Voir chapitre XXXVIII, vers la fin
donnant la princesse Jeanne, sa petite-fille, à André, second fils du roi de Hongrie. Quand il mourut, tous les seigneurs et toutes les villes prêtèrent serment aux deux époux. Mais Jeanne, accoutumée au luxe et aux plaisirs, ne tarda pas à s'ennuyer de la sévérité de mœurs et de la demi -barbarie du prince. Les Hongrois de leur côté rebutaient les Italiens par leurs rapines -, de sorte qu'il se trama bientôt, partie par mécontentement, partie par ambition, une conjuration dont André fut la victime. Il périt assassiné, et 1345. Jeanne épousa en secondes noces Louis, son cousin, prince de Tarente.
Cependant Louis le Grand, devenu roi de Hongrie, armait pour venger la mort de son frère. Tout se soumit à son approche. Jeanne et Louis de Tarente s'enfuirent à Avignon. Ceux qui avaient trempé dans le meurtre d'André, furent décapités, quelle que fût leur naissance. Mais une peste violente ayant forcé le roi de Hongrie de retourner dans ses états , Jeanne vendit Avignon au pape, assembla des troupes et 1348. l'entra dans son royaume. Une nouvelle invasion des Hongrois ne lui laissa que Naples et Averse. Ces deux villes mêmes risquaient de tomber aux mains du vainqueur, l'armée de Jeanne ne pouvant aucunement se mesurer à la sienne, lorsque le pape, soit prévention, soit vérité, ayant décidé que la reine n'avait eu aucune part au meurtre du prince hongrois, Louis montra un désintéressement vraiment admirable, en remettant 1351 . toutes les places conquises , et en licenciant son armée.
Les tuteurs de Louis de Sicile avaient profité des circonstances pour conclure avec Jeanne une paix définitive en 1347. Mais les factions déchiraient toujours cette malheureuse ile. En 1354, Louis de Tarente fran- 1354 chit le détroit au mépris des traités, et s'empara de Syracuse, de Girgenti et de plus de cent villes. Frédéric II succéda à son frère l'année suivante. A peine âgé de treize ans, il ne pouvait lutter ni au dedans ni au dehors contre de puissants ennemis. La trahison mit Jeanne et Louis en possession de Messine, où ils firent
leur entrée la couronne en tête. Mais d'un côté le jeune roi se ménagea les secours de l'Aragon en épousant la
1362. fiHe de Pierre IV. D'autre part Louis de Tarente mourut. Jacques, fds du roi de Majorque, que Jeanne épousa en troisièmes noces, mais à qui elle n'accorda aucune autorité , ne songeait qu'à recouvrer son royaume héréditaire. Les hostilités languirent. En 1372, Jeanne signa la paix avec Frédéric, qui se reconnut vassal du royaume de Naples et qui s'engagea à un tribut annuel de 15,000 florins d'or. Quatre ans après, la reine, devenue veuve, donna la couronne et sa main à Othon de Brunswick, capitaine d'une de ces compagnies qui désolaient alors l'Italie et la France, pillant amis et ennemis, ou vendant leurs services à qui avait le plus d'argent pour les payer. La Lombardie et la Toscane n'avaient plus rien à appréhender du royaume de Naples. Florence était redevenue guelfe dès l'an 1308. Tant que Robert dirigea la république, tout fut assez tranquille. Mais en 1342, dans la guerre contre Pise pour la souveraineté de Lucques, elle déféra le commandement des troupes à Gauthier de Brienne, ancien duc d'Athènes, qui s'empara du pouvoir absolu et qui exerça un an la plus cruelle tyrannie. Son expulsion fut le signal des troubles. Le gouvernement fut d'abord confié à un sénat composé de plébéiens et de nobles. Ceux-ci. qui n'avaient que le tiers des places, abusèrent de leur influence, de sorte qu'ils furent exclus de toute participation aux affaires. Ils recoururent aux armes. La guerre civile ensanglanta Florence. Les plébéiens victorieux sous la conduite des Médicis, établirent huit prieurs des arts sous un gonfalonier de justice et exclurent a jamais les nobles de toute magistrature. Ce fut peu de temps après Cl 349) qu'une peste affreuse dévasta toute l'Europe, mais surtout l'Italie, et enleva quatre-vingt-seize mille personnes dans la seule ville de Florence. La république, ainsi décimée, se vit presque aussitôt attaquée par les Visconti.
13 19. A Luehra avait succédé on autre oncle de Galéâs, nommé Jean. Depuis longtemps engagé dans les or-
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dres, il réunit une seconde fuis à Milan, dont il était archevêque, les deux puissances, spirituelle et temporelle. >on moins ambitieux que son frère , aux villes que celui-ci avait possédées, il ajouta Crémone. Asti et surtout Bologne, ce qui lui ouvrait la Toscane. Ligué avec Pise et les autres cités gibelines, il attaqua en effet le territoire de Florence. Un échec qu'il reçut ne diminua pas son pouvoir. Bientôt Gênes , la dominatrice des mers, le reconnut pour son seigneur. Celte république était continuellement déchirée, depuis le commencement du siècle, par les factions des guelfes et des gibelins : mais au dehors elle soutenait son ancienne gloire. En 1323, elle avait repoussé victorieusement les gibelins qui l'assiégeaient depuis quatre ans, malgré les secours que leur avaient accordés Castruccio Castracani et Frédéric de Sicile. Maîtresse du faubourg du Péra à Constantinople, elle avait forcé plus d'une fois les Grecs à plier sous ses lois. Elle se trouvait engagée depuis 1350 dans une guerre difficile. La ville de Gaffa ayant été assiégée par les Tartares. les Génois, pour anéantir leur commerce, avaient fermé la mer d'Azof à tous les vaisseaux. Venise irritée d'un blocus contraire à ses intérêts, s'était unie contre eux au roi d'Aragon et à l'empereur de Constantinople. Gênes n'en obtint pas moins la célèbre victoire navale de Gallipoli, qui con- 1352. traignil Cantacuzène à demander la paix et à expulser les Catalans et les Vénitiens de Constautinople. Mais la fortune changea l'année suivante. Vaincus à Alghéro. les Génois appelèrent à leur secours Jean Visconti. Ils lui durent la brillante journée de Porto-Longo (1354), où l'amiral vénitien resta prisonnier avec toute sa flotte. Venise acheta la paix deux cent mille florins d'or, et renonça pour trois ans au commerce de la mer Noire.
Ce fut dans ce haut degré de gloire que Jean Galéas laissa le gouvernement de la Lombardie aux trois fils 1354. d'un quatrième frère. L'un des trois mourut, et les deux autres, nommés Bernabo et Galéas II, s'élani partagé les villes lombardes, y maintinrent leur auto-
rite, et vécurent dans une union qui fit leur force. Cependant ils ne purent conserver ni Bologne, que leur enleva (1355) Jean d'Oleggio, son gouverneur, ni Gênes qui rappela (1356) son ancien doge.
Malgré ce double échec, la puissance des Yisconii fit que les seigneurs d'Italie et la république de Florence engagèrent l'empereur Charles IV à venir prendre à Rome la couronne impériale, parce qu'ils espéraient abattre, avec son secours, une famille que trop de talents et d'ambition leur rendait odieuse. Charles 1355. vint en effet à Milan, mais mal accompagné. Les Visconti déjouèrent tous les projets de leurs ennemis en lui offrant eux-mêmes la couronne de fer. Séduit par leurs déférences , et en même temps étonné des troupes nombreuses qu'ils firent exprès défiler sous ses yeux, Charles continua sa route vers Rome, où il fut couronné par le légat du pape. De là, malgré tout ce qu'on put lui dire, il retourna en Allemagne, chargé de l'argent des villes, qui crurent devoir acheter de lui la confirmation de leurs privilèges '.
Les deux frères, délivrés de toute crainte, songèrent à se venger des princes qui s'étaient déclarés contre eux. Galéas attaqua d'abord le Montferrat. Nous avons vu la triste fin de Guillaume V en 1292, et l'avènement, en 1305, de Théodore Paléologue. Jean II, fils et successeur de Théodore (1338-1372), s'était allié aux Vénitiens contre le roi de Hongrie. Jeanne de Naples ayant armé en faveur de son beau-frère , il avait dû à Olhon de Brunswick, chef d'aventuriers allemands, la victoire de Gaménara (1345), qui coula la vie à trois mille Provençaux. Plus tard, s'appuyant sur Charles IV, il avait enlevé Asli (1356) à Galéas. Celui-ci. après le départ de l'empereur, envahit le Montferrat, et il s'en serait emparé entièrement, si le comte de Savoie ne l'eût arrêté par plusieurs défaites. Quant au
1. Pise lui donna 60,000 florins d'or, Lucques 200,000, Sienne 20,000, et Florenee iOOOOO, outre un tribut annuel de 4000 florins en qualité de ville impériale.
gouvernement, Bernabo et Galéas adoptèrent une marche bien différente de leurs prédécesseurs. Au lieu de gouverner les peuples, plutôt soumis que sujets, avec modération et sagesse, ils les accablèrent d'impôts pour subvenir aux. dépenses de la guerre ou du luxe, et se conduisirent en tyrans. Les Carrare à Padoue, les Délia Scala à Vérone, et tous les autres seigneurs imitaient cette conduite, soit par nécessité dans leurs guerres, soit pour rivaliser de splendeur avec la cour de Milan. Ajoutez les guerres civiles auparavant inconnues, mais qui s'élevèrent alors pour la succession dans presque toutes les familles régnantes, et vous aurez une idée des fléaux auxquels l'Italie était en proie.
Toutefois, quelque pesant que fut le joug qui opprimait ces malheureuses contrées, le sort des pays soumis à l'Eglise était encore plus déplorable. II n'était sorte de brigandages que ne commit jusqu'au moindre seigneur, pourvu qu'il possédât une roche qui lui servît d'asile et quelque argent pour payer des sicaires. Plusieurs fois les papes, retirés à Avignon, envoyèrent des légats rétablir l'ordre ; mais ou leurs forces étaient insuffisantes, ou, par une connivence coupable, ils faisaient acheter aux grands l'impunité, et nourrissaient leurs soldats aux dépens du peuple. Ravenne obéissait aux Polenta, Faenza aux Manfrédi , Rimini aux Malatesta, Lîibin aux Montéfeltri, Ferra re à la maison d'Est. Bologne s'était proclamée république; mais déchirée tour à tour par l'aristocratie et par la démocratie, elle avait dû se soumettre d'abord à Bertrand du Poyet, puis auxYisconli, puis à Jean d'Oleggio qui la tyrannisait. A Borne, les Ursin et les Colonne continuaient à opprimer la ville de leurs divisions. Nicolas Rienzi, de basse naissance, voulut y apporter remède. Nommé tribun (1347) par le peuple, il fit revivre uu instant quelque justice; mais il ternit ses qualités, par son ambition et sa jactance. Que penser en effet d'un homme qui citait à son tribunal l'empereur même et le pape, prétendant juger en dernier
ressort tous les différends? Odieux aux grands par ^sa justice, au peuple par sa vanité, il tomba au bout de sept mois, s'enfuit auprès du roi de Hongrie, alors dans la Pouille, et fut livré par lui au pape Clément VI. qui le tint longtemps dans les prisons d'Avignon. Mais l'audacieux tribun devait reparaître sur la scène. Innocent VI avait envoyé en Italie le cardinal-légat Albornoz, qui réduisit de gré ou de force les villes et les vassaux rebelles de la Piomagne. Piome était la proie de nouveaux démagogues. Albornoz y envoya Rienzi, qui ressaisit bientôt son premier ascendant, mais qui le perdit avec la même promptitude. Moins heureux cette fois (1354), il fut massacré à l'instigation des Colonne.
Albornoz, maître de Rome, du patrimoine de Saint- Pierre, du duché de Spolète et de la marche d'Ancône, dont les différents seigneurs avaient prêté serment au saint siège, voulut aussi rentrer dans Bologne, que tenait toujours Jean d'Oleggio. Ce prince était en guerre avec les Visconti. Trop faible contre eux. il 1300. préféra vendre la ville au légat, ce qui brouilla le pape avec les seigneurs de Milan. Ceux-ci attirèrent dans leur parti Florence, que les hauteurs du légat avaient irritée. Urbain V (1362-4370), successeur d'inno-. cent VI, se rendit lui-même à Piome pour rendre la guerre plus active. Mais Charles IV, qu'il avait appelé. 1308. étant venu, comme la première fois, mal accompagné, de sorte que presque toutes les villes lui fermèrent leurs portes, le pontife se retira, n'ayant fait que recevoir l'abjuration momentanée de l'empereur de Constanlinople. Grégoire XI '1370-1378) suivit la même politique. Bernabo ayant acheté Reggio des Allemands qui s'en étaient emparés (1371 . il publia contre lui une nouvelle ligue. Les Milanais furent d'abord vaincus. Mais à leur instigation et à celle de Florence, toutes les villes de l'état ecclésiastique se soulevèrent à la fois contre le pontife. Bologne assiégée fut délivrée par les secours des Florentins. Grégoire conclut alors la paix avec les Visconti :
eonti; puis tournant contre Florence, il contraignit Ja république à acheter, avec la paix, la levée des excommunications qu'il avait fulminées contre elle.
Malgré les efforts du roi de France, et malgré l'opposition des cardinaux, qui préféraient le séjour d'Avivignon à celui de Rome, Grégoire comprit enfin que le meilleur moyen de ramener la paix dans les états de l'église, serait d'y retourner lui-même. 11 mourut à Rome dans l'année. Les cardinaux s'élant assemblés 1378. pour lui nommer un successeur, les Romains en armes environnèrent le conclave, les menaçant de la mort s'ils n'élisaient point un Italien. Leur choix tomba sur l'archevêque de Bari, qui prit le nom d'Urbain YI. Digne de la tiare avant de la porter, il s'aliéna dès le principe ses partisans les plus zélés, et méconlenta quelques princes. Aussitôt on se rappela que l'élection n'avait pas été libre. Les cardinaux, réunis de nouveau à Fondi, portèrent au saint-siége Robert de Genève, qui prit le nom de Clément Y1I et qui s'établit à Avignon. La France se déclara la première pour lui; les rois d'Aragon et de Castille, mécontents d'Urbain, suivirent cet exemple : en sorte que la chrétienté se trouva pendant soixante-douze ans partagée entre deux obédiences. C'est ce qu'on appelle le grand schisme d'Occident.
Jeanne avait d'abord reconnu Urbain YI , auparavant son sujet. Mais ce pontife l'ayant citée à comparaître devant son tribunal, comme feudataire du saint siège, la fière et impérieuse princesse, devenue la plus ardente prolectrice de Clément YH, joignit ses troupes à une armée française pour l'établir dans les états de l'église. Urbain suscita à la reine un puissant adversaire dans Charles de Duras, son cousin à un degré éloigné, mais légitime héritier de la couronne. Ce prince vint aussitôt de la Hongrie , où ii avait été élevé, recevoir du pape l'investiture; puis il s'avança à la tête d'une belle armée pour se mettre en possession du royaume. Dans cette extrémité, Jeanne, par le conseil de Clément, adopta Louis Ier, duc d'Anjou, frère de Charles V, roi de
Gen. Hisl. du Moyen Age. 15
1382. France. A celte nouvelle, Charles hâte sa marche, se fait ouvrir les villes de gré ou de force, s'empare de la reine et la fait étrangler quelque temps après. Louis avait été retenu en France par l'ambition de disputer à ses frères la tutelle de Charles VI, son neveu. Bientôt il assemble des troupes, entre en Italie. où il apprend la fin malheureuse de Jeanne, et ne se porte qu'avec plus d'ardeur à la venger. Charles de Duras fit une guerre uniquement défensive 5 en sorte que Louis, sans vivres et sans argent, repoussé de toutes les villes et ne trouvant point d'ennemis à combattre, voyait son armée se consumer insensiblement et sans fruit. Pour comble de malheur, la peste se mit dans ses troupes. Lui-même en fut atta-
1384. Q11^ et en mourut à Bari, laissant un fils en bas âge, que sa mère et Clément VII mirent en possession de la Provence. Cependant Charles de Duras portail ses armes en Hongrie , dont il prétendait dépouiller les filles de Louis le Grand. 11 y périt assassiné. Son fils Ladislas, âgé de dix ans, dut à la jeunesse de son compétiteur et à la protection d'Urbain de se maintenir sur le trône de Naples, où nous le verrons briller dans un âge plus avancé.
Vers la même époque, la rivalité de Venise et de Gênes mettait en feu tout le nord de l'Italie. En 4355, Venise avait presque vu succomber son aristocratie sous les efforts du doge Marino Faliéro, que le conseil des Dix fit décapiter comme coupable de trahison. A peine remise de celte secousse, elle perdit l'Istrie et la Dalmatie que lui enleva Louis le Grand. La guerre avec Gênes fut plus longue et plus sérieuse. Les Génois s'étant emparés de l'île de Chypre sur Pierre de Lusignan, celui-ci engagea dans sa querelle Bernabo Visconti et Venise. Lucien Doria, amiral de la flotte génoise, compensa un premier échec (1379) par une éclatante victoire qui rendit la république maîtresse de Chiozza, place située à une très-faible distance de Venise. Enorgueillis de ce succès, les Génois refusèrent durement la paix aux vaincus , prétendant les ensevelir sous leurs lagunes. Le désespoir et le
patriotisme des Vénitiens leur rendirent une armée. Chiozza, théâtre de la supériorité génoise, devint célèbre aussi par un revers, l'armée et la flotte de Doria ayant été faites prisonnières par Victor Pisani (1380). Ce fut alors aux Génois à demander la paix. Amédée VI de Savoie se porta médiateur. Le traité fut conclu à Turin. Mais les deux républiques, affaiblies par leurs victoires mômes, se virent enlever quelque temps après par les Turcs, sans pouvoir résister, leurs possessions d'Orient. Gènes languit dès lors presque sans éclat. Venise , toujours commerçante , chercha une souveraineté plus sûre en terre ferme.
En Lombardie, Galéas avait laissé pour héritier Jean Galéas (1378), son fils. Bernabo, dévoré d'ambition, fut excité par la jeunesse de son neveu à le dépouiller, s'il le pouvait, par des voies cachées. Jean Galéas profita habilement des circonstances pour mettre tous les torts du côté de son oncle ; et lorsqu'il eut ainsi disposé les esprils en sa faveur, une occasion s'étant présentée, il enleva Bernabo et deux de ses fils, 4335 chassa les autres de la Lombardie , et fut reçu dans toutes les places. La famille déchue, généralement odieuse par sa tyrannie, ne trouva ni dans les princes ni dans les villes voisines un seul protecteur.
A peine affermi dans ses nouveaux étals, Jean Galéas fit une ligue avec François Carrare, qui avait hérité de Padoue (1355) et acheté Trévise, et ils dépouillèrent de concert l'ancienne maison délia Scala 1387. de la seigneurie de Vérone et de Vicence. François Carrare avait cru partager les dépouilles du vaincu ; trompé dans son attente, il prit les armes contre Jean Galéas, qui s'unit aussitôt avec les Vénitiens, et qui fut presque immédiatement reçu dans Padoue et dans 1388. Trévise. Carrare, après bien des efforts et des voyages , ménagea, entre plusieurs princes que l'ambition de Galéas effrayait, une ligue dans laquelle entrèrent Florence, Gènes et Venise elle-même, l'ancienne alliée des Visconti. 11 fallait un chef. On appela d'abord Etienne, duc de Bavière, qui envoya dix mille cavaliers ; puis le comte d'Armagnac, qui en amena quinze
mille, mais qui perdit, dès la première ent reprise, sa réputation de bonheur, la liberté, et par suite la vie, Galéas ayant été soupçonné de l'avoir fait em-
1390. poisonner à Alexandrie. Mais Carrare s'empara de Padoue. Quant à Gènes, elle était déchirée par les factions qui changeaient neuf fois le doge en cinq ans. Venise s'affermissait à Corfou , qui s'était révoltée contre le roi de Naples; à Duras, qu'elle avait enlevée au même prince ; à Argos. à Napoli de Romaine et à Sculari, qu'elle venait d'acheter (1388) de leurs possesseurs.
Ce fut peu de temps après cette époque, que Jean Galéas mit le sceau à la grandeur de sa famille, en achetant de l'empereur Wenceslas (1395) la dignité ducale. 11 se trouvait ainsi légitime maître des deux tiers de la Lombardie, et le premier prince italien dont la puissance devenait héréditaire avec la sanction de l'empire. Mais lorsqu'à ses étals il eut encore ajouté Pise, que lui vendit le podestat en se réservant Piombino et l'île d'Elbe: Sienne, qui se donna à lui en haine de Florence , et Pérouse, dans l'état ecclésiastique ; le pape Boniface IX, successeur d'Urbain (1389-1404), Florence, Venise et les Carrare formèrent une nouvelle ligue, à la tête de laquelle vint se
L400. mettre Robert, élu empereur l'an 1400. après la déposition de AVenceslas. La fortune se déclara encore pour Jean Galéas. Piobert, vaincu près du lac de Garda, retourna en Allemagne, où le demandaient ses
1402. affaires. Le vainqueur s'empara de Bologne, qu'il convoitait depuis longtemps, et assiégea Florence, mais sans succès. Là se termina sa glorieuse carrière. Il laissait deux fils en bas âge, qui se partagèrent ses états, et une fille, Valentine de Milan, mariée au duc d'Orléans, frère de Charles VI, le même qui fut assas- >iné par les ordres du duc de Bourgogne.
La jeunesse de Jean-Marie et de Philippe-Marie Visconli faillit être la ruine d'une famille qui avait affecté la souveraineté de l'Italie. Les capitaines de leur père montrèrent les premiers ce que l'on pouvait oser contre eux: car ils se rendirent la plupart maîtres des
villes qu'ils gouvernaient. Au dehors , Carrare courut aux armes ; mais il trouva dans son chemin les Vénitiens, qui le prirent, le firent étrangler lui et ses fils (1395), et s'emparèrent ainsi de Padoue, de Vérone et de Vicence. Nicolas 111 d'Est, gendre de Carrare el vaincu avec lui, reprit cependant Parme et Beggio; mais il céda la première à Venise. La maison de Gonzague, à Mantoue, les marquis de Montferrat et de Saluées réussirent mieux dans leurs entreprises sur la Lombardie. Florence cependant relevait l'étendard des guelfes, sous lequel plusieurs villes du duché de Milan se déclarèrent indépendantes. Sienne chassait la garnison milanaise ; les villes de l'état ecclésiastique, surtout Bologne et Pérouse, retournaient au saint-siége; enfin Pise, vendue une dernière fois (1405) aux Florentins par son podestat Gabriel Visconti, assurait, par tant d'abaissement, la domination de leur république sur la Toscane entière.
Une autre puissance menaça d'envahir toute l'Italie. Pendant la minorité de Ladislas, sa mère, qui gouvernait sous son nom , avait donné de nouvelles forces à la faction d'Anjou par une administration déplorable. Louis II d'Anjou, excité par Clément VII, était passé en Italie et s'était rendu maître de Naples (1387). La guerre dura plusieurs années entre les deux prétendants; enfin les armes et la fortune de Ladislas l'emportèrent, et ce prince, paisible possesseur de tout le royaume (1399), en prit lui-même les rênes. L'ambition le fit céder aux vœux des Hongrois qui l'appelaient à leur trône, et dont l'inconstance l'en précipita ensuite ; révolution qui rendit aux Vénitiens ce qui leur avait été précédemment enlevé dans la Dalmatieet dans l'Istrie. De retour en Italie, Ladislas résolut de réunir sous ses lois toute la péninsule qu'il aurait gouvernée comme empereur. Le schisme lui livrait presque sans défense les états de l'église. A Clément Ml avait succédé (1394) Pierre de Luna ou Benoit XIII, que Charles VI, roi de France, assiégea en vain dans Avignon pour l'obliger à se démettre. D'autre part, Boniface IX avait laissé la tiare (4404
à Innocent VII, dont l'autorité était précaire. Ladislas,
1406. se déclarant contre lui, se rendit maître du château Saint-Ange; mais il en fut presque aussitôt chassé par les Florentins. Tandis que Grégoire XII, successeur (1406) d'Innocent, se rendait au concile de Pise, Ladislas, retournant contre Rome, la prit, et avec elle Pérouse, Cortone et plusieurs autres villes, d'où il menaçait la Toscane, ayant choisi pour devise ces mots : Aut Cœsar , aut nihil. Cependant les prélats réunis à Pise avaient élu un troisième pape, Alexandre V. Le nouveau pontife, pour rentrer en possession
1409. (jes états ^ l'église, appela une seconde fois Louis d'Anjou en Italie. Celui-ci , étant accouru à la tête d'une brillante armée, eut bientôt chassé Ladislas de toutes ses conquêtes; puis entrant à sa suite dans le royaume de Naples, il remporta sur lui une grande
1411. victoire à Pontecorvo, l'armée napolitaine étant demeurée prisonnière. Le défaut d'argent et une défaite navale arrêtèrent les progrès du vainqueur. Tandis qu'il allait mendier à Rome et à Florence de quoi payer ses troupes, Ladislas rachète les siennes, débauche une partie de l'armée ennemie, détache les Florentins de la ligue et s'accommode avec Jean XXIII, successeur (1410) d'Alexandre; en sorte que Louis dut abandonner une seconde fois la partie et retourner en France. Ladislas fut à peine délivré de cette crainte, qu'il reprit ses projets et qu'il s'empara sur le pape de la marche d'Ancône, de Piome et de la Piomagne. Florence se trouvait en un danger aussi grand que dans les dernières années de Jean Galéas, et elle en fut dé-
1414. iivrée de la même manière : Ladislas mourut à Pérouse, empoisonné par une de ses maîtresses.