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CHAPITRE XXXVIII

De l'Italie, depuis la mort de Ladislas jusqu'à la prise de Constantinople. (1414-1433 — XVe siècle.) — Fin du schisme d'Occident (1449). — .Maison de Savoie. — Les Sforce à Milan. — La maison d'Aragon à JN'aples. — Traité de Lodi.

Dans toutes les guerres et les révolutions que nous venons de parcourir, les princes et les républiques d'Italie composaient la presque totalité de leurs troupes d'aventuriers étrangers. Vers le commencement du XVe siècle, on vit se former des bandes italiennes qui vendaient leur vie à qui les payait chèrement, mais qui d'ailleurs montraient toutes à leur chef plus d'affection et de fidélité qu'aux républiques ou aux princes qui avaient acheté leurs services. L'Italie n'y gagnait, il est vrai, que d'être pillée par ses propres enfants : mais du moins l'argent, prix d'un sang mercenaire, n'allait point enrichir d'autres pays. Celte espèce de milice nous explique tant de vicissitudes si promptes, si multipliées. Comme elle mesurait au poids de l'or sa fidélité, il n'était pas rare de la voir abandonner un prince dont elle faisait la force, pour un autre qui lui offrait davantage. Voilà ce qui empêcha souvent les états de s'étendre, comme ils auraient pu le faire , s'ils avaient eu une milice citoyenne.

La maison de Savoie dut sa grandeur à une conduite tout opposée. Ses progrès furent moins rapides, mais plus constants, et ce fut le seul état de l'Italie qui demeura exempt de révolutions extérieures ou domestiques. Le pays avait été partagé, vers la fin du XIIIe siècle, entre les trois branches de Savoie, de Piémont et de Vaud. La branche de Vaud gouverna sans gloire le Bugey et le Valromey, et s'éteignit en 1359. La branche de Piémont se perpétua jusqu'en 1418-, mais Tho-

rnas II, ayant voulu s'opposer à Charles d'Anjou, fut dépouillé de presque tout le Piémont, et son petitfils Jacques (1334-1366) ne put en recouvrer qu'une partie sous le règne de Jeanne Ire. Amédée V le Grand commença la branche de Savoie. D'abord comte de Maurienne, il hérita de la Savoie à la mort de Philippe Ier (1285), acquit la Bresse par mariage, et fut nommé prince d'empire (1310) par Henri VII, qui lui donna Asti. Son fils Aimon le Pacifique (1329-1343) prit part aux guerres de la France sous les premiers Valois. Après lui, Amédée IV, surnommé le comte Verd, s'unit au comte de Piémont contre Jeanne lre, et acheta de Catherine de Vaud, en 1359, le pays de Vaud, le Bugey et le Valromey. Attaqué par Jacques de Piémont, il le vainquit, le fit prisonnier, et lui rendit généreusement ses états, mais en se réservant la suzeraineté. Vidame de Genève, il y fonda une université. Allié de Louis d'Anjou , il en obtint les dernières villes que les rois de N:iples conservaient au Piémont. On le vit tantôt secourir Jean Paléologue contre les Turcs et les Bulgares, tantôt négocier entre Venise et Gênes la paix de Turin. Son. fils Amédée VII reçut sous sa protection les villes de ISice, de Vinlimille , de Villefranche et de Barcelonette. Amédée VIII (1391-1451), toujours occupé à rétablir la paix, soit en France, entre les Bourguignons et les Armagnacs, soit dans l'église, en faisant cesser le grand schisme, réunit à ses états le comté de Piémont (1418 . quand la branche de sa famille vint à manquer, et le comté de Genève, jusqu'alors indépendant de la . ville. L'empereur Sigismond étant venu à Chambéri , lui conféra la dignité ducale ; ce qui consolida sa puissance et lui donna encore plus de poids dans les affaires de l'Italie.

Cependant le Milanais et le royaume de Naples étaient comme une arène où s'exerçait la valeur des bandes dont nous venons de parler, et où brillaient d'un éclat plus ou moins vif les Carmagnole, les Pieeinino, les Sforce et les Del Vernie. Dans le Milanais, les deux fils de Jean Galéas étaient en butte aux attaques de

leurs voisins et aux entreprises des capitaines de leur père. Facino Cane, l'un de ces derniers, s'empara de la personne et des états de Philippe-Marie; puis il marcha contre Jean-Marie, accusé d'avoir fait mourir sa propre mère, et certainement coupable d'une cruelle tyrannie. Jean-Marie appela à son secours les Français. L'an 1396, Gènes, déchirée par les factions, s'était donnée à Charles VI, roi de France. Plusieurs gouverneurs s'étaient succédé : d'abord le comte de Saint-Pol , que la peste chassa en 1397; puis d'antres qui ne purent réprimer les Génois s'égorgeant au milieu de leurs murs; et enfin (1-401) le maréchal de Boucicault. Celui-ci, grand homme de guerre et bon politique, avait affermi au dedans la tranquillité par le supplice des factieux, et relevé au dehors la gloire de la république en défendant Famagousle contre le roi de Chypre, en pillant à Barnth les comptoirs de Venise, et en remportant sur ses flottes une victoire célèbre. Plus tard il avait encore acquis aux Génois l'île d'Elbe et le port de Livourne : mais les Vénitiens se rendaient maîtres du golfe de Corinthe parla prise de Patras et de Lépante. Ce fut à Boucicault que Jean- Marie eut recours. Ce général faisait reconnaître à Milan la suzeraineté du roi de France, lorsque les Génois soulevés massacrèrent la garnison française, et forcèrent leur libérateur de repasser les Alpes (1409). Jean- Marie, privé de cet appui, était mal mené par Facino : mais celui-ci mourut à Pavie (1412), et presqu'en même temps Jean-Marie, assassiné à Milan pour ses cruautés, laissa Philippe, son frère, unique héritier de la fortune desVisconti.

Philippe, mauvais guerrier, mais bon politique, et soupçonneux jusqu'à l'excès, prit à sa solde le comte François Carmagnole, homme de basse naissance, devenu le meilleur capitaine de son temps. En peu d'années, celui-ci eut réduit à l'obéissance Lodi, Coni, Crémone, Plaisance et toutes les villes rebelles ; des capitaines qui y commandaient, les uns s'enfuirent, les autres furent pris, condamnés à mort et exécutés. Cependant les Génois, qui venaient de vendre Li-

vourne à la république de Florence, avaient repris l'esprit de faction avec la liberté. Carmagnole en profita et soumit Gênes, après en avoir chassé le doge Thomas Frégose. Là s'arrêtèrent les prospérités de

1421. Philippe-Marie. Ses soupçons atteignirent Carmagnole, dont il n'avait plus besoin ; d'un autre côté le général, riche de quarante mille florins de revenu, ne se croyait pas encore assez récompensé, parce qu'il voyait d'autres chefs de bandes posséder des provinces entières. Une rupture s'ensuivit. Carmagnole passe au service des Vénitiens, leur fait signer une ligue avec Florence et la Savoie, est nommé généralissime des armées combinées, et, par de nombreux avantages, fait repentir le duc de Milan de ne l'avoir pas satisfait. Mais Venise, en recueillant tout le fruit de la guerre, excita la jalousie des confédérés. Philippe s'en aperçut. Il détacha d'abord de la ligue le duc de Savoie en lui cédant Verceil 5 puis, par le traité de Ferrare, il

1428. acheta la paix en abandonnant à Venise Bresse et Bergame. Florence, qui s'était épuisée d'argent et qui avait perdu jusqu'à six batailles en une seule année, fut la seule à ne retirer de la guerre aucun avantage.

Le principal instrument du traité avec la Savoie et les deux républiques, avait été Martin V, promu à la papauté par le concile de Constance , qui déposa les trois papes Jean XXIII, Benoît XIII et Grégoire XII, et qui finit ainsi le malheureux schisme de l'Occident. Ce pontife réduisit au devoir les villes de la Bomagne, et ramena dans Borne la tranquillité. Son unique but fut toujours de maintenir l'équilibre entre les puissances de lltalie, et ce fut le mobile de sa conduite dans le Milanais comme à Naples, où les affaires s'embrouillaient de plus en plus.

Ladislas étant mort sans enfants , Jeanne II , sa sœur, lui avait succédé à l'âge de quarante-cinq ans. Veuve, mais sans postérité, de Léopold 111, duc d'Autriche , elle épousa et fit reconnaître roi Jacques de Bourbon, comte de la Marche : mais, d'une conduite aussi peu régulière que la fille de Bobert, elle vit

périr son favori par les mains du bourreau, et son mari lui fit éprouver la captivité la plus dure. Les peuples avaient d'abord applaudi. Quand ils se sentirent foulés par le nouveau prince, ils redemandèrent la reine, qui emprisonna à son tour et chassa son mari; et celui-ci alla, dit-on, finir ses jours dans un des couvents de Saint-François (1419).

Jeanne, demeurée seule maîtresse, donna tout pouvoir à son ministre Jean Caraccioli, qui crut affermir sa puissance par la ruine des grands. Au nombre des mécontents, fut un de ces chefs d'aventuriers, nommé Sforce, à qui de constants et nombreux services avaient procuré de grands biens dans le royaume. Irrité des intrigues du ministre , Sforce , de concert avec le pape Martin V, appela contre la reine Louis III, duc d'Anjou et comte de Provence. Jeanne avait tout à craindre de ces deux ennemis réunis. Dans ces extrémités, elle offrit à Alphonse V de l'adopter pour son fils, et de joindre la couronne de Naples aux trois couronnes qu'il portait déjà, d'Aragon, de Sicile ' et de Sardaigne. L'offre était trop belle pour n'être pas acceptée. Alphonse vint secourir la reine (1420), et chassa du royaume Louis III, qui alla vivre obscurément à Pvome des aumônes du souverain pontife.

La conduite orgueilleuse et tyrannique du monarque aragonais, tant envers les peuples qu'envers la reine, changea bientôt en haine les premiers sentiments de reconnaissance, en sorte que Jeanne se réconcilia avec Sforce, par le conseil de Caraccioli, et, révoquant l'adoption d'Alphonse, elle rappela Louis III pour la défendre. Alphonse dut céder aux forces de son compétiteur, que secondaient ouvertement le pape et Visconii. Louis se faisait aimer de la reine par une soumission complète à ses volontés, et des sujets par son équité et sa douceur, lorsque la mort l'enleva. Jeanne 1434. mourut bientôt après (1435), et, par son testament, elle institua son successeur, à l'exclusion d'Alphonse, René d'Anjou, frère de Louis, alors prisonnier en Bourgogne.

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