Jean XV. et fit élire un antipape. Il se disposait à remettre Tempereur d'Orient en possession de Rome et de l'exarchat ; mais il fut prévenu par Olhon qui vint assiéger Rome, puis le château St-Ange. et qui fil pendre le tyran. Grégoire V eut pour successeur [999] Gerbert, l'homme le plus savant de son siècle, qui prit le nom de Sylvestre II. D'abord abbé de Bobio, puis nommé par le roi de France à l'archevêché de Reims, mais déposé par le pape, il avait été précepteur de l'empereur et nommé par lui archevêque de Ravenne.
Tant d'activité et de bonheur dans un prince de vingt-deux ans, faisait augurer favorablement du règne d'Othon 111, quand il fut empoisonné par la veuve de Crescence. Comme il ne laissait pas d'enfants, les
Allemands proclamèrent, après quelques débats, Henri 1002. de Bavière, gendre d'Othon H ; et les Italiens se choisirent pour roi, Ardouin, marquis d'Ivrée. Henri commença par tout régler en Allemagne; puis il passa en Italie, se fît couronner par l'archevêque de Milan , et força le marquis d'Ivrée de se retirer devant ses troupes. Malheureusement les Al-100't lemands se conduisirent en Italie comme en pays conquis, ce qui aliéna l'esprit des peuples. Pavie se souleva, malgré le prince Henri, fils de l'empereur, qui ne put s'échapper qu'en sautant du haut des murs, et qui se cassa une jambe dans sa chute. Ardouin profita du moment pour reconquérir presque toute l'Italie : mais Henri repassa promptement les Alpes, marcha droit à Rome, et, Ardouin étant mort de ma- 1015. ladie, peut-être par suite de ses mauvais succès, il reçut des mains de Benoît VII la couronne impériale.
Malgré tant de révolutions, la partie de l'Italie soumise aux Allemands était encore moins malheureuse que celle qui appartenait à l'empire deConstantinople. Tantôt les possessions grecques devenaient le théâtre d'une guerre acharnée entre les Grecs, les Sarrasins et les princes lombards de Capoue et de Bénévent; tantôt l'avarice des empereurs d'Orient accablait les peuples, les exactions et les débauches des officiers les indignaient : de là des révoltes, source de guerres dont l'Italie souffrait, quel que fût le parti victorieux. Il arriva, dans le temps dont nous parlons, une de ces révolutions étonnantes autant qu'imprévues, que la postérité croit à peine, malgré tous les témoignages de l'histoire.
La coutume des pèlerinages aux lieux saints et au mont Gargan, dans la Pouille, célèbre par une apparition de l'archange saint Michel, avait depuis longtemps commencé à s'introduire. Les Normands surtout, établis en France depuis environ 130 ans, s'y rendaient en foule, mais les armes à la main, tuant souvent et massacrant tout pour la plus grande gloire de Dieu. En 1016, quarante pèlerins normands rencontrent un seigneur de Bari, exilé pour ses révoltes contre les
Gcn. Flisl. du Moyen Age. 6
Grecs, et leur cherchant partout des ennemis. Séduits par ses discours, ils reviennent avec une bande de
1018- leurs compatriotes, remportent d'abord quatre victoires sur les généraux grecs, et sont ensuite complètement défaits dans une dernière bataille. Mais ils avaient appris à connaître la faiblesse des Grecs, et l'Italie leur paraissait une proie certaine : aussi de nouvelles bandes repassèrent-elles les Alpes. Henri s'allia avec eux contre la cour de Constantinople. Outre les anciens griefs des princes d'Allemagne contre les empereurs d'Orient, il avait à se venger delà protection qu'ils accordaient à ses ennemis d'Italie; d'où il prêta plus volontiers l'oreille à ceux qui combattaient la domination byzantine en Pouille et en Calabre. Les Grecs ne purent tenir devant sa fortune; il prit sur eux plusieurs villes et s'empara morne de Capoue, dont le prince fut envoyé prisonnier au fond de l'Allemagne. Les ducs de Bénévent, de Salerne et de Naples reconnurent de nouveau la suzeraineté du vainqueur; en sorte que les Grecs furent dépouillés de toute la partie de l'Italie méridionale qui était habitée parles Lombards.
1022. Une guerre sanglante avec Boleslas, duc de Bohême, que secouraient les Polonais, les Moraves et les Slaves, obligea l'empereur d'abandonner les affaires d'Italie, et Boleslas vaincu reçut la paix aux conditions qu'il plut d'imposer. La mort vint ravir le vainqueur à l'empire au milieu de son triomphe. Grand prince, il avait assuré le bonheur et la gloire de l'Allemagne, et ses vertus privées le firent ranger par l'Eglise au nombre des saints. Sous son règne commence le royaume de Hongrie, dont il douna l'investiture (1013), avec sa nièce Gisèle, à Etienne, duc des Hongrois, qui venait d'embrasser le christianisme ainsi que la nation entière. Othon III. avant lui, avait anurdé. en l'an 1000. le titre de roi à Boleslas Chrobrv, le second duc chrétien de la Pologne.