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CHAPITRE XXXIX

Etat de l'Allemagne à la fin de l'interrègne. — Changements

dans la constitution de l'empire.

Histoire de la Hongrie depuis la création du royaume (887)

jusqu'en 1403 (IXe— XVI* siècles).

Jusqu'à l' avènement de la maison de Souabe, l'empereur avait été élu d'abord par les hommes libres des quatre nations de Souabe, de Franconie, de Saxe et de Bavière , puis pur un nombre plus ou moins grand de seigneurs, qui en réclamaient le privilège en vertu de leur puissance. Sept électeurs seulement contribuèrent à l'élévation de Guillaume de Hollande, et transmirent à leurs successeurs le droit exclusif qu'ils avaient usurpé. Ils formaient le collège des grands dignitaires de l'empire. C'étaient d'abord les trois archevêques de Mayence, de Cologne et de Trêves. en leur qualité d'archichanceliers d'Allemagne, des Gaules et d'Italie; puis le comte palatin du Rhin, comme archisénéchal, litre qui avait jadis appartenu aux ducs de Franconie; le duc de Saxe, comme arehimaréchal, le roi de Bohême, comme grand échanson, depuis que le duché de Bavière était réuni au palatinat du Rhin : et enfin le margrave de Brandebourg, qui avait succédé comme grand camérier aux princes de la maison de Souabe.

Une prérogative des empereurs, la seule peut-être qui fût absolue, c'était de conférer à leur gré les duchés, les comtés et autres titres, qui n'étaient ni héréditaires ni même à vie, et qui ne donnaient aucune autorité territoriale. Avec le temps, les duchés, d'abord en petit nombre et par conséquent trop puissants, furent partagés. On en détacha les villes les plus importantes, qui se gouvernaient ellesmêmes sous l'autorité directe de l'empereur, et que l'on appelait villes impériales et préfectorales.

Au milieu des guerres qui dévastèrent l'Allemagne et l'Italie sous les maisons de Franconie et de Souabe, les ducs, les comtes, les margraves n'oublièrent aucun moyen d'arriver à l'hérédité de leur titre et à une supériorité territoriale. En mêmetemps, ils prétendaient enlever à l'empereur tous ses autres droits. Au lieu d'en appeler à son tribunal dans leurs querelles, ils prenaient les armes au mépris de la paix, publique, et se faisaient à eux-mêmes justice. Tandis qu'auparavant le prince pouvait seul promulguer des lois qui obligeaient toute l'Allemagne, chacun s'arrogea d'exercer d l'une manière absolue dans son gouvernement la puissance législative. Une partie de ces usurpations furent sanctionnées par Frédéric II dans les chartes de 1220 et de 1239; les autres se consolidèrent pendant l'interrègne et opposèrent ensuite la prescription.

Après la maison de Wittelsbach , qui unissait au duché de Bavière le palatinat du Rhin; après la maison ascanienne , qui possédait par ses trois branches le duché de Saxe, le margraviat de Brandebourg et la principauté d'Anhall; plusieurs familles de l'Allemagne jouissaient déjà d'une vieille illustration , qui devait s'augmenter avec les siècles. Au nordr on trouvait les comtes d'Oldenbourg, issus de Witikind-, les comtes de Holstein, dont le pays avait été le berceau des anciens Saxons; les princes de Mecklenbourg, issus des anciens rois obotrites; les ducs de Poméranie , qui descendaient des anciens rois vendes ; et les ducs de Brunswick, qui appartenaient, comme nous l'avons vu, à la célèbre maison des Guelfes. La maison de Weltin, tige des rois et des ducs de Saxe de nos jours, possédait depuis 928 le margraviat deMisnie, et avait hérité en 1247 du landgraviat de Thuringe. En Franconie, la maison de Zœhringen avait le margraviat de Bade, et une branche de Hohenzollern le burgraviat de Nuremberg. En Souabe, outre les évèques d'Augsbourg, de Constance et de Strasbourg, on comptait la maison de Hohenzollern et les comtes de Furstcmberg, deFribourg, de

Wurtemberg et d'OEttingen. A l'est, du nord au sud, s'étendaient le comté de Hollande, les duchés de Bradant et de Limbourg, le comté de Nassau , le duché de Lorraine, que gouvernaient depuis 4048 les descendants de Gérard d'Alsace , et le comté de Savoie que l'empereur avait augmenté du Bugey et qui s'éiait accru de la Bresse en 1255 par un mariage. Vers le centre était le landgravial de Hesse ; vers les Alpes , les comtés de Tyrol et de Goritz. Quant aux duchés d'Autriche, de Styrie et de Carinihie, leur histoire se rattache pour le moment à celle de la Bohème.

La Bohême, ancien pays des Boiens, avait été peuplée au septième siècle par les Tchèques, peuplade slave. Le premier duc fut Prémislas en 722. Vers 894, sainte Ludmille convertit au christianisme son époux Borzewoy Ier. Ses deux fds se reconnurent vassaux de l'Allemagne. Ulric 1er, qui régna de 1012 à 1037, enleva aux Polonais la Moravie. Son fds Brétislas Ier décréta que dorénavant le pouvoir appartiendrait au doyen d'âge de la famille, et non plus au parent le plus proche , ce qui devint pendant deux siècles le droit des Bohémiens. En conséquence, la couronne passa au second fds d'Ulric, Wratislas II (1061-1093) qui obtint de Henri IV le titre de roi en 1086. Un de ses successeurs, Ladislas II (1140-1173), prit part à la seconde croisade, reçut également le titre de roi à la diète de Baiisbonne en 1158, et fut en même temps reconnu arcliiéchanson et électeur. Après lui, Ottocar Ier (1198-1230) réussit à se maintenir contre ses rivaux, obtint de Philippe la couronne royale, non plus personnelle comme auparavant, mais héréditaire dans sa famille, s'unit étroitement à Frédéric II, et abolit l'ancienne loi d'hérédité. Ce fut sous son fils et son successeur (1230-1253;, Wenceslas 1er, que les Mongols, victorieux de l'Allemagne, furent cependant repoussés delà Bohême par la fière attitudedes Bohémiens. Ce prince fit épouser à son fils Ottocar II, Marguerite, sœur de Frédéric le Belliqueux, duc d'Autriche et de Styrie. Quand Frédéric mourut (1246) sans enfants dans une guerre contre les Hongrois,

Ottocar voulut se mettre en possession de son héritage ; mais il ne réussit qu'en 1252. Parvenu au trône de Bohême Tannée suivante, il céda presque aussitôt la Styrie à Bêla IV, roi de Hongrie, et conduisit soixante mille croisés contre les Prussiens idolâtres. Bêla IV ayant profité de son absence pour envahir l'Autriche, il revint contre lui, le vainquit à Kressenbrunn (1261) et le dépouilla de la Styrie. Peu de temps après, il répudia Marguerite: mais au lieu de restituer les deux duchés au dernier rejeton des Babenberg. qui suivit l'infortuné Conradin dans son expédition d'Italie, il s'en fit donner l'investiture par Bichard de Cornouailles, dont il s'était déclaré le partisan. En 1270, il obtint encore par testament la Carinlhie et la Carniole. D'après les écrivains de Bohême . il aurait deux fois refusé l'empire. Si le fait est vrai, Ottocar dut se repentir de ses dédains, quand il se vit enlever ses plus belles provinces.

En dehors de l'Allemagne, florissait alors un royaume, qui devait appartenir un jour à la maison d'Autriche : c'est la Hongrie. Noos avons vu Arpad ' établir les Madgyares sur le Danube, et saint Etienne2, converti au christianisme, accepter de Henri H la couronne sous la suzeraineté de l'empire. Le choix

1038 qu'il fit du Vénitien Pierre Urséolo, son neveu, pour lui succéder au trône, faillit en exclure dès le onzième siècle la postérité masculine d' Arpad. Geysa Pr (1075-1077) ne put chasser entièrement Salomon, fils de Pierre. A sa mort , les états proclamèrent son

1077. frère saint Ladislas Ier, qui vit enfin tout le royaume soumis à ses lois, Salomon ayant péri (1085) misérablement de la main des siens. Ladislas jeta les yeux autour de lui, et agrandit encore ses états par plusieurs conquêtes.

A l'est de la Hongrie se trouvait la Transylvanie, et au delà de cette province la Moldavie et la Valachie. Les Cumans. branche des Uzes du Volga, occupaient

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