‹ Histoire du moyen ageChapitre 65 sur 84 · Voir chapitre XVI · texte numérisé non relu

Voir chapitre XVI

depuis le commencement du siècle ces deux provinces. Ils en avaient chassé les Petehenègues , qui s'étaient jetés à leur tour sur la Transylvanie. Ni l'un ni l'autre peuple ne connaissaient encore le christianisme.

Au sud, de l'est à l'ouest, s'étendaient l'Esclavonie et la Croatie, et, sur les côtes de l'Adriatique, la Dalmatie. Partagée au neuvième siècle entre les Grecs et les Francs, la Dalmatie s'était rendue indépendante sous des grands-ducs. L'Esclavonie, la Croatie, et même une partie de la Dalmatie, avaient été peuplées par des Slaves, vers l'an 023. L'état de Croatie était devenu très-puissant sous le grand duc Crescimir Ier (v. 970) qui entretenait une armée de cent mille fantassins et de soixante mille cavaliers. Sous son fils Dircislaw, les Vénitiens s'étaient emparés de plusieurs villes maritimes; mais Crescimir II (1040-1061) les leur avait enlevées et avait soumis l'Esclavonie jusqu'alors indépendante. Après lui, l'anarchie déchirait le royaume, et la race des anciens princes s'éteignait en 1088.

Ladislas 1er, beau-frère de l'un des derniers rois, entra dans le pays et subjugua les petits tyrans qui s'étaient élevés. Rappelé dans la Hongrie par une invasion desCumans, il les vainquit en 1091 et contraignit ses nombreux prisonniers à recevoir le baptême. Le khan des Petehenègues se convertit aussi et reconnut la suzeraineté du vainqueur. Ce fut Coloman, fils de 1095. Ladislas, selon les uns, ou selon d'autres, de Geysa, qui acheva la conquête de la Croatie et de la Dalmatie; mais les Vénitiens enlevèrent à Etienne II (1114-1131) cette dernière province, et l'empereur Manuel, après une guerre opiniâtre ', se fil céder la Croatie et l'Esclavonie.

Bêla III 1170-1190) reprit aux Vénitiens quelques villes, et reçut même Zara révoltée contre eux; ce qui l'entraîna dans une guerre de huit ans contre la république. De ses deux fils, André, le second, fit la guerre à son frère Emeric (1190-1204), qui alla seul

i. Voir chapitre XXIV.

l'arrêter au milieu même de son camp ; et à son neveu Ladislas III, qu'il contraignit de s'enfuir en Autriche,

1205. où il mourut. André II, parvenu au trône, se montra indigne de l'occuper. Il ne sut pas maintenir contre le roi de Pologne son fds Coloman , possesseur de la Galicie, que des traités lui avaient donnée. A la mort de Henri Ier, il n'osa point accepter l'empire de Constantinople ; et en 1217, il ne parut qu'un instant à la tête de la cinquième croisade. A son retour, il dut céder à son fils rebelle le tiers de la Hongrie. Pour se faire contre lui des appuis, il consacra l'hérédité des fiefs et renonça à imposer le service militaire ou des subsides sans le consentement des nobles.

1224. Une nouvelle révolte lui enleva presque toute autorité. Bêla IV, qui la dirigeait, et qui resta seul maître du trône en 1235, développa des qualités qui auraient fait de lui un grand roi dans des circonstances moins difficiles. Ses tentatives pour enlever aux. grands les domaines usurpés et pour les soumettre aux impôts, lui suscitèrent un ennemi redoutable dans Frédéric le Belliqueux, duc d'Autriche, qu'ils avaient appelé à la couronne ; mais Frédéric perdit son armée et paya les frais de la guerre. L'invasion des Mongols suspendit les hostilités. Bêla marcha courageuse-

1241 . ment à leur rencontre -, mais son camp fut surpris pendant la nuit , et cent mille Hongrois ensanglantèrent les eaux du Sajo. Les vainqueurs prirent d'assaut Pesth et Péterwaradein , s'avancèrent jusqu'en Dalmatie , mirent tout le pays à feu et à sang pendant

1243. deux années entières, et massacrèrent en se retirant tous les prisonniers. Bêla n'oublia rien pour réparer de tels désastres. 11 appela de toutes parts des colons, et s'allia étroitement aux Cumans, qui se reconnaissaient toujours ses tributaires. Frédéric le Belliqueux avait profité de l'invasion pour faire sur la Hongrie quelques conquêtes. Bêla marcha contre lui, et fut

1246. battu à Neustadt; mais Frédéric ayant été tué dans la poursuite, le vaincu n'en recouvra pas moins les villes qu'il réclamait. Sa guerre avec la Bohême fut le dernier fait remarquable de son règne.

Etienne V, comme pour venger Bêla III, avait forcé son père, dès l'an 1262, à le nommer corégent, duc de Transylvanie , prince de Cumanie et seigneur de la Valachie occidentale. Seul roi en 1270, il reprit la 1270. guerre contre la Bohême, mais sans plus de succès. Son fils lui succéda (1272) à l'âge de dix ans. Dans la guerre de Bodolphe de Habsbourg contre Ottocar, il embrassa les intérêts de la maison d'Autriche, et recouvra ainsi ce qu'avaient perdu son père et son aïeul. Mais à l'intérieur, il mécontenta tellement ses sujets par des mœurs déréglées et par sa prédilection poulies Cumans, qu'on l'enferma d'abord dans un château (1281), et que dans une seconde révolte (1288; on le contraignit à chercher asile auprès des Cumans; mais trois chefs de cette nation, pour se venger d'un 1290. outrage, l'assassinèrent dans son lit.

De toute la race d'Arpad, il ne restait qu'un rejeton. André II avait laissé d'une troisième épouse un fils posthume, qui avait vécu à Venise sous les précédents règnes. Du mariage de ce fils avec uneVénitienne, était issu André III, surnommé le Vénitien, que les Hongrois couronnèrent. Le nouveau prince eut à lutter contre Albert d'Autriche, qui invoquait de prétendus pactes de famille, et contre Charles Martel, fils de Charles II d'Anjou, qui avait épousé une sœur de Ladislas. Albert, occupé ailleurs, accepta bientôt la paix. Charles Martel débarqua en Dalmatie et fut vaincu. Charles B.obert, autrement dit Charobert, son fils, hérita de ses droits en 1295. Un parti appela le jeune prince. André s'avança pour le combattre; mais quand il apprit que plusieurs provinces reconnaissaient son rival, il en conçut un vif chagrin qui le 4301, conduisit au tombeau.

La monarchie hongroise avait été jusqu'alors une monarchie limitée. Le sceptre était héréditaire; mais on pouvait choisir dans toute la race le prince qui convenait, et il n'était reconnu qu'après avoir reçu de l'archevêque de Slrigonie la couronne angélique. Les étals s'assemblaient annuellement à Albe-Boyale : ils se composaient de deux membres par comté, choisis

dans le clergé ou dans la noblesse. Les nobles descendaient des cent huit familles dont les chefs avaient été compagnons d'Arpad. Après eux venaient les vassaux du roi. Un sénat formait le conseil de la couronne.

Boniface V1I1 prétendait imposer aux Hongrois Charobert, qui se serait reconnu tributaire du saint siège. Les grands, jaloux de leur indépendance et de leurs privilèges méconnus, appelèrent au trône, sous le nom deLadislas V, Wenceslas de Bohème, qui avait fiancé la fille d'André le Vénitien. La lutte dura cinq ans. Déjà roi de Bohême et de Pologne, Weneeslas

1305. remit volontairement la couronne angélique à Othon, duc de la Basse-Bavière, petit-fils de Bêla IV. Le nouveau prince fut couronné sous le nom de Bêla V. Arrêté par le vayvode de Transylvanie, il s'échappa avec peine, et à travers la Bussie, la Prusse et la Pologne, il revint dans ses états pour ne les plus quitter. Charobert racheta du vayvode la couronne angélique

1310. et la reçut enfin à Albe-Boyale en 1340. Cependant il eut encore à combattre plusieurs années les mécontents, et il ne les soumit qu'avec peine. Au dehors, il fit successivement la guerre aux Vénitiens, qui s'étendaient en Dalmatie et en Croatie; aux Serves, qui voulaient s'agrandir aux dépens de la Hongrie ou de l'empire grec; aux Turcs, que le kràle de Servie soudoyait; aux Vainques, qui s'étaient révoltés, et aux Busses, que lesYalaques appelèrent et qui dévastèrent impunément le royaume.

Malgré l'opposition des seigneurs et le mauvais succès de ses armes, Charobert gouverna, pendant les dernières années de sa vie, avec un pouvoir absolu. Aucune assemblée des états ne fut plus convoquée. Le trésor s'enrichit arbitrairement du produit des mine:-. Le clergé fut soumis à certaines redevances annuelles et au service féodal et militaire. La monnaie était régulièrement altérée tous les cinq ans. Enfin des nobles furent destitués de leurs fonctions sans qu'il en résul-

1342. lût aucun trouble. Quand Charobert mourut, son autorité passa tout entière a son fils Louis 1". dit le

Grand, qu'il avait fait couronner dès l'âge de quatre ans en 13:27.

Louis commença par venger les défaites de son père en réduisant à l'obéissance le vayvode de Yalachie (1344) et quelques seigneurs révoltés de la Transylvanie. Les secours qu'il accorda à la ville de Zara le commirent avec les Vénitiens. Vaincu par eux, il 1346. conclut une trêve de neuf ans, dont il profita pour sa double expédition au royaume de Naples1. Quand elle fut expirée, il reprit les armes et contraignit la république à lui céder tout ce qu'elle possédait sur les 1358. côtes de la Dalmatie et de la Croatie. Les princes de Servie, de Bosnie, de Moldavie, et d'une partie de la Bulgarie lui prêtèrent hommage, les uns de bon gré, les autres quand ils eurent été vaincus. Comme suzerain, il voulut aider les Serves et les Bulgares, qui prétendaient reconquérir sur Amurat 1er Philippopolis et Andrinople; mais il fut complètement défait sur la Mariiza en 1303. À la mort de Casimir le Grand, Louis, qui était son neveu, monta encore sur le trône de 1370. Pologne, en sorte qu'il régnait sur tous les pays situés depuis la mer Adriatique jusqu'au Pont-Euxin et à l'embouchure de la Vistule. Ses expéditions nombreuses ne le détournaient pas des soins intérieurs. 11 fixa les prérogatives de la noblesse et les charges du peuple; il mit de l'ordre dans les finances, et rendit à la couronne les domaines qu'on en avait détachés: il fonda la première université; il encouragea l'agriculture et attira les négociants étrangers pour ranimer le commerce. Bude était la capitale de ses vastes états.

Louis le Grand ne laissa que deux filles. Hedwige, 1382. la cadette, fut mariée à Jagellon, à qui elle donna la Pologne. Marie, l'aînée, était fiancée à Sigismond, de la maison de Luxembourg. Elle fut couronnée par les Hongrois; mais un parti appela Charles de Duras, roi de Naples, qui se fit proclamer à Albe-Royale sous le 1385. nom de Charles IL Ce prince périt assassiné dès

Page 1