I. LE MONDE BARBARE
Position géographique des divers peuples barbares sur les frontières de l'empire à la mort de Théodose. — Déplacements successifs de ces peuples. — Etablissements de» Wisigoths, des Ostrogolhs, des Burgondes, des Francs, de* Suèves, des Vandales, des Saxons et des Lombards.
A la mort de Théodose, l'empire romain était borné, en Bretagne, par le rempart d'Antonin, entre les golfes de la Clyde et du Forth;en Gaule, par le Rhin, depuis son embouchure jusqu'au lac de Constance; au nord des provinces illyriennes et de la Grèce , par le Danube dans tout son cours; en Asie, p;r la mer Noire, par le Turac, et par une ligne qui partirait d'Arzengan (Satala) pour couper le Tigre à Amide, qui de là tomberait perpendiculairement sur le Kabour (Chaboras) à quelques kilomètres est d'Amudis , qui suivrait celte rivière jusqu'à l'Euphrate et l'Euphrate jusqu'au point où il tournerait vers l'est, qui limiterait ensuite le désert de Syrie et irait rejoindre Aïialh au fond du golfe arabique ; en Afrique enfin par la mer Rouge, par une ligne qui couperait le Nil perpendiculairement au-dessous de Djézyrelh-el-Zpher ( Eléphanline . qui remonterait perpendiculairement vers le nord à partir du 27° de longitude, et qui suivrait les côtes jusqu'aux premières montagnes de l'Atlas; par l'Atlas lui-même, et ensuite par une autre ligne qui joindrait la source de la Jlalva à l'embouchure de la Sala.
Au sud de l'Afrique romaine se trouvaient, de l'ouest à l'est, les Gélules, les Maziques, les Musulans, les Quinquégentiens, les Austuriens, les Garamantes, les Psylles, et au midi de l'Egypte, les Nobates et les Blemmyes, tous peuples nomades, qui firent souvent des incursions sur les terres de l'empire, mais qui ne l'entamèrent jamais.
A l'orient de la Palestine s'étendait l'Arabie. Sur les frontières habitaient les Sarrasins, autre peuple nomade, divisé en plusieurs tribus qui devaient un jour se réunir et fonde* le vaste empire des premiers califes.
i'22 GÉOGRAPHIE HISTORIQUE
De l'Euphrate à la mer Noire, Arcadius avait pour voisins les Perses, ces ennemis acharnés de l'empire, mais qui devaient succomber avanl lui dès le VIL siècle, sous les coups des Sarrasins; et les Arméniens, parfois en guerre avec les successeurs de Théodose , mais qui restèrent dans leurs limites , et qui sont encore aujourd'hui chrétiens, bien que sous la domination de la Turquie et de la Perse.
C'est du nord de l'Asie et de l'Europe que s'élancèrent les barbares qui morcelèrent l'œuvre gigantesque de tant de siècles.
Vers le milieu du IVe siècle, les Alains habitaient entre la mer Noire, le Caucase, la mer Caspienne, le Volga, et le Don. A l'est du Volga étaient les Huns. A l'ouest du Don, l'empire des Golhs avait pour limites, au sud, la mer Noire et le Danube; à l'ouest, la Theiss, les monts Crapacks, l'Oder supérieur jusque vers Breslau , et une ligue qui irait rejoindre la Vislule pour se confondre avec elle jusqu'à son embouchure; au nord enfin, la mer Baltique, le golfe de Livonie, la rivière Pernen et le lac Paypus. Ces steppes immenses étaient habitées, au sud-ouest, par les Visigolhs ; au sud-est, par les Oslrogoths; sur les bords de la mer d'Azof , par les Hérules; vers le centre , par les Roxolans . pères des Russes; sur la Baltique, par les Vénèdes, aïeux des Vendes; sur les rives de l'Oder, par les Gépides; entre la Theiss, les monts des Serres et les monts Crapacks, par les Vandales.
En 574, les Huns, franchissant le Volga , soumirent les Alains, forcèrent les Goihs à chercher asile eu Thrace, chassèrent devant eux les Hérules et les Vandales, et s'arrêtèrent pendant un demi-siècle sur la Theiss. Nous avons vu leur invasion dans les Gaules et en Italie, leur défaite à Chàlons-sur-Marne en ial , et leur retour dans leur ancienne patrie.
En 595, les Goths étaient établis sur la rive méridionale du Danube, dans la seconde Mésie et dans la Dacie. Ces Visigolhs quittèrent les premiers leurs demeures. On les trouve en 401 dans l'Epire septentrionale ; en 405, près d'Aquilée; en 408, dans la Dalmatie; en 410, à Borne, d'où ils se dirigent vers l'Espagne. A la fin du siècle, ils étaient maîtres de toute la Péninsule, excepté la partie entre le Douro, l'Ezla et le port St-Vincent ; et de toute la Gaule, entre l'Océan, la Loire, le Rhône et la .Méditerranée. La Gaule leur fut enlevée par les Francs, et l'Espagne par les Arabes . qui les refoulèrent dans les Asturies.
Les Ostrogoths s'étaient soumis aux Huns Après la défaite de ceux-ci, ils allèrent, vers i.'iô. s'établir dan* les
Pannonics. Théodoricjcur chef, les conduisit, vers 169, en Italie, et fonda un royaume qui comprenait l'Italie et même la Sicile, l'ïllyrie occidentale, la Dacie et une grande partie de la Seplimanie. Bélisaire et Narsès, de 555 à Soi, anéantirent leur puissance et presque leur nom.
Les Vandales Astinges, à l'est du Danube, et les Vandales Silinges, à l'ouest, s'unissant aux Alaius qui avaient accompagné les Huns dans leurs courses, se dirigèrent non pas vers l'Italie , mais vers la Gaule. Les Bourguignons et le* Suèves se joignirent à eux. Tous ensemble franebirent le îîhin, près de Mayence, en 406. Tandis que les Bourguignons s'arrêtaient entre le Rhône et la Saône à l'ouest, les Alpes et le Rhin à l'est, et fondaient, en 411, un royaume qui devait durer cent vingt ans, les Suèves, les Alains et les Vandales traversaient la Gaule et se précipitaient sur l'Espagne, dont ils se disputèrent la conquête. Les Alains furent anéantis dans la lutte. Les Vandales , fixés dans l'Andalousie, y demeurèrent dix ans. Appelés en 429 parle comte Boniface, ils fondèrent en Afrique un puissant empire, auquel Bélisaire mit fin en 554, par la victoire de Tricaméron.
Les Suèves , un instant possesseurs de toute l'Espagne, furent refoulés peu après dans les Asturies par les Visigoths. Leurs dernières villes furent conquises par Léovigildc en 58: i.
Les Gépides, toujours appuyés à la Vistule et à l'Oder en 395, puis transplantés par Attila sur les rives du Danube, près de Sirmium, s'établirent en 4S4 dans la Dacie, où ils furent exterminés par les Lombards, en §67.
Les Hernies, poussés par les Huns jusqu'aux rives du Danube, le franchirent au Ve siècle, se mirent au service de l'empire d'Occident, qu'ils renversèrent en 476, furent vaincus par les Lombards en 495, et se retirèrent dans la Scandinavie.
Les rives septentrionales du Danube, à Test de la Theiss, étaient occupées, en "95, par les Sarmatcs Iazyges , que soumirent les Gépides; par les Quades, que les Vandales et les Alains entraînèrent avec eux sous le nom de Suèves; cl par les Marcomans à l'ouest.
Le long du Rhin, du sud au nord, on trouvait la confédération des Allemands, les Bourguignons, la confédération des Francs, et, sur l'océan Germanique, les Frisons.
Les Allemands, parmi lesquels on distingue les Gsipieus au nordduMein, les Ruscinales sur le Rhin, et les Juthonges aux sources du Danube, firent en Gaule de nombreuses irruptions, mais restèrent fidèles au sol de !a patrie.
Les Bourguignons , qui occupaient jadis le pays entre l'Oder et la Vistule, s'étaient avancés jnsqu"au Rhin, près de Mayence, d'où ils envahirent la Gaule, comme nous l'avons vu plus haut.
Sous la dénomination commune de Francs , étaient compris les Saliens, entre le Rhin et l'Escaut; les Chainaves et les Angrivariens, successeurs des Bructères, au nord; les Sicambres, les plus belliqueux des Germains; les Bipuaires, autour de Gologne ; les Tenctères , au sud de la Lippe; les Atluariens, de la Lippe à Coblentz ; et sur les rives du Wéser supérieur, les Cattes, célèbres par leur infanterie. Tous ces peuples se jetèrent sur la Gaule et la conquirent, de 420 à 511, jusqu'à la rive droite de la Loire et de la Saône. Les tils de Clovis mirent fin à la domination des Bourguignons en 334, et les Carlovingiens étendirent leur domination jusqu'à la Méditerranée et au delà même des Pyrénées.
Les Frisons continuèrent d'habiter le même pays. Ils furent soumis par Charlemagne.
La confédération des Suèves et celle des Saxons couvraient tout le reste de la Germanie, des montagnes de la Bohème à la Baltique et du Weser à la Vistule.
Les Suèves occupaient toute la Germanie centrale. Nous n'avons rien à dire des Chérusques, au nord des Cattes, qui étaient bien déchus de leur ancienne gloire, ni des Varnes, qui habitaient le littoral de la Baltique. Il a été question plus haut des Bourguignons et des Vandales : observons seulement qu'une partie des Vandales étaient restés dans leurs anciennes demeures, tandis que les autres se transportaient sur le Danube et sur la Tbeiss. Les Bugiens, qui étaient à l'est des Varnes, se rapprochèrent du Danube avant le milieu du Ve siècle, s'établirent momentanément autour de Vienne, et s'unirent aux Ostrogolhs pour conquérir l'Italie. Entin les Longobards ou Lombards ne quittèrent l'Elbe que pour occuper les rives du Danube abandonnées par les Bugiens. Ils renversèrent la domination des Gépides en 307, et fondèrent l'année suivante, en Italie, un royaume qui a duré plus de deux siècles.
Les Saxons étaient resserrés, en 395, entre la mer Baltique et l'Elbe. A mesure que les peuples germains envahirent Jes provinces de l'empire, les Saxons s'étendirent d'abord entre l'Elbe et le Wéser, et plus lard jusqu'au Bhin. Mais, dès le milieu du Ve siècle, ils s'unissaient aux Angles, qui occupaient le Sleswick ;à l'entrée de la Chcrsonèse cimbrique), passaient en Bretagne et y fondaient l'heptarchie saxonne, qui subsista jusqu'au IXe siècle.
En Bretagne, au delà du rempart d'Adrien, étaient les
Pietés et les Scots, qui envahirent la partie méridionale, dès que les Romains l'eurent abandonnée. Ce fut pour résister à leurs incursions que Vortigern appela les Saxons et les \ncrles